31 SOC Classes sociales sujet II BTS 1994

 

  

Il s’agit d’une synthèse (sujet II)   donnée en BTS aux environs de 1994.
Elle reste toujours actuelle en 2017 Roger

 

Code = 0 introduction(s) et 9 conclusion(s)

 

  1. Introduction. Alors que l’extrait du « Manifeste du « Parti Communiste » (Marx-Engels 1848, document 2) et l’affiche syndicale de 19O6 (document 4) manifestent clairement les antagonismes de classes, la scène tirée du roman de R. Radiguet « Le Bal du Comte d’Orgel » (1923, document 1) et une analyse de J. Baudrillard (« Le système des objets, 1968, document 3) donnent une vision plus complexe des rapports entre classes sociales. Nous étudierons ces rapports selon trois points de vue : les objets, les désirs et les valeurs.

 

1O. Les objets, signes tangibles des classes sociales, sont abordés sous des angles différents.

 

  1. L’inégalité face aux objets peut venir du fait que, les pauvres obligés de les faire durer, ils sentent la naphtaline ; le chapeau claque est de forme ancienne (1. Radiguet). Ou, nouvelle forme de l’inégalité, des objets apparemment semblables offrent de subtiles différences de qualité (3. Baudrillard).
  2. Alors que le passage du modèle à la série s’accompagne d’une dégradation de la matière et des valeurs de contact (3. Baudrillard) ce problème est absent des autres textes : il s’agit simplement de laisser croire que l’on porte habituellement des accessoires coûteux comme des mantilles (1. Radiguet) ou plus simplement d’évacuer le problème : il ne s’agit pas de se procurer des objets mais une éducation et par elle la lilberté (4. affiche syndicale).
  3. Le drame de la série est qu’elle détruit la cohérence originelle entre matière et forme (3. Baudrillard). Les autres textes n’évoquent pas cette question. Tout au plus peut-on noter une cohérence entre les vêtements et les classes sociales : tablier et blouse correspondent aux femmes d’ouvriers (1. Radiguet).
  4. Tout ceci prend évidemment des valeurs symboliques. Elles sont nettement affirmées quand on oppose le chapeau haut de forme à la casquette, la chaîne en or au marteau de forgeron et même l’obésité fainéante à la maigreur laborieuse, bref le futile à l’utile (4. affiche syndicale). Mais ces valeurs symboliques peuvent être brouillées sans toutefois disparaître quand la série veut imiter le modèle, mais en vain (3. Baudrillard).
  5. Ainsi, quoique l’on fasse, les objets possédés traduisent la classe sociale à laquelle on appartient.

 

20. Les objets renvoient à une sphère plus large, celle des désirs.

 

  1. Les loisirs ne sont évoqués que dans deux textes : la famille ouvrière prend, exceptionnellement, des premières dans un train de plaisir (1. Radiguet) et le syndicaliste veut du temps libre pour profiter des joies de la famille et de la vie (4. affiche syndicale).
  2. Le désir non satisfait engendre la souffrance. La lutte des classes engendre de nouvelles conditions d’oppression (2. Marx-Engels) et on peut considérer que cette journée exceptionnelle qui fait tant souffrir la mère et la fille est une forme subtile de cette oppression (1. Radiguet).
  3. Aussi ne faut-il pas s’étonner que dans deux textes au moins le thème de l’imitation soit présent : imitant la bourgeoisie la mère et la fille pensent qu’il est de bon ton de critiquer la journée qu’elles viennent de vivre (1. Radiguet). L’imitation est évidemment au cœur des problèmes que pose la série par rapport au modèle (3. Baudrillard) mais il arrive que l’imitation soit refusée : le syndicaliste veut se grandir socialement et non pas singer son patron ou se vêtir comme lui. (4. affiche syndicale).
  4. Marx et Engels voient deux vastes camps ennemis , la bourgeoisie et le prolétariat (document 2) mais cette guerre ne va pas sans trahisons : la mère et la fille sont honteuses du père, à cause de la présence de François (1. Radiguet) et la série est aussi, à sa manière, une trahison puisque sous la démocratisation formelle elle maintient intactes les inégalités.
  5. Une partie des désirs va à plus de temps libre et de dignité mais une autre partie va à une assimilation illusoire.

 

30. Objets et désirs mettent en cause un système de valeurs.

 

  1. Deux textes affirment la prééminence de la lutte de classes, opprimés contre oppresseurs (2. Marx-Engels, 4. affiche syndicale) mais cette lutte de classes passe par l’union des travailleurs et des revendications précises « journée de 8 heures sans diminution de salaire » (4 affiche syndicale).
  2. Les antagonismes de classes sont simplifiés (2. Marx-Engels) ; il s’agit simplement d’inverser une domination, l’ouvrier devenant plus fort que son patron (4. affiche syndicale). Mais cet antagonisme peut se brouiller : François se sent, quoique aristocrate, plus d’affinités avec le père qu’avec la mère et la fille, honteuse du pain que ce brave homme leur procure. (1. Radiguet)
  3. Ce qui est en question c’est une fierté de classe : le père joue avec le chapeau claque sans désirer le porter tous les jours (1. Radiguet). L’ouvrier syndiqué ne souhaite pas non plus changer ses vêtements avec son patron ! Il lui suffit que ce dernier lui parle poliment, le chapeau à la main. (4. affiche syndicale).
  4. Ceci suppose une transformation révolutionnaire de la société (2. Marx-Engels) et cette révolution se fera par le loisir qui permettra de s’instruire (4. affiche syndicale). Mais la révolution reste toujours à faire puisque il n’y a pas d’égalité devant les objets (3. Baudrillard).
  5. Dès lors la lutte contre les inégalités reste la valeur ultime et motrice de toutes les autres.

 

  1. Conclusion. Réfléchissant à ce problème des classes sociales, je pense à la chanson de Jean Ferrat « La Montagne » : les enfants ont quitté le pays, méprisant un peu les vieux, qui avaient pourtant « l’âme bien née », et savaient vivre. Ils ont choisi « le poulet aux hormones ». Ils ont changé de classe; ils vivent mieux apparemment en petits bourgeois. Mais ils se plaignent. et Jean Ferrat les rappelle à l’ordre (« Il faut savoir ce que l’on aime ») La lutte entre deux classes, deux modes de vie, peut se terminer par ce compromis qu’est l’assimilation. Mais toute assimilation ressemble un peu à une trahison et laisse un goût amer.

 

Roger et Alii – Retorica – 1020 mots – 6 200 caractères – 2017-12-03

 

 

 

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