30 SEX érotisme tantra tao 2010-01

Il s’agit d’un article trampoline qui procède par sauts sans s’écarter du sujet. Je donne ici quelques extraits des ouvrages du taoïste Mantak Chia. Je les proposais déjà en 1992 à mes élèves de BTS en regrettant de ne pas oser les lire avec des élèves plus jeunes. Je crois que les temps sont mûrs pour le faire. Il faudrait y songer dès la puberté. Songer que beaucoup de garçons n’ont que les films porno comme éducation sexuelle. Notre société est faussement érotique.

Malgré la réputation un peu sulfureuse de son auteur, j’ai beaucoup aimé “L’art de l’extase sexuelle” de Margo Anaud Naslednikov. Pour rester dans le domaine extrême oriental, bouddhisme, tantra et tao ont partie liée. L’avantage du tao sur le bouddhisme c’est, à mon sens, qu’il est encore moins dogmatique, qu’il parle plutôt d’harmonie que de compassion (ou de charité comme les chrétiens), qu’il se contente d’offrir des livres et des pratiques (Chi-gong, taï-chi-chuan). Tantra signifie “tissage” et tao « voie »

L’ouvrage le plus accessible sur le tao reste, à mon avis, de Deng Ming-Dan « Le tao au jour le jour, 365 méditations taoïstes », Albin Michel, 1998). Le méditer pendant une année avant d’aborder les grands classiques Lao-tseu, Tchouang- tseu, Lie-tseu etc.

Roger

1. Erotisme divin « Le sens de l’érotisme échappe à quiconque n’en voit pas le sens religieux. Réciproquement le sens des religions échappe à quiconque néglige le lien qu’il présente avec l’érotisme. » (Georges Bataille, cité par Philippe Sollers). Il y a un lien entre “testicule” et “testament”, “vénérable” et “vénérien”, “caresse” et “charité”. Odon Vallet l’explique dans “Petite grammaire de l’érotisme divin” (Albin Michel 2005). “Le Cantique des Cantiques” se déploie entre érotisme et spiritualité. L’Inde védique connaît les amours torrides du dieu Krishna avec la jeune vachère Radha et aussi le culte du “linga (phallus) du grand Shiva”. Le tantrisme et le taoïsme ont recherché l’union mystique pour une longue vie, voire l’immortalité. Il s’agit d’équilibrer le yin féminin et le yang masculin. Mais ce dernier finit par l’emporter et avec lui cette union mystique disparait. D’où la détestation de l’homosexualité qui passe, elle, d’une manière fluide d’un principe à l’autre.

2. La culture taoïste à deux. Les ouvrages de maître Mantak Chia et de sa femme Maneewan Chia sont très intéressants. Citons « Le Tao de l’amour retrouvé, L’energie sexuelle feminine », Ed. Trédaniel. et Mantak Chia « Les secrets taoistes de l’amour”. « Culture de l’énergie sexuelle masculine » Ed. Axis mundi 1991. Introduction de Michael Winn : ) “Le déséquilibre sexuel entre l’homme et la femme est évident : une femme peut recevoir sexuellement son amant aussi longtemps qu’elle le désire, aussi les Taoïstes disent-ils que son essence yin est presque inépuisable. Un homme faisant l’amour est, lui, limité par la quantité d’energie dont il a besoin pour garder son érection, donc son énergie yang est plus aisément épuisée. Une femme est sexuellement plus forte qu’un homme parce que biologiquement cela est nécessaire. Ses organes reproducteurs doivent endurer la souffrance de mettre au monde des enfants et les nourrir.Les effets biologiques de cette inégalité primaire sont profonds, engendrant une réaction en chaîne qui peut imprégner la sensibilité et la façon de penser masculine à tous les niveaux qu’il s’agisse du mariage, du rôle culturel que nous choisissons de jouer ou des modèles spirituels que nous choisissons pour notre propre croissance. L’insécurité sexuelle est peut-être la première raison pour laquelle les hommes ont cherché à prendre l’avantage sur les femmes dans les domaines physique, politique, financier, intellecturel et religieux.

3. Selon Mantak Chia, il faudrait corriger ce déséquilibre sexuel pour obtenir une sociélé plus harmonieuse. D’autant que “la quête d’un accomplissement dans l’amour a pris la dimension d’une religion” chez ceux qui n’ont plus de religion. “Les Taoïstes n’offrent ni la religion, ni le mariage comme solution pouvant apporter la stabilité, à moins qu’il s’agisse d’un mariage d’énergies subtiles qu’ils identifient au yin et au yang. Ils engagent simplement chaque individu à cultiver sa force-vie intime naturelle ou chi. C’est dans ce contexte que les anciens Chinois ont développé des méthodes hautement raffinées pour accroître la vitalité sexuelle des hommes qu’ils soient mariés ou célibataires.(…) La technique taoîste de culture du chi conduit à intégrer les énergies divines ou subtiles dans le corps humain, et ce, dans le but d’acquérir un équilibre dynamique des énergies opposées nommées yin et yang. Le Tao est le tout indescriptible et la source absolue de ces énergies qui se manifestent sous des formes très variées. Les Taoïstes étant des gens pratiques ont décidé que l’homme pouvait commencer à travailler à partir de l’énergie la plus accessible, à portée de la main pour ainsi dire, à savoir l’attraction sexuelle entre l’homme et la femme et devait l’utiliser comme un tremplin menant vers des domaines plus subtils. (…) »

4. « Les Taoïstes enseignent que l’homme et la femme doivent équilibrer harmonieusement,à l’intérieur d’eux-mêmes, les puissances du ciel et de la terre et que cette harmonie les suivra après dans d’autres sphères de la vie. (…) Quand nous aimons quelqu’un, nous ne l’aimons pas seulement, mais nous transformons aussi une partie de notre propre essence en un haut degré d’énergie. Ainsi les Taoïstes voient la sexualité comme une source primaire de puissance, au delà de l’amour au niveau humain. (…) … c’est la grande et invisible harmonie cosmique du Tao, toujours présente, qui permet à l’expérience de l’amour individuel de survenir. (…) Le but des Taoïstes n’est pas de satisfaire les désirs insatiables de l’ego humain. Leur but est de calmer l’ego et de tranquilliser l’esprit de façon à ce que les énergies subtiles du corps puissent être observées et cultivées jusqu’à un haut niveau de conscience. L’esprit peut alors voir son vrai rôle dans le grand ordre cosmique et travailler au maintien et à l’équilibre harmonieux des forces en présence. » (Michael Winn)

5. Yin et Yang, le combat des sexes. Mantak Chia « Les secrets taoïstes de l’amour, culture de l’énergie sexuelle masculine ». Ed. Axis Mundi, (1991) :

« (…) Le yang est le feu, le yin est l’eau. L’homme est le feu, la femme est l’eau. Quand un homme et une femme font l’amour, le feu du pénis chauffe l’eau de la matrice. La femme est presque toujours plus forte sexuellement que l’homme car son eau éteint le feu de l’homme qui perd son érection. Le faible et doux yin vient toujours à bout du dur yang. Un exemple en est donné par les fleuves (yin) qui triomphent des rochers massifs. C’est ainsi qu’un cours d’eau emporte lentement une montagne gigantesque et creuse le Grand Canyon sur un kilomètre de profondeur. » Dans cette bataille entre le yin et le yang les hommes sont souvent « vaincus en quelques minutes par les femmes » par ignorance de leurs organes et de l’énergie sexuelle. « La femme est armée d’un bouclier et d’une courte épée – le vagin et le clitoris. L’homme n’a sur lui que sa seule grande lance – le pénis. Si l’homme attaque trop violemment avec son arme d’amour, la femme pare aisément la botte et le soumet quand il laisse échapper sa semence. Mais si l’homme reste hors de portée des attaques de la femme…, de fatigue elle laisse tomber son bouclier. L’engagement s’achèvera avant que l’homme ne perde le support de sa plus haute vitalité.

Le point important est le suivant : l’homme ne doit plus laisser échapper ses énergies sexuelles. Lorsqu’il enraie la perte de sperme, la femme n’est plus en position de supériorité. Elle a rencontré son égal et n’a plus à souffrir de déception. L’homme se s’épuise plus, ne bat plus en retraite, humilié ; maintenant, il a le sentiment d’avoir trouvé une bonne harmonie. La femme atteint les frontières de ses capacités érotiques, elle est alors prête à faire véritablement la paix avec son adversaire. »

6. « Les sages vous conseillent d’utiliser vos armes tactiques en premier lieu. Tenez les armes stratégiques en réserve. En d’autres termes, servez-vous des doigts, de la langue et des autres parties du corps avant de vous unir à votre partenaire. Par des prémisses tendres et pleines d’habileté, vous pouvez amener votre partenaire à un état de très haute réceptivité, premier pas vers l’égalité avec un adversaire supérieur.

Ses seins se gonfleront, sa respiration et ses sécrétions s’accéléreront. Attendez qu’un fluide puissant imprègne les lèvres vaginales avant d’utiliser votre arme maîtresse. Donnez à votre amante la possibilité de ressentir pleinement l’amour avant de vous unir à elle.

Le combat entre homme et femme cesse quand tous deux reconnaissent qu’aucun ne peut gagner, que ce soit en dominant ou en soumettant l’autre. A ce moment, chacun devient libre de s’abandonner à l’autre et tous deux peuvent échanger leur amour le plus profond ; leurs points faibles ont été compensés et ils n’ont plus peur de perdre. »

7. Margo Anand Naslednikov, « L’art de l’extase sexuelle. La voie de la sexualité sacrée et du Tantra pour les couples occidentaux », Guy Trédaniel éditeur, 1992 (574 pages). Un autre ouvrage d’André Van Lysbeth « Tantra, le culte de la Féminité, Evolution du corps et de l’esprit par l’érotisme et l’amour » (Flammarion 1988) est, paraît-il, excellent. Le livre de Margo Anand Naslednikov me paraît supérieur à ceux de Chia : il est plus sensible, plus simple, plus humoristique, plus ouvert, plus érotique également. C’est l’œuvre d’une femme et ceci explique probablement cela. Elle se réfère à la tradition taoïste mais surtout au tantrisme. C’est un processus en trois étapes : découvrir la Dynamique de la Vibration ,réveiller la Réaction Extatique, chevaucher la Vague de Béatitude. Il s’agit d’apprendre l’amour de soi en réveillant par la respiration l’amant intérieur. Elle propose toute une mise en scène de l’amour faite de calme et de confiance. Elle apprend à harmoniser l’homme intérieur et la femme intérieure dans le jeu subtil du yin et du yang. Il s’agit d’aller de l’orgasme à l’extase pour chevaucher la vague de Béatitude. J’ai glané quelques pensées dans l’ouvrage.

* « Toutes les traditions sont d’accord sur un point : si vous savez comment rester conscient et centré en vous-même quand les démons apparaissent, vous pouvez les affronter, les accepter, en faire des alliés plutôt que des ennemis, et finalement les transcender » (p.104)

* “Aimer est revenir dans une maison que nous n’avons jamais quittée, pour nous rappeler qui nous sommes. » (p.141)

* « L’énergie est le plaisir éternel » (William Blake) (p.180)

* « L’esprit est le maître, l’imagination l’outil, et le corps le matériau plastique… » (Paracelse) (p.256)

* « La visualisation est la façon dont nous pensons. Avant les mots, il y a eu les images. La visualisation est le cœur de l’ordinateur biologique. Le cerveau humain programme et s’auto-programme par ses images. Monter à bicyclette, conduire une voiture, apprendre à lire, faire un gâteau, jouer au golf – tous ces savoirs-faire sont acquis par le processus de création d’images. La visualisation est l’outil final de la conscience » (p.257)

* « La multiplicité des dieux fait écho à la multiplicité de l’homme » (Jung) (p.330). A quoi je joins cette réflexion prise ailleurs : « Les dieux se détournent de ceux qui se présentent sans couronne. » (poème grec archaïque).

8. Troubadours et caresses. Au Moyen-Age l’amour courtois avait fait sa clé de voûte de l’élément féminin. Vers 1100 Guillaume, prince d’Aquitaine, s’oppose à l’autorité ecclésiastique (il sera excommuné deux fois) et invente ou réinvente une érotique subtile et transfigurante. Cortez amor, l’ “amour courtois” n’est pas la sublimation du désir mais la magie sexuelle dans la maîtrise du souffle vital. Il nous dit : « Toutes les joies se font humbles et tout autre amour se soumet devant ma dame au bel accueil au doux regard et l’homme vivra plus de cent ans qui saura sa joie-aimante saisir. » Le “Joy” (la joie) des troubadours est « fontaine de jouvence » (de jeunesse). Elle correspond à la « neige rouge” », terme utilisé par le taoïste Lao-tseu pour désigner l’énergie (le qi). Les tantras hindous invitent à la même découverte. (d’après Jean- Claude Marol, auteur de plusieurs ouvrages sur les troubadours dont « La Fin’Amor », Le Seuil).

« Faites des caresses une méditation. Qui pourrait penser que caresser ait jamais été reconnu comme une technique de méditation majeure, sur le même pied que la méditation zen. » écrit Dominique Vincent dans une réflexion tantrique (revue L’âme et le cœur, février 1999). Il se réfère à ce qu’il estime être le plus ancien livre consacré uniquement à la méditation , le Vigyana Bhairava Tantra (800 ans avant notre ère) où on lit « Dame princesse, caresse et deviens la caresse. Ainsi tu entreras dans la plénitude ineffable de l’espace intérieur infini. » [Vigyana signifie «  sagesse, perspicacité », Bhairava « la forme redoutable de Shiva qui détruit l’ignorance” »et Tantra “instrument (-tra) d’un processus continu (tan-), la chaîne de tissage d’un tissu »]. Dominique Vincent commente cet enseignement : « Que vous n’ayez aucun but ni aucune attente au moment où vous caressez ; vous ne recherchez pas une excitation sexuelle ou un bénéfice particulier de guérison ou de relaxation. Vous choisissez d’être juste là et de sentir. Dans une présence sans faille, le plaisir du toucher devient de plus en plus intense et vous propulse dans une expérience extatique où il n’y a plus rien de particulier qui compte. » (…) « Plus [le] geste est lent, plus il est conscient. » Sur son site, Dominique Vincent élargit sa réflexion : « Dans ce monde en pleine transformation, nous vous souhaitons de relever les défis qui se présentent. Tout peut être vécu de façon positive comme une invitation à plus d’amour et de créativité. Les défis sont de taille, notre vitalité l’est tout autant. Que ce programme soit notre cadeau, notre contribution à l’évolution de notre planète dans la direction que nous désirons. Sur cette terre en devenir, chacun de nous a sa place et son rôle à jouer .» (méditationfrance.com)

Roger et Alii

Retorica

(14.200 caractères)

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