29 SCI science sans conscience 1990

 

 

« Science sans conscience n’est que ruine de l’âme » écrivait Rabelais. Voici une actualisation de cette phrase célèbre.

 

 

SUJET I BTS SCIENCE SANS CONSCIENCE (Pierre Drouin)

 

  1. a) Résumé (63 lignes offertes pour 130 mots demandés, soit 2,06 mots par ligne. 7 paragraphes de longueurs très inégales, mais rythme régulier moyen de 8 lignes. D’où le §6 doit être mentalement scindé en 6.1 et 6.2. Texte difficile dont il faut cependant respecter la logique interne.)

 

1 (8 lignes, 16 mots) Les savants croient au progrès, laissent leurs applications à la société et méprisent Oppenheimer arrêtant ses recherches nucléaires. (18 mots).

2 (8 lignes, 16 mots) MAIS l’éthique pose des problèmes graves que Jacques Testart propose d’examiner avant d’entamer des recherches. (18 mots)

3 (10 lignes, 20 mots) OR les savants ne peuvent décider seuls : certains avanceront résolument entraînant ceux qui jugent que l’éthique dépend de l’opinion. (21 mots)

4 (3 lignes, 6 mots) EVIDEMMENT, l’éthique pourrait paralyser toute recherche. (7 mots)

  1. (8 lignes, 16 mots) MAIS seule une large information dégagera une attitude commune, respecter l’homme étant la valeur suprême. (16 mots)

6.1 (9 lignes, 18 mots) Hiroshima déclencha une peur irraisonnée du nucléaire et la biologie n’a encore tué personne, sauvant même bien des vies humaines. (21 mots)

6.2 (8 lignes, 16 mots) CEPENDANT Jean Dausset a raison : les manipulations génétiques de l’embryon ouvrent des perspectives dangereuses. (15 mots)

7 (9 lignes, 18 mots) Il faut DONC poser des limites pour respecter la personne humaine MAIS sans pouvoir éliminer certains risques. (17 mots). TOTAL : 133 mots.

 

(Le résumé met ici en valeur les articulations logiques. On remarque que l’auteur passe constamment d’une thèse à l’autre et quelquefois dans le même § (en §6) mais sans perdre une ligne directrice définie en §5 et en §7 : une large information permettra à une opinion publique éclairée d’imposer à la recherche scientifique les limites souhaitables, celle-ci reposant sur le respect de l’homme).

 

  1. b) Explication (réfléchir au sens des mots avant de consulter les dictionnaires ; ne pas pomper les définitions mais s’interroger sur leurs significations. Voir EUGENISME)

 

« raisons éthiques » 1. « Raisons » au pluriel a le sens de « motifs », 2. « éthique » (du grec « ethos » : coutumes, mœurs cf éthologie) est un équivalent de « morale » (du latin « mores » : mœurs). « Ethique » semble plus savant et plus moderne que « morale » ; par ailleurs il correspond plutôt à une morale que se construit la société alors que la morale renverrait plutôt à une éthique imposée par la tradition et surtout la Révélation (on parlera de « morale chrétienne » et non d’ « éthique chrétienne » . 3. L’expression évoque donc les motifs moraux sur lesquels un accord peut se faire : sauvegarder les droits de l’homme, et d’abord l’intégrité de la personne.

« la tentation de l’eugénisme » 1. une tentation est un penchant auquel on peut résister. 2. Eugénisme désigne un ensemble de procédés techniques ou une théorie qui vise à maintenir ou même améliorer la qualité de l’espèce humaine. 3. Maintenir cette qualité paraît un but louable mais l’améliorer en quel sens ? sur quels cri- tères et définis par qui ? L’eugénisme est alors dangereux (d’où l’expression du texte) Il s’appuie sur une idéologie scientiste utilisée à la fois par des nazis, des néo-nazis, des communistes et des lib‚éaux… bref une idéologie très commune (« Telle chose est bonne puisqu’on me dit qu’elle est scientifiquement prouvée »).

 

 

  1. c) Discussion « La science comporte une part de risques qu’on ne pourra jamais éliminer » affirme Pierre Drouin. Qu’en pensez- vous ?

 

  1. Introduction. Affirmation de P. Drouin. Quels sont les risques ? Comment y porter remède ?

 

1.0 Quels sont les risques essentiels ?

1.1 Apparemment les risques sont partout : nucléaires, génétiques … Mais pourquoi avoir pris tant de risques et partout à la fois ? Parce que les hommes des sociétés industrialisées vivent sur les mêmes ignorances, les mêmes croyances, les mêmes images mentales.

1.2 Ignorances. Toute cause même minime a un effet qui se conjugue à d’autres effets dans un mécanisme implacable. Ex: l’activité industrielle, le CO2, l’effet de serre, la pollution etc. Ignorance des enchaînements chez les scientifiques, les industriels, les responsables politiques, les leaders d’opinion (média) et l’opinion publique (citoyens, consommateurs).

1.3 Croyances. Faut-il manger de la viande ? Faut-il se servir d’un dentifrice au fluor ? Oui parce qu’on a besoin de protéines animales et que le fluor protège les dents. On nous dit que « c’est scientifiquement prouvé ». Le nazisme s’appuyait sur des arguments scientifiques démentis ensuite. Le communisme a longtemps prétendu que la science lui donnait raison. L’idéologie scientiste, la religion de la science, pollue notre mental et nous fait perdre tout esprit critique et de libre examen.

1.4 Images mentales. Faut-il revenir au Moyen-Age, voire à l’âge de pierre ? Mais que savons-nous de ces époques ? Des témoignages, tous authentifiés par la recherche scientifique (!), nous donnent des visions très différentes d’un même passé. Mais à chaque époque, c’était la modernité ! Certains la vivaient bien, d’autres mal selon les images mentales qu’ils se formaient.

1.9 Donc le pire des risques n’est pas à l’extérieur de nous mais en nous-mêmes : manque d’imagination, idéologie scientiste, croyances naïves sur le bonheur.

 

2.0 Des remèdes existent.

2.1 Des principes simples : « Si je savais quelque chose qui me fût utile, et qui fût préjudiciable à ma famille, je la rejetterais de mon esprit. Si je savais quelque chose utile à ma famille, et qui ne le fût pas à ma patrie, je chercherais à l’oublier. Si je savais quelque chose utile à ma patrie, et qui fut préjudiciable à l’Europe, ou bien qui fût utile à l’Europe et préjudiciable au genre humain, je la regarderai comme un crime. » (Montesquieu 1689-1755 « Cahiers »)

2.2 Faire en sorte que ces principes soient réellement enseignés dans les écoles, inspirent l’action commerciale, politique, judiciaire, médiatique… à tous les niveaux.

2.3 Développer la démocratie et le sens de la responsabilité individuelle et collective : partis politiques, syndicats (décriés au nom de quelles images mentales ?), associations, groupes de pression…

2.4 Apprendre à être heureux, à s’aimer soi-même. « Aime ton prochain comme toi-même ». Or beaucoup ne s’aiment pas vraiment. Comment pourraient-ils aimer les autres ?

2.9 Puisque le risque scientifique est en nous-mêmes la solution est en nous-mêmes. Logique non ?

 

  1. Conclusion. Partis d’une vision extérieure et globalisante (la faute à « ils ») on en vient à dégager une responsabilité personnelle sur l’avenir. Le risque scientifique sera ce que nous le ferons : normal ou catastrophique, à notre convenance.

 

Compléments : Variante et Rabelais

 

A/ Variante

 

J’avais, une année, utilisé l’argumentation suivante pour le 2.

  1. Comment éviter ces risques ?
  2. La science est orientée non par la fantaisie du chercheur (idée romantique) mais par les crédits attribués aux chercheurs et à leurs équipes : crédits d’équipement (ex : cyclotron…), de fonctionnement publics, privés. La science progresse dans la direction qu’on lui indique.
  3. D’où la nécessité de définir des valeurs : les droits de l’homme et de l’humanité, éviter ce qui peut faire souffrir l’homme, le prendre comme fin et non comme moyen : d’où les comités d’éthique. Ex : limiter les manipulations génétiques aux maladies héréditaires invalidantes. Si le chercheur ne se soumet pas on ferme le laboratoire et on coupe les crédits.
  4. D’où aussi des conventions internationales avec indemnisation des pays lésés. Le fréon est indispensable aux congélateurs ; on cherchera donc un autre produit et on donnera la technologie aux pays pauvres pour éviter qu’ils polluent à leur tour l’atmosphère. On dédommagera le Brésil pour qu’il laisse intacte la forêt amazonienne.
  5. Donc les risques peuvent être jugulés.

 

  1. Conclusion. Les risques existent mais une fois que l’opinion est clairement informée, les gouvernements et les groupes de pression sont amenés à prendre les mesures adéquates et à se concerter pour orienter les recherches dans un sens conforme à l’intérêt de l’humanité.

 

B/ Rabelais : « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme »

 

Michel (14 nov 2006) : Je ne suis pas spécialiste de Platon et de l’éducation platonicienne. Je laisse à d’autres, plus compétents, le soin d’en parler.

 

Simplement je trouve anachronique de lui reprocher son élitisme à une époque où seule une minorité avait droit à la citoyenneté. Cela n’empêche pas de reconnaître le mérite des philosophes grecs, mais devrait également éviter de mythifier leur époque, comme on l’entend parfois.Critiquer l’élitisme platonicien correspondrait à dénigrer l’Encyclopédie de Diderot-d’Alembert du fait qu’elle n’était même pas en ligne sur internet.

 

Quant à l’égalitarisme de notre époque, ce serait une supercherie que de prétendre à l’égalité des chances pour tous (comme sous le ministère Haby), mais on ne peut nier que, depuis la fin du XIXe siècle, l’école obligatoire, la multiplication des bibliothèques de prêt ont modifié radicalement la situation antérieure où la majorité des Français étaient réellement illettrés, et pas seulement selon les dires de certains réacs d’aujourd’hui.

 

Notre originalité est de ne pas nous centrer uniquement sur Lire-Ecrire-Compter (néanmoins indispensables), de ne pas nous contenter d’instruire, mais d’éduquer par l’action, de préparer à la vie dans tous les sens du terme. Il faut observer que, même dans des milieux, disons moins conservateurs, certains voudraient en rester à l’instruction (un membre du cabinet de Chevènement en 84-86 aurait voulu débaptiser le ministère en revenant à la dénomination ancienne  » de l’Instruction Publique « , l’éducation étant déclarée du ressort des familles).

 

Il ne s’agit pas pour nous d’opposer les deux termes, mais de rappeler que l’une ne peut avoir de profondeur sans l’autre. Sans être de Platon, la phrase :  » Science sans conscience n’est que ruine de l’âme  » reste d’actualité, à la condition de ne pas croire à l’endoctrinement des consciences, comme cela se fit sous certains régimes.

 

Roger (14 nov 2006) : La citation n’est pas de Platon mais de Rabelais. Elle fait partie pour moi des « incontournables » de la classe de seconde parce qu’elle appartient à notre patrimoine culturel national et que, partant, on la cite souvent mais d’une manière tronquée. La voici complète avec le très bref commentaire que j’ajoutais pour ces élèves. Pour le reste je suis, bien entendu, d’accord avec Michel.

« Mais par ce que, selon le sage Salomon, Sapience n’entre point en âme malivole, et science sans conscience n’est que ruine de l’âme, il te convient, servir, aimer et crain-dre Dieu ».(Rabelais, Lettre de Gargantua à Pantagruel, dans « Pantagruel » 1533).

– jeu de mots sur l’opposition science/con-science.

– sapience = sagesse, âme malivole = âme malveillante.

– rythme ternaire « servir, aimer, craindre Dieu » :

 

Jacky (14 nov 2006) : Je ne résiste pas…..

 

 

La citation complétée, mais là je ne pense pas que ce soit pas Rabelais ni Platon, est :

 

 

Science sans conscience n’est que ruine de l’âme,

 

Mais conscience sans science n’est qu’un vilain gros mot !

 

Roger (14 nov) : Il n’a pas résisté !

 

Michel (15 nov) D’après le style, la citation complétée serait bien de Pierre Dac, grand philosophe du XXe siècle. Ou alors, un de ses disciples.

 

Roger (20 oct 2017) : La citation est de Pierre Dac comme le prouve une recherche rapide sur le net. Au delà de l’humour, Pierre Dac me semble manifester une confiance irraisonnée en la science. Il réduit la conscience à « un vilain gros mot » : c’est du pur nihilisme, drôle mais nihilisme tout de même.

 

Roger et Alii – Retorica – 1 920 mots – 12 000 caractères – 2017-10-20

 

 

 

 

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