29 SCI catastrophes solutions 2015 10

Roger Favry et Pierre Housez. Les Catastrophes. BT2 2005

J’ai revu soigneusement ce texte. Je n’ai pas changé les chiffres qu’on actualisera grâce à internet. Les données fondamentales restent les mêmes mais je les complète avec « l’économie circulaire ». (Voir 8.5)
Roger

1. Présentation générale
11. Catastrophes collectives
12. La notion de “risque majeur”
13. Quelques grandes catastrophes
14. L’émotion puis l’oubli : Malpasset
15. Étymologies et définitions
2. Les catastrophes naturelles
21. Les famines
22. Volcans et tsunamis
23. Les déluges et les cyclones
24. Les canicules
25. Réponses irrationnelles
26. Réponses rationnelles
3. Les épidémies
31. La variole
32. La peste
33. Le sida et le paludisme
34. Une catastrophe évitée : le sras
4. Guerres, génocides, terrorisme
41. La guerre au savoir
42. Les guerres mondiales
43. Les génocides. La Shoah
44. Les terrorismes
45. Les armes de destruction massive
5. Catastrophes technologiques
51. Le réchauffement climatique
52. Les marées noires
53. Catastrophes chimiques : Bhopal, AZF
54. Catastrophes nucléaires : Tchernobyl
55. Problèmes génétiques
56. Les assurances face aux risques
57. Fin des décisions absurdes ?
6. Catastrophes économiques
61. Les crises économiques : 1929 2008
62. Les catastrophes silencieuses
63. Mondialisation et frustrations
64. Délinquance ultra-libérale
65. Modes de vie catastrophiques
7. Les catastrophes majeures
71. Mort de l’univers, mort de l’homme
72. Progrès, fuite en avant
73. L’épuisement de la nature
74. La pénurie d’eau potable
75. Menaces sur le XXI° siècle
8. Affronter le futur
81. Pédagogie des catastrophes
82. Prévision et cindynique
83. Autre croissance, autre politique
84. Un immense espoir
85. L’économie circulaire
9. Pour en savoir plus

1. Présentation générale

Les médias parlent constamment des catastrophes aux journaux télévisés de 20 heures. D’où une inquiétude légitime. Nos sociétés ont connu deux horizons successifs : la révolution (au XVIII° s) et la guerre (aux XIX° et XX° s). Pour le XXI° siècle l’horizon serait le grand accident informatique qui plongerait la planète Terre dans le chaos (1). “Si tu ne sais pas où tu vas, regarde d’où tu viens” dit un vieux proverbe africain. Un bref catalogue de quelques unes des grandes catastrophes du passé permettra d’y voir plus clair et de proposer une définition.
(1) d’après Paul Virilio, urbaniste et philosophe contemporain qui s’intéresse aux catastrophes comme accidents inévitables, l’ ”accident” est en latin “ce qui arrive”. Virilio remarque que l’avion a créé la catastrophe aérienne. L’A380 crée déjà potentiellement son accident : 800 morts (France-Culture, 2005_02_01).

11. Catastrophes collectives.
La mort d’une personne aimée est toujours une catastrophe. Cette catastrophe personnelle peut être liée à une catastrophe collective. On peut en distinguer trois types :
– les catastrophes naturelles (comme les tsunami)
- les catastrophes humaines (comme les guerres)
- les catastrophes humaines senties comme inévitables, donc “naturelles” et qu’on juge – à tort – relevant de la fatalité.
Les hommes sont présents dans toutes les catastrophes. On construit et on vit souvent là où elles peuvent arriver. Ceci relève de la “construction sociale du risque” (1)
(1) d’après un débat entre Jean-Pierre Dupuy (“Pour un catastrophisme éclairé” Seuil) et E. Larrère (“Du bon usage de la nature” Aubier), émission Répliques d’A. Finkielkraut 20/04/2002).

12. La notion de “risque majeur”.
Un évènement potentiellement dangereux devient un “risque majeur” quand il concerne de nombreuses victimes, un coût important de dégâts matériels et des atteintes importantes à l’environnement. Sa fréquence est faible mais sa gravité énorme. « La définition que je donne du risque majeur, c’est la menace sur l’homme et son environnement direct, sur ses installations, la menace dont la gravité est telle que la société se trouve absolument dépassée par l’immensité du désastre » (Haroun Tazieff, vulcanologue, vers 1970).
On regroupe les risques en cinq grandes familles dont seules les trois premières sont qualifiées de “risques majeurs”.
– les risques naturels : avalanche, feu de forêt, inondation, mouvement de terrain, cyclone, tempête, séisme et éruption volcanique ;
– les risques technologiques : d’origine anthropique (humaine), ils regroupent les risques industriel, nucléaire, biologique, rupture de barrage …
– les risques du transport. Transports collectifs ou transports de matières dangereuses sont un cas particulier des risques technologiques.
– les risques de la vie quotidienne (accidents domestiques, accidents de la route…) ;
– les risques liés aux conflits.
(1) Voir :
http://www.prim.net/citoyen/definition_risque_majeur/definition.html

13. Quelques catastrophes majeures
On peut citer les grandes famines.
Europe 1315 – 1317 : des millions de personnes mais pas de chiffres.
France 1769 : 1 million de personnes
Irlande 1845 – 1848 : 1,5 million
Chine 1876 – 1879 : 9 à 13 millions
Inde 1896 à 1900 : 5 millions
Union soviétique 1932 – 1933 : 6 à 7 millions.
Biafra 1967 – 1969 : 1 million

On peut ensuite citer les épidémies
Au Moyen Age, la Peste Noire (1347 – 1351) aurait provoqué la disparition en
Europe de 6 à 12 millions de personnes soit la moitié ou le tiers d’une population évaluée selon les hypothèses les plus basses à 25 millions
L’épidémie de grippe espagnole (1918-1920) fit 21.640 000 victimes, soit
presque trois fois les pertes de la Première Guerre Mondiale (8 millions).

Les pertes des guerres se chiffrent par millions de morts.
Seconde Guerre Mondiale : 50 millions de morts
Soudan guerres : 5 millions de morts sur 20 ans.

Les catastrophes naturelles du type “tsunamis” sont relativement moins importantes : elles se situent en dessous du million de morts.

14. L’émotion puis l’oubli : Malpasset
Le 2 décembre 1959, à 21.30 h le barrage de Malpasset cède et libère plus de 50 millions de mètres cubes d’eau. La vague ravage la région de Fréjus (Var), emportant maisons, voitures et trains. Les sauveteurs sortiront 430 morts, surtout des enfants. Urgence des secours, affliction générale, visite-éclair des plus hautes autorités de l’État (le général de Gaulle passe une matinée à Fréjus), promesse de réparations, commissions d’enquête, information judiciaire, projet de loi. Formidable élan de solidarité de la part des radios et de la chaîne unique de télévision.
La justice trouve un responsable, un bouc émissaire, un ingénieur finalement innocenté en 1964. Les enquêtes relèvent une accumulation d’imprudences, d’incompétences, d’économies dangereuses, d’impréparation et aussi de malchance. On note surtout l’insuffisance des études géologiques et la conception du barrage. En 1973 le Conseil Général du Var est condamné comme maître d’œuvre, donc responsable principal. Les socialistes qui dominaient la vie politique locale sont alors balayés. Dès 1962 un nouveau barrage est construit dans la région (à Siagne) sur une conception différente, celle du barrage-poids.
Malpasset est un cas typique. Souvent, l’instruction judiciaire semble s’enliser et les assurances dédommagent très mal les sinistrés. Mais des mesures sont prises et des lois votées, comme la nécessité d’études géologiques très approfondies dans le cas des barrages. Pourtant après le “Plus jamais ça !” l’oubli s’installe jusqu’à la prochaine fois. Seuls les survivants se souviennent. (d’après Benoît Hopquin Le Monde 2004_10_29)

15. Etymologies et définitions
Dans “catastrophe” et “cataclysme” on trouve la préposition grecque “kata -” qui signifie “du haut vers le bas”, incluant l’idée de chute. “Catastrophe” c’est “kata” + “strophé” : “action de tourner” (1)
La théorie des catastrophes. René Thom (1923 – 2002) a publié sa “Théorie des catastrophes” en 1972. Il s’agit de changements brutaux en géométrie, des “catastrophes qui n’ont jamais tué personne” (René Thom). Cette théorie n’explique pas les calamités mais des phénomènes très généraux qui relèvent de domaines différents : biologie, géologie, éthologie, linguistique, sociologie, sciences cognitives. En 1995 René Thom parlait de “théorie morte de sa belle mort” car elle offre des prédictions qualitatives mais pas quantitatives, pas mesurables.
La théories du chaos. Le météorologiste Ed Lorenz découvrit après 1945, grâce à des simulations successives sur ordinateurs, que la complexité des phénomènes ne permettait plus leur prévision. Ils lui semblaient relever du “chaos” et en somme “le battement d’aile d’un papillon dans l’Atlantique pouvait déclencher un cyclone dans le Pacifique”.
Une définition : Une catastrophe est un évènement qui provoque un traumatisme collectif durable par le nombre des morts et l’étendue des destructions. Elle provoque une compassion orientée par les médias et qui oscille entre fatalisme et volontarisme. Des mesures sont prises. Une nouvelle catastrophe efface la trace médiatique des précédentes.
(1) La “catastrophe” est liée à la tragédie grecque : strophé : premier tour du chœur / anti-strophé : retour du chœur sur ses pas / cata-strophé : fin de la pièce. La catastrophe c’est l’élément qui provoque le dénouement.
“Cataclysme” : du grec “cata-klusmos” de “klusmos” mouvement des flots, “cata-clusmos” : débordement, déluge.

2. Les catastrophes naturelles
Les catastrophes naturelles mettent en jeu les quatre éléments traditionnels, l’eau, l’air, la terre et le feu. Dans les médias des commentateurs présentent quelquefois comme “naturelles” au sens d’inévitables, des évènements dramatiques dont ils ne cherchent pas à approfondir des causes.
En 1998, 500 personnes sont tuées dans l’explosion d’un oléoduc au Nigeria (information France 3). On apprend ensuite qu’elles ont été tuées en tentant de récupérer du carburant qui s’échappait du pipe-line (TF1). Le pipe-line avait été volontairement endommagé par des personnes qui se livrent au trafic du pétrole, très courant au Nigeria. La pénurie d’essence y est constante car pour payer sa dette, le gouvernement nigérian doit vendre l’essentiel de sa production. Chaque jour de jeunes Nigérians traversent la frontière pour vendre dans les pays voisins leur essence où elle est huit fois plus chère (archives France 3). (d’après “Catastrophes naturelles” par Daniel Schneidermann, Le Monde 1998_10_ 25). Ainsi au-delà du fait divers tragique on découvre un pays riche, étranglé par sa dette et dont la population vit très difficilement. Face aux catastrophes naturelles on rencontre des réponses irrationnelles ou rationnelles

21. Les famines
Les famines ont été et restent la hantise de l’humanité. Depuis dix mille ans environ (soit 8 000 avant notre ère) les chasseurs-cueilleurs sont devenus progressivement des agriculteurs et des éleveurs. Maîtriser ainsi les ressources naturelles de leur environnement représenta un immense effort auprès duquel la situation antérieure sembla merveilleuse. C’est ce que les grands récits de l’humanité appelèrent l’âge d’or (mythe grec) ou le jardin d’Eden (mythe biblique). On ne pouvait plus cueillir fruits et légumes. Il fallut gagner son pain “à la sueur de son front” (Bible, Genèse, 3, 19).
La famine peut devenir un instrument de guerre. Ce fut le cas de la famine connue par l’Ukraine en 1932-1933 et qui provoqua en quelques mois la mort de 4 millions de personnes. Le pouvoir soviétique avait engagé une lutte sans merci contre le monde paysan qu’il accusait d’affamer les villes. (1).
La faim frappe toujours impitoyablement. Une personne meurt de faim toutes les 3,6 secondes, selon le Programme Alimentaire Mondial des Nations Unies (2001). Les trois quarts sont des enfants de moins de 5 ans. Ceci représente une mortalité de 1 000 personnes à l’heure, de 24 000 en 24 heures, de 720 000 en un mois et de 8 640 000 en une année. Les causes sont connues : la déforestation, la monoculture d’exportation développée aux dépens des cultures vivrières. Enfin la mécanisation à outrance. Des solutions alternatives existent. (2)
(1) “1933, L’année noire. Témoignages sur la famine en Ukraine”. Présentation de Georges Sokoloff. Ed. Albin Michel 2000. Compte-rendu d’A. Laignel-Lavastine, Le Monde du 02/02/2001.
(2) François de Ravignan “La faim, pourquoi ?” La Découverte, 122 p, 2003, 6,40 €. Pour les solutions alternatives consulter www.agriculture-durable.solidarité.org.

22. Volcans et tsunamis.
“Tsunami” est un mot japonais (nami “vague” + tsu “port”) qui désigne une vague géante provoquée par une secousse sismique. Le Japon connaît bien les tsunamis : 1896 (27 000 morts). Il a appris à en limiter les effets grâce à un système d’alerte qui prévoit le tsunami quatre minutes après la secousse.
Les tsunamis ont toujours existé. Un historien latin, Ammien Marcellin a décrit le tsunami du 21 juillet 365. Selon les archéologues ce récit semble amalgamer des crises sismiques survenues dans les années 350-360 et la peur devant les invasions barbares. On retrouve le même type d’amalgame dans le récit de l’Atlantide par Platon (1).
Le tsunami du 26 décembre 2004 a ravagé dans l’océan Indien le nord de l’île de Sumatra en Indonésie, les côtes de la Malaisie, de la Thaïlande, de la Birmanie, du Bengladesh, de l’Inde du Sud, du Sri-Lanka et des Maldives. Le séisme affichait 9 sur l’échelle de Richter. Il causa la mort de plus de 200 000 personnes dont 7.500 touristes occidentaux. Ce qui explique en partie l’émotion des médias. L’épicentre se trouve à l’intersection de trois plaques tectoniques australienne, indienne et eurasiatique. Paul Tapponnier, directeur du laboratoire de tectonique à l’Institut de physique du globe de Paris, explique que la plaque asiatique a chevauché la plaque indienne en la comprimant pendant des siècles puis ce fut la secousse. Le bilan est à comparer à celui de séismes chinois célèbres : le Tangshan en 1976 (255 000 morts) ou Xian en 1556 (830 000 morts). Ce bilan est dû à la densité des populations mais aussi à la guerre civile qui règne en Indonésie et au Sri-Lanka gênant le travail scientifique. En 2004 trois tsunamis plus forts ont menacé les côtes du Pacifique mais la prévention a limité les dégâts. La sismotectonique (l’étude des failles actives) permet de mieux observer ces phénomènes grâce aux satellites. Une surveillance planétaire est en cours de négociation (2005)
(1) Roger Favry “L’Atlantide” bt2 64, PEMF, 2003. Le texte est lisible sur le site www.retorica.info.

23. Les déluges et les cyclones
Les récits de déluge abondent dans la littérature mondiale. Ils s’expliquent par la montée des eaux survenue il y a 18.000 ans à la fin de la dernière glaciation. Le déluge décrit par la Bible, d’après un texte mésopotamien, est peut-être le récit d’un évènement géologique survenu il y a environ 7 600 ans, soit vers 5.600 avant notre ère. La fonte des glaces entraîna des masses d’eaux impressionnantes, notamment en Méditerranée. Elles franchirent le détroit du Bosphore et transformèrent en mer Noire ce qui était un simple lac d’eau douce. Le niveau des eaux en Méditerranée s’éleva de 120 mètres. La grotte Cosquer., chef d’œuvre de l’art préhistorique (- 30 000 ans) se retrouva ainsi sous la mer. En septembre 2004 le cyclone Jane frappa Haïti, Cuba puis la Floride. Trois pays touchés, trois bilans différents :
– Haïti : 2.000 morts. L’administration anarchique et corrompue laisse la population désarmée devant les effets de la déforestation et de l’érosion des sols : les pentes ne retiennent plus les eaux. Le désastre vient de tous les côtés.
– Cuba : zéro mort. Le régime de Fidel Castro a doté ce pays pauvre d’un système d’information et de prévention efficace. La population est mise à l’abri par ses équipes de secours.
– Floride : 6 morts. Cet État riche s’est doté d’une organisation qui a fait ses preuves. Par quatre fois dans la même saison il lui a fallu évacuer 3 millions de personnes.

24. Les canicules.
En août 2003 la canicule tue 15.000 personnes dans notre pays. La France se glorifie d’avoir le meilleur système de santé au monde mais elle a moins bien protégé ses personnes âgées que ne le font ses voisins. Pourquoi ? Nous n’avons plus le système de protection familiale traditionnelle et la protection collective est insuffisante par manque de personnel d’où, dans les maisons de retraite et ailleurs, négligence des gestes élémentaires (comme donner à boire aux vieillards). Lucien Abénaïm (1) aborde les problèmes du principe de précaution face au risque. Il ne s’agit pas d’avoir peur mais d’être correctement informé. Il demande la création d’un ministère des risques qui s’appuierait sur des agences fortes, indépendantes du pouvoir politique et donc pleinement responsables. (1)
Lors des canicules de 1718-1719 il y eut en France 700.000 morts dus à la famine suite à la rareté du grain, à la baisse du niveau des eaux facteur de pollution et de dysenterie. Déjà dans les étés 1636 et 1705 il y avait eu 500.000 morts en France pour les mêmes raisons. Les progrès sont donc considérables. Mais d’autres canicules nous attendent dues cette fois au réchauffement du climat.
(1) Lire de Lucien Abénaïm “Canicule” Fayard) ex. directeur général de la santé. 2004.

25 Réponses irrationnelles
Pendant des siècles l’humanité a voulu calmer la colère des dieux par des sacrifices humains. Ainsi à Cnossos, en Crète (entre 1700 et 1400 avant notre ère), les archéologues ont retrouvé “sous les décombres du monument disloqué (…) la victime, un jeune homme, sous la lame de bronze qui avait servi à le mettre à mort aux pieds du prêtre meurtrier, tandis qu’un assistant et une assistante avaient essayé mais sans succès de s’enfuir” (Henri Van Effenterre, “Les Egéens aux origines de la Grèce”. Armand Colin, 1980). Il est probable que les jeunes gens que les Crétois exigeaient d’Athènes en tribut étaient destinés à être sacrifiés en cas de tremblement de terre.
Cette pratique inhumaine canalisait l’émotion populaire. Le grand séisme de 1923 (140 000 morts), qui détruisit Tokyo et Yokohama, avait été suivi par le massacre de Coréens de Chinois et d’anarchistes tués par les milices nippones à la suite de la propagation de fausses rumeurs. On les accusait de piller les maisons et d’empoisonner les puits. Au total 28.000 victimes. Le 1er septembre, anniversaire du séisme de 1923, est devenu “la journée de prévention des catastrophes”. C’est l’occasion d’exercices en prévision du Big One ; on y simule une catastrophe d’amplitude 6 sur l’échelle de Richter.
La catastrophe était souvent interprétée comme un avertissement pour une autre pire encore : “(Jésus dit) ces dix huit sur qui tomba la tour à Siloé, et qu’elle tua, croyez-vous qu’ils étaient plus coupables que tous les hommes habitant Jérusalem ? Non, vous dis-je ; mais si vous ne vous repentez pas, vous périrez tous pareillement.” (Luc 13; 4-5).
En 1755, le tremblement de terre de Lisbonne fit en quelques instants 10.000 morts sur 260.000 habitants. 35 des 40 plus importantes églises furent détruites. il y eut d’autres secousses et la rumeur parla de 100.000 morts. L’onde de choc se propagea jusqu’en Allemagne et les secours affluèrent de toute l’Europe. Les réponses des autorités portugaises furent de brûler quelques juifs pour calmer la colère divine. Il en résultat un débat sur les responsabilités de Dieu face au mal (Voltaire : “Poème sur le désastre de Lisbonne”, Rousseau “Lettre sur la Providence”). Comment Dieu, s’il existe, permet-t-il de telles horreurs ?
Ce débat est toujours actuel. En France après la tempête de fin décembre 1999 des intégristes catholiques jugèrent qu’il s’agissait d’un châtiment de Dieu. Même réaction chez les islamistes algériens après le séisme d’Alger Kabylie en mai 2003 : c’était la faute des femmes dévoilées et certaines se remirent à porter le voile en expiation de leurs “erreurs”. Enfin après le tsunami du 26 décembre 2004 des prêcheurs indonésiens affirmèrent que “Allah est bon” et que ce séisme n’était qu’un avertissement pour inciter au repentir.

26. Réponses rationnelles
Les réponses religieuses ne sont pas toutes aussi obscurantistes. Une prière musulmane insiste sur la responsabilité humaine : “Tu fis l’argile, je fis la coupe. Tu fis le désert, je fis le jardin.” Une théologienne catholique écrit de son côté : “Le malheur détruit, déracine, fracasse. La riposte humaine n’est pas d’en chercher un sens qui n’existe pas, mais de se battre pour qu’il ne recommence pas, ne gagne pas encore du terrain.” (Véronique Margron, La Croix, 2004_05_26)
La première réponse rationnelle est celle des survivants. Alors que les scènes d’affolement collectif sont omniprésentes dans les films et les médias, l’analyse des compte – rendus prouve au contraire que la panique de groupe est relativement rare. Lors d’une catastrophe, comme celle du 11 septembre 2001, les gens agissent souvent pour aider les autres, ne serait-ce que pour oublier leur propre douleur. (1)

La seconde réponse rationnelle est la “médecine de catastrophe”. Elle apparaît en 1856 quand Henri Dunant fonde la Croix-Rouge pour soigner les blessés de la guerre de Crimée. Elle se développe en 1980 lors des terribles inondations du Bengladesh (400.000 morts). C’est la création de Médecins sans Frontières en 1971 puis de Médecins du Monde en 1980. Elle intervient quand un préfet déclenche le plan ORSEC. On fait aussi appel à des cellules d’urgence médico- psychologiques dont l’effet est discuté car elles ne peuvent répondre aux besoins concrets des victimes (nourriture, logement, argent). Et elles craignent que leurs missions soient étendues aux catastrophes sociales comme le chômage de masse.
La troisième réponse rationnelle est la prévention. Beaucoup de catastrophes “naturelles” pourraient être évitées. A Nice, le Paillon est un cours d’eau qui arrive en pleine ville. Son lit est très large et le plus souvent à sec. On y a laissé se construire des entreprises et des maisons d’habitation, de plus en plus souvent inondées. La prévention identifie les zones à risques et prend les mesures pour y éviter toute habitation. Quand ce n’est pas possible on doit prévoit des systèmes d’alerte et de secours. Claude Allègre, spécialiste de ces questions, prévoit des inondations et des glissements de terrain de plus en plus fréquents. La disparition du couvert végétal, l’imperméabilisation des sols (goudronnage et bétonnage), l’excès d’engrais, la destruction des sols doublent ou triplent les ruissellements. Il propose 1.- de mieux étudier le réseau hydrographique, 2.- de prévoir à long terme un programme d’aménagement (reboisement, limitation des engrais chimiques, élimination progressive du béton, traitement chimique des sols contre l’argilisation) 3.- de prévoir des petits barrages de retenue. Tout cela se fait lentement, trop lentement. Pourtant ce programme créerait des milliers d’emplois tout en sauvant des milliards de francs. (d’après Claude Allègre Le Monde 1995_02_02).
(1) sur le mythe de la panique, voir Lee Clarke, sociologue américain, article en français dans la “Revue des sciences humaines” n° 132, novembre 2002 et son site http://leeclarke.com.

3. Les épidémies
Les épidémies (du grec : épi, « qui tombe », démos, « sur la population ») sont des maladies, fortement ou faiblement mortelles, qui se répandent sur toute une région, un pays ou un continent. Le terme s’oppose à “endémie” (du grec : “qui est dans la population”). Les épidémies sont naturelles car les bactéries, microbes et virus existent dans la nature et se répandent sous l’effet de l’activité et des échanges humains. D’où des épidémies catastrophiques comme la variole, la peste, le sida, le paludisme, le sras, affections évoquées ici à titre d’exemples illustrant un aspect ou un autre du problème.

31. La variole
La variole est une maladie révélée par l’élevage. Les premiers éleveurs agriculteurs furent rapidement immunisés mais leurs contacts avec les chasseurs cueilleurs furent catastrophiques car sans le savoir ils transmettaient la variole venue des animaux. On a cru longtemps que les Espagnols avaient massacré tous les Indiens qu’ils avaient rencontrés aux XVI° et XVII° siècles. On pense que 90 % des victimes disparurent suite à la contamination. (1)
(1) Sur l’ensemble de ces problèmes liés au développement mondial de l’agriculture et de l’élevage, lire du géographe américain Jared Diamond son livre fondamental : “De l’inégalité parmi les sociétés. Essai sur l’homme et l’environnement dans l’histoire.” Gallimard. NRF Essais, 492 p, 2000.

32. La peste
Maladie hautement contagieuse, la peste s’est développée en Europe au Moyen Age à la suite de la multiplication des échanges et de son emploi en 1347 comme arme bactériologique. Le khan Djanibek assiégeant la ville de Caffa sur la mer Noire imagina de la faire céder en y catapultant des cadavres de pestiférés. La ville ne céda pas mais la peste se répandit en Europe par le biais des commerçant génois très nombreux dans la région. On pense que la moitié ou le tiers de l’Europe disparut. La population européenne était au minimum de 25 millions de personnes. Toute l’activité économique s’écroula. Puis elle reprit à la fin de l’épidémie. (Pierre Bezbakh “Quand la peste navigue” Le Monde 04/01/05).
Le terme de “fléau” appliqué à la peste et aux autres maladies hautement contagieuses est une image venue de l’agriculture et adoptée par les instances religieuses. En effet on battait le blé ou l’orge à l’aide d’un fléau, long bâton articulé qui séparait les grains de leur gaine. Lors d’une épidémie on avait l’impression qu’une force divine s’abattait comme un fléau sur les populations.
Au Moyen Age la peste ne frappait pas immédiatement tout le monde. Les juifs dans les ghetto en semblaient mystérieusement préservés. Par prescription religieuse, ils se lavaient soigneusement les mains avant chaque repas. Certains médecins, plus observateurs que d’autres, avaient compris le mécanisme de cette prévention. Ce n’était pas le cas de la majorité des gens qui accusaient les juifs de propager la peste et d’empoisonner les puits. Albert Camus dans son roman allégorique “La Peste” (1947) analyse les réactions d’une population et les diverses réponses religieuses ou rationnelles face à la maladie.

33. Le sida et le paludisme
Ces deux terribles maladies ont une portée mondiale. Elles se conjuguent en Afrique qui vit ainsi une double catastrophe sanitaire.
Les remèdes contre le sida (trithérapie) sont efficaces, astreignants et coûteux. La prévention ne connaît que deux parades : la fidélité et le préservatif. Le professeur Montagnier, spécialiste du sida, s’adressait ainsi en 1994 à de jeunes européens : “Ne faites pas l’amour avec un partenaire inconnu. Si vous aviez chacun moins de cinq partenaires sexuels dans votre vie, l’épidémie du sida s’éteindrait.” En Afrique l’interdiction du préservatif par l’Église catholique aggrave une situation créée par la grande liberté sexuelle masculine. Les autres formes religieuses (Islam, cultes divers) laissent faire quand elles n’ajoutent pas au drame.
Certaines croyances prétendent qu’avoir des relations avec des jeunes filles vierges permet de se guérir du sida. D’où, en Afrique australe, une recrudescence des viols.
Le sida a déjà fait en Afrique 23 millions de victimes depuis son apparition dans les années 1980. Lors de la journée mondiale contre le sida, le 1er décembre 2003 on estimait que 30 millions d’Africains étaient contaminés, soit 79 % des malades dans le monde. A peine 30.000 d’entre eux avaient accès aux remèdes qui ont changé la vie des malades occidentaux. Les médecins se heurtent aux gouvernements africains empêtrés dans leurs contradictions et leur mutisme. Les grandes firmes pharmaceutiques défendent leurs brevets. La solution immédiate c’est la fabrication de génériques comme au Brésil et des campagnes énergiques de prévention fondées sur les préservatifs et des changements de comportements.
Le paludisme est l’autre fléau africain. Il tue tous les ans un million de personnes. Il est dû à un parasite transmis par des moustiques. La prévention repose sur la moustiquaire et un insecticide : trop chers pour la population. Le remède classique contre le paludisme est devenu inopérant car le parasite a muté au fil des années. Sa souche est, selon des spécialistes, infiniment plus complexe que celle du sida. De rares laboratoires se consacrent à cette recherche peu rentable. Périodiquement, on évoque un vaccin : pour dans dix ans … L’OMS (organisation mondiale de la santé), l’Unicef, le Pnud (Programme des Nations Unies pour le Développement) et la Banque Mondiale unissent leurs efforts dans une lutte fondamentale pour l’Afrique et l’Asie car il menace 3,2 milliards de personnes dans 107 pays.

34. Une catastrophe évitée : le sras
Le sras (syndrome respiratoire aigu sévère ou pneumonie atypique) a éclaté en novembre 2002 et l’OMS (organisation mondiale de la santé) a lancé une alerte mondiale en mars 2003. Il a été vaincu en quelques mois grâce à une mobilisation de tous les pays, y compris la Chine, d’où provenait le virus par le biais des poulets (d’où son autre dénomination de “grippe aviaire”). Au total, en 2003, le sras a tué moins de 775 personnes pour 8.800 cas recensés.
Cette grosse alerte a rendu les services sanitaires de tous les pays très attentifs à l’épizootie de la grippe du poulet. Elle sévit en Asie. On pense qu’elle pourrait se transmettre directement à l’homme. Il est probable aussi que des mutations naturelles, fortuites, peuvent créer des nouvelles souches virales contre lesquelles peu de gens seraient protégées par leur système immunitaire
D’autres maladies menacent, il y avait eu le virus de Marburg en 1967 (7 décès en Europe mais qui vient de faire parler de lui a nouveau), le virus Ebola (découvert en 1976), reste le plus terrible de tous.
La fièvre du Nil, due à un virus pathogène pour l’homme progresse depuis 1999 sur le sol américain. Une équipe scientifique internationale pense avoir découvert de quelle manière ce virus, identifié depuis un demi-siècle en Afrique et dans le Sud de l’Europe, a, en quatre ans, réussi à se répandre aux États-unis. Comme le sras, il peut être mortel (10 % des cas). Pas de vaccin, pas de médicament. Il est transmis par les oiseaux migrateurs et les moustiques. Mais les couloirs migratoires habituels des oiseaux n’ont pas été empruntés. Les moustiques préfèrent utiliser les avions modernes. Ensuite ils s’acclimatent aux milieux urbains (caves, métros) et ils mutent en moustiques hybrides. (d’après Le Monde 2004_03_12). Le point commun de tous ces cas est le transfert de virus d’animaux à l’homme. Pénétrant dans des organismes où ils sont inconnus, ils sont particulièrement dangereux.

4. Guerres, génocides, terrorismes
L’activité humaine est souvent conflictuelle et le conflit mal géré conduit aux guerres mondiales aux génocides, aux terrorismes et à la lutte pour la possession des armes de destruction massive dites ABC (atome, biologie, chimie).

41. La guerre au savoir
La première guerre est celle menée contre le savoir, la destruction des bibliothèques. Les livres sont le prolongement des hommes et conservent leur savoir. Les bibliothèques sont au cœur des crises et des conflits. Le plus souvent elles n’y survivent pas. Les guerres tuent les livres aussi bien que les hommes. Voici quelques dates marquantes de ces destructions (1) :
– 48 avant notre ère : destruction de la bibliothèque d’Alexandrie (reconstruite et détruite plusieurs fois)
– après 637 : destruction de nombreuses bibliothèque par l’islam : “Si ce savoir est dans le Coran il est inutile ; s’il n’est pas dans le Coran il est nuisible.” Mais il en construira d’autres.
– 1933 – 1941 : les nazis détruisent les bibliothèques juives.
– 1965 – 1977 : révolution culturelle en Chine. Des millions d’ouvrages précieux sont détruits et fournissent une partie de la pâte à papier du fameux “petit livre rouge”, anthologie des citations de Mao.
– 1992 : la bibliothèque de Sarajevo est incendiée par des Serbes.
– 2002 : incendie et pillage des bibliothèques de Bagdad à la suite de l’intervention américaine.
(1) d’après Lucien X Polastron “Livres en feu. Histoire de la destruction sans fin des bibliothèques.” Denoël, 430 pages, 2004, 18 €.

42. Les guerres mondiales
Il faudrait évoquer les guerres coloniales qui ont sévi aux XIX° et XX° siècles. Elles ont représenté de véritables catastrophes pour les peuples qui les ont subies même s’ils en ont tiré un profit administratif ou technologique.
La Première Guerre Mondiale (1914-1918), était jugée à la fois impossible (compte tenu de l’importance des échanges entre nations) et inévitable (par les tensions politiques en Europe). Elle s’acheva sur 8 millions de morts et le traité de Versailles qui humilia l’Allemagne sans la désarmer. Ce fut l’une des causes de l’arrivée d’Hitler au pouvoir en 1933. La Seconde Guerre Mondiale (1939 -1945) qui en résulta fit 50 millions de morts dont 10 dans les camps de concentration et d’extermination.
Hiroshima (6 août 1945) applique la stratégie du général italien Douhet. Il soutenait, dans les années 1920, que l’effondrement de l’adversaire serait obtenu par des raids aériens massifs sur des populations civiles. Hiroshima et Nagasaki furent choisies parce que ces villes jusque là intactes permettraient de mieux percevoir les ravages de la nouvelle arme. Le gouvernement japonais avait refusé dix jours plus tôt l’offre de reddition américaine. A Iwo Jima, îlot volcanique devenu camp retranché, les Américains avaient perdu 8 000 hommes alors que parmi les 22 000 défenseurs japonais fanatisés il n’y avait eu que 212 survivants.
L’armée jugeait que la conquête du Japon coûterait la vie à 500.000 GI’s. Enfin cela permettait aux États-unis de tenir l’URSS en respect.
L’Allemagne et le Japon vaincus, on entra dans la Guerre Froide (1953 – 1989) entre le bloc occidental mené par les États-unis et le bloc communiste mené par l’URSS. La crise des fusées installées en 1962 à Cuba ne déboucha pas sur la catastrophe nucléaire. Le bloc communiste se disloqua après 1989, victime de ses contradictions.
La fracture entre les populations les plus riches et les plus pauvres favorise le développement des terrorismes et les risques d’affrontement au niveau planétaire.

43. Les génocides, la Shoah
Selon l’article 2 de la Convention sur le Génocide de 1948, est qualifié de génocide un acte criminel prémédité afin de détruire méthodiquement un “groupe national, ethnique, racial ou religieux”, d’exterminer “un peuple de trop sur Terre”. L’État coupable organise sa population de manière à massacrer le groupe social qu”il a transformé en “bouc émissaire”. Ce crime d’État est imprescriptible. Tous ses acteurs peuvent être poursuivis jusqu’à leur mort, même après la disparition de l’État génocidaire. L’excuse “J’obéissais aux ordres” n’est plus admise depuis le procès de Nuremberg. Quatre génocides ont particulièrement marqué le XX° siècle : l’Arménie, la Shoah, le Cambodge et le Rwanda.
Le génocide arménien fut perpétré en Turquie par le gouvernement transitoire Jeunes-Turcs (1909 – 1918). Sous la conduite d’Enver Pacha, il fit massacrer, en 1915, 1.500.000 Arméniens et 300.000 chrétiens syriaques et chaldéens. Enver Pacha affirma que ces Arméniens turcs complotaient contre la Turquie avec l’aide des Arméniens russes. Ces massacres furent observés par des officiers allemands alors présents en Turquie. Hitler aimait à dire : “Qui se souvient du massacré des Arméniens ?”
La Shoah (en hébreu “catastrophe cataclysme”) fut rendue possible par l’antisémitisme des protestants luthériens. Luther avait dit au XVI° siècle : “Brûlez les Talmuds des juifs et, comme ils les connaissent par cœur brûlez-les avec.” Ce que Luther souhaitait, Hitler le fit. Autres complices : les industriels allemands et le silence des démocraties occidentales.
Avec les membres du parti nazi (national-socialiste) qui le suivaient aveuglément dans une hypnose collective, Hitler employa toute son énergie à détruire les juifs allemands puis européens. Les nazis utilisèrent les ressources technologiques et de division du travail d’un État moderne pour créer une machine de mort de portée européenne.
Le génocide cambodgien (1975 – 1979) fut perpétré par les Khmers rouges alors au pouvoir. 1,7 millions de personnes périrent sur 6,8 millions. Pol Pot, leur leader, expliquait qu’il voulait refaire un homme cambodgien neuf purifié de toute trace occidentale et capitaliste. Il lui suffisait, disait-il, d’un million de Cambodgiens pour tout reconstruire. Les autres pouvaient disparaître. Le pays fut libéré par le Vietnam. L’ONU était restée globalement muette.
Le génocide rwandais (avril, mai, juin 1994) fit entre 800.000 et 1.100.000 victimes tutsies et hutus modérés. Dans ce pays largement catholique les génocidaires mirent Dieu en congé pendant trois mois. Pendant des décennies de la colonisation missionnaires et administrateurs avaient présenté les Tutsis comme supérieurs aux Hutus. Les élites hutus planifièrent le génocide. La radio Mille Collines diffusa pendant des mois des appels au meurtre. Les responsables jouèrent près de la population sur les promesses (“On vous donnera les terres confisquées”) et les menaces (“Si vous épargnez quelqu’un on vous tue”). Ensuite tout alla très vite. Les victimes n’avaient pas cru aux menaces. Interrogés, des génocidaires de base qui avaient massacré leurs voisins (certains en avaient tué 30 par jour) disent simplement : “Tuer était moins échinant que cultiver.” Des survivantes témoignent : “Les génocidaires qui ont le sida ont droit à la trithérapie en prison. Les femmes qu’ils ont infectées en les violant et à qui ils disaient, alors qu’elles les suppliaient de les tuer, “La mort que je t’ai donnée est pire que la mort”, ces femmes meurent aujourd’hui parce qu’on n’a pas les moyens de les soigner.” Simone Veil, rescapée de la Shoah a cette phrase terrible : “Nous avons été protégées du viol par la haine raciale.” (1)
(1) – Rithy Panh “S21, la machine de mort khmère rouge” Documentaire. 2003. 105 min.
– Jean Hatzfeld “Une saison de machettes” (Seuil 2003)
- “Survivante, Rwanda dix ans après” Éditions de l’Aube, 2003.

44. Les terrorismes
Le terrorisme prétend faire aboutir un objectif politique en recourant à la terreur. Les terroristes s’arrogent le droit de juger, de condamner et d’exécuter la sentence qu’ils prononcent. Selon les cas, leurs revenus proviennent de l’ ”impôt révolutionnaire”, des attaques de banques, de la prostitution ou de la drogue. Leurs besoins en armes, les exposent à toutes les manipulations, toutes les provocations. Il faut en parler au pluriel : GIA algérien, islamistes irakiens, FAR en Colombie, ETA basque, IRA en Irlande, terrorisme corse etc.
Le terrorisme islamiste, qu’il ne faut pas confondre avec l’islam, se présente comme une résistance à la “décadence morale” de l’occident dominé par les “croisés” (les chrétiens) et les “sionistes” (les juifs). Ce terrorisme cherche la publicité par des attentats spectaculaires et de tragiques prises d’otages. Les médias, deviennent involontairement ses complices. Paul Virilio analyse ce phénomène : “… l’objectif n’est plus le champ de bataille, mais le contrôle de l’opinion.” (1)
Ce terrorisme prétend répondre au terrorisme d’État que pratiquent, selon ses analyses, les États – Unis et les pays développés manipulés par Israël. A la fois symbolique et spectaculaire. Il crée un sentiment d’insécurité qui, chez ses ennemis, peut tourner à la paranoïa.
(1) Paul Virilio “La ville panique” Galilée, 2003 140 pages, 22 €.

45. Les armes de destruction massive
Les armes dites ABC (atome, biologie, chimie) sont des armes de destruction massive. L’arme chimique a été utilisée par l’armée américaine pendant la guerre du Viêt-Nam (1954 – 1975). Il s’agissait de bombarder les forêts à l’aide d’un “agent jaune”, la dioxine, un défoliant qui empêchait l’ennemi de se cacher sous les arbres. La terre en est restée longtemps imprégnée au point que des enfants malformés sont nés et naissent encore (150.000 aujourd’hui). Les forêts en sont restées longtemps imprégnées. Des enfants malformés sont nés sur deux générations : il en existe actuellement 150 000. Lire « L’agent orange au Viêt-Nam, Crime d’hier tragédie d’aujourd’hui. A.A.F.V. » Chez Tiresias.
L’arme bactériologique a été utilisée en 1988 par Saddam Hussein dans Kurdistan irakien contre le village de Halabja (5.000 morts). Ceci dans le cadre de la répression contre les Kurdes : 400.000 morts en 15 ans Les produits provenaient de firmes occidentales.
Les cinq puissances nucléaires reconnues (États-unis, URSS, Chine, France, Grande-Bretagne) sont également membres du Conseil de Sécurité des Nations Unies. Elles ont négocié un traité de non-prolifération nucléaire (TNP) avec 189 pays, traité réexaminé tous les cinq ans… La Corée du Nord et l’Iran veulent s’en affranchir. L’arme nucléaire était l’objectif de l’Irak et de l’Iran pour détruire Israël et prendre la tête du monde musulman (1 milliard de personnes),
Aux États – Unis et ailleurs les meilleurs savants en toutes disciplines sont mobilisés pour élaborer des scénarios d’apocalypse. Un courant de pensée juge qu’une “bonne guerre” serait utile en cas de surpopulation de la planète. L’espionnage n’a jamais été aussi actif que depuis les attentats du 11 septembre 2001.

5. Catastrophes technologiques
Le progrès technologique nous a apporté un confort dont nous mesurons mal l’étendue dans les pays développés. Mais nous devons affronter le réchauffement climatique, les marées noires, les désastres chimiques, nucléaires et peut-être bientôt biologiques. Les compagnies d’assurances commencent a refuser d’assurer.

51. Le réchauffement climatique
Le réchauffement climatique a augmenté en moyenne de + 0,5 °C depuis le XIXème siècle. Il va vers + 1 °C. S’il passe à + 2°C c’est la catastrophe (sécheresse généralisée) et à + 5°C, on s’approche de la fin de toute vie humaine. Ceci est dû notamment à l’émanation de gaz carbonique en constante progression : environ 9 milliards de tonnes par an en 1959, 14 en 1990, 23 en 2004. Les scientifiques voudraient ramener ce taux à 15 milliards tonnes/an. Depuis le premier choc pétrolier (1973), la consommation énergétique des Français a augmenté de 8 % (et la croissance de 65 %. Il y a donc progrès). Mais l’efficacité (de nos systèmes) énergétique (s) est encore faible (34 %) : les pertes sont relativement élevées. Exemple: en France pour chauffer un mètre carré d ‘ habitation durant une année il faut plus de 100 kwh alors qu en suisse 30 kwh suffisent. Les transports dépendent à 95 % du pétrole et sont les premiers pollueurs (27 % des émanations). Viennent ensuite l’industrie (21 %), le bâtiment (18 %), l’agriculture (18 %) et la consommation personnelle (16 %). Concrètement un Paris Marseille en TGV coûte 4 fois moins d’énergie que la voiture ou l’avion. Un menu réalisé avec des produits locaux représente 200 grammes de pétrole ; un autre avec des haricots verts du Kénya, 3 kg de pétrole (1).
(1) Lire de Benjamin Dessus et Hélène Gassin “So watt ? L’énergie : une affaire de citoyens”, Ed de l’Aube, 176 p, 18 €.

52. Les marées noires
Les marées noires sont provoquées par le naufrage de pétroliers géants qui perdent leur cargaison, laquelle se retrouve sur les côtes. “Torrey Canyon” (1967), “Amoco Cadiz” (1978), “Exxon Valdès” (1989), “Erika” (1999), “Prestige” (2002) sont des noms tristement célèbres. Quelques exemples permettent de cerner le problème.
Le naufrage des l’ ”Exxon Valdès” en 1992 au milieu de la baie du prince William (Alaska) rejeta 40.000 tonnes de brut (sur 180.000) le long de 1.700 km de côte. Les États-unis exigent désormais des pétroliers neufs à double coque (2005)
L’ ”Erika” fit naufrage en décembre 1999 au large de Penmarch (Bretagne), perdant 14 000 tonnes de brut (sur 28 000). Les dégâts, notamment touristiques, avoisinent le milliard d’euros pour 400 km de côtes. La responsabilité du groupe Total est lourdement engagée (mise en examen pour “complicité de mise en danger d’autrui” et “pollution maritime”).
Le “Prestige” (77 000 tonnes de brut) a fait naufrage au large des côtes Cantabriques (Espagne) en novembre 2002 après une errance de quatre jours. Il a coulé avec 14.000 tonnes dans ses cales. Leur récupération reste problématique : ni les armateurs ni les propriétaires du brut ne veulent payer. Les médias en parlent peu mais techniciens et juristes européens ne lâchent pas l’affaire.
Les médias ont affolé l’opinion publique avec ces pollutions passagères. Le vrai problème est ailleurs. La production mondiale de pétrole commencera à baisser quand le “pic de Hubbert” (le géologue qui a fait ce calcul) sera atteint (1). Des scientifiques prévoient le pic dès 2008. La consommation continue et si progressivement le pétrole manque un conflit majeur risque de s’ouvrir.
(1) Lire de Jean-Luc Wingert “La vie après le pétrole”, (2005) Ed Autrement, 241 p, 19 €.
Voir sur internet : « peak oil »

53. Catastrophes chimiques : Bhopal – AZF
En Inde, à Bhopal, dans la nuit du 2 au 3 décembre 1984, un gaz mortel s’échappe de l’usine américaine Union Carbide, qui fabrique des pesticides. Lors des trois premiers jours, on compte 8.000 morts, les « Lucky Ones » (les chanceux), parce qu’ils n’ont pas subi les souffrances atroces des survivants. Au total on a compté 25 000 morts et 150.000 handicapés. Union Carbide, avec l’apparente complicité du gouvernement indien, a retardé le plus possible le versement de maigres indemnités aux survivants. Elles devaient être débloquées en 2004.
A Toulouse, le 21 septembre 2001, l’explosion de l’usine AZF provoque la mort de 29 personnes, en blesse 2.500. 20.000 logements sont détruits ou endommagés, une centaine de bus détruits, 70 écoles sinistrées, 2 lycées rasés et 19 autres endommagés, 3.000 élèves déplacés. Estimation des dégâts : 2,30 milliards d’euros. Au fil des décennies, l’usine, d’abord à l’extérieur, s’était retrouvée en ville, suite à l’urbanisation, Les Toulousains en connaissaient les risques et s’inquiétaient sans pouvoir faire agir les responsables politiques. Patrick Lagadec (1) estime que la gestion de la catastrophe d’AZF a été un fiasco organisationnel. Les autorités, sous prétexte de ne pas affoler les victimes, ne les ont ni informées, ni secourues efficacement. La culture française des crises est infantilisante, au contraire de la culture américaine qui responsabilise les citoyens et les incite à prendre des initiatives.
D’autres accidents ont eu lieu ; d autres catastrophes sommeillent ou se réveillent de manière rampante comme celle de l’amiante qui nécessiterait une étude à elle seule. Il y a celle de Ghislenghien en Belgique dûe a une erreur de chantier. Paradoxalement une catastrophe peut aboutir à la solution d’un problème concernant l’environnement. Le 16 juillet 1993 l’explosion d’ une colonne de production de zinc de l’usine Metaleurope de Noyelles-Godault près de Douai provoque une dizaine de morts. Plus de dix ans après, la fermeture de cette unité survient ; la pollution cumulée au plomb, au zinc, à l arsenic , …, une des plus graves de France, cessera avec la fin de l’exploitation. (2005)
(1) Patrick Lagadec, ingénieur de recherches à l’Ecole polytechnique. Voir chap 9. “Pour en savoir plus”.

54. Nucléaire : Tchernobyl
Les incidents nucléaires sont rares mais tournent rapidement à la catastrophe. En mars 1979, à Three Mile Island (Etats-Unis) se produit la fusion du cœur du réacteur. L’alerte dure quatre jours et on évacue 100.000 personnes
La catastrophe de Tchernobyl (Ukraine, avril 1986) était prévisible depuis 1983. L’ingénieur en chef du service d’exploitation avait signalé à ses supérieurs de graves erreurs de conception, dues à une planification soviétique défaillante. Mais l’accident vint d’un test de routine mené sans les précautions élémentaires par des techniciens laissés à eux-mêmes. Pompiers et membres du personnel firent le sacrifice de leur vie pour éviter le pire : sur les quatre éléments de la centrale un seul sauta. 36 heures après, les 40.000 habitants de la ville de Pripiat toute proche furent évacués vers Kiev (à 120 km de la centrale) 600.000 “nettoyeurs” intervinrent pour nettoyer à grande eau les trottoirs de Kiev (2,5 millions d’habitants). 10.000 moururent en peu de temps, les autres étant condamnés à terme. Le césium 137 (durée de demi vie 30 ans) se répandit en Ukraine, Biélorussie, Europe du Nord et atteignit la France. L’aide internationale permit de fermer totalement la centrale.
Dix ans après la catastrophe, Svetlana Alexievitch, journaliste biélorusse a recueilli dans un livre “La supplication” (Livre de Poche), les témoignages des survivants, acteurs et victimes. Centré sur le drame humain, cet ouvrage est un mémorial et une méditation sur le monde après Tchernobyl.
Note de 2015 : La catastrophe nucléaire de Fukushima au Japon (2011) est survenue à la suite d’un tsunami. « Le séisme du 11 mars 2011 a entraîné un arrêt automatique des réacteurs en service, la perte accidentelle de l’alimentation électrique et le déclenchement des groupes électrogènes. L’observation d’émissions de xénon, avant même la première dépressurisation volontaire du 1er réacteur, indique des dommages structurels probables dans la partie nucléaire des installations immédiatement après le séisme2,3. À la suite du tsunami provoqué par le séisme, des groupes électrogènes de secours sont tombés en panne. Des débris ont pu obstruer des prises d’eau. Ces défaillances, couplées à plusieurs erreurs humaines aussi bien de fond que pratiques4, ont causé l’arrêt des systèmes de refroidissement de secours des réacteurs nucléaires ainsi que ceux des piscines de désactivation des combustibles irradiés. Le défaut de refroidissement des réacteurs a induit des fusions totales des cœurs d’au moins deux réacteurs nucléaires5 puis d’importants rejets radioactifs.
Il s’agit d’un accident nucléaire majeur classé au niveau 7 (le plus élevé) de l’échelle internationale des événements nucléaires, ce qui le place au même degré de gravité que la catastrophe de Tchernobyl (1986), compte tenu du volume important des rejets. » (Wikipédia)

55. Problèmes génétiques
Des pesticides passent dans l’alimentation puis dans l’organisme humain. Ils tuent des insectes nuisibles mais, n’étant pas biodégradables, ils restent dans les fruits et légumes. Certains fruits reçoivent entre 30 et 60 traitements phytosanitaires. D’où des cancers, etc.
Pour lutter contre ces dangers, des firmes (Monsanto est la plus connue) ont mis au point des OGM (organismes génétiquement modifiés) qui savent se défendre contre les prédateurs donc sans pesticides. Mais il se pourrait que les prédateurs, au contact des OGM, puissent eux-mêmes renforcer leurs propres défenses immunitaires et proliférer ailleurs. La crainte inspirée par les OGM les rend déjà moins rentables pour les firmes qui les commercialisent. Les cultures mexicaines d’OGM ont montré que les dangers de prolifération sont réels. Ceci dit, des pays comme l’Argentine, le Brésil, la Roumanie ou le Burkina Faso (coton) attendent beaucoup de la culture de tels produits.
Les thérapies géniques, permettraient, si tout se passe bien, des progrès considérables en matière médicale. Mais il faut avancer prudemment, nous dit le professeur Séralini, car on ne sait pas grand chose de ces gênes. “Imprévisibles, ils fonctionnent en réseau, mutent, se taisent, sautent, se déplacent, vieillissent et meurent.” Ils sont en interaction constante avec leur environnement. Bref, ils échappent très souvent à nos pronostics. Les enjeux sont énormes, scientifique, économiques, militaires et politiques. Les risques sans doute aussi.(1)
(1) « Génétiquement incorrect » par le professeur Gilles-Éric Séralini (Editions Flammarion). Professeur des universités en biologie moléculaire à l’université de Caen, ses recherches portent sur les relations entre hormones de la reproduction, polluants et cancers. Expert depuis 1998 au sein de deux commissions gouvernementales françaises chargées d’évaluer les OGM avant et après leur commercialisation, il préside aussi le conseil scientifique du Comité de recherche et d’information indépendantes sur le génie génétique (CRII-GEN), consulté par de nombreux pays. Il est notamment l’auteur de “OGM, le vrai débat” (Flammarion, 2000).

56. Les assurances face aux risques
Les compagnies d’assurances sont bien placées pour évaluer le prix financier des catastrophes. Les attentats de New-York (11 septembre 2001) vont coûter entre 50 et 70 milliards de dollars. Ils ont changé la donne puisque les sociétés d’assurances sont elles mêmes réassurées près de grands groupes (Suisse Ré, Munich Ré, etc.) qui ne peuvent plus suivre. Un grand groupe d’assurance français n’a même pas pu faire réassurer la tour de son siège social à la Défense. Les risques les plus élevés pour les assurances sont les accidents d’avion, avec des situations très contrastées. Les charters sont deux fois plus risqués que les vols réguliers et quinze fois plus si l’on fait l’évaluation par kilomètre parcouru. Comme l’explique un assureur “ce qui pèse le plus lourd dans un accident d’avion ce n’est pas le montant de l’appareil (environ 23 millions de dollars pour le 737-300 de Flash Airlines abîmé en Mer Rouge le 3 janvier ; 148 morts) mais les victimes.” Le “prix” d’un passager européen varie de 600 000 à 1 million d’euros en fonction de ses revenus et de son patrimoine. Un passager du Tiers-monde ne dépasse pas 20 000 dollars. Ce ne sont pas les plus fortunés qui prennent les charters et ils les prennent souvent en famille. En cas d’accident il y a moins d’ayant droits. Un crash de charter coûte nettement moins cher qu’un avion de ligne rempli d’hommes d’affaires. Ainsi le vol New-York – Genève de la Swissair, écrasé le 2 septembre 1998, a été le plus coûteux de toute l’histoire de l’assurance : 800 millions de dollars pour 215 passagers, soit plus de 3 millions de dollars par passager. (Le Canard enchaîné, 2004_01_14)

57. Fin des décisions absurdes ?
Les décisions absurdes se révèlent… après la catastrophe. En voici deux exemples empruntés à l’aviation.
Le 30 juin 2002 un Boeing 757 et un Tupolev TU-154 entrent en collision en plein ciel au dessus de la Suisse. “Montez, montez” dit le Tupolev à son pilote. “Descendez !” dit le contrôleur de Zurich, seul à son poste et privé d’assistance informatique pour des raisons de maintenance. 71 victimes entre les deux appareils. Remise en cause de tout le système aérien en Europe. Dernière victime : le contrôleur est poignardé, chez lui, en février 2004, probablement, d’après les indices, par un membre d’une famille du Tupolev.
L’accident du Concorde, survenu le 25 juillet 2000 (113 morts) était dû au manque de protection des réservoirs. L’un d’eux fut atteint par une pièce métallique qui traînait sur la piste et qui sauta sous un pneu. L’enquête a révélé que cette pièce était contrefaite et qu’elle n’aurait jamais dû se détacher… si elle avait été d’origine. Le carburant s’enflamma. Le même accident était survenu le 14 juin 1979 au décollage de Washington. Par miracle les fuites n’avaient pas pris feu. Les responsables du Concorde avaient parfaitement conscience du problème et des remèdes à apporter. Les réparations ne furent pas réalisées suite à une série de dysfonctionnements absurdes. (Le Canard 2005_05_04)
Les décisions absurdes sont tellement nombreuses qu’un chercheur, Christian Morel, en a fait un objet de recherche spécifique (1). Ancien cadre dirigeant chez Renault, il prouve que la décision absurde est toujours un processus collectif et non une faute individuelle. Il faut donc envisager l’ensemble du problème. On aboutit toujours au souci excessif de la rentabilité.
(1) Christian Morel “Les décisions absurdes. Sociologie des erreurs radicales et persistantes”. Paris, Gallimard, 2002.

6. Catastrophes économiques
Outre les crises économiques, on peut analyser les crises silencieuses (chômage, misère, exploitation). La mondialisation pourrait corriger ces drames. Mais il faudra mettre fin aux crimes économiques et, en Occident, à des modes de vie aux conséquences catastrophiques.

61. Les crises économiques : 1929, 2008.
Après une hausse continue de la bourse de Wall Street de 1920 à 1929, le 24 octobre 1929, le Jeudi noir, les cotations s’inversent et plongent. La bourse ne concernait que 1,2 % de la population mais toute l’économie dépendait des banques et des opérateurs boursiers. Ceux-ci avaient pris l’habitude de jouer à découvert. Jouer à découvert c’est acheter une action sans la payer en pensant qu’on la règlera avec le bénéfice qu’on en tirera à la revente puisqu’elle ne peut qu’augmenter ! Ce jour-là, le doute s’empara des opérateurs, il y eut crise de confiance. Les actions ne trouvèrent pas preneurs ou à un taux très inférieur. Les opérateurs qui jouaient à découvert furent ruinés eux et tous ceux qui leur avaient confié leur argent. Beaucoup se suicidèrent. Par un effet de dominos la crise s’étendit jusqu’à l’Europe.
Une analyse du phénomène montra que les autorités monétaires d’alors n’avaient pas les moyens d’arrêter les catastrophes financières. Elles les ont aujourd’hui mais en partie seulement comme le montrent les crises financières de l’Asie du Sud-est, du Mexique ou de la “bulle internet” au tournant des XX° – XXI° siècles (1) Consulter sur internet les notions “Crises boursières” ou “Crises financières”. On y trouvera les informations sur la crise financière mondiale de 2008-2009 dite des “subprimes”. En gros, les banques et l’Etat fédéral américain incitent les plus pauvres à s’endetter plutôt que d’augmenter les salaires. D’où les “subprimes” (crédits hypothécaires à risques). Ces crédits étaient regroupés puis répartis sur l’ensemble des places financières mondiales (phénomène de titrisation) et devinrent ainsi des “titres toxiques” que les banques dissimulent encore à 50 %. Les pauvres ne pouvant plus payer leur logement en furent chassés mais leur maison ne valait plus rien ! “Dès septembre 2006, des experts inquiets du développement des subprime ont donné l’alerte sur le risque de bulle immobilière. Vers la fin de 2006, le marché immobilier américain a cessé de monter. Et à partir de février 2007, les échanges de créances immobilières ABS se sont presque arrêtés. Les prêteurs se sont montrés intraitables avec les familles en retard de paiement. Les logements saisis ont été mis sur le marché, faisant baisser peu à peu leurs prix au cours de l’année 2007. Dans un contexte de retournement des prix de l’immobilier, la revente des maisons ne suffit plus à assurer au prêteur le recouvrement de sa créance. Aux faillites personnelles des familles emprunteuses s’est ajoutée une série de difficultés financières pour les organismes prêteurs et leurs banquiers. La combinaison de ces deux facteurs a conduit, à l’été 2007, à une crise financière internationale. Dans un premier temps, la crise des subprimes n’a cependant entraîné qu’une baisse raisonnable des cours boursiers à l’été 2007, attendue par les spécialistes. La baisse la plus profonde s’est produite à l’automne 2008 lorsqu’il est apparu que beaucoup de banques n’avaient pas assez de réserves pour faire face à leurs pertes. En quinze mois, la crise de solvabilité a succédé à la crise de liquidité.” (http://fr.wikipedia.org/wiki/Subprime). Les gouvernements n’arrivant pas à s’unir pour contrôler les financiers ceux-ci se lancent dans de nouvelles spéculations, vers de nouvelles catastrophes financières. Maurice Allais, prix Nobel d’économie, prévoyait l’arrivée de cette crise dès 1998. Il dénonce “la logique néo-libérale, la libéralisation totale du commerce international et demande un “protectionnisme éclairé”. “Le point de vue que j’exprime, écrit-il, est celui d’un théoricien à la fois libéral et socialiste. Les deux notions sont indissociables dans mon esprit, car leur opposition m’apparaît fausse, artificielle. L’idéal socialiste consiste à s’intéresser à l’équité de la redistribution des richesses, tandis que les libéraux véritables se préoccupent de l’efficacité de la production de cette même richesse. Ils constituent à mes yeux deux aspects complémentaires d’une même doctrine. Et c’est précisément à ce titre de libéral que je m’autorise à critiquer les positions répétées des grandes instances internationales en faveur d’un libre-échangisme appliqué aveuglément”. (Marianne, 2009_12_05). Pour un exposé de ses analyses, voir :
http://allais.maurice.free.fr/Cliquer%20pour%20chargement.pdf

(1) Dominique Plihon “Les Désordres de la finance. Crises boursières, corruption, mondialisation”, Paris, Encyclopedia universalis, 2004. 195 p. (Collection Le tour du sujet)

62. Les catastrophes silencieuses
Ces catastrophes silencieuses sont généralement oubliées car on ne connaît que les chiffres optimistes. Voici trois séries de chiffres.
Première série. En quelques décennies l’espérance de vie mondiale est passée de 30 à 66 ans. Depuis 1961 la quantité de nourriture par habitant a augmenté de 23 %. Les Terriens vivent mieux, plus longtemps et pour moins cher. Au cours du dernier siècle le prix des denrées alimentaires a baissé de 75 %. En 1945 on comptait 45 % d’illettrés, 23 % en 1995. Les régimes démocratiques progressent et les systèmes de protection sociale : les accidents du travail ou des transports font proportionnellement moins de victimes qu’au siècle dernier.
Seconde série de chiffres (1).
* La production de richesses et de services est passée de moins de 5 000 milliards à plus de 29 000 milliards de dollars entre 1950 et 1997. Pourquoi alors chaque année, il meurt 12 millions d’enfants de moins de 5 ans – 33 000 par jour – dont l’écrasante majorité pourrait être sauvée ?
* Pourquoi il y a 250 millions d’enfants et d’adolescents qui travaillent? Pourquoi 110 millions ne vont pas à l’école primaire et 275 millions n’atteignent pas le secondaire? Pourquoi deux millions de jeunes filles, chaque année, deviennent prostituées?
* Pourquoi dans ce monde qui déjà produit pour presque 30 000 milliards de dollars de biens et de services à l’année, 1,300 milliard d’êtres humains vivent dans la pauvreté absolue – touchant moins de 1 dollar par jour – quand d’autres gagnent plus de 1 million de dollars par jour?
* Pourquoi est-ce que, sur les 50 millions de personnes qui meurent chaque année dans le monde – adultes ou enfants – 17 millions (soit approximativement 50 000 par jour) meurent de maladies infectieuses qui pourraient presque toutes être soignées – ou même, mieux, être évitées – à un coût qui est quelquefois de pas plus d’un dollar par personne ?
* Dans la même période d’après-guerre, dans le secteur des dépenses militaires, 30 000 milliards étaient dépensés. Selon les estimations des Nations Unies, le coût de l’accès de tous aux services de santé élémentaires, serait de 25 milliards de dollars par an – juste 3% des 800 milliards de dollars qui sont couramment consacrés aux dépenses militaires – et cela, bien que la guerre froide soit terminée.
* Le marché des médicaments en 1995 a atteint 280 milliards de dollars. Les pays développés, avec 14,6% de la population mondiale (824 millions d’habitants), consomment 82 % de ces médicaments. Le reste du monde – 4,815 milliard de personnes – consomment seulement 18 %.
* La population mondiale continue d’augmenter. Nous sommes maintenant presque 6 milliards et l’augmentation est de 80 millions par an. Il a fallu deux millions d’années pour atteindre le premier milliard de population, une centaine d’années pour atteindre le second et onze années seulement pour atteindre un milliard de plus. Dans 50 ans, il y aura 4 milliards de nouveaux habitants sur la planète.
* Les anciennes maladies (lèpre, tuberculose, paludisme) reviennent en force et de nouvelles apparaissent comme le SIDA, ou la maladie de la vache folle (encéphalite spongiforme bovine) – plus de trente selon les spécialistes. Le sida est en train de détruire de nombreux pays du Tiers-Monde. Aucun pauvre ne peut payer les 10 000 dollars par personne que coûtent chaque année les traitements courants,
Troisième série de chiffres. Le rapport du PNUD (programme des nations unies pour le développement) sur le développement humain donnait les chiffres suivants pour 2001.
Si on considère que la population mondiale comprend 20% de très riches, 60% de moyennement aisés et 20% de plus pauvres.
Le partage du PNB mondial se répartit ainsi 86% aux premiers, 13% aux suivants et 1% aux derniers.
Le partage des exportations de biens et de services respectivement 82%, 17% et encore 1%.
Le partage des investissements directs à l’étranger en 68%, 31% et toujours 1%. Le partage des utilisateurs Internet : 93,3%, 6,5 %, et 0,2 %.
(1) Ces chiffres proviennent de sources officielles, ONU, etc. La seconde série a été rappelée par Fidel Castro, le 14 mai 1998, à Genève, devant l’assemblée de l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé).
En 2002 courait sur le net la plaisanterie suivante. Un sondage a été mené à l’échelle mondiale par l’Onu.
La question était : « Veuillez, s’il vous plaît, donner honnêtement votre opinion sur d’éventuelles solutions à la pénurie de nourriture dans le reste du monde ». Le sondage fut un échec retentissant !
 – En Afrique, personne ne comprit ce que signifiait « nourriture ».
- En Europe de l’Est, personne ne comprit ce que signifiait « honnêtement ». – En Europe de l’Ouest, personne ne comprit ce que signifiait « pénurie ». – En Chine, personne ne comprit ce que signifiait « opinion ».
- Au Moyen-Orient, personne ne comprit ce que signifiait « solution ».
- En Amérique du Sud, personne ne comprit ce que signifiait « s’il vous plaît ». – Aux États-Unis, personne ne comprit ce que signifiait « le reste du monde ».

63 Mondialisation et frustrations
La mondialisation et l’échange lointain de marchandises sont connus depuis des siècles. (1) Mais n’est-ce pas surtout la mondialisation des frustrations qui s’est développé de manière anarchique? Un exemple : 70 % des jeunes Marocains veulent émigrer car ils enragent de ne pas obtenir les biens de consommation que leur font désirer les publicités reçues par la télévision et internet. Mais même s’ils ont une bonne formation générale ils gagnent trop peu pour acheter ce qu’ils souhaitent. “Les jeunes se rendent compte qu’il ne sert à rien de s’échiner au travail ou à l’école, qu’il est impossible de trouver du travail ou de grimper dans l’échelle sociale. » observe une sociologue marocaine en 2002.
Dans un article du Monde paru le 18 juillet 2001 Amartya Sen, prix Nobel d’économie 1998, dit ses “Dix vérités sur la mondialisation”. Il note en particulier : “[…] La mondialisation n’est pas en soi une folie. Elle a enrichi la planète du point de vue scientifique et culturel, profité à beaucoup sur le plan économique aussi. […] La préoccupation majeure est le niveau d’ensemble des inégalités, et non pas leur changement marginal. […] La question ne se résume pas à savoir s’il y a profit pour tous les intéressés, mais si la répartition de ce profit est équitable […] ”. Or c’est ce que refusent les adeptes de l’ultralibéralisme pour qui la liberté absolue des échanges est un impératif même si les plus faibles doivent en souffrir.
(1) Lire Régis Bénichi “La mondialisation aussi a une histoire”, Revue “L’histoire” mai 2001

64 Délinquance ultralibérale
Le libéralisme peut être régulé ou sauvage. Le libéralisme régulé respecte la règle du “Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse” ou “La liberté des uns s’arrête là où commence la liberté des autres.” Le libéralisme sauvage appelé encore ultralibéralisme s’affranchit de ces règles. On passe insensiblement de l’un à l’autre.
La première crise du pétrole (1973) a fait quadrupler le prix du brut. Les pays de l’OPEP (notamment arabes) se sont considérablement enrichis. Ils devenaient solvables. Les pays occidentaux leur ont proposé d’énormes contrats en matière d’armement, de nucléaire civil, de travaux publics, de services bancaires etc. D’où des commissions, des pots-de-vin pudiquement dissimulés en “frais commerciaux exceptionnels”. Tous les gouvernements occidentaux admettaient cette corruption car protéger les entreprises, c’était protéger l’emploi.
 Un pays comme l’Angola a connu 40 ans de guerre civile et 1 million de morts. 75 % de la population vit avec moins d’un euro par jour… Alors que les ressources pétrolières sont en constante augmentation, dirigeants, sociétés pétrolières, banques internationales, hommes d’affaires occidentaux, s’enrichissent de manière insolente (1). En 2001, deux cents magistrats européens ont lancé un appel pour que les institutions européennes leur donnent les moyens de sanctionner le banditisme économique (2). Seule l’ONU et le Conseil de Sécurité peuvent se donner les moyens juridiques d’introduire un peu de justice dans un monde économique profondément corrompu.
(1) Dossier de Global Witness “Les affaires sous la guerre. Armes, pétrole et argent sale en Angola.” 240 pages, Agir Ici et Survie, 2003).
(2) Lire : Éva Joly “Est-ce dans ce monde -là que nous voulons vivre ? “ Folio documents Éditions des Arènes, 2003
Jean Demaillard magistrat, auteur de “Un monde sans loi” et aujourd’hui “Le marché fait sa loi. De l’usage du crime par la mondialisation” (Mille et Une Nuits, 2001 et N° Esprit de juillet 2001).

65 Modes de vie catastrophiques : États-Unis, Occident
Partons de l’affirmation du président Bush père reprise par son fils, le président Bush junior : “Le mode de vie américain n’est pas négociable”. Ce que ne dit pas le nouveau président Barak Obama. 20 % de l’humanité consomment 80 % des ressources naturelles de la planète et inversement 80 % de l’humanité doit survivre avec 20 % des ressources. Si toute l’humanité consommait comme les pays riches il faudrait huit planètes Terre (1). Une projection prévoit qu’en 2050 avec une croissance annuelle de 2 % et une augmentation de la population mondiale de 65 % il nous faudrait trente planètes Terre. Or c’est une constante dans l’histoire de l’humanité : les civilisations fondées sur la simple croissance matérielle finissent par s’effondrer après avoir détruit leur environnement. C‘est ainsi qu’a péri l’île de Pâques. (2)
Le moteur de la croissance c’est le couple consommation – publicité. Cette dernière infantilise le consommateur et l’un de ses responsables s’en vante. Pour lui, le rôle de TF1 c’est d’aider à vendre du Coca-Cola : “Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible. Rien n’est plus difficile que d’obtenir cette disponibilité.” (3)
(1) Revue “La décroissance. Le journal de la joie de vivre” (mars 2004), du mouvement “Casseurs de pub”. La revue de l’environnement mental.
(2) d’après Alain Gras, anthropologue, Université Paris I – Sorbonne, 2004 (3) in “Les Dirigeants face au changement” (Éditions du Huitième Jour 2005).

7. Les catastrophes majeures
La mort de l’univers n’est pas un problème fondamental. Par contre sont fondamentaux : le progrès comme fuite en avant, l’épuisement de la nature, la pénurie d’eau et les contradictions de notre vie quotidienne.

71. Mort de l’univers, mort de l’homme
Le centre de la galaxie d’Andromède se situe à 2,9 millions d’années lumière de la Voie lactée dont nous faisons partie. Mais elles foncent l’une vers l’autre à 800 000 km/h. Cette vitesse ne fait qu’augmenter et la rencontre se fera dans 3 milliards d’années. Tout vie humaine sera difficile et s’éteindra après 2 milliards d’années supplémentaires. Certaines sectes essaient de faire croire que cette perspective est fondamentale et qu’elle devrait orienter notre vie dans un sens qu’elles se chargent de définir. La mort de l’univers c’est notre propre mort. L’essentiel n’est-il pas de faire face à la nôtre qui nous touche personnellement ?

72. Progrès, fuite en avant
Avant Paul Virilio, un autre philosophe Ivan Illich (1) avait décrit les décisions absurdes d’une technologie devenue contre-productive. Son exemple le plus célèbre est celui de l’automobiliste. Illich prouvait que compte tenu du travail et du temps qu’il lui fallait fournir pour payer sa voiture, son essence, son amortissement, ses assurances, ses impôts, la construction des autoroutes etc, il n’allait pas plus vite qu’un piéton. En ville les cyclistes le constatent tous les jours. Mais se passer d’une voiture particulière suppose une révolution des esprits, des institutions et de l’économie.
Le principe de précaution serait le remède. Il consiste à suspendre toute activité potentiellement dangereuse tant que les périls possibles et les moyens d’y remédier ne sont pas clairement identifiés. Il n’y a pas de fatalité.(2) Malheureusement, on ne sait pas toujours d’où peut venir le danger ni comment y faire face. Une situation catastrophique est toujours inattendue.
(1) Ivan Illich (1926 – 2002). Les grands thèmes de ses multiples ouvrages peuvent être ainsi résumés : “La médecine corrompt la santé, l’école bêtifie, le transport immobilise, les communications rendent sourd et muet…” (Jean-Pierre Dupuy “Ivan Illich ou la bonne nouvelle”, Le Monde 27/12/02). “J’entends par convivialité l’inverse de la productivité industrielle” écrivait Illich en 1973.
(2) d’après Dominique Bourg et Jean-Louis Schlegel “Parer aux risques de demain. Le principe de précaution”, Seuil, 190 p, 2001 et Le Monde 20 avril 2001, Jean Paul Droit)

73. L’épuisement de la nature
1.300 scientifiques originaires de 95 pays ont élaboré à la demande de l’ONU un rapport sur l’état des écosystèmes de la planète (1). Le constat est accablant. L’homme, en général et surtout occidental, se nourrit mieux grâce à l’agriculture et à la pisciculture mais il va bientôt payer les conséquences du déclin du nombre des espèces, la réduction des insectes pollinisateurs et la mauvaise gestion de l’eau douce. Des pièces détachées circulent d’un bout à l’autre de la planète, en containers, en 38-tonnes ou en avion selon la technologie dite des “flux tendus” et du “zéro stock”. On obtient ainsi le trio infernal de la production – consommation – pollution.
(1) Un “écosystème” est un ensemble d’organismes (plantes, animaux, micro- organismes) agissant en interaction. La forêt tropicale, les océans, la savane sont des exemples d’écosystèmes, l’ensemble de ceux-ci composant la biosphère qui est la partie vivante de la planète. Les hommes en font partie intégrante. (Source : Le Monde, 2005_04_01)

74. La pénurie d’eau potable
1 % seulement de l’eau disponible sur terre est une eau douce et potable. Une eau potable doit pouvoir être consommée sans aucun risque sanitaire. Près de deux milliards d’êtres humains, soit une personne sur trois, n’ont pas accès à une eau sans risque sanitaire. Des millions de personnes dans le monde (de 5 à 25 millions), essentiellement des femmes et des enfants, meurent chaque année de maladies liées à la mauvaise qualité de l’eau. Le minimum vital est de 5 litres par personne et par jour. Au niveau d’un pays on est amené à calculer les besoins ménagers et industriels par habitant et par jour :
40 litres pour les pays peu développés (en supposant qu’ils atteignent le minimum vital personnel de 5 litres)
1 500 litres pour l’Europe
4 000 litres pour les États-Unis (chiffres Quid 2000).
D’après la Banque Mondiale, le marché global de l’eau représente 800 milliards de dollars répartis entre dix entreprises transnationales dont trois géants français.
En France le secteur privé exploite près de 80 % de la gestion de l’eau (30 % aux États-unis). Sur ces 80 % Vivendi Environnement représenté 57 %, Ondéo (Suez) 28 % et la Saurf (Bouygues) 13 %. La distribution d’eau potable incombe aux communes, mais quand elles ne peuvent pas assumer cette gestion très lourde, elles la délèguent à l’une de ces trois entreprises privées. Cette gestion donne lieu à des abus dénoncés par les écologistes, les consommateurs et la Cour des comptes.
L’eau représente dans le futur un enjeu majeur du point de vue social, politique et stratégique. L’eau ne devrait-elle pas être reconnue comme patrimoine commun de l’humanité. Il faudra en confier la gestion à des régies à but non lucratif contrôlées par les pouvoirs publics et les citoyens.
Par ailleurs des “végétaux pionniers”, comme le Moringa Oleifeira du nord de l’Inde, permettraient, par des traitements appropriés, de rendre potable l’eau insalubre. (Voir sur le net)

75. Menaces sur le XXI° siècle
Ces menaces sont évoquées par diverses personnalités dont la compétence n’est pas discutée. Le drame est qu’elles se recoupent.
Susan George (1) pense que tout se passe comme si les nations développées avaient décidé de laisser mourir progressivement un milliard d’êtres humains car ils n’ont rien à offrir : le marché n’a pas besoin de leur travail.
Jacques Blamont fait l’analyse suivante (2). Actuellement le monde est divisé entre les gens qui vivent très bien avec 50 € par jour, quelques centaines de millions de personnes, et les gens qui survivent très mal avec 1 € par jour, plusieurs milliards de personnes soit la plus grande partie de l’humanité. Une partie des gens à 1 € passe actuellement à 2 ou 5 €. L’attitude agressive de certains de leurs leaders est lourde de menaces.
Patrick Viveret (3) écrit de son côté. “Il nous reste peu de temps, probablement un demi-siècle pour que notre famille humaine évite la “sortie de route”. Les grands maux comme la pauvreté, la faim, l’accès à l’eau potable, la carence des soins, les dérèglement écologique, la privation de techniques de communication, ne sont pas dus à des raretés physiques, techniques ou monétaires. Selon le PNUD, il suffirait de 50 milliards de dollars par an pour éradiquer ces maux. Les dépenses annuelles de publicité dans le monde sont dix fois supérieures”.
(1) Susan George « Le rapport Lugano  » Fayard, 2000. Le livre, bien documenté, est rédigé selon une ironie féroce, celle de Voltaire ou de Swift.
(2) Jacques Blamont “Introduction au siècle des menaces” (Ed Odile Jacob 2004). L’auteur est un spécialiste de la recherche spatiale, civile et militaire.
(3) Patrick Viveret, directeur du centre international Pierre Mendès France, est rédacteur en chef de “Transversales science culture”. Extrait de son article “L’homme indifférent aux risques écologiques” (Le Monde 2003_12_19).

8. Affronter le futur
L’angoisse ne peut-elle devenir salutaire ? Ainsi, le philosophe Hans Jonas écrit en 1993 dans “Le principe responsabilité”: “La prophétie du malheur est faite pour éviter qu’elle se réalise.” Mais il reste pessimiste car poursuit-il : “La postérité n’a pas de lobby” pour la défendre. Un autre philosophe, Jean-Pierre Dupuy, affirme lui aussi que la certitude de la catastrophe est une stimulation qui conduit à l’éviter (“Pour un catastrophisme éclairé” Seuil, 2001). Ilya Prigogine, scientifique doublé d’un philosophe, dit dans un de ses ouvrages : “Nous ne pouvons pas prévoir le futur mais nous pouvons le préparer”. Il y a peut-être une pédagogie des catastrophes comme il existe déjà une prévision et une approche scientifique du danger. Enfin, une autre croissance et une autre politique sont désirables et rendent possible un immense espoir.

81. La pédagogie des catastrophes.
Le terme de “pédagogie des catastrophes” a été créé dès 1977 par un philosophe français, Denis de Rougemont. Lors d’un débat dans la revue “Décroissance” (mars 2004), des intervenants discutaient du bon usage des catastrophes. La conclusion était qu’il n’y a pas de pédagogie des catastrophes, mais simplement une information sur les catastrophes du passé et sur les facteurs qui rendent probables les catastrophes dans le futur.
Les catastrophes apprennent aux hommes la solidarité. Lors des grandes tempêtes de décembre 1999, dans toutes les régions sinistrées on a remarqué des élans de générosité qui ont duré. Parfois réduits à être hébergés les uns chez les autres durant de longs mois, les sinistrés ont noué des liens qui dépassent la simple reconnaissance ou l’amitié, des liens quasi familiaux.

82. Prévision et cindynique
Il faut tenter de prévoir l’imprévisible. C’est le métier de René Amalberti, médecin militaire, spécialiste du risque et auteur de “La Conduite des systèmes à risques” (PUF 2001).
“En moyennes les 20 plus grandes compagnies représentent 60 % du trafic mais seulement 20 % des accidents. Ce sont donc les autres, les petites compagnies, notamment de charters, qui sont les plus exposées. Cela étant dit, le risque pris par le client d’un charter est entre 100 et 1000 fois moins élevé que le risque de la pratique de certains sports dans son séjour comme le canyoning ou la plongée avec bouteille. (…) L’ultime paradoxe est que l’aviation va connaître, mécaniquement, une augmentation du nombre d’accidents proportionnellement à la hausse du trafic. Il y aura environ un crash par semaine dans le monde en 2020, même si le risque réel est infime pour les passagers. Un risque sans rapport avec l’image émotionnelle véhiculée par la sur médiatisation qui accompagnera chacun de ces accidents.” (Le Monde 2004_01_06)
Une discipline nouvelle est née, la “cyndinique”, du grec “kindunos” (“danger”). C’est l’analyse scientifique des risques. (1) Un analyste en cindynique explique la démarche : “Très souvent le manque de formation du personnel ou son manque d’information sont l’une des causes de bon nombre de catastrophes. […] Les grandes catastrophes se produisent dans les systèmes à responsabilité diluée.” Parmi les causes majeures il signale le sentiment d’infaillibilité (“on croit que cela n’arrivera jamais”) et la profusion de procédures complexes et quelquefois contradictoires. (d’après Science et Avenir juillet 1997)
Les solutions techniques existent mais elles sont coûteuses, installées après la catastrophe et les conducteurs de machines ou les pilotes ne sont pas forcément favorables à des dispositifs qui réduisent leur rôle. Enfin, dans des entreprises, comme le nucléaire, le recours à des sous-traitants mal formés est un facteur de risque régulièrement dénoncé par la CRII-RAD (http://www.criirad.org/).
(1) L’institut européen de Cindynique, 8 rue de Rocroi 75010 Paris “Eléments fondamentaux de cyndiniques”, Ed Economica, 1995

83. Autre croissance, autre politique
Un économiste remarque : “Dans la croissance on comptabilise en plus ce qui est en moins” c’est-à-dire qui va à l’encontre de notre survie. Exemple : l’énergie consommée en pure perte dans les embouteillages est comptée mécaniquement en positif dans le PIB national. La gestion du risque technologique est encore une manière d’aller vers notre perte. Des solutions alternatives existent cependant.
Ainsi lorsque le pic de Hubbert sera dépassé, le pétrole sera progressivement remplacé par des énergies alternatives mais pas les biocarburants car l’humanité aura besoin des terres qui leur sont consacrées pour nourrir sa population. Par ailleurs la R et D (Recherche et Développement, recherches fondamentale et appliquée) trouve des solutions par des sauts qualitatifs. La lampe électrique n’est pas une amélioration de la bougie.
D’où l’idée d’une croissance différente qui ne propose pas de vivre “moins” mais “mieux”, avec “moins de biens et plus de liens”. Une autre croissance permettrait de mieux nourrir les 9 milliards de personnes attendues pour 2050.
1. L’autosuffisance. Réorienter les économies de monoculture vers les cultures vivrières afin que toutes les régions pauvres puissent subvenir à leurs besoins élémentaires.
2. L’énergie. La développer localement par des énergies renouvelables. Réorienter les activités industrielles et commerciales afin de réduire les transports. 3. Les mégapoles. Inverser les flux de population pour dégonfler les mégapoles de 10 – 20 millions de personnes. Ramener le maximum d’activités dans les campagnes. Mais il faut affronter une évidence : la moitié (3 milliards) de l’humanité (6 milliards) vit déjà en ville dont 1 milliard dans des bidonvilles.
4. La solidarité. Réorienter la concurrence vers l’émulation. Respect de la personne humaine, objectif des médias, de l’éducation et de la culture.
Le sociologue allemand Ulrich Beck se pose la question : “Qui détient le pouvoir dans notre monde globalisé ?” (1) Les États et le capital financier international mais aussi les ONG (Organisations non gouvernementales) comme Greenpeace et Amnesty International. Les ONG coopèrent avec les États pour préparer des accords internationaux. Dans le sillage des ONG, deux autres contre- pouvoirs apparaissent : le mouvement alter mondialiste qui devra coopérer lui aussi avec les États s’il veut devenir efficace et les consommateurs qui veulent devenir des “consom’acteurs”. “Le consommateur, note Ulrich Beck, dispose d’une arme puissante : le pouvoir du non achat. Le capital ne sait pas comment réagir face à cette nouvelle force.” Même controversé, le commerce équitable (2) est un premier pas vers des échanges moins inégalitaires.
(1) Entretien dans Télérama n° 2817 du 7 janvier 2004.
(2) Sur le commerce équitable (“fair trade”) consulter internet.

84. Un immense espoir.
Une autre croissance, une autre politique sont possibles dans une transformation très lente où chacun d’entre nous joue un rôle irremplaçable parce que c’est le sien.
Alain de Vulpian analyse sur les cinquante dernières années comment s’est menée, en France et dans les autres pays développés, la grande aventure de la modernité (1) : “Nous sommes tous des gens ordinaires et nous pesons sur le cours des choses d’une façon qui s’impose à ceux qui se croient puissants.” Cela s’est fait par de minuscules désobéissances qui ont créé de nouveaux modes de vie dans la consommation et les mœurs. Ainsi les lois sur la contraception (1967) et l’avortement (1973) ont été pris sous des gouvernements qui ne leur étaient pas favorables mais qui ont dû céder devant la pression de l’opinion publique.
Même espoir pour la communauté musulmane. Un grand savant, Ahmed Zewait (2) note ainsi : “Ce dont nous avons besoin, concrètement, c’est d’un “djihad de l’éducation” : une campagne menée dans tous les pays musulmans pour parvenir à l’excellence en matière d’éducation et de culture scientifique.” Les jeunes arabes ambitieux vont dans les cybercafés, sont en liaison avec le monde occidental, mais n’y ont pas accès. Ce qui nourrit leur frustration. “Lorsque nous parviendrons à transformer cette frustration en énergie positive, il y aura de l’espoir pour les jeunes musulmans arabes, qui pourront alors envisager un autre avenir.”

85. L’économie circulaire
29 SCI catastrophes économie circulaire 2015-10-30
Le philosophe Luc Ferry présente avec enthousiasme dans le Figaro du 29 octobre 2015 un ouvrage de Jean Staune. « Les Clés du futur. Réinventer ensemble la société, l’économie et la science. » (Plon, préface de Jacques Attali). Les nouvelles technologies apportées par les « Gafa » (Google, Apple, Facebook et Amazon) bouleversent en profondeur la médecine, la biologie, l’économie et l’écologie. Le livre de Jean Staune fourmille d’exemples concrets et positifs. L’économie devient « collaborative » (Airbnb, Blablacar, Uber…) L’écologie « punitive, antilibérale et mortifère » (L.F) va devenir « positive » en s’intégrant à l’économie de marché. On est amené à « repenser de fond en comble le projet philosophique, spirituel et scientifique environnemental….» (L.F) Le livre de Staune prend appui sur l’économie « circulaire » définie par Gunter Pauli (« Croissance sans limite. Objectif zéro pollution ») et les travaux de Michael Braungart et William McDonough (« Cradle to cradle. Créer et recycler à l’infini » : cradle to cradle : « du berceau au berceau »).
Deux principes conduisent cette écologie :
D’abord imiter la nature qui ne connaît « ni poubelles, ni déchets » (William Mc Donough) car elle recycle tout. Faisons comme elle.
Ensuite devenir excellent en tout : « en inventant, grâce aux technologies nouvelles, des possibilités infinies de croître sans limites en dépolluant. » (L.F)
« … c’est bel et bien en accentuant la croissance et la consommation qu’on sauvera le monde de la crise écologique, pourvu du moins que le développement soit enfin conçu dès l’origine pour dépolluer et enrichir l’environnement.
Vous doutez ? Vous pensez que c’est de l’utopie ? Allez-y voir de plus près dans le livre de Staune, et vous verrez que l’intégration de l’écologie, de la logique du recyclage et de l’économie circulaire dans celle du marché est non seulement viable, mais qu’elle constitue sans nul doute la seule vie d’avenir pour l’humanité. » (L.F)
(d’après L.F : Luc Ferry « La nature n’a pas de poubelles ! » Figaro 29 octobre 2015)

(1) Alain de Vulpian “A l’écoute des gens ordinaires. Comment ils transforment le monde” (Dunod, 2003, Coll L’ami public, 364 p).
(2) Un entretien avec Ahmed Zewail, prix Nobel de chimie 1999 (mise au point du Femtoscope, qui permet de photographier les liaisons entre les molécules), occupe la chaire de Linus Pauling au Caltech (California Institute of Technology). Le nouvel observateur, 2003_07_24

9. Pour en savoir plus
Généralités
Catherine Larrère, Raphaël Larrère “Du bon usage de la nature” Ed Aubier 1997 368 pages. Prix : 18,29 € : «Parler de bon usage de la nature, c’est dire que […] nous devons déterminer les critères de son usage» afin que l’homme puisse à nouveau l’habiter sans dommage pour le présent comme pour les générations futures.”
Jean-Pierre Dupuy “Pour un catastrophisme éclairé : quand l’impossible est certain” Seuil, 218 pages, 2001
Jean Pierre Dupuy “La panique”, Ed Les empêcheurs de penser en rond, 2003 Paul Virilio “La ville panique” Galilée, 2003 140 pages, 22 €.
Les catastrophes naturelles
René Favier et A.M Granet Abisset “Récits et représentations des catastrophes naturelles depuis l’antiquité” (Université Pierre Mendès France, Grenoble, 2005).
Comment fonctionne la médecine de catastrophe et les premiers secours : Site commun à la Croix-Rouge et au Croissant-Rouge :
http://www.ifrc.org/fr/what/disasters/
Les épidémies
Sur les problèmes liés au développement mondial de l’agriculture et de l’élevage, lire du géographe américain Jared Diamond son livre fondamental : “De l’inégalité parmi les sociétés. Essai sur l’homme et l’environnement dans l’histoire.” Gallimard. NRF Essais, 492 p, 2000.
Pour des épidémies spécifiques consulter internet. 
Guerres, génocides, terrorismes
Jacques Blamont “Introduction au siècle des menaces” (Ed. Odile Jacob,
2004, 556 pages). Jacques Blamont, est l’un des responsables de l’aventure spatiale française. Ouvrage très documenté.
Susan George « Le rapport Lugano  » Fayard, 2000
Tom Clancy. “Sur ordre” (1996). Cinq ans avant le 11 septembre 2001, ce thriller raconte comment un terroriste islamiste fait s’écraser un Boeing 747 sur le Capitole, entraînant dans mort le Président et tout l’exécutif américain. Tom Clancy dénonce les dysfonctionnements de l’administration américaine (tensions entre la CIA et le FBI) qui permettent la catastrophe. Tom Clancy est réputé pour la qualité de sa documentation en matière de guerre moderne.
Catastrophes technologiques
Dominique Bourg et Jean-Louis Schlegel “Parer aux risques de demain. Le principe de précaution”, Seuil, 190 p, 2001 et Le Monde 20 avril 2001, Jean Paul Droit)
Patrick Lagadec, ingénieur de recherches à l’Ecole polytechnique, est l’initiateur du concept de “risque technologique majeur” (1979), Ouvrages : “Le risque technologique majeur” (1981), “La Civilisation du risque” (1981), “Un monde à repenser” (Economica, 2001).
René Amalberti “La Conduite des systèmes à risques” (PUF 2001). Jean-Luc Wingert “La vie après le pétrole”, (2005) Ed Autrement.
Christian Morel “Les décisions absurdes. Sociologie des erreurs radicales et persistantes”. Paris, Gallimard, 2002.
“Traité des nouveaux risques, précaution, crise, assurance.” Olivier Godard, Claude Henry, Patrick Lagadec, Erwann Michel-Kerjan (Gallimard, 2002)
Catastrophes économiques
Dominique Plihon Dominique “Les Désordres de la finance. Crises boursières, corruption, mondialisation”, Paris, Encyclopedia universalis, 2004. 195 p. (Collection Le tour du sujet)
Les catastrophes majeures
Eva Joly “Est-ce dans ce monde -là que nous voulons vivre ? “ Folio documents Editions des Arènes , 2003
Jean Demaillard magistrat, auteur de “Un monde sans loi” et aujourd’hui “Le marché fait sa loi. De l’usage du crime par la mondialisation” (Mille et Une Nuits, 2001 + N° Esprit de juillet 2001
François Ott “Le temps du droit” Odile Jacob
Affronter le futur
Alain de Vulpian “A l’écoute des gens ordinaires. Comment ils transforment le monde” (Dunod, 2003, Coll L’ami public, 364 p).
Ulrich Beck “La Société du risque sur la voie d’une autre modernité” (Ed Champs, Flammarion 2003) et “Pouvoir et contre pouvoir à l’heure de la mondialisation” (Aubier, 562 p, 2004, 23 €)
“Dictionnaire des risques”, sous la direction d’Yves Dupont (Armand Colin, 2003)
Une revue qui se veut pleine d’espoir. “La décroissance. Le journal de la joie de vivre.” http://www.ladecroissance.net

Roger et Alii
Retorica
(14.620 mots, 92.900 caractères)

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