30 SEX féminisme – laïcité -1994 – 2017

 

 

Cet article parle d’inégalité et d’égalité, de parité (sans le dire) et surtout de ce féminisme qui mène le combat contre les inégalitéS. Il s’achève sur la laïcité vue par deux femmes : Caroline Fourest et Delphine Horvilleur. L’article, bien long, est volontairement déconstruit selon la technique du « trampoline », marque de la méthode Retorica. Roger (2017-04-01)

 

(1)  SUJET II BTS RELATIONS ENTRE LES HOMMES ET LES FEMMES

 

Code de la correction : 0 = introduction(s) et 9 = conclusion(s)

 

  1. Introduction. Cinq documents sont proposés traitant des rapports entre les hommes et les femmes. Les deux premiers, dus à deux hommes sont très proches dans le temps : un extrait de « L’Emile » de J.J Rousseau (doc. 1) et une lettre de J. de Maistre à sa fille (doc 2). Les deux seconds viennent de deux femmes et sont également très proches dans le temps : un extrait du livre d’E. Badinter « L’un est l’autre » (1986) (doc 3) et un article de J. Alia « Alors, heureuses ? » (1990) (doc 4); enfin nous avons le dessin d’un humoriste homme, Sempé, paru en 1977 au plus fort des manifestations féministes (doc 5.) Nous examinerons trois thèmes : l’inégalité refusée, l’égalité conquise et enfin le bonheur comme idée neuve.

 

1.0 L’inégalité admise par les hommes est fortement contestée par les femmes.

1.1 Rousseau estime que négliger les qualités féminines c’est porter préjudice aux femmes et que les « rusées » tentent en vain de gagner sur les deux tableaux (doc.1). J. de Maistre va dans le même sens : les femmes ne doivent pas se distinguer à la manière des hommes : ce serait se comporter en singe (doc.2). E. Badinter comprend que cette remise en question crée de la perplexité et de l’inquiétude (doc.3). Mais pour J. Alia le combat est fin : les femmes se sentent heureuses, bien dans leur peau, elles partagent le gâteau de cette liberté et de leur image nouvelle même si le prix à payer est lourd : bébé-boulot-dodo et mettre les bouchées doubles (doc.4). Ce que confirme le dessin de Sempé: l’organisation de la manifestation féministe s’ajoute aux tâches ménagères mais les femmes y gagnent la solidarité d’un groupe organisé (doc.5).

1.2 Rousseau proteste : la femme n’est ni ignorante, ni bornée, ni servante, ni automate : à elle la pensée, le jugement, l’amour, la connaissance, l’esprit et la beauté (doc 1). Même réaction chez J. de Maistre : la femme n’est pas condamnée à la médiocrité ; elle a droit à des notions de géographie, d’histoire, à des œuvres littéraires et morales (doc.2).Mais pour les autres documents le problème est manifestement dépassé.

1.3 Pour Rousseau réussir sa vie, c’est être mère, avoir des enfants, en faire des hommes, inspirer de la passion, de l’amour et du bonheur (doc.1).J. de Maistre voit le même idéal : régler la maison, rendre le mari heureux, le séduire et le réconforter (doc.2). Mais pour E. Badinter l’idéal est ailleurs : avoir le droit de voter, de s’instruire et d’être protégée sur les lieux de travail (doc.3). J.Alia de son côté évoque un sondage : réussir sa vie c’est avoir un métier puis un bébé, le compagnon ne venant que très loin derrière (doc.4). La manifestation évoquée par Sempé est un des moyens pour y parvenir (doc.5).

1.9 L’inégalité, sournoisement justifiée par Rousseau et J.de Maistre, est refusée par les femmes au nom de modèles de vie bien différents.

 

2.0 Le problème central est plutôt celui d’une égalité conquise.

2.1 Pour Rousseau l’éducation des femmes se fait par rapport aux hommes : apprendre à leur plaire, à les soigner et à les conseiller (doc.1). J. de Maître est du même avis : ainsi chacun sera à sa place (doc.2). Mais E. Badinter montre que la remise en cause du patriarcat politique laissait intact le patriarcat familial (doc 3). On n’en est plus là avec le dessin de Sempé : la manifestation ne se fait pas contre les hommes mais sans eux (doc 5).

2.2 Une femme général ? une femme astronome ? mais, dit J.de Maistre, on leur dira surtout des galanteries qu’elles seraient bien sottes de prendre au pied de la lettre (doc.2) J. Alia montre que la condition féminines est bien loin de ces fadaises : des femmes sont excisées, voilées, vendues, humiliées, méprisées (doc.4). E. Badinter montre que les relations entre hommes et femmes sont des relations de pouvoir et que le renversement du pouvoir absolu du roi et du père a laissé intact le pouvoir de l’homme sur la femme (doc 3). Préparer une manifestation est donc justifié (Sempé, doc.5).

2.3 Rousseau dit qu’une honnête femme ne doit pas jouer à l’honnête homme (doc.1). J.de Maistre remarque qu’au pays des amazones, les garçons devenus hommes prendraient la première place (doc.2). C’est reconnaître ingénuement la dimension politique du problème. Alors est-ce la guerre ? Pas du tout pense J. Alia: c’est simplement une révolution où l’homme devient un « pilier dénudé » (doc.4). Ce que s’apprête à réaliser la manifestation préparée (doc.5. Sempé).

2.9 Ainsi les modèles de comportement renvoyaient à des relations de pouvoir. L’égalité conquise signifie la fin d’une exploitation ouverte ou sournoise.

 

   3.0 Mais le bonheur reste encore une idée neuve.

3.1 E. Badinter pense que la démocratie a été fatale au roi, à Dieu le Père et au Père – Dieu : le XX°s clôt une histoire de 4.000 ans (doc.3). Pour J. Alia la liberté est contagieuse car elle diffuse des modèles, des mots, des images. Le féminisme naît avec la démocratisation même si le droit à l’avortement est remis en question, même si l’écart s’accroît entre la liberté occidentale et la situation des femmes dans le reste du monde (doc.4). Le dessin de Sempé montre que la démocratie permet de manifester et de défendre ses droits menacés (doc.5).

3.2 Rousseau pense que la femme perd trop dans cette revendication de liberté (doc.1). Pour E. Badinter, les conservateurs et l’Eglise jugeaient que c’était la famille qui avait tout à perdre (doc.3). J. Alia montre que ce sont les hommes oppresseurs qui sont en position d’opprimés (doc 4) et le dessin de Sempé laisse entendre que la libération de la femme ne se fait pas contre les hommes, simplement sans eux (doc.5).

3.3 Rousseau pense à la complémentarité des situations : la femme a ses propres armes pour suppléer à la force qui lui manque et orienter la force masculine (doc.1). J.de Maistre y voit l’essence même du sublime féminin (doc.2). Mais, note E. Badinter, la complémentarité est rarement vécue comme une égalité et la différence renvoie trop souvent à l’asymétrie (doc.3). Mais, remarque J. Alia (doc.4), comment nier qu’une femme n’est pas un homme comme les autres ?

3.4 E. Badinter n’envisage pas qu’une lutte deux fois séculaire en faveur des droits de la femme puisse déboucher sur une séparation des sexes : il faut arriver à un partage de tout par Elle et Lui (doc.3). Rousseau ne veut pas que l’on démente la nature : la femme doit garder son charme (doc 1) bien qu’elle en ait fort peu dans les préparatifs décrits par Sempé (doc.5). Et J. Alia affirme que les femmes aiment les hommes, qu’elles consentent des sacrifices pour les séduire et qu’il faut assumer les différences pour jouir ensemble de la liberté, de l’amour et de la passion (doc.4).

3.9 La soumission de la femme enchaînait l’homme. S’ils se libèrent l’un par l’autre, dans l’égalité reconnue des droits, le bonheur devient possible.

 

9a. Conclusion L’inégalité a été refusée au nom de modèles de vie différents. Car ces modèles renvoyaient à des relations de pouvoir. Mais ces relations enchaînaient aussi bien l’homme que la femme. L’égalité des droit signifie la fin d’une ex- ploitation stérile et le droit au bonheur mutuel.

9b. Avis personnel Je pense que concrètement ceci peut signifier une meilleure répartition des tâches familiales et ménagères et la définition d’un cursus acceptable par les femmes qui leur permettrait de se consacrer davantage à leurs enfants sans voir compromettre leur carrière. Sur un autre plan, bien que la Chine n’ait guère pratiqué l’égalité des conditions, les taoïstes chinois ont développé la complémentarité des principes féminin et masculin, le yin et le yang, précisément pour mettre fin à ce qu’ils considèrent comme une guerre sexuelle.

 

Actualisation :

 

(2) 30 SEX féminisme débat 2016-11-20

Le féminisme français, pratiquement absent aux USA, est celui de Simone de Beauvoir, d’Elizabeth Badinter et de Catherine Kintzler. Il refuse les quotas, la parité et la biologisation de la politique. « Il tient que le propre de l’être humain, homme ou femme, c’est la liberté, la capacité à s’arracher aux déterminismes naturels. (…) les différences de fait ne devant pas s’inscrire dans le droit ni être considéré comme le signe d’un inéluctable destin. » (L.F)

Le féminisme américain a subit l’influence de la « pensée 68 ». Il « insiste au contraire sur les différences irréductibles qui opposeraient par nature, donc de manière irrémédiable, les hommes et les femmes. » « L’alternative des valeurs féminines » (Denoël) insiste sur les valeurs masculines venues de la testostérone et le discours féminin fait de compassion, de solidarité : c’est pourquoi elles s’occupent des enfants, ce que ne savent pas faire les hommes. L’organisation de la cité doit tenir compte de ces différences.

Le féminisme républicain affirme lui, que les femmes sont des hommes comme les autres et qu’il ne faut pas tomber dans le panneau du sexisme, ce que fait le second féminisme.

(d’après Luc Ferry « Le féminisme, oui, mais lequel ? » Figaro 15 sept 2016)

Soumaya Mestiri dans « Décoloniser le féminisme » (Vrin 2016) estime qu’une « pensée blanche », une sorte de « maternalisme » domine le féminisme français. Mais Fawzia Zouari estime que derrière l’argument de la diversité il y a toujours le patriarcat et la religion et pas seulement le féminisme blanc et bourgeois. Une autre féministe juge que « Classer les féministes en fonction de leur couleur de peau est une vision raciste. Une vision qui nie aux musulmanes le droit de parler universellement des droits de femmes. » Elles veulent montrer l’instrumentalisation que l’islam fait du corps des femmes. C’est la position de Martine Storti, présidente de Féminisme et Géopolitique dans « Pour sortir du manichéisme, des roses et du chocolat ». Christine Delphy , cofondatrice avec Simone de Beauvoir de la revue « Nouvelles questions féministes », estime que le féminisme français dans sa lutte contre le voile est devenu islamphobe. Le débat est vif entre celles qui stigmatisent une culture musulmane jugée incompatible avec les idéaux occidentaux, celles qui refusent cet almagame jugé raciste et celles qui refusent l’amalgame entre violence sexuelle et racisme. « … les droits de femmes seraient instrumentalisés, soit pour défendre une identité française qui serait menacée, soit pour faire de l’entrisme politique au nom de l’islam. » (C.D) Mais le but reste commun : l’émancipation des femmes. (d’après C.D Cécile Daumas, Libération, 22 sept 2016).

(3) 30 SEX féminisme dictionnaire 2016-04-07

Le « Dictionnaire universel des créatrices » rend hommage à 10 000 pionnières.

Sous la direction de

Béatrice Didier, Antoinette Fouque, Mireille Calle-Gruber

« Quarante siècles de création des femmes à travers le monde
dans tous les domaines de l’histoire humaine,
des arts, de la culture, de la science.

Le Dictionnaire universel des femmes créatrices est né de la volonté de mettre en lumière la création des femmes à travers le monde et l’histoire, de rendre visible leur apport à la civilisation. Pensé comme une contribution inédite au patrimoine culturel mondial, il a été rendu possible par plus de quatre décennies d’engagements et de travaux en France et dans tous les pays, qui ont permis de renouer avec une généalogie jusque-là privée de mémoire. Il entend recenser les créatrices connues ou encore méconnues qui, individuellement ou ensemble, ont marqué leur temps et ouvert des voies nouvelles dans un des champs de l’activité humaine. Son chantier d’étude couvre tous les continents, toutes les époques, tout le répertoire traditionnel des disciplines (artistiques, littéraires, philosophiques aussi bien que scientifiques) et il s’étend des sportives aux femmes politiques, en passant par les interprètes, les conteuses, les artisanes, fussent-elles anonymes. Créatrice, toute femme qui fait œuvre. « Une œuvre qui fera date (…). L’UNESCO est fière de soutenir cet ouvrage et les valeurs qu’il porte. »
Irina Bokova, directrice générale de l’UNESCO, préface » 2013  Édition brochée 4 982 p. En coffret, 3 volumes 139 €.

 

(4) 30 SEX féminisme Finkielkraut 2016-04-23

Débat courtois chez « Répliques » de Finkielkraut (France-Culture) entre Eugénie Bastié « Adieu Mademoiselle. La défaite des femmes » (Cerf) et Clémentine Autain, codirectrice de la revue « Regards », 23 avril 2016.

E.B. La libération féminine s’est faite grâce à l’Eglise. Au Ier siècle les saint honorés sont des saintes. A.F : « Il vaut mieux entendre ça que d’être sourd » C.A : L’intégrisme islamique est l’ennemi de l’émancipation de la femme. Celle-ci doit prendre des formes différentes et l’Eglise, Thomas d’Aquin, pensait que le sperme actif mettait en action l’élément passif féminin. E.B :La répudiation est interdite grâce à l’Eglise. Mais C.A : Saint Paul : il n’y a plus ni homme, ni femme… Il n’y a pas d’avancée chrétienne… A.F : « Hidjab day » : révélateur d’une focalisation médiatique, mépris ou éloge d’un choix personnel, cette journée traduit le relativisme de l’extrême-gauche (UNEF), qui soutient une laïcité dévoyée, sortie de sa voie, cf la journée de la jupe (pour tous) : les hommes se mettraient en jupe, l’indifférenciation absurde. Soutenir les femmes mais pas singer les femmes… Au XVII° siècle les grands emplois sont réservés aux hommes mais un écrivain juge alors que ce n’est qu’une coutume.

C.A : Elizabeth Badinter, actionnaire de Publicis, ne dit rien pour protester contre les contrats de Publicis avec l’Arabie saoudite.

E.B Femme au foyer, c’est un choix qui peut être défendu. Porter ou ne pas porter le voile est aussi un choix. La mixité à la Française mélange les dominations. C.A : Elle regrette qu’à Nuit debout la commission « féminisme » exclut les hommes parce qu’ils sont essentiellement dominants, dominants par essence.

La coquetterie relève-t-elle de l’aliénation ? L’élégance est une vertu mais elle a été formée par 2 000 ans de domination masculine.

Conclusion, le souhait de l’une et de l’autre.

E.B : Civiliser la différence des sexes.

C.A : Egalité – liberté.

Post-débat :

« C.A : Elizabeth Badinter, actionnaire de Publicis, ne dit rien pour protester contre les contrats de Publicis avec l’Arabie saoudite. » Roger (2016-04-23) :

  1. Elizabeth Badinter fait partie de l’oligarchie.
  2. C’est un milieu où l’on ne parle par d’argent (cf les Bettencourt)
  3. Cela ne veut pas dire qu’elle n’ait rien fait contre ces contrats
  4. Mais c’est une personne publique et on peut lui reprocher de ne pas d’expliquer
  5. Mais c’est difficile et dangereux car on ne sait pas comment cela peut tourner médiatiquement.
  6. D’où silence : « Never complain, never explain. »

 

(5) 30 SEX féminisme Fraisse 2016-04-09

« Aux femmes la famille, aux hommes la cité.. Geneviève Fraisse montre avec brio la persistance de cette répartition des rôles validée par la Révolution française. » Geneviève Fraisse « La sexuation du monde. Réflexions sur l’émancipation » Presses de Sciences Po, 158 p. (d’après Julie Clarini, le Monde 8 avril 2016)

 

(6) 30 SEX féminisme luttes et rêves 2016-12-14

(1) « Les luttes et les rêves » de Michelle Zancarini-Fournel est une « histoire populaire de la France ». Elle ne cache rien des contradictions de ces luttes. Le libéral Alexis de Tocqueville écrit en 1841 à propos de l’Algérie  : « Je crois que le droit de la guerre nous autorise à ravager le pays. » L’émancipation des femmes est mal accueillie. Dans l’armée napoléonienne les femmes « furent relativement nombreuses à se battre, habillées ou non en hommes ». L’une d’elles écrit à l’Empereur : « Sire, ce n’est point en femme que j’ai fait la guerre, je l’ai faite en brave. » A Douarnenez, en 1905, les ouvrières des conserveries de sardines risquent l’enfer : « Les prêtres refusent l’absolution et tous les sacrements aux femmes soupçonnées de vouloir travailler à l’heure » et non plus « au mille » (« le comptage des sardines étant à leurs yeux sujet à caution »). Il y a des défoulements populaires contre les Italiens et les « sémites » (vers 1880 – 1894). Mais il y a les rêves des disciples de Saint-Simon et de Fourier. Le philosophe prolétaire Gabriel Gauny écrit : « Un besoin de moins, c’est une force de plus ». Les « soupes communistes » nourrissent les grévistes entre 1905 et 1912. Dans l’hiver 1995 Alain Juppé lance imprudemment : « S’il y a deux millions de personnes dans la rue, je serai obligé de me retirer. » « Les guignols de l’info » lancent immédiatement un « Juppéthon » pour arriver aux deux millions. (d’après Frédéric Pagès, le Canard, 14 déc 2016)

(2) « Les luttes et les rêves ». 1685 c’est à la fois le Code noir et l’expulsion des protestants. Les souffrances mais aussi « Les Luttes et les rêves » (Hugo) inspirent ce livre. « Les subalternes aussi font l’histoire. » (JC) Déjà Howard Zinn (1922 – 2010) dans « Histoire populaire des Etats-Unis » (Agone 2003) avait montré les oubliés et les silencieux (indiens, esclaves, ouvrières du textile, syndicalistes…) La guerre sociale est féroce. Des rébellions sont nombreuses (Mandrin au XVII°s, dockers en 1950 contre l’envoi de matériel militaire en Indochine), très souvent féminines : « Il n’est plus permis aux hommes de dire : « L’humanité, c’est nous » » (Eugénie Niboyet, 1848). Les révoltes dépassent les frontières de l’hexagone : Louise Michel s’implique dans l’insurrection kanak de 1878. Le Guyanais Thomas Urbain signe « L’Algérie pour les Algériens » (1861). « La xénophobie, l’antisémitisme, le machisme fracturent les luttes. » (JC) « La révolte n’est pas tojours facile à interpréter » (JC) « Tout comme on rêve, on lutte. » conclut l’auteure. (d’après Julie Clarini, le Monde, 16 déc 2016)

L 09 FRA Laïcité féminisme 2016-10-24

A l’occasion de la sortie du livre de Caroline Fouret « Génie de la laïcité » (Grasset), Marion Ruggieri pour la revue « Elle » (octobre 2016) a mené un « entretien croisé » sur la laïcité entre la journaliste et le rabbin Delphine Horvilleur. Cet échange a permis de préciser certaines notions.

Delphine Horvilleur : « La laïcité est très mal interprétée. En arabe ou en hébreu, toute tentative de traduction du terme implique une notion de vide, de manque, comme si une personne qui s’inscrivait dans un système laïque était forcément défaillante. En anglais, on parle de « secularism » [non-interférence du religieux dans les affaires politiques et locales, du pays, ndlr], ce qui n’a rien à voir. »

Caroline Fourest : « Le secularisme américain protège la liberté religieuse des interventions de l’Etat. La laïcité française protège la liberté de l’Etat de toute emprise religieuse. Cela s’explique par deux histoires distinctes. La Révolution française s’est faite contre une monarchie de droit divin catholique tandis que les protestants ont soutenu la révolution américaine.

D.H : C’est comme si en Amérique on mettait Dieu « au-dessus » tandis qu’en France il est « à côté.»

 

Caroline Fourest explique : « Avant de vibrer pour l’idéal républicain laïque et universaliste, je suis passée par un processus communautaire : quand on découvre très jeune que l’on est homo, dans une société normative voire homophobe, c’est une bouée de sauvetage qui permet de se construire. » De son côté Delphine Horvilleur évoque une discussion avec son grand-père en 1989 au moment de la première affaire du voile au collège. Elle avait 15 ans et lui 75, rabbin de formation et proviseur de lycée : « Pour lui, marcher dans la rue avec une kippa était une provocation, la religion étant une affaire domestique et privée. » Il était attaché à la fraternité et sa petite fille, qui ne le comprenait pas alors, préférait la liberté.

 

C.F remarque que dans le monde anglo-saxon la laïcité à la française passe « pour une forme de persécution des religions et même pour une forme de racisme. Certains, en France, sont très influencés par cette vision du monde. (…)  On a des antiracistes qui passent leur journée à « raciser » les autres et à découper le féminisme en fonction de la couleur de peau » ; on l’accuse alors de pratiquer un « féminisme de Blanche. (…) Pour ma part, je pense que ceux qui cherchent à faire croire qu’on peut être féministe sans défendre la laïcité sont des gens qui ont renoncé à se battre pour l’égalité par peur du racisme. » D.H note qu’une jeune femme « peut choisir de se couvrir les cheveux ou pas, mais peut-elle dire que c’est son choix personnel et souverain ? (…) … qu’on le veuille ou non, ce voile sera contaminé par des siècles de patriarcat et de misogynie. »

 

C.F : « Le Coran parle d’un voile à rabattre sur la poitrine, et ce sont les interprètes masculins qui l’ont transformé en obligation. Puis c’est devenu, surtout depuis les années 90, le drapeau d’un islam politique. (…) Quand une femme invoque la pudeur, c’est sa vérité et je ne la conteste pas. Mais on ne peut pas nous interdire de regarder dans quel contexte ce signe est émis. (…) D.H, sur la querelle du burkini : « La point légal ne va pas résoudre cette question. Il faut, à encore, engager une véritable révolution théologique sur ce sujet. » C.F : « La plage n’est pas l’école publique, donc sur le burkini ma position est simple : je suis contre le burkini en tant que féministe, mais en tant que laïque, je suis contre le fait de l’interdire à la plage. La laïcité n’a pas à régir ce qu’on porte à la plage. »

 

D.H ne se reconnaît pas dans un « certain discours laïque sur l’école, lieu « pur », neutralisé de toute influence de la culture de naissance. » Pour elle, cette pureté est dangereuse ». C.F « Personne ne demande ça en réalité, tous les enfants viennent à l’école avec leur histoire familiale, géographique, religieuse. L’école n’a pas à cultiver leur différence, mais leur esprit critique et leur citoyenneté. Chacun son rôle : les parents assurent la transmission, l’école est un espace de liberté où ils peuvent devenir quelqu’un par eux-mêmes, pas seulement en fonction de leur famille. Comme le disait Ferdinand Buisson, ce n’est pas la foi que l’école laïque veut éradiquer du cœur des élèves, c’est la haine. » D.H : « Je dis souvent : « il faut « appartenir » pour pouvoir « à part, tenir. » Hélas, aujourd’hui, il y a une hystérie autour de la religion, qui n’est plus perçue que comme une malédiction »

 

D.H est quelquefois qualifiée de « rabbin laïque » et ceci lui convient : « Je suis profondément attachée à la laïcité et je suis devenue rabbin parce que je suis particulièrement attachée, au nom de ma tradition, à pouvoir la questionner. » C.F a coupé le cordon avec l’Eglise d’abord comme « femme aimant les femmes » mais aussi : « Rien ne vibrait, le discours des gens me paraissait en totale contradiction avec ce qu’ils étaient. Pour moi, le livre sacré, c’est l’Encyclopédie. »

 

D.H : « Pendant des millénaires, l’exégèse a été faite par des hommes, pour des hommes. Pour eux, le féminin c’est l’autre, l’élément contaminant. » Elle note que dans tous les discours fondamentalistes, on bute sur le corps des femmes mais « La religion n’est pas par fatalité l’ennemie de la femme, elle l’a été. » [D.H a développé cette notion dans son livre « En tenue d’Eve, Féminin, pudeur et judaïsme » Grasset, 2013]. C.F s’étonne : « On a bien des féministes anti-avortement qui se disent pro-vie. (…) Ce qui me pose problème, c’est quand ça les pousse à se soumettre à des textes qui font la part belle aux hommes. D’ailleurs, ma thèse est qu’une grande partie de l’attraction des jeunes hommes pour le retour au religieux est motivée par les avantages que procure la domination masculine à travers le sacré. (…) En vingt ans de travail sur les extrémistes religieux, catholiques, juifs et musulmans, je suis très peu tombée sur des gens apaisés sexuellement. (…) D.H : « Encore une fois, ce n’est pas un hasard si on retrouve dans tous les fanatismes, les mêmes haines, tabous et obsessions d’un monde pur et hermétique. Il faut vraiment aujourd’hui prêcher quasi religieusement une certaine impureté, la force de l’impureté. (…).

 

D.H remarque que ce n’est pas facile d’être rabbin pour une femme : « Je suis obligée de réfléchir, quand je mets un décolleté ou une jupe, au message que je fais passer. J’ai dû développer une conscience particulière, parfois un peu liberticide. Mais j’aime penser à tout ce que le féminin apporte à cette fonction ». C.F : « Moi, j’ai toujours transgressé les codes masculins – féminins, y compris vestimentaires, et c’est ce qui m’a coûté le plus cher. »

 

Roger (2016-10-24) : J’ai tenté, plusieurs fois, de rédiger pour Retorica, une fiche sur la laïcité française. J’y ai renoncé. Par contre cet échange entre la journaliste Caroline Fourest et Delphine Horvilleur m’a paru dire l’essentiel. C’est pourquoi j’en ai retenu ce que je juge essentiel. Je le place dans le dossier « Monarchie république » car tout est lié.

 

 

Roger et Alii – Retorica – 4 270 mots – 25 400 caractères – 2017-04-01

 

 

 

 

 

 

 

30 SEX féminisme – laïcité 1994 – 2017

 

Cet article parle d’inégalité et d’inégalité, de parité (sans le dire) et surtout de ce féminisme qui mène le combat contre les inégalitéS. Il s’achève sur la laïcité vue par deux femmes : Caroline Fourest et Delphine Horvilleur. L’article, bien long, est volontairement déconstruit selon la technique du « trampoline », marque de la méthode Retorica. Roger (2017-04-01)

 

(1)  SUJET II BTS RELATIONS ENTRE LES HOMMES ET LES FEMMES

 

Code de la correction : 0 = introduction(s) et 9 = conclusion(s)

 

  1. Introduction. Cinq documents sont proposés traitant des rapports entre les hommes et les femmes. Les deux premiers, dus à deux hommes sont très proches dans le temps : un extrait de « L’Emile » de J.J Rousseau (doc. 1) et une lettre de J. de Maistre à sa fille (doc 2). Les deux seconds viennent de deux femmes et sont également très proches dans le temps : un extrait du livre d’E. Badinter « L’un est l’autre » (1986) (doc 3) et un article de J. Alia « Alors, heureuses ? » (1990) (doc 4); enfin nous avons le dessin d’un humoriste homme, Sempé, paru en 1977 au plus fort des manifestations féministes (doc 5.) Nous examinerons trois thèmes : l’inégalité refusée, l’égalité conquise et enfin le bonheur comme idée neuve.

 

 

 

1.0 L’inégalité admise par les hommes est fortement contestée par les femmes.

1.1 Rousseau estime que négliger les qualités féminines c’est porter préjudice aux femmes et que les « rusées » tentent en vain de gagner sur les deux tableaux (doc.1). J. de Maistre va dans le même sens : les femmes ne doivent pas se distinguer à la manière des hommes : ce serait se comporter en singe (doc.2). E. Badinter comprend que cette remise en question crée de la perplexité et de l’inquiétude (doc.3). Mais pour J. Alia le combat est fin : les femmes se sentent heureuses, bien dans leur peau, elles partagent le gâteau de cette liberté et de leur image nouvelle même si le prix à payer est lourd : bébé-boulot-dodo et mettre les bouchées doubles (doc.4). Ce que confirme le dessin de Sempé: l’organisation de la manifestation féministe s’ajoute aux tâches ménagères mais les femmes y gagnent la solidarité d’un groupe organisé (doc.5).

1.2 Rousseau proteste : la femme n’est ni ignorante, ni bornée, ni servante, ni automate : à elle la pensée, le jugement, l’amour, la connaissance, l’esprit et la beauté (doc 1). Même réaction chez J. de Maistre : la femme n’est pas condamnée à la médiocrité ; elle a droit à des notions de géographie, d’histoire, à des œuvres littéraires et morales (doc.2).Mais pour les autres documents le problème est manifestement dépassé.

1.3 Pour Rousseau réussir sa vie, c’est être mère, avoir des enfants, en faire des hommes, inspirer de la passion, de l’amour et du bonheur (doc.1).J. de Maistre voit le même idéal : régler la maison, rendre le mari heureux, le séduire et le réconforter (doc.2). Mais pour E. Badinter l’idéal est ailleurs : avoir le droit de voter, de s’instruire et d’être protégée sur les lieux de travail (doc.3). J.Alia de son côté évoque un sondage : réussir sa vie c’est avoir un métier puis un bébé, le compagnon ne venant que très loin derrière (doc.4). La manifestation évoquée par Sempé est un des moyens pour y parvenir (doc.5).

1.9 L’inégalité, sournoisement justifiée par Rousseau et J.de Maistre, est refusée par les femmes au nom de modèles de vie bien différents.

 

 

2.0 Le problème central est plutôt celui d’une égalité conquise.

2.1 Pour Rousseau l’éducation des femmes se fait par rapport aux hommes : apprendre à leur plaire, à les soigner et à les conseiller (doc.1). J. de Maître est du même avis : ainsi chacun sera à sa place (doc.2). Mais E. Badinter montre que la remise en cause du patriarcat politique laissait intact le patriarcat familial (doc 3). On n’en est plus là avec le dessin de Sempé : la manifestation ne se fait pas contre les hommes mais sans eux (doc 5).

2.2 Une femme général ? une femme astronome ? mais, dit J.de Maistre, on leur dira surtout des galanteries qu’elles seraient bien sottes de prendre au pied de la lettre (doc.2) J. Alia montre que la condition féminines est bien loin de ces fadaises : des femmes sont excisées, voilées, vendues, humiliées, méprisées (doc.4). E. Badinter montre que les relations entre hommes et femmes sont des relations de pouvoir et que le renversement du pouvoir absolu du roi et du père a laissé intact le pouvoir de l’homme sur la femme (doc 3). Préparer une manifestation est donc justifié (Sempé, doc.5).

2.3 Rousseau dit qu’une honnête femme ne doit pas jouer à l’honnête homme (doc.1). J.de Maistre remarque qu’au pays des amazones, les garçons devenus hommes prendraient la première place (doc.2). C’est reconnaître ingénuement la dimension politique du problème. Alors est-ce la guerre ? Pas du tout pense J. Alia: c’est simplement une révolution où l’homme devient un « pilier dénudé » (doc.4). Ce que s’apprête à réaliser la manifestation préparée (doc.5. Sempé).

2.9 Ainsi les modèles de comportement renvoyaient à des relations de pouvoir. L’égalité conquise signifie la fin d’une exploitation ouverte ou sournoise.

 

   3.0 Mais le bonheur reste encore une idée neuve.

3.1 E. Badinter pense que la démocratie a été fatale au roi, à Dieu le Père et au Père – Dieu : le XX°s clôt une histoire de 4.000 ans (doc.3). Pour J. Alia la liberté est contagieuse car elle diffuse des modèles, des mots, des images. Le féminisme naît avec la démocratisation même si le droit à l’avortement est remis en question, même si l’écart s’accroît entre la liberté occidentale et la situation des femmes dans le reste du monde (doc.4). Le dessin de Sempé montre que la démocratie permet de manifester et de défendre ses droits menacés (doc.5).

3.2 Rousseau pense que la femme perd trop dans cette revendication de liberté (doc.1). Pour E. Badinter, les conservateurs et l’Eglise jugeaient que c’était la famille qui avait tout à perdre (doc.3). J. Alia montre que ce sont les hommes oppresseurs qui sont en position d’opprimés (doc 4) et le dessin de Sempé laisse entendre que la libération de la femme ne se fait pas contre les hommes, simplement sans eux (doc.5).

3.3 Rousseau pense à la complémentarité des situations : la femme a ses propres armes pour suppléer à la force qui lui manque et orienter la force masculine (doc.1). J.de Maistre y voit l’essence même du sublime féminin (doc.2). Mais, note E. Badinter, la complémentarité est rarement vécue comme une égalité et la différence renvoie trop souvent à l’asymétrie (doc.3). Mais, remarque J. Alia (doc.4), comment nier qu’une femme n’est pas un homme comme les autres ?

3.4 E. Badinter n’envisage pas qu’une lutte deux fois séculaire en faveur des droits de la femme puisse déboucher sur une séparation des sexes : il faut arriver à un partage de tout par Elle et Lui (doc.3). Rousseau ne veut pas que l’on démente la nature : la femme doit garder son charme (doc 1) bien qu’elle en ait fort peu dans les préparatifs décrits par Sempé (doc.5). Et J. Alia affirme que les femmes aiment les hommes, qu’elles consentent des sacrifices pour les séduire et qu’il faut assumer les différences pour jouir ensemble de la liberté, de l’amour et de la passion (doc.4).

3.9 La soumission de la femme enchaînait l’homme. S’ils se libèrent l’un par l’autre, dans l’égalité reconnue des droits, le bonheur devient possible.

 

9a. Conclusion L’inégalité a été refusée au nom de modèles de vie différents. Car ces modèles renvoyaient à des relations de pouvoir. Mais ces relations enchaînaient aussi bien l’homme que la femme. L’égalité des droit signifie la fin d’une ex- ploitation stérile et le droit au bonheur mutuel.

9b. Avis personnel Je pense que concrètement ceci peut signifier une meilleure répartition des tâches familiales et ménagères et la définition d’un cursus acceptable par les femmes qui leur permettrait de se consacrer davantage à leurs enfants sans voir compromettre leur carrière. Sur un autre plan, bien que la Chine n’ait guère pratiqué l’égalité des conditions, les taoïstes chinois ont développé la complémentarité des principes féminin et masculin, le yin et le yang, précisément pour mettre fin à ce qu’ils considèrent comme une guerre sexuelle.

 

Actualisation :

 

(2) 30 SEX féminisme débat 2016-11-20

Le féminisme français, pratiquement absent aux USA, est celui de Simone de Beauvoir, d’Elizabeth Badinter et de Catherine Kintzler. Il refuse les quotas, la parité et la biologisation de la politique. « Il tient que le propre de l’être humain, homme ou femme, c’est la liberté, la capacité à s’arracher aux déterminismes naturels. (…) les différences de fait ne devant pas s’inscrire dans le droit ni être considéré comme le signe d’un inéluctable destin. » (L.F)

Le féminisme américain a subit l’influence de la « pensée 68 ». Il « insiste au contraire sur les différences irréductibles qui opposeraient par nature, donc de manière irrémédiable, les hommes et les femmes. » « L’alternative des valeurs féminines » (Denoël) insiste sur les valeurs masculines venues de la testostérone et le discours féminin fait de compassion, de solidarité : c’est pourquoi elles s’occupent des enfants, ce que ne savent pas faire les hommes. L’organisation de la cité doit tenir compte de ces différences.

Le féminisme républicain affirme lui, que les femmes sont des hommes comme les autres et qu’il ne faut pas tomber dans le panneau du sexisme, ce que fait le second féminisme.

(d’après Luc Ferry « Le féminisme, oui, mais lequel ? » Figaro 15 sept 2016)

Soumaya Mestiri dans « Décoloniser le féminisme » (Vrin 2016) estime qu’une « pensée blanche », une sorte de « maternalisme » domine le féminisme français. Mais Fawzia Zouari estime que derrière l’argument de la diversité il y a toujours le patriarcat et la religion et pas seulement le féminisme blanc et bourgeois. Une autre féministe juge que « Classer les féministes en fonction de leur couleur de peau est une vision raciste. Une vision qui nie aux musulmanes le droit de parler universellement des droits de femmes. » Elles veulent montrer l’instrumentalisation que l’islam fait du corps des femmes. C’est la position de Martine Storti, présidente de Féminisme et Géopolitique dans « Pour sortir du manichéisme, des roses et du chocolat ». Christine Delphy , cofondatrice avec Simone de Beauvoir de la revue « Nouvelles questions féministes », estime que le féminisme français dans sa lutte contre le voile est devenu islamphobe. Le débat est vif entre celles qui stigmatisent une culture musulmane jugée incompatible avec les idéaux occidentaux, celles qui refusent cet almagame jugé raciste et celles qui refusent l’amalgame entre violence sexuelle et racisme. « … les droits de femmes seraient instrumentalisés, soit pour défendre une identité française qui serait menacée, soit pour faire de l’entrisme politique au nom de l’islam. » (C.D) Mais le but reste commun : l’émancipation des femmes. (d’après C.D Cécile Daumas, Libération, 22 sept 2016).

(3) 30 SEX féminisme dictionnaire 2016-04-07

Le « Dictionnaire universel des créatrices » rend hommage à 10 000 pionnières.

Sous la direction de

Béatrice Didier, Antoinette Fouque, Mireille Calle-Gruber

« Quarante siècles de création des femmes à travers le monde
dans tous les domaines de l’histoire humaine,
des arts, de la culture, de la science.

Le Dictionnaire universel des femmes créatrices est né de la volonté de mettre en lumière la création des femmes à travers le monde et l’histoire, de rendre visible leur apport à la civilisation. Pensé comme une contribution inédite au patrimoine culturel mondial, il a été rendu possible par plus de quatre décennies d’engagements et de travaux en France et dans tous les pays, qui ont permis de renouer avec une généalogie jusque-là privée de mémoire. Il entend recenser les créatrices connues ou encore méconnues qui, individuellement ou ensemble, ont marqué leur temps et ouvert des voies nouvelles dans un des champs de l’activité humaine. Son chantier d’étude couvre tous les continents, toutes les époques, tout le répertoire traditionnel des disciplines (artistiques, littéraires, philosophiques aussi bien que scientifiques) et il s’étend des sportives aux femmes politiques, en passant par les interprètes, les conteuses, les artisanes, fussent-elles anonymes. Créatrice, toute femme qui fait œuvre. « Une œuvre qui fera date (…). L’UNESCO est fière de soutenir cet ouvrage et les valeurs qu’il porte. »
Irina Bokova, directrice générale de l’UNESCO, préface » 2013  Édition brochée 4 982 p. En coffret, 3 volumes 139 €.

 

(4) 30 SEX féminisme Finkielkraut 2016-04-23

Débat courtois chez « Répliques » de Finkielkraut (France-Culture) entre Eugénie Bastié « Adieu Mademoiselle. La défaite des femmes » (Cerf) et Clémentine Autain, codirectrice de la revue « Regards », 23 avril 2016.

E.B. La libération féminine s’est faite grâce à l’Eglise. Au Ier siècle les saint honorés sont des saintes. A.F : « Il vaut mieux entendre ça que d’être sourd » C.A : L’intégrisme islamique est l’ennemi de l’émancipation de la femme. Celle-ci doit prendre des formes différentes et l’Eglise, Thomas d’Aquin, pensait que le sperme actif mettait en action l’élément passif féminin. E.B :La répudiation est interdite grâce à l’Eglise. Mais C.A : Saint Paul : il n’y a plus ni homme, ni femme… Il n’y a pas d’avancée chrétienne… A.F : « Hidjab day » : révélateur d’une focalisation médiatique, mépris ou éloge d’un choix personnel, cette journée traduit le relativisme de l’extrême-gauche (UNEF), qui soutient une laïcité dévoyée, sortie de sa voie, cf la journée de la jupe (pour tous) : les hommes se mettraient en jupe, l’indifférenciation absurde. Soutenir les femmes mais pas singer les femmes… Au XVII° siècle les grands emplois sont réservés aux hommes mais un écrivain juge alors que ce n’est qu’une coutume.

C.A : Elizabeth Badinter, actionnaire de Publicis, ne dit rien pour protester contre les contrats de Publicis avec l’Arabie saoudite.

E.B Femme au foyer, c’est un choix qui peut être défendu. Porter ou ne pas porter le voile est aussi un choix. La mixité à la Française mélange les dominations. C.A : Elle regrette qu’à Nuit debout la commission « féminisme » exclut les hommes parce qu’ils sont essentiellement dominants, dominants par essence.

La coquetterie relève-t-elle de l’aliénation ? L’élégance est une vertu mais elle a été formée par 2 000 ans de domination masculine.

Conclusion, le souhait de l’une et de l’autre.

E.B : Civiliser la différence des sexes.

C.A : Egalité – liberté.

Post-débat :

« C.A : Elizabeth Badinter, actionnaire de Publicis, ne dit rien pour protester contre les contrats de Publicis avec l’Arabie saoudite. » Roger (2016-04-23) :

  1. Elizabeth Badinter fait partie de l’oligarchie.
  2. C’est un milieu où l’on ne parle par d’argent (cf les Bettencourt)
  3. Cela ne veut pas dire qu’elle n’ait rien fait contre ces contrats
  4. Mais c’est une personne publique et on peut lui reprocher de ne pas d’expliquer
  5. Mais c’est difficile et dangereux car on ne sait pas comment cela peut tourner médiatiquement.
  6. D’où silence : « Never complain, never explain. »

 

(5) 30 SEX féminisme Fraisse 2016-04-09

« Aux femmes la famille, aux hommes la cité.. Geneviève Fraisse montre avec brio la persistance de cette répartition des rôles validée par la Révolution française. » Geneviève Fraisse « La sexuation du monde. Réflexions sur l’émancipation » Presses de Sciences Po, 158 p. (d’après Julie Clarini, le Monde 8 avril 2016)

 

(6) 30 SEX féminisme luttes et rêves 2016-12-14

(1) « Les luttes et les rêves » de Michelle Zancarini-Fournel est une « histoire populaire de la France ». Elle ne cache rien des contradictions de ces luttes. Le libéral Alexis de Tocqueville écrit en 1841 à propos de l’Algérie  : « Je crois que le droit de la guerre nous autorise à ravager le pays. » L’émancipation des femmes est mal accueillie. Dans l’armée napoléonienne les femmes « furent relativement nombreuses à se battre, habillées ou non en hommes ». L’une d’elles écrit à l’Empereur : « Sire, ce n’est point en femme que j’ai fait la guerre, je l’ai faite en brave. » A Douarnenez, en 1905, les ouvrières des conserveries de sardines risquent l’enfer : « Les prêtres refusent l’absolution et tous les sacrements aux femmes soupçonnées de vouloir travailler à l’heure » et non plus « au mille » (« le comptage des sardines étant à leurs yeux sujet à caution »). Il y a des défoulements populaires contre les Italiens et les « sémites » (vers 1880 – 1894). Mais il y a les rêves des disciples de Saint-Simon et de Fourier. Le philosophe prolétaire Gabriel Gauny écrit : « Un besoin de moins, c’est une force de plus ». Les « soupes communistes » nourrissent les grévistes entre 1905 et 1912. Dans l’hiver 1995 Alain Juppé lance imprudemment : « S’il y a deux millions de personnes dans la rue, je serai obligé de me retirer. » « Les guignols de l’info » lancent immédiatement un « Juppéthon » pour arriver aux deux millions. (d’après Frédéric Pagès, le Canard, 14 déc 2016)

(2) « Les luttes et les rêves ». 1685 c’est à la fois le Code noir et l’expulsion des protestants. Les souffrances mais aussi « Les Luttes et les rêves » (Hugo) inspirent ce livre. « Les subalternes aussi font l’histoire. » (JC) Déjà Howard Zinn (1922 – 2010) dans « Histoire populaire des Etats-Unis » (Agone 2003) avait montré les oubliés et les silencieux (indiens, esclaves, ouvrières du textile, syndicalistes…) La guerre sociale est féroce. Des rébellions sont nombreuses (Mandrin au XVII°s, dockers en 1950 contre l’envoi de matériel militaire en Indochine), très souvent féminines : « Il n’est plus permis aux hommes de dire : « L’humanité, c’est nous » » (Eugénie Niboyet, 1848). Les révoltes dépassent les frontières de l’hexagone : Louise Michel s’implique dans l’insurrection kanak de 1878. Le Guyanais Thomas Urbain signe « L’Algérie pour les Algériens » (1861). « La xénophobie, l’antisémitisme, le machisme fracturent les luttes. » (JC) « La révolte n’est pas tojours facile à interpréter » (JC) « Tout comme on rêve, on lutte. » conclut l’auteure. (d’après Julie Clarini, le Monde, 16 déc 2016)

L 09 FRA Laïcité féminisme 2016-10-24

A l’occasion de la sortie du livre de Caroline Fouret « Génie de la laïcité » (Grasset), Marion Ruggieri pour la revue « Elle » (octobre 2016) a mené un « entretien croisé » sur la laïcité entre la journaliste et le rabbin Delphine Horvilleur. Cet échange a permis de préciser certaines notions.

Delphine Horvilleur : « La laïcité est très mal interprétée. En arabe ou en hébreu, toute tentative de traduction du terme implique une notion de vide, de manque, comme si une personne qui s’inscrivait dans un système laïque était forcément défaillante. En anglais, on parle de « secularism » [non-interférence du religieux dans les affaires politiques et locales, du pays, ndlr], ce qui n’a rien à voir. »

Caroline Fourest : « Le secularisme américain protège la liberté religieuse des interventions de l’Etat. La laïcité française protège la liberté de l’Etat de toute emprise religieuse. Cela s’explique par deux histoires distinctes. La Révolution française s’est faite contre une monarchie de droit divin catholique tandis que les protestants ont soutenu la révolution américaine.

D.H : C’est comme si en Amérique on mettait Dieu « au-dessus » tandis qu’en France il est « à côté.»

 

Caroline Fourest explique : « Avant de vibrer pour l’idéal républicain laïque et universaliste, je suis passée par un processus communautaire : quand on découvre très jeune que l’on est homo, dans une société normative voire homophobe, c’est une bouée de sauvetage qui permet de se construire. » De son côté Delphine Horvilleur évoque une discussion avec son grand-père en 1989 au moment de la première affaire du voile au collège. Elle avait 15 ans et lui 75, rabbin de formation et proviseur de lycée : « Pour lui, marcher dans la rue avec une kippa était une provocation, la religion étant une affaire domestique et privée. » Il était attaché à la fraternité et sa petite fille, qui ne le comprenait pas alors, préférait la liberté.

 

C.F remarque que dans le monde anglo-saxon la laïcité à la française passe « pour une forme de persécution des religions et même pour une forme de racisme. Certains, en France, sont très influencés par cette vision du monde. (…)  On a des antiracistes qui passent leur journée à « raciser » les autres et à découper le féminisme en fonction de la couleur de peau » ; on l’accuse alors de pratiquer un « féminisme de Blanche. (…) Pour ma part, je pense que ceux qui cherchent à faire croire qu’on peut être féministe sans défendre la laïcité sont des gens qui ont renoncé à se battre pour l’égalité par peur du racisme. » D.H note qu’une jeune femme « peut choisir de se couvrir les cheveux ou pas, mais peut-elle dire que c’est son choix personnel et souverain ? (…) … qu’on le veuille ou non, ce voile sera contaminé par des siècles de patriarcat et de misogynie. »

 

C.F : « Le Coran parle d’un voile à rabattre sur la poitrine, et ce sont les interprètes masculins qui l’ont transformé en obligation. Puis c’est devenu, surtout depuis les années 90, le drapeau d’un islam politique. (…) Quand une femme invoque la pudeur, c’est sa vérité et je ne la conteste pas. Mais on ne peut pas nous interdire de regarder dans quel contexte ce signe est émis. (…) D.H, sur la querelle du burkini : « La point légal ne va pas résoudre cette question. Il faut, à encore, engager une véritable révolution théologique sur ce sujet. » C.F : « La plage n’est pas l’école publique, donc sur le burkini ma position est simple : je suis contre le burkini en tant que féministe, mais en tant que laïque, je suis contre le fait de l’interdire à la plage. La laïcité n’a pas à régir ce qu’on porte à la plage. »

 

D.H ne se reconnaît pas dans un « certain discours laïque sur l’école, lieu « pur », neutralisé de toute influence de la culture de naissance. » Pour elle, cette pureté est dangereuse ». C.F « Personne ne demande ça en réalité, tous les enfants viennent à l’école avec leur histoire familiale, géographique, religieuse. L’école n’a pas à cultiver leur différence, mais leur esprit critique et leur citoyenneté. Chacun son rôle : les parents assurent la transmission, l’école est un espace de liberté où ils peuvent devenir quelqu’un par eux-mêmes, pas seulement en fonction de leur famille. Comme le disait Ferdinand Buisson, ce n’est pas la foi que l’école laïque veut éradiquer du cœur des élèves, c’est la haine. » D.H : « Je dis souvent : « il faut « appartenir » pour pouvoir « à part, tenir. » Hélas, aujourd’hui, il y a une hystérie autour de la religion, qui n’est plus perçue que comme une malédiction »

 

D.H est quelquefois qualifiée de « rabbin laïque » et ceci lui convient : « Je suis profondément attachée à la laïcité et je suis devenue rabbin parce que je suis particulièrement attachée, au nom de ma tradition, à pouvoir la questionner. » C.F a coupé le cordon avec l’Eglise d’abord comme « femme aimant les femmes » mais aussi : « Rien ne vibrait, le discours des gens me paraissait en totale contradiction avec ce qu’ils étaient. Pour moi, le livre sacré, c’est l’Encyclopédie. »

 

D.H : « Pendant des millénaires, l’exégèse a été faite par des hommes, pour des hommes. Pour eux, le féminin c’est l’autre, l’élément contaminant. » Elle note que dans tous les discours fondamentalistes, on bute sur le corps des femmes mais « La religion n’est pas par fatalité l’ennemie de la femme, elle l’a été. » [D.H a développé cette notion dans son livre « En tenue d’Eve, Féminin, pudeur et judaïsme » Grasset, 2013]. C.F s’étonne : « On a bien des féministes anti-avortement qui se disent pro-vie. (…) Ce qui me pose problème, c’est quand ça les pousse à se soumettre à des textes qui font la part belle aux hommes. D’ailleurs, ma thèse est qu’une grande partie de l’attraction des jeunes hommes pour le retour au religieux est motivée par les avantages que procure la domination masculine à travers le sacré. (…) En vingt ans de travail sur les extrémistes religieux, catholiques, juifs et musulmans, je suis très peu tombée sur des gens apaisés sexuellement. (…) D.H : « Encore une fois, ce n’est pas un hasard si on retrouve dans tous les fanatismes, les mêmes haines, tabous et obsessions d’un monde pur et hermétique. Il faut vraiment aujourd’hui prêcher quasi religieusement une certaine impureté, la force de l’impureté. (…).

 

D.H remarque que ce n’est pas facile d’être rabbin pour une femme : « Je suis obligée de réfléchir, quand je mets un décolleté ou une jupe, au message que je fais passer. J’ai dû développer une conscience particulière, parfois un peu liberticide. Mais j’aime penser à tout ce que le féminin apporte à cette fonction ». C.F : « Moi, j’ai toujours transgressé les codes masculins – féminins, y compris vestimentaires, et c’est ce qui m’a coûté le plus cher. »

 

Roger (2016-10-24) : J’ai tenté, plusieurs fois, de rédiger pour Retorica, une fiche sur la laïcité française. J’y ai renoncé. Par contre cet échange entre la journaliste Caroline Fourest et Delphine Horvilleur m’a paru dire l’essentiel. C’est pourquoi j’en ai retenu ce que je juge essentiel. Je le place dans le dossier « Monarchie république » car tout est lié.

 

 

Roger et Alii – Retorica – 4 270 mots – 25 400 caractères – 2017-04-01

 

 

 

 

 

 

 

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