28 RHE paraphrase définitions 2009_04

28 RHE paraphrase définitions 2009_04

1. Le terme paraphrase (du grec : “phrase à côté”) connaît trois acceptions

Acception I. C’est une amplification. Voir POE Malherbe Paraphrase du psaume 145. Pour en mesurer la valeur il faut mettre en parallèle le texte originel et le texte paraphrasé. Pour le psaume lui-même consulter :

http://www.aelf.org/bible-liturgie/Ps/Psaumes/chapitre/145

Pour le poème de Malherbe et un commentaire composé consulter :

http://lewebpedagogique.com/bac-premiere/paraphrase-du-psaume-cxlv-malherbe-commentaire-gratuit/

Acception II. C’est le verbiage. Le dictionnaire Robert explique :1° développement explication d’un texte  2° (1676) développement verbeux et confus.” On glisse facilement du premier sens au second. Dans une explication de texte ou un commentaire composé paraphraser c’est redire exactement ce que dit l’auteur en moins bien et avec d’autres mots. Voir plus loin.

Acception III. C’est ce que j’appelle la traduction-commentaire. L’exemple le plus connu est celui du targum. Ce mot signifie “traduction” en araméen. Il s’agissait des anciennes traductions de la Bible en araméen composées plusieurs siècles avant notre ère. Elles étaient destinées à un public qui comprenait mal l’hébreu mais très bien l’araméen, langue véhiculaire de tout le Moyen-Orient d’alors. Ces traductions comportaient des commentaires pour en faciliter la compréhension. Les plus célèbres sont les targums d’Onkelos et de Jonathan. Mes élèves ayant quelquefois du mal à comprendre certains sonnets difficiles des XVI° et XIX° siècles français j’ai repris ce procédé. Voir POE sonnet (2009_04_21) traduction-commentaire Mallarmé.

2. L’acception II pose évidemment problème. Expliquer, commenter un texte c’est le déplier (ex-plicare : ôter le pli), en somme le mettre à plat. Il s’agit de révéler ce qui y est caché et qui donc n‘apparaît pas à première lecture : la construction, la psychologie des personnages, les figures de style, les effets sur le lecteur, etc. Comme il est très facile de glisser vers la paraphrase au mauvais sens du texte voici quelques conseils pour remettre l’explication sur ses rails.

21. Le sens des mots et la grammaire. S’intéresser au sens des mots (sens propre, sens figuré, sens du texte), voir aussi la valeur des verbes, des temps, la place des adjectifs, les répétitions, la progression des énumérations etc… la phonétique aussi : le rythme de la phrase, la répétition de certains sons ; enfin la ponctuation qui marque le rythme (ponctuations fortes comme le point-virgule ou légères comme la virgule…)

22. La commutation. On remplace un mot qui paraît curieux par un autre de sens voisiplus banal et on voit par comparaison l’effet produit.

23. Faire un sort à tous les mots que l’on sent importants et les souligner pour ne pas les oublier.

24. Se poser des questions sur l’auteur et le texte. Quelles sont les intentions de l’auteur ? à qui s’adresse-t-il ? quel ton adopte-t-il ? quelles sont les données du problème ? quel est le plan adopté et pourquoi ? les expressions imagées du texte et qui surprennent : pourquoi surprennent-elles ? que veulent-elles dire ? etc.

Expliquer un texte c’est toujours une enquête un peu policière. On ne cherche pas qui a tué mais ce que l’auteur veut dire et comment il le dit. Chaque fois qu’on cherche à élucider le sens du texte on est dans la bonne direction.

3. Voici l’exemple canonique d’une explication qui fuit la paraphrase.

N… arrive avec grand bruit ; il écarte le monde, se fait faire place ; il gratte, il heurte presque ; il se nomme ; on respire, et il n’entre qu’avec la foule.” (La Bruyère, Les Caractères, VIII, De la Cour)

Sorte d’énigme, héritage de la Préciosité. Où est-on ? qui est N… ? que fait-il ? Versailles, 1688 environ ; on devine qu’il s’agit du salon de l’Œil de Beuf et que N… ambitionne d’assister au petit lever du roi. On voit un peu mieux : important personnage, N… se présente, gratte à la porte de la chambre du roi… mais on ne le reconnaît pas parmi les intimes, il est éconduit au grand soulagement de ses voisins.

C’est une petite comédie avec son unité de lieu (le salon de l’Œil de Bœuf), de temps (en quelques minutes), d’action (N… entrera-t-il ou non ?). Ceci est marqué par la ponctuation forte, trois petits actes séparés par un fort silence, celui des points-virgules. A l’intérieur de chaque acte, des sortes de scène séparées par des silences plus brefs : virgules ou deux-points.

N…. Il voulait être quelqu’un, avoir un nom et son châtiment c’est de ne pas en avoir, de rester anonyme, situation pénible mais courante à Versailles où chacun cherche à se faire remarquer. “arrive” : le présent de narration, “avec grand bruit” : brutalité qui choque le narrateur présent et la foule, les deux-points amorcent l’explication, “il écarte le monde” : il ne s’excuse pas et le verbe factitif “se fait faire place” est plus brutal encore. D’où étonnement scandalisé. Encore un de ces nouveaux riches, de ces PTS (“partisans” c’est-à-dire financiers) qui se croient tout permis.

“il gratte” : le point-virgule marque la longue pause pendant laquelle il a progressé dans le salon, donc une ellipse. La Bruyère ne marque que les temps forts et au présent. “gratte… heurte” : progression qui marque l’impatience d’un homme méconnaissant la majesté du lieu, “presque” : il se retient à peine, valeur ironique de l’adverbe.

La porte s’est entre-baillée (le point-virgule), “il se nomme” : donc ce n’est pas un familier, ellipse de la porte qui se reforme, “on respire” : ironie discrète de la foule et humiliation “il n’entre qu’avec la foule” : l’anonymat.

Conclusion. 1. l’observation ironique d’une scène de cour, 2. l’extrême concision formelle, élégance classique : le “je ne sais quoi”, 3. satire à peine voilée d’une classe sociale qui se croit tout permis, colonise même la cour.

(d’après Guy Michaud, revue Le Français dans le Monde, vers 1970)

Roger et Alii

Retorica

(960 mots, 5.900 caractères)

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