28 RHE Humour esprit 2008_04

1. Origines. Humour est, au XVIII° siècle un emprunt à l’anglais humour, lequel est un emprunt au français humeur. Humeur désignait alors l’eau, comme élément nécessaire à la vie. De 1150 au XVIII° siècle il a désigné l’humidité (dont l’origine est la même). Après 1175, selon le témoignage de Brunetto Latini, humeur désigne le “liquide organique du corps humain et il s’emploie au pluriel pour désigner les quatre humeurs fondamentales.

Pour Hippocrate (né vers 460 avant notre ère) puis pour Galien (premier siècle de notre ère) ces quatre humeurs sont : le sang, la bile jaune, la bile noire (qui n’existe pas en réalité) et la lymphe. D’où quatre types humains correspondant à quatre éléments, eux-mêmes liés aux quatre qualités que sont le chaud, le sec, l’humide et le froid:

– Air = chaud + humide = le sanguin : qui aime la vie, la société, le mouvement

– Feu = chaud + sec = le bilieux : dynamique, plein d’énergie, vivant pour l’action, grande puissance de travail

– Terre = sec + froid = le nerveux : sensibilité à fleur de peau, vulnérable et susceptible

– Eau = humide + froid = le lymphatique ou flegmatique : tranquille, indifférent, peu porté vers l’action.

La médecine chinoise se construit sur cinq éléments : bois, feu, terre, métal, eau. Cette proximité n’est probablement pas dû au hasard. On sait que les relations entre la Grèce, l’Inde, le Tibet et la Chine étaient nombreuses dans l’Antiquité.

Noter que cette typologie est encore employée en médecine holistique et qu’elle est rejointe par les sécrétions des glandes endocrines.

2. Humour anglais, esprit français. Quand l’anglais reprend au XVIII° le mot humeur – humour il en retient la signification de “disposition à la gaïté” (en somme la bonne humeur) tandis que le français en garde la “disposition à l’irritation” (en somme la mauvaise humeur). Considéré comme une spécialité anglaise, l’humour a en français un correspondant l’esprit : on parlera d’humour anglais et d’esprit français. (d’après Alain Rey et d’autres sources)

En anglais le “sense of humour” c’est la conscience de son propre personnage, de sa propre bizarrerie ou extravagance. Deux figures célèbres en portent témoignage : Hamlet de Shakespeare et Tristam Shandy de Laurence Sterne. Le sens de l’humour désigne le goût des plaisanteries mais toujours avec l’idée d’être capable de se moquer de soi. C’est souvent un outil de défense par le rire, quelquefois difficile à comprendre en dehors du groupe social qui lui a donné naissance. Alors que l’humour est intériorisé, le mot d’esprit s’extériorise et attaque. Au XVIII° siècle l’esprit français était célèbre dans toute l’Europe culivée. Rivarol définissait l’esprit : “cette faculté qui voit vite, brille et frappe.” Voir, briller, frapper : l’esprit français se confondait souvent avec l’ironie.

Florian, le fabuliste, se promène et, de sa poche, un manuscrit sort à moitié. Rivarol, qui n’appréciait pas son talent, le rencontre et lui dit : “Ah ! Monsieur ! Si on ne vous connaissait pas, on vous volerait.”

A un tricheur que ses partenaires avaient, selon l’usage, jeté par la fenêtre et qui se plaignait, Talleyrand donna ce conseil : “Jouez au rez-de-chaussée.”

Le roi Louis-Philippe visite Talleyrand lors de sa dernière maladie : “Je souffre comme un damné” gémit le diplomate. “Déjà ?” répondit le roi qui n’avait rien oublié des turpitudes passées du mourant.

3. Le mot d’esprit suppose trois personnes : celle qui le dit, celle qui l’écoute et celle qui en fait les frais, en principe absente mais pas toujours. Le maréchal marquis de Bièvre (1747 – 1789) était célèbre par ses mots d’esprit et ses calembours (publiés en 1777, réédités récemment). Louis XV, par naïveté, insouciance ou cruauté, voulut le mettre à l’épreuve en lui demandant de faire, à la première occasion, un mot d’esprit sur lui-même. Le roi, lui dit)il, voulait lui servir de sujet. Le courtisan répondit par ce bon mot : “Sire, le roi n’est pas un sujet.”

Dans ses Eléments de littérature (1787 réédités en 2005) Jean-François Marmontel raconte l’anecdote suivante. “A Paris, une de nos plus jolies femmes, chaussée pour la première fois par le cordonnier à la mode, s’aperçut que dès le premier jour ses souliers s’étaient déchirés ; elle fit venir le cordonnier et lui marque son mécontentement. L’ouvrier prend le soulier crevé, l’examine avec une attention sérieuse et après avoir réfléchi sur la cause de cet accident : Je vois ce que c’est, dit-il enfin, madame aura marché.”

4. La politesse du désespoir Moussa Nabati, psychanalyste, explique dans “L’humour Thérapie” (Ed Bernet Danilo, 1999) que “l’humour agit à l’opposé du refoulement”. Il sert de médiation pour “accepter l’inacceptable”. Son ouvrage traite de l’humour musulman et de l’humour juif qui présentent une “communauté de démarche”. “Le judaïsme privilégie l’humour par une attitude souple, interprétative qui s’applique notamment à la Bible. Dans le monde musulman, l’humour fonctionne davantage comme un procédé de langage. L’humour juif est plutôt une sorte de défoulement, l’humour musulman, une forme de transmission en lien avec une certaine sagesse. L’histoire de ces deux peuples est différente. L’humour a toujours été une arme face à la peur et à la souffrance. Ainsi, les enfants confrontés à la sévérité d’un maître, se soulagent de leur crainte en reprenant entre eux ses travers, en le singeant.” Beaucoup d’histoires qu’il raconte ont une tonalité misogyne. Ceci s’explique parce que les femmes parlent, se confient et pleurent davantage que les hommes. “Par l’humour, il s’agit de s’en sortir sans perdre trop de plumes. Cela concerne davantage les hommes que les femmes ; les hommes sont plus tristes. Voyez les histoires sur l’infidélité ; elles montrent presque toujours un homme aux prises avec l’infidélité de sa femme...(…) “Il s’agit de ne pas perdre l’essentiel ; ne pas perdre la face, ne pas perdre la femme, ne pas perdre la mère. Pour un homme, une femme est essentielle. Un homme ne survit généralement pas longtemps à sa femme alors qu’une femme peut vivre longtemps après que son mari est décédé ; nous en voyons de multiples exemples. L’homme a besoin de la femme. La femme a envie de l’homme. De même, un homme achète une chemise parce qu’il en a besoin, une femme est capable d’acheter une grande quantité de chemisiers parce qu’elle en a envie.” (Propos recueillis par Eve Pelerins

http://www.alliancefr.com/magazine/hommes/moussa/moussa.html )

5. Humour juif Dans l’humour juif Moussa Nabati distingue quatre thèmes : Dieu, la femme, l’argent et le prochain (notamment l’antisémitisme). “ Prenons, par exemple, le rapport des juifs avec Dieu ! L’humour fonctionne comme une désacralisation du divin qui permet une intégration plus positive.”

Je suis le Messie.

– Comment le sais-tu ?

– Dieu me l’a dit.

Mais je ne t’ai rien dit du tout !

Deux rabbins discutent pendant toute une nuit de l’existence de Dieu et arrivent au petit matin à la conclusion que Dieu n’existe pas. Là dessus ils se séparent. Dans le courant de la matinée le premier voit le second faire ses prières. Il s’étonne :

– Comment, tu sais bien que Dieu n’existe pas et tu fais tes prières ?

Et l’autre de répondre :

– Qu’est-ce Dieu vient faire là-dedans ?

Un rav arrive avec ses disciples dans une auberge. Mais il n’y a plus de place. Furieux le rav jette une malédiction sur l’auberge : “Qu’elle brûle !”. Effrayés les gens se sauvent. Les élèves inquiets supplient le rav de revenir sur sa malédiction. Il accepte et la retire. Et Dieu fit un miracle : l’auberge ne brûla pas.

1934. Les persécutions nazies battent leur plein à Berlin et les juifs ne savent plus que faire. Dans un groupe d’amis on évoque le cas d’un homme qui s’est défenestré. “Bah ! dit l’un d’eux, s’il a trouvé une meilleure solution…”

– Samuel, ferme la porte, il fait froid dehors.

– Et si je ferme la porte, il fera moins froid dehors ?

Jacob habite Tel-Aviv. Il téléphone à son fils Samuel qui a émigré à New-York. Il lui dit :

– Je regrette de te gâcher ta journée, mais je dois t’informer que ta mère et moi sommes en train de divorcer. Quarante cinq ans de souffrance c’est assez.

 – Papa, comment peux tu dire ça ??? Et juste avant les fêtes !!!! “ lui crie le fils.

– Nous ne pouvons plus nous voir, répond le père, nous sommes fatigués  l’un de l’autre et j’en ai ras l’bol de toute cette histoire. Tu me rendras service si tu appelles ta soeur Anna à Chicago...”

Et il raccroche brusquement.

Désespéré, le fils appelle sa soeur qui est complètement outrée.

– Comment ? ils vont divorcer ? à leur âge ??? Je me charge de l’affaire...”

La fille téléphone aussitôt à son père et lui dit :

– Vous N’ALLEZ pas divorcer. Ne faites rien jusqu’à ce que nous venions mon frère et moi chez vous. Tu m’as bien entendu. RIEN !!!

Le père raccroche, se retourne vers sa femme et lui dit :

Très bien Rébecca, tout est parfait, les deux viennent passer les fêtes avec nous et ils payent eux mêmes leur billet d’avion !”

La tartine

Le petit Moshé est en train de manger son petit déjeuner quand, tout à coup, sa tartine tombe sur le sol.

Et alors, oh miracle, il se rend compte qu’elle est tombée sur la partie non beurrée. Aussitôt, il court voir le rabbin « Rabbin, rabbin, ce matin j’ai fait tomber ma tartine de beurre, et elle est tombée sur le côté non beurré, rabbin, rabbin, qu’est ce que cela peut signifier ? »

Alors, le rabbin réfléchit un instant et dit à Moshé. « Écoute, cela est un présage très étrange et j’ai besoin de me replonger dans les textes saints pour en comprendre toute la signification. Reviens donc me voir Lundi prochain ».

Moshé repart et attend avec beaucoup d’impatience le prochain Lundi. Quand, enfin, il arrive, il court voir le rabbin et, à peine arrivé, il s’empresse de lui demander la signification du présage.

-« Ah, Moshé, lui dit le rabbin, j’ai beaucoup réfléchi à la question et il n’y a qu’une explication possible : tu avais beurré ta tartine du mauvais côté! »

Polygamie

Un rabbin avait une grande discussion avec un mormon sur la polygamie.

Cet homme lui lança : « Pouvez-vous me citer un seul passage de la Bible interdisant la polygamie ? »

Le Rabbin lui répliqua avec un pointe d’humour : « Nul ne peut servir deux maîtres à la fois »

Qui voit double ?

Pendant son enfance, on demanda à «Rav Héchil», :

Nous savons que pour Shabbat et fêtes, la femme doit allumer deux bougies. Ne pourrait-on pas simplement prendre un miroir, et n’allumer qu’une seule bougies ?, Ainsi, deux bougies seraient allumées : celle de la réalité et celle qui en est le reflet !

Sa réponse prouvait qu’il serait un grand en Torah : «Non cela ne marcherait pas ! Car si l’on se sert d’un miroir, il y aura aussi une deuxième femme et pour deux femmes il faudrait quatre bougies !»

Trois mères juives discutent

– Mon fils, il est tellement riche, que, s’il voulait, il pourrait acheter une bijouterie, dit la première.

– Le mien, il est tellement riche que, s’il voulait, il pourrait acheter toutes les bijouteries de la place Vendôme, dit la seconde.

– Qui vous dit que mon fils veut vendre ? demanda la troisième ?

Tout va bien ?!

C’est un juif qui téléphone à sa mère :

– Allô Maman ? Comment ça va ?

– Ça va bien…

– Oh ! Désolé, mais je me suis trompé de numéro…

Taxi

Un philosémite (eh oui il en reste !), va en visite en Israël, et demande au chauffeur de taxi, de l’emmener à l’endroit ou vont pleurer tous les juifs. Le taxi, l’emmena directement à la direction des impôts.

Dot

Un jeune juif, va rencontrer le multimilliardaire Rosenblum et lui dit:

– J’ai une excellente affaire à vous proposer, qui nous fera gagner trois cents mille dollars à chacun.

– Oh ! c’est une belle somme, quelle est votre proposition cher jeune homme ?

– Voilà, j’ai entendu que vous donnerez six cents mille dollars de dot à votre fille, je vous la prends pour la moitié.

Le beurre et l’argent du beurre

Version juive d’un proverbe connu: Il ne faut pas vendre la peau de l’ours. Il faut la louer…

Version juive, tailleur du Sentier : Il ne faut pas tuer l’ours avant d’avoir vendu sa peau.

C’est l’histoire d’un rabbin et d’un évêque

Au cours de la réception présidentielle du 14 Juillet dans les jardins de l’Elysée, le grand Rabbin de France se retrouve aux côtés du Cardinal Lustiger. Pour plaisanter, l’archevêque dit au grand rabbin :

– Alors dites-moi, quand allez-vous céder a la tentation et goûter au porc ?

Et le Grand Rabin Joseph Sitruk répond :

– A votre mariage, Monseigneur, à votre mariage…

Un peu plus tard, toujours devant le buffet, l’archevêque remarque que le grand rabbin met de l’eau dans son vin. Sautant sur l’occasion, il lui dit :

– Et alors, vous baptisez votre vin maintenant ?

Mais l’autre répond :

– Ah mais pas du tout : je le coupe.

6. Humour musulman. “Sublimes paroles et idioties de Nasr Eddin Hodja” recueillies et présentées par Jean-Louis Maunoury, Editions Phebus). Nasr Eddin est un personnage de la tradition orale dont les histoires circulent dans tout le monde arabo-musulman depuis le XIII° siècle et Tamerlan dont il aurait été un familier. Il est à la fois astucieux et stupide. C’est un “idiot complet” : il a atteint le niveau suprême de l’idiotie comme d’autres atteignent l’illumination dans le bouddhisme tibétain.

Nasr Eddin vole du blé chez le meunier et met dans son sac à lui les grains d’un autre. Il se fait prendre :

Je ne sais pas très bien ce que je fais, je suis un peu idiot, paraît-il.

– Si tu étais idiot rien ne t’empêcherait de faire le contraire, lui répond-on.

Je suis idiot, soit, mais pas au point de ne pas reconnaître mon sac à moi.

Nasr Eddin Hodja est surtout un maître par son ignorance encyclopédique. Pourtant Nasr Eddin signifie “soutien de la religion” et Hodja “maître d’école coranique”. Les exégètes qui viennent le consulter sont toujours déçus. A toutes les questions de l’un d’entre eux il a répondu qu’il ne savait pas. Le savant lui lance :

– Je vois que ta renommée ne repose sur rien.

– Qu’en sais-tu ? lui répond le Hodja. Je suis renommé pour ce que je sais et non pour ce que je ne sais pas.

Au cours d’une ablution rituelle, Nasr Heddin perd une babouche dans le courant. Il lève la tête et crie : “Reprends ton ablution et rends-moi ma babouche.”

7. Humour de sources diverses.

Suisse. Un Genevois parle si lentement que lorsqu’il se met à vous raconter son passé vous en faites vraiment partie.

URSS : – De quelle nationalité étaient Adam et Eve ? – Soviétiques. Parce qu’ils vivaient nus, n’avaient qu’une pomme à partager et se croyaient au paradis.

Harem. Un sultan, naguère très actif auprès de ses cinquante femmes, se montre de plus en plus défaillant. Il explique d’abord qu’il a des soucis de gouvernement puis de santé et enfin il avoue la vraie raison à ses concubines délaissées : “J’aime un autre harem” (racontée par Gérard Genette dans Figures V, Seuil, 2002)

Histoire vraie

Transcription d’une communication radio entre un bateau de la US Navy et les autorités canadiennes au large des côtes de Newfoundland en octobre 1995.

Américains : Veuillez vous dérouter de 15 degrés Nord pour éviter une collision. A vous.

Canadiens : Veuillez plutôt VOUS dérouter de 15 degrés sud pour éviter une collision. A vous.

Américains : Ici le capitaine d’un navire des forces navales américaines. Je répète : Veuillez modifier VOTRE course. A vous.

Canadiens : Non, veuillez VOUS dérouter je vous prie. A vous.

Américains : ICI C’EST LE PORTE AVIONS USS LINCOLN, LE SECOND NAVIRE EN IMPORTANCE DE LA FLOTTE NAVALE DES ETATS UNIS D’AMERIQUE. NOUS SOMMES ACCOMPAGNES PAR 3 DESTROYERS, 3 CROISEURS ET UN NOMBRE IMPORTANT DE NAVIRES D’ESCORTE. JE VOUS DEMANDE DE DEVIER DE VOTRE ROUTE DE 15 DEGRES NORD OU DES MESURES CONTRAIGNANTES VONT ETRE PRISES POUR ASSURER LA SECURITE DE NOTRE NAVIRE. A VOUS.

Canadiens : Ici, c’est un phare. A vous.

Roger et Alii

Retorica

(2.750 mots, 15.900 caractères)

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