28 RHE Persuasion mort rhétorique 2016-02-13

12 GUE Daesh jeunes chair à djihad

26 REL méditation vie Présence

C’est un entretien récent du rabbin Marc-Alain Ouaknin avec Patricia Farazzi (« Talmudiques » France-Culture dimanche 31 janvier 2016) qui m’a fait découvrir les informations qui suivent.

Roger

1. Patricia Farazzi « Un crime parfait » (Ed de l’éclat / éclats 2015). C’est le plus petit polar (62 pages), le moins coûteux (5 euros) et le plus terrifiant. On lit en 4° de couverture : « Qui a ‘tué’ Carlo Michelstaedter le 17 octobre 1910, alors qu’il venait de mettre la dernière main à son livre, « La Persuasion et la rhétorique » ? Quel implacable adversaire a-t-il dû affronter dans cette « guerre aux mots avec les mots » qu’il a livrée et qui lui fut fatale ? Dans cette parabole sur un suicide énigmatique, Patricia Farazzi réinvente, par-delà les temps, les derniers instants du jeune philosophe aux prises avec le prince de la rhétorique. »

2. Il y a une continuité assumée des Orphiques, à Pythagore, à Socrate et à Platon. Et puis c’est la rupture que définit Carlo Michelstaedter dans une comparaison énigmatique : « Ceux qui prétendent trouver dans la rhétorique d’Aristote la « réalisation » de la rhétorique de Platon… sont comme celui qui, entrant dans une auberge à l’enseigne du Cerf d’or, croit qu’on va lui servir un cerf en or. »

3. La rhétorique d’Aristote a pour objet la persuasion. L’homme devient un homme persuadé. Tant que la rhétorique restait l’apanage d’une élite, ses dégâts quoique réels restaient limités. Mais elle s’est répandue dans le monde entier. Même ceux qui s’en méfiaient et la dénonçaient en ont été infectés ainsi que le remarque Aristote dans ce roman policier : « … finalement, les Debord et les Orwell, pour ne citer qu’eux, ont été très bien intégrés dans le paysage médiatico-rhétoricien, un peu de récup, un film ou deux, une extension au domaine de la publicité, un nouveau phénomène de mode et, ni une ni deux, entrez dans la société du spectacle… » (p. 46)

4. Carlo Michelstaeder (1887 – 1910) pressent, découvre les terrifiantes possibilités de l’avenir et il en meurt. Comme en mourront sa mère et sa sœur, déportées à Auschwitz, car juives. La question essentielle est : Comment échapper à la rhétorique et ne pas désespérer du langage ? car « L’homme persuadé est un homme mort ». Le Deutéronome dit : « Tu choisiras la vie ». Sur sa pierre tombale, Carlo Michelsdtaeder a peut-être lui-même fait graver cette citation de I Samuel 25, 29 : « Que ton âme soit enveloppée dans le faisceau des vivants. » Or pour lui les vivants étaient tous les penseurs d’avant Aristote et tous ceux qui n’étaient pas des « hommes persuadés » et qui savaient douter.

5. Dans une autre perspective, Raymond Boudon, sociologue, est l’auteur de « L’art de se persuader des idées douteuses, fragiles ou fausses » (1990 Fayard). On peut en demander un condensé annoté par Piero pour l’association « Délivrez les idées ! » à nunge.gillet@free.fr. Pour un compte-rendu plus rapide voir http://www.persee.fr/doc/rfsoc_0035-2969_1992_num_33_1_4130

Simmel a pu montrer que des raisonnements formellement justes entraînaient des conclusions fausses. En fait le « modèle  de Simmel » introduit des prémisses implicites. Or celles-ci sont toujours présentes dans les raisonnements scientifiques. D’où des pensées circulaires ou lacunaires. Mais ce n’est pas gênant dans la mesure où ces pensées sont le plus souvent vérifiées par l’expérience. Mais on risquerait d’en déduire que la vérité scientifique serait une vérité purement personnelle. Il faut résister à ce scepticisme. L’argent, thème majeur de Simmel, transforme le qualitatif en quantitatif mais lui doit-on la notion de mesure (du temps, de la température…) qui est le fondement de notre civilisation ? Les a priori sont confirmés ou démentis par l’usage. (d’après le compte-rendu de François-André Isambert, Revue française de sociologie, 1992)

6. Comment articuler ces deux types de persuasion ? Celle de Boudon est de nature logique. Par essence elle évacue la rhétorique comme maîtresse d’erreur. En ce sens elle rejoint celle de Carlo Michelstaeder. Mais cette dernière est bien plus large et de nature métaphysique. Michelstaeder était philosophe et juif. Or le doute est au centre de la pensée juive.

Voir 21 PHI BHL L’esprit du judaïsme

7. Les juifs ne devraient jamais être des « hommes persuadés » et pourtant certains le sont. Sont-ils encore juifs ou sont-ils déjà morts ? Mais personne ne devrait faire partie des « homme persuadés ». Sont ou ont été des « hommes persuadés » : les nazis, les communistes, les djihadistes. Dès que le doute s’installe l’homme persuadé redevient une personne et réintègre la communauté humaine dont il s’était involontairement séparé.

Roger et Alii

Retorica

790 mots, 4 800 caractères 2016-02-15

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