30 SEX femmes, enfants, hommes battu.e.s 2017-02

Il s’agit d’êtres humains, de personnes, battues ou même tuées notamment par des proches. Ma réflexion vient d’horizons différents et elle est volontairement déconstruite. Roger

 

  • (1) Les femmes battues, les enfants battus, les hommes battus, je préfère cette dénomination à « violences conjugales » trop abstrait. De temps à autre un drame réveille les consciences. Il y a l’affaire du curé d’Uruffe (voir Wikipédia) où le coupable s’est retiré dans un couvent une fois sa peine accomplie. Il y a « la mort de Marie Trintignant (qui) n’est pas différente de celle que connaissent six femmes par mois en France. (…) Combien de temps continuerons-nous à considérer le crime commis « sous l’emprise de la passion » comme une circonstance atténuante, alors qu’elle constitue une circonstance aggravante ? (…) C’est au philosophe Emmanuel Lévinas qu’il faut faire appel ici pour comprendre ce qui fonde vraiment l’humain : « De fait, il s’agit de dire l’identité du moi humain à partir de la responsabilité… La responsabilité est ce qui, exclusivement, m’incombe et que, humainement, je ne peux refuser. Cette charge est une suprême dignité de l’unique. Moi, non interchangeable, je suis moi dans la seule mesure où je suis responsable. Je puis me substituer à tous, mais nul ne peut se substituer à moi. Tel est mon identité inaliénable de sujet. » Pour le philosophe français, c’est en premier lieu le visage de l’autre qui me constitue responsable de lui parce qu’il est ce qui résiste à toute violence. Ecoutons ses mots qui résonnent si fortement aujourd’hui en concluront mieux que tout autre notre propos : « Le visage est exposé, menacé, comme nous invitant à un acte de violence. En même temps, le visage est ce qui nous interdit de tuer. » » (d’après Marie-Joseph Bertini, « La violence sexiste tue », Libération 7 août 2003). La troisième affaire que je veux évoquer est celle de Jacqueline Sauvage, femme battue qui a tué avec préméditation son mari violent. Condamnée à 10 ans de prison, en première instance puis en appel, elle a bénéficié d’une grâce présidentielle partielle puis totale (déc 2016). La légitime défense différée n’est pas admise en droit français et les circonstances atténuantes suffisent. (Voir « affaire Jacqueline Sauvage » Wikipédia).

 

(2) Yves Bonnardel Domination adulte :

Chaque année en France les parents tuent entre 400 et 700 mineurs (soit un ou deux par jour) [3] et en blessent corporellement sérieusement plusieurs dizaines de milliers. Soulignons-le : ce sont les parents, dans 93 à 96% des cas, qui sont responsables des violences physiques, cruautés mentales et négligences graves [4].

[3] Olivier Maurel, Observatoire de la violence éducative ordinaire, http://oveo.org/. Je n’ai pas su trouver les chiffres des blessés graves : il s’agit donc d’une estimation de ma part.

[4] Cf. Éric Bellamy, Marceline Gabel, Hélène Padieu, Protection de l’enfance : mieux comprendre les circuits, mieux connaître les dangers, rapport ODAS/SNATEM, avril 1999.

 

(3) « El » (128 p. Les Fondeurs de briques) de Mercedes Pinto. En novembre 1923, en Espagne, sous Primo de Rivera, la journaliste Mercedes Pinto, prononce à l’Université centrale de Madrid une allocution « Le divorce comme mesure hygiénique » où elle dénonce les maris violents. Elle est expulsée d’Espagne et trois ans plus tard publie « El » (« Lui »). « Au cœur du récit, une voix, celle de la narratrice, condamnée à souffrir en silence, dresse le tableau d’une vie conjugale sordide. » (J.C). Celle-ci a commencé dès le voyage de noces. « La suite s’est enchaînée, sans répit : colères psychotiques, parano galopante, violence effrayante. Chaque soir, elle glisse dans l’horreur, effarée par son sort, presque incrédule. » (J.C) Elle se demande si les autres femmes souffrent comme elle. Ses proches, les médecins, les curés ne veulent pas la croire. Elle se sent abandonnée de tous et même de Dieu. En 1954 Luis Bunuel adapte ce récit (« Tourments » autre titre de « El »). La narratrice finit par hurler : « Le moment est venu de lancer un anathème sur vous les lâches qui n’avez pas élevé la voix pour me défendre ! » Pablo Neruda écrit à l’auteure : « Mercedes Pinto vit dans le souffle de la tempête, avec le cœur à tous vents. » (d’après J.C le Canard 2012-05-30) Née en 1883 à Tenerife, décédée en 1976 à Mexico, Mercedes Pinto fut dramaturge, journaliste, écrivain et poète. « El » est son récit le plus connu.

(4) La réalité statistique est effrayante : toutes les quatre semaines une femme meurt sous les coups de son conjoint ou de son compagnon. L’inverse serait presque aussi fréquent : un homme meurt toutes les treize semaines sous les coups de sa femme ou de sa compagne. Maxime Gaget (nom d’emprunt) a raconté dans « Ma compagne, mon bourreau » (Ed Michalon) son calvaire d’homme battu. Il s’est confié à Planet.fr (20 février 2015). « Au départ, ce n’était pas mon idée mais celle de mes proches. Je n’arrivais pas à verbaliser tout ce que j’avais enduré et ils m’ont conseillé d’écrire. Ils voyaient cela comme une forme de thérapie. Et cela a marché. J’ai commencé à écrire les premières lignes en 2009 mais je n’ai pas réussi à le terminer avant il y a environ deux mois. Je restais bloqué sur certaines parties que je n’arrivais pas à expliquer. J’y suis finalement parvenu après être apparu dans un reportage sur France 2. Cela m’a permis rencontrer le psychologue parisien Alain Legrand, lequel m’a beaucoup aidé et fait rencontrer mon éditeur. » Il révèle ainsi un vrai tabou. « (…) Ce n’est pas facile pour un homme d’admettre qu’il a été battu par une femme, aussi musclée soit-elle. Dans ces cas-là, la fierté et la virilité prennent une sacrée dérouillée… Mais surtout, c’est l’image d’Epinal que beaucoup de gens ont et selon laquelle l’homme est fort quoiqu’il arrive qui facilite l’existence de tabou. Ce qui est assez fou car cette image n’est plus du tout d’actualité. (…) Cette femme avait une emprise psychologique très forte sur moi. C’est d’ailleurs un point commun à toutes les victimes de violences conjugales, hommes ou femmes. Comme avec les sectes, tout le monde peut se retrouver englué dans ce genre de situation, peu importe son caractère. Mon bourreau était une perverse narcissique. Elle a réussi à ‘s’emparer’ de moi en suivant 5 étapes. D’abord, il y a eu ‘l’acquisition par séduction’. Elle m’a séduit, ou piégé, en veillant bien à dissimuler sa deuxième, voire sa troisième personnalité. Ensuite, elle est entrée dans la phase ‘d’acquisition de mes biens’. Elle s’est attachée à mettre la main sur mes moyens de paiement, mes papiers d’identité et à faire un nettoyage de ma vie sociale. Puis, elle a exploité toutes les pièces qu’elles m’avaient subtilisées. Dans cette phase, elle a aussi commencé à m’attaquer verbalement et physiquement. Quand toutes ces ressources ont été utilisées, elle s’est intéressée à mes ‘autres ressources’ et m’a réduit en esclavage. C’était une étape très dangereuse car la violence y a atteint son paroxysme. Enfin, il y a eu la dernière phase : la fin, la mort, que j’ai frôlée à plusieurs reprises. » Il échappe de peu à la mort mais ses proches ne se rendent compte de rien. « Elle avait mis comme une chape de plomb autour de notre appartement. Nos proches ont parfois soupçonné que quelque chose n’allait pas mais ils étaient à mille lieux de la vérité. Le frère de ma compagne vivait sur le même palier et il a fini par tout découvrir. Il a été alerté par le comportement de ses enfants qui vivaient avec nous et qui, après plusieurs mois, sont devenus violents. Ils s’étaient adaptés à leur univers, c’est un concept psychologique bien connu. C’est grâce à eux qu’il a compris que quelque chose n’allait pas. Dès lors, il a alerté mes proches. C’était un dimanche et le lendemain, le lundi 2 mars 2009, ils sont venus me secourir, accompagnés des gendarmes. Le soir-même j’étais hospitalisé. (…) J’avais perdu près de 30 kg, mes cheveux et ma barbe étaient partiellement brûlés, j’avais 8 phalanges cassées aux mains, je portais encore des fils de suture qui auraient dû être retirés deux mois plus tôt, j’avais un œil tellement poché qu’il m’a fallu des dizaines de jours avant de pouvoir l’entrouvrir, j’étais déshydraté, j’avais des carences… » Pourquoi ne pas s’être enfui ? « J’avais peur ! Mon bourreau m’avait insufflé un sentiment de peur panique. Je vivais dans une psychose permanente : elle affirmait avoir des contacts à la police et connaitre des gens prêts à espionner mes moindres faits et gestes quand je sortais. Elle me menaçait aussi d’aller raconter à la police que ses enfants étaient victimes d’attouchements sexuels de ma part. C’était complètement faux mais elle me tenait comme ça. » Cinq ans après comment va-t-il ? « C’est le jour et la nuit ! Je vais beaucoup mieux même si, bien sûr, j’ai encore de nombreux points à travailler. Il faut par exemple que je retrouve un travail. (…) Quant à mon ex-compagne, je devais la revoir le 29 janvier pour une confrontation mais elle ne s’est pas présentée. Le rendez-vous a été repoussé au 9 avril. Nous verrons bien si elle viendra. Pour elle, je suis tenté de dire que je ressens une colère noire, mais c’est encore trop coloré ».

*Maxime Gaget (nom d’emprunt) est l’auteur de Ma compagne, mon bourreau (Ed Michalon)

 

(5) Un peu d’humour avant de poursuivre.

 

 

Une très mauvaise plaisanterie de Sacha Guitry : « Le type qui bat sa femme : Ne t’inquiète pas, chérie. Je suis là. »

 

« Une femme meurt tous les quatre jours de mauvais traitements conjugaux. Au nom du principe de précaution, je propose de tuer tous les hommes. » (Elisabeth Giordano, Courriel, Télérama 2006-03-22)

 

(6) « Les violences conjugales tuent plus que le cancer et que la guerre : c’est l’Organisation mondiale de la santé qui accuse. Les hommes battent leurs femmes sous tous les cieux et dans tous les milieux. Dans les sociétés traditionnelles, la culture et la religion sont les meilleures alliées des maris frappeurs. Dans les sociétés développées, il n’est pas rare de voir l’époux irascible invoquer le « stress » comme excuse… Dans les sociétés destructurées comme la Russie les statistiques montent en flèche : le nombre de femmes qui meurent chaque année sous les coups de leurs compagnons est égal aux pertes de l’armée Rouge pendant la guerre d’Afghanistan : 14 500 victimes ! La France n’est pas épargnée avec ses deux millions de femmes battues.

« Pourquoi et comment devient-on un mari violent ? La seule qui ait osé, jusqu’à présent, enquêter sur la pathologie des tyrans familiaux est une Israélienne, Hanna Rosenberg. Affolée par la multiplication des violences conjugales dans son pays, elle a ouvert le premier centre au monde où désintoxiquer les bourreaux de leur haine domestique. Première conclusion : pour ces citoyens, par ailleurs bien sous tous rapports – officiers, universitaires, chefs d’entreprise, pas forcément conservateurs -, la femme est un objet à contrôler de façon permanente. Si elle se laisse aller à un zeste d’autonomie, c’est le monde de l’époux qui s’écroule. Et il cogne. Hanna Rosenberg a déjà reçu des centaines d’e-mails de tous les pays. La baston maison n’a pas de frontières. M.G. Marianne, 7 au 13 août 2000.

 

(7) Cet article de « Marianne » sur l’action d’Hanna Rosenberg présente cette dernière comme une novatrice. Pourtant dès 1987 existaient en France des expériences destinées à soigner les hommes violents. A preuve ce double billet du monde que je proposais alors à des élèves de second cycle

 

FEMMES BATTUES Marc Ambroise-Rendu (MAR) »Des dispensaires pour les brutes domestiques » (Le Monde 24.11.87), Claude Sarraute (CS): « Les brutes ! » (Le Monde 25.11.87). Je n’ai plus les textes. Code :

0 = introduction(s)

9 = conclusion(s)

LMM = lieux, milieux, mentalités

CCC = comportements, caractères, conflits

ENL = écrivain, narrateur, lecteur

 

  1. Problème douloureux des femmes battues. Quelles solutions ? D’où examen de deux articles du « Monde ».

 

1.0 (LMM) LE CONTEXTE

1.1 situation d’énonciations différentes : lecteurs fi- dèles du Monde, CS suppose que MAR a été lu ; d’où omet les informations sociologiques et internationales pour privilé- gier d’autres aspects et dans un autre ton.

1.2 le lieu : MAR Canada, Villeurbanne,Paris, Clichy, Marseille etc… CS conversation téléphonique entre la journaliste et une amie qui lui fait ses confidences.

1.3 MAR sujet dramatique et tabou, silence ou ironie de l’entourage CS classes aisées (connotées par le prénom Pierre-François), confidences entre amies.

1.4 MAR psychologues et travailleurs sociaux aux prises avec un problème existentiel, social et politique, CS privilégie le premier et le met en conflit avec les autres

1.9 énonciation, lieu, sujet tabou, niveau d’analyse différents mais complémentaires.

 

2.0 (CCC) LE COUPLE BOURREAU-VICTIME

2.1 MAR un drame et deux victimes : femme battue, homme désemparé CS décrit burlesquement une scène de ménage avec progression (papier, cigarette, soupière), jeu de mots : recoller la vaisselle/se remettre à la colle. Pierre-François ne paraît guère désemparé.

2.2 MAR ne dit rien du comportement de la victime, CS maladresse de la victime (« on venait à peine de se mettre à table », »je lui parle de ce papier, comme ça, en passant »), excuse son bourreau (« soupière qui venait de sa mère »), conforte la bonne conscience de Pierre-François et prépare de nouveaux coups.

2.3 MAR il ne s’agit pas de « rabibocher des couples » mais d’aider le violent à trouver lui-même la solution de son problème pour en faire un « secouriste de la violence ». La victime y voit au contraire une tentative pour « rabibocher des ménages » et trouve que pour ce prix là (1400 frs 1987) on doit y arriver ; conclusion pessimiste de C.S : pour sauver le ménage oui, il suffit que la femme reste « résistante et attendrie »… mais le couple ?

2.4 MAR reste objectif, CS franchement sceptique, pose le problème de fond : comment provoquer le retour sur soi du bourreau sans provoque sa colère ? MAR et CS (ou plutôt son amie) : psychologie de groupe, groupes de 15 personnes). Rien ne plus.

2.9 désarroi du couple, comportement de la victime, réconcilier des couples ou des ménages, exposé plutôt vague de la thérapie.

 

3.0 (ENL) PORTEE ET ENJEUX

3.1 Technique CS : reprendre une information pour en dégager brutalement (d’où le registre familier) les implications pratiques : journalisme critique. Ici recours au dialogue, scène familière, le coup de téléphone entre amies.

3.2 MAR voit le problème d’une manière très abstraite, très intellectuelle. CS nous invite au contraire à une étude cas à travers une conversation vraisembable. Noter l’argot féminin (« ton canard de crotte »).

3.3 A travers la victime nous devinons que Pierre-François a une identité peu assurée, trop liée à l’enfance, à la mère, personnalité fragile qui n’assume pas ses responsabilités (c’est lui qui casse la soupière, appel inconscient à se défaire d’une mère possessive ?) ; inversement la victime par sa passivité, son manque de psychologie, sa tendance à transférer elle aussi ses responsabilités sur les autres (sur le journal par exemple) développe involontairement une dialectique bourreau-victime, maître-esclave. Ceci est simplement suggéré. MAR est évidemment muet sur ces arrières- plans psychologiques.

3.4 MAR expose clairement le problème fondamental de la violence sociale : il faut que le violent prenne conscience de sa violence. Mais il faut que la prise de conscience soit progressive, diffuse ; elle ne peut pas venir de la victime (qui la présente toujours comme une revanche, analyser le non-dit du « comme ça en passant »…) Problème bien connu du bouddhisme tantrique à propos de la colère. Sa solution : ne pas freiner la colère (car ce frein l’augmenterait ou la détournerait sur soi dans un mécanisme d’auto destruction). Laisser se dérouler la colère en l’observant de l’extérieur, en étant son spectateur. Le flux d’énergie s’écoule mais en même temps l’intéressé se juge lui-même, analyse son comportement d’une manière objective sans se culpabiliser. Il arrive même à en voir l’aspect stérile. Il finit par en rire. Une thérapie de groupe peut accélérer la prise de conscience mais il faut compléter par des techniques psycho somatiques fondées sur l’observation de la respiration (sophrologie, eutonie, yoga, zen etc…) : fondement psychologique de la non-violence.

3.9 sérieux/humour, abstrait/concret, personnalités fra- giles, reconstruction de la personnalité.

 

  1. 1.9 + 2.9 + 3.9 complémentarité des deux articles ; on arrive aux fondements mêmes de l’harmonie personnelle et de l’harmonie sociale.

 

« Quand le corps est calme

Le mental est calme.

Quand le mental est calme

Le monde est calme. »

(proverbe du bouddhisme zen)

 

(8 ) 30 SEX femmes battues 26/03/2004

 

         Mireille Dumas. Vie privée, vie publique. Violences conjugales, F3, 12 novembre 2003.

Depuis quelques mois (information de novembre 2003) le procureur de Douai applique fermement une mesure prise en conseil des ministres en janvier 2003 et qui permet l’éviction immédiate du domicile conjugal du conjoint violent. L’agresseur est placé dans un foyer Emmaüs et doit se tenir à la disposition du service de contrôle judiciaire et d’enquête (SCJE). Le procureur déclare :

“Quelque soit la violence, une simple gifle ou quelqu’un tiré par les cheveux, on intervient. Ce n’est pas aux victimes de partir comme c’est systématiquement le cas. De plus, elles sont incapables de porter plainte. Le procureur représente la paix publique” (Luc Frémiot, procureur de Douai).

Il cherche à provoquer un choc psychologique chez l’agresseur. Lui ôter tout repère pour faciliter sa prise de conscience.

 

(9) Communiqué de l’Union des FAmilles Laïques

 

Fait à Paris, le samedi 8 avril 2006

Pas de compassion pour les délits et crimes dits passionnels

Samedi 1er avril, à Meaux, Rinku Pavy, une jeune femme de 29 ans, victime de violences conjugales hébergée par SOS Femmes de Meaux a été tuée par son mari. Il l’a défenestrée alors qu’elle était venue « déposer » leur jeune fils pour l’exercice du droit de visite.

 

Pourquoi est-ce Rinku Pavy qui a déposé son fils ? Qui a autorisé, voire ordonné, cette visite éminemment dangereuse ? Alors que le moment le plus dangereux pour les femmes victimes de violence est celui où elles se séparent de leur conjoint, pourquoi se trouvait-elle à la merci de la violence de son compagnon ?

 

Les chiffres sont impressionnants, ils ne prennent en compte que les faits commis sur des femmes majeures, par conjoint ou concubin : 211 décès en 2003 liés à des violences au sein du couple. Dans 80% des cas, ce sont des hommes qui ont tué leur compagne. Parmi les femmes qui ont tué leur mari, 47% subissaient des violences. 31% des crimes conjugaux sont liés à la séparation.

 

La « qualité » de conjoint ou concubin est reconnue comme une circonstance aggravante, depuis 1994. Mais les crimes dits passionnels, en réalité possessionnels, sont encore considérés comme excusables ! Dans l’inconscient collectif persiste une légitimation du pouvoir masculin sur les femmes, avec la violence comme instrument. Les femmes ne sont pas des objets sexuels à la disposition de tout mâle frustré.

 

L’avocat de l’assassin de Sohane a tenté de faire croire que Jamal Derrar était un amoureux éconduit, espérant des circonstances atténuantes pour son client. La peine prononcée correspond à l’acte commis. Répressive pour le criminel et son complice, elle est un signe fort pour ceux qui croient pouvoir impunément exercer des violences envers les femmes et les jeunes filles. Les « amis » de l’assassin, réunis par leur désir de régenter leur « territoire », se disent « dégoûtés » par le verdict. Ce sont les actes de barbarie commis qui provoquent le dégoût, comme le viol collectif commis à Mulhouse jeudi.

 

L’arsenal législatif a été renforcé par la loi de prévention et de répression des violences au sein du couple (4 avril 2006) par des mesures réclamées par les associations féministes. En particulier l’aggravation des peines est étendue aux anciens conjoints, concubins ou pacsés, ou l’éloignement contrôlé du conjoint violent.

 

Lors du vote à l’unanimité, le président de la commission des lois, a rappelé que la prévention ne se traite pas par des décrets, mais par des politiques publiques au quotidien de tous les services concernés, à mener aux côtés des associations. Il a souligné les effets positifs des politiques menées par certains parquets, par exemple à Douai.

 

Le 6 avril à Lyon, « Regards de Femmes » a invité le procureur de Douai à présenter la politique pénale mise en place dans sa juridiction. Auparavant Avocat général près de la Cour d’Assises, il avait constaté que les femmes assassinées avaient demandé, vainement, à plusieurs reprises l’aide des institutions, mais ni les violences subies, ni les menaces précises n’avaient été prises en compte. S’il n’y a pas de profil-type du conjoint violent ou de la femme victime, ,les manoeuvres perverses du conjoint qui ont conduit à l’emprise psychologique, puis aux violences physiques sur sa compagne sont toujours les mêmes, le mode opératoire identique .

 

Devenu procureur à Douai, le traitement de l’auteur des violences conjugales a été l’axe de l’action publique concernant la répression et la prévention des violences conjugales.

 

Pour cela, dès la première déclaration à la police ou à la gendarmerie, des actions conjuguées et en synergie des institutions publiques et associations se mettent en place pour éloigner le conjoint violent, hébergé dans une structure d’accueil de SDF, avec mise à l’épreuve, rappel de la norme et de la loi, aide et contrôle. La victime est prise en charge par une association d’aide aux victimes.

 

Depuis 3 ans, sans moyens financiers supplémentaires, 380 personnes ont subi ces mesures, 6 seulement ont récidivé. Dans les situations tragiques où pressions, menaces et intimidations familiales dominent, la réponse exige l’affirmation de l’autorité de l’Etat républicain. Démonstration est faite que le Ministère public, le Parquet autrement dit le procureur, protecteur de l’ordre public et des citoyens les plus faibles peuvent faire reculer la violence et la barbarie.

 

D’autres parquets, dans des villes plus ou moins importantes, mettent en place des dispositions analogues, en partenariat avec police, gendarmerie, médecins, associations d’aide aux victimes, centres d’hébergement, etc.

 

La question posée par les femmes victimes de violences conjugales et les les personnes concernées par l’aide et le suivi : pourquoi ces mesures ne sont-elles pas appliquées partout sur le territoire?

Michèle Vianes UFAL

 

(10) Toujours plus de victimes répertoriées. Enfin les victimes portent plainte ! Mais le standard du 39.19 (plate-forme d’écoute) est saturé. Consulter le portail internet : stop-violences.gouv.fr

Un documentaire d’Eric Thébault « Les Palatines » (France 2006) décrit un hôtel social parisien réservé aux femmes depuis 1926. Le « Palais de la femme », propriété de l’Armée du Salut située rue de Charonne à Paris (11e) possède 600 chambres. Le réalisateur donne la parole à ces femmes, pas forcément battues, mais en grandes difficultés sociales. (d’après Virginie Félix, Télérama, 2006).

 

Roger et Alii – Retorica – 3 800 mots – 23 300 caractères 2017-02-12

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