31 SOC Communautarisme ghetto Daesh 2016 03

« (…)  Ces choses là sont rudes.

Il faut pour les comprendre avoir fait ses études. (…) » (Victor Hugo, « Les pauvres gens »)

Pour nous mettre en jambes voici une communication de Pierre Sanglier avec un de ses élèves Pierre, d’Auxilia. Je me suis autorisé à y joindre mon grain de sel.

(0) 31 SOC communautarisme race racines 2015_04

deux-cents-mots discussion pp3 (200motspp3)

Pierre : Le Communautarisme a-t-il gagné ?.

Introduction. Actuellement, poser cette question, revient à opposer gens des villes aux gens des champs. C’est opposer le blanc au noir, les charentaises aux babouches, la Bible au Coran.

I. Oui. Le communautarisme a gagné en France.

Ia. Surfant sur la vague populiste les partis politiques de Droite augmentent les clivages sociaux, tandis que la Gauche délaisse les classes populaires. Deux attitudes qui creusent la fracture sociale.

Ib. La mondialisation exaspère nos différences. Manger un couscous ou un cassoulet devient un choix politique ?

Ic. Le communautarisme est une réaction face à la sauvagerie des groupes radicalisés. Le formidable « Je suis Charlie » a donné lieu à des dissonances affligeantes. Ces dérives irrationnelles sont le fruit de la ghettoïsation.

II. Non, le communautarisme n’a pas gagné.

IIa. A chaque crise financière majeure, le communautarisme refait surface ! Il oppose les « derniers arrivés » aux « derniers arrivants ». Les deux entités pouvant être en conflit avec les « habitants de souche ».Arméniens, Italiens, Espagnols… y sont passés et participent au destin de la France actuellement.

IIb. Certains agitent l’insécurité culturelle et cultuelle comme preuve de radicalisation de notre pays ! Mais ce spectre est le reflet d’actes odieux d’une minorité, l’arbre qui cache la forêt !

Conclusion. Nous devons évoluer ! Remplacer le mot « race » par le mot « essence » pour mettre en évidence nos différences et nous permettre de les partager.

Pierre, 223 mots, 4.15 heures

Remarques de Pierre Sanglier.

a) J’ai reproduit votre 200motspp3 sans rien y changer. A mon avis il manque un IIc et la conclusion me paraît un peu faible.

b) Je propose de remplacer « race » non par « essence » mais par « racines ». Nous avons tous des racines différentes mais nous sommes un seul arbre dont les branches et le feuillage se nourrissent justement de la diversité de ces racines.

c) proposition pour Iic Les communautés françaises sont diverses et très différentes mais elles doivent vivre en bonne intelligence et la laïcité est faite pour assurer cette coexistence. L’Etat doit y veiller.

d) proposition pour la conclusion. Il faut dépasser le communautarisme. Les mots« race » et « racines » ont la même origine. Les communautés ont des racines différentes mais nous sommes un seul arbre dont les branches et le feuillage se nourrissent de la diversité de ces racines. Notre cohésion vient de la laïcité garantie par l’Etat de droit.

e) Nous en étions à 223 mots. IIc = 30 mots + Conclusion = 53 mots – 24 (ancienne conclusion) . Donc au total 282 mots, soit environ 80 mots à éliminer pour rester dans la longueur souhaitable. C’est facile à faire mais inutile ici car ce qui compte c’est la méthode.

Extension Roger 23 POL Constitution race 2013_05

1. L’article 1er de la Constitution, stipule: « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances. Son organisation est décentralisée« .

Durant sa campagne, François Hollande avait pris cet engagement. « Il n’y a pas de place dans la République pour la race. Et c’est pourquoi je demanderai au lendemain de la présidentielle au Parlement de supprimer le mot « race »de notre Constitution »  (mars 2012)

En savoir plus sur http://www.lexpress.fr/actualite/politique/le-mot-race-supprime-de-la-constitution-avant-l-ete_1215398.html#1bjx2ffSue8WueV6.99

2. Michel (20 mai 2013)  : Je viens de lire, dans « le Monde  » daté dim 19-lun 20 mai 2013 (p. 18) un article intéressant signé de Nancy HUSTON et Michel RAYMOND (CNRS):

Les auteurs remettent en question des idées qui me semblaient faire partie de la « bien-pensance de gauche« : les RACES, ça existe (même si on peut essayer d’inventer un autre mot pour désigner les différences génétiques); les SEXES, ça existe, même si on a inventé de les faire disparaître derrière les « genres« ; l’opposition entre l’inné (« de droite« ) et l’acquis (« de gauche ») est réductrice …

  J’aime bien qu’on remette en question les bonnes consciences, même si la mienne est concernée.

3. Roger (20 mai 2013) En tapant sur Google « Nancy Huston et Michel Raymond » j’ai enfin trouvé l’article du Monde auquel tu fais allusion. Voici le lien :

http://www.lemonde.fr/idees/article/2013/05/17/oui-les-races-existent_3296359_3232.html

J’ai eu aussi accès au lien suivant, très critique sur la question :

http://plunkett.hautetfort.com/archive/2013/05/19/deblayons-les-quiproquos-entre-catholicisme-et-culture-conte.html

et sur cet autre qui prend davantage de recul :

http://lesimbecilesontprislepouvoir.com/tag/darwin/

Qu’en conclure ? Pour ma part, je vois dans cette affaire une simple querelle sur les mots. Comme le disait Montaigne « la plupart de nos querelles sont langagières« .

Race ? Il n’y a qu’une race humaine mais des ethnies différentes qui peuvent se mélanger ce qui fait leur unité. Bannir le mot « race » de la Constitution ? Peut-être mais on ne bannira pas le racisme comme mot ni comme chose. Race ? non. Racines ? oui.

Sexes ? Il y a deux sexes différents et quelques variétés sexuelles. Les reconnaître n’est pas un problème. Je n’aime pas l’expression « mariage pour tous », je préfère « mariage homo ». « Union civile » me semblait une bonne proposition.

Le « genre » n’est à mon sens, et pratiquement, qu’un rideau de fumée idéologique. On doit pouvoir faire admettre les homos sans recourir à cette fiction. Pratiquons le rasoir d’Occam : éviter, et donc raser, les notions qui obscurcissent les raisonnements.

L’inné et l’acquis ne sont ni de gauche, ni de droite, simplement inné et acquis interfèrent constamment.

Voilà où j’en suis.

Roger et Alii

Retorica

(920 mots, 5.900 caractères)

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(1) Communautarisme. Roger (2016-03-28) Je n’aime pas les mots en –isme mais « communautarisme » fait exception. « le communautarisme est un terme socio-politique désignant les attitudes ou les aspirations de minorités (culturelles, religieuses, ethniques…) visant à se différencier volontairement, pour s’entraider, voire pour se dissocier du reste de la société ». « Le communautarisme est une philosophie dite « communautarienne » qui soutient que « l’individu n’existe pas indépendamment de ses appartenances, qu’elles soient culturelles, ethniques, religieuses ou sociales. » » (« Communautarisme » et « Communautarisme (sociologie) » deux articles de Wikipédia). La première définition est politique et sourdement critique, la seconde est nettement plus positive et je la retiens volontiers. L’individu n’existe pas en dehors de ses racines. C’est ainsi.

(2) Ghetto. C’est ce qui fait l’intérêt de la notion de ghetto qui isole mais qui protège également. On sort dans la journée pour travailler et on rentre le soir au ghetto, où l’on retrouve sa communauté, ses us et ses coutumes. « Le ghetto désigne originellement un quartier réservé ou imposé aux Juifs où ils peuvent vivre selon leurs lois et coutumes particulières au milieu de peuples étrangers.

Très rarement employé, le terme de cancel fut aussi utilisé dès 1428 par le Conseil de Genève pour désigner ce type de quartier, alors que le terme « ghetto » (Ghetto de Venise) apparaît quant à lui avec la République de Venise, en 1516, après que le Conseil des Dix a décidé de regrouper les membres de la communauté juive à Cannaregio, site occupé par une ancienne fonderie (en vénitien getto ou gheto signifie « fonderie »). Le mot « ghetto » a aussi été rapproché, dès le xvie siècle, de la racine hébraïque guet signifiant « séparation », « divorce », mais ce rapprochement n’indique pas (ni n’entendait indiquer) une étymologie. Par extension, le terme s’est appliqué à partir du début du xxe siècle à tout quartier dans lequel se concentre une minorité ethnique, culturelle, ou religieuse, en général défavorisée. Le terme a alors une connotation péjorative de difficulté de vivre et de ségrégation sociale dans un environnement urbain généralement dégradé. (…) Il faut rappeler que la constitution d’un ghetto suppose quatre conditions : un espace imposé par le pouvoir à une catégorie de population, un lieu ethniquement homogène, la constitution d’une micro – société interne et une stigmatisation venant de l’extérieur. Or, en France, les première et deuxième conditions ne sont pas factuellement remplies, et les deux autres de façon très inégale et toujours partielle (…) ». (article « Ghetto » Wikipédia). Cet espace imposé est aussi un espace choisi. Et le ghetto ne devrait pas être stigmatisé. C’est difficile mais indispensable, au nom de la laïcité conçue comme norme et comme loi. Dans nombre de villes américaines ou autres il existe des quartiers qu’on peut considérer comme des ghettos ouverts. Là où cela se gâte, c’est quand le ghetto vit d’expédients et abrite des trafics en tous genres et notamment des trafics d’armes pour mener une guerre dont nous ne voulons pas.

(3) 12 GUE Daesh complicités. Roger (24 mars 2016 )Qu’est-ce que nous ne voulons pas voir dans la guerre contre Daesh ? Les multiples complicités dont ses militants, futurs martyrs criminels, bénéficient dans les quartiers qui échappent aux lois de la République. On l’avait constaté dans l’affaire Halimi qui a pu être torturé puis exécuté sans que personne dans l’entourage de Fofana ait le réflexe de prévenir la police.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Affaire_du_gang_des_barbares

De même, en Belgique, il a fallu quatre mois (du 13 novembre 2015 au 18 mars 2016) pour arrêter Salah Abdeslam, ce qui n’a pas empêché les attentats du 22 mars.

http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2016/03/23/du-13-novembre-aux-attentats-de-mardi-quatre-mois-de-traque-a-bruxelles-en-9-cartes_4888751_4355770.html

Là aussi les complicités ont été multiples dans une population qui ne veut pas ou qui n’ose pas se dire solidaire du reste du pays qu’il s’agisse de la Belgique ou de la France.

Il faut donc prendre acte du communautarisme pour en limiter les effets délétères. D’où la proposition conjointe de Gilles Savary : “Ne faisons pas de fixation sur la sécurité dans les transports mais accentuons nos efforts sur le renseignement” et de Pierre Servent : « Améliorer le renseignement est une priorité » (sources diverses).

 

(6) On devra sans doute  aller plus loin comme le propose Guillaume Bigot :

http://www.causeur.fr/armee-banlieue-attentats-paris-35482.html

 

« (…)  Qu’avons-nous à redouter de ces attentats ? Dans le contexte d’un djihad made in France qui ira crescendo, notre histoire, sur le temps long, nous rappelle que la scission dans le sang est toujours possible.

« Sécession sociologique (classes populaires évincées par la globalisation), sécession culturelle (l’école cassée et l’enseignement rendu impossible par les incivilités) et sécession économique (les cités vivent de trafic en tous genres), ce glissement de terrain a mis trente ans. Nous y sommes.

Cette situation est odieuse mais nullement tragique. La tragédie tient à ce que ces multiples séparations correspondent déjà partiellement à une sécession idéologique. La religion majoritaire dans les zones qui ont glissé n’est pas celle du pays. Cela aurait peu d’importance si une minorité de musulmans français, infime mais ultra motivée, n’avait pas déclaré la guerre à leur  pays. Une fois ce diagnostic posé, que faire ? D’abord et en priorité, reconquérir le sol de la République.

« Le faire de manière inconditionnelle, sans coup férir et tout de suite.

« Commençons par déployer l’armée française dans ces territoires perdus qui correspondent, peu ou prou, aux 357 zones sensibles recensées par le ministère de l’Intérieur. La population vivant sur ces zones quasiment détachés est d’environ 4 millions d’habitants. Sur un territoire étranger et ennemi, notre état-major considère qu’un militaire sécurise entre 40 et 100 habitants. Nous sommes chez nous. 40.000 personnels suffiront à reprendre le contrôle du pays.

« L’objectif est d’abord sécuritaire : prélever les armes, démanteler les trafics, désorganiser l’ennemi. Pour réussir, l’opération doit être foudroyante et systématique : chaque recoin, chaque cave, chaque appartement doit être fouillé. Les armes, les produits stupéfiants doivent être saisis. Les individus malfaisants (dealers, djihadistes connus et mêmes islamistes) doivent être appréhendés,  jugés, incarcérés, expulsés ou interrogés.  D’ailleurs, ce sont des hommes et des femmes de loi, magistrats, policiers, gendarmes, douaniers qui doivent conduire ce travail, renforcées par des troupes farouches et aguerries. Pour ce faire, le cadre légal devra être temporairement suspendu. Cette action d’étouffement doit être méthodique, calme et rapide. Il ne faut surtout pas rester. Hit and run comme disent les militaires américains. (…) »

https://fr.wikipedia.org/wiki/Guillaume_Bigot_(dirigeant)

 

(7) Et après ? Il faut un véritable plan Marshall des banlieues avec un islam de France, des imams modérés qui parlent français, une Education nationale cohérente, des enseignants respectés, une économie ouverte et non plus souterraine. La République n’a pas à être aimée, ni haïe mais doit se montrer laïque dans la séparation des Eglises et de l’Etat, dans le respect de ses lois et de sa devise « Liberté, égalité, fraternité ». Ce qui se dit en arabe comme en hébreu : « La loi du pays est la Loi ».

(8) Et après ? Il ne faut pas confondre égalité des droits et uniformité des mœurs. On a voulu proscrire la burqa de l’espace public. Très bien quand il s’agit de sécurité. Se montrer en public en masquant son visage laisse tout craindre. Mais en soi la formule prudente de Sarkozy me paraissait la sagesse même : « La burqa n’est pas la bienvenue en France » (22 juin 2009). Il faut la relire dans son contexte, celui du congrès de Versailles :

http://www.lapresse.ca/international/europe/200906/22/01-877892-sarkozy-la-burqa-nest-pas-la-bienvenue-en-france.php

« «Je veux le dire solennellement. La burqa ne sera pas la bienvenue sur le territoire de la République française», a dit le président.

«Nous ne pouvons pas accepter dans notre pays des femmes prisonnières derrière un grillage, coupées de toute vie sociale, privées de toute identité. Ce n’est pas l’idée que la République française se fait de la dignité de la femme», a-t-il ajouté. »

On passe ainsi de l’égalité des droits à l’uniformité des mœurs car le droit de porter la burqa c’est aussi le droit de ne pas la porter, ceci en fonction des lieux et des temps. Qu’une femme porte un voile intégral dans un quartier à dominante musulmane ne devrait pas être un problème du moment que ses droits civiques restent entiers et qu’elle peut les exercer partout. On dit qu’elle ne le peut pas et qu’on la forcera à être libre grâce à la loi sur l’interdiction du voile. Ce n’est pas ce que pensent les intéressées.

Dans le théâtre classique espagnol, l’un des personnages les plus pittoresques était la « tapada de medio ojo » qui portait le voile tellement intégral qu’on ne voyait d’elle qu’un seul œil. D’où des possibilités théâtrales infinies fondées sur l’ambiguïté, la fausse reconnaissance, le quiproquo etc. Les capacités de séduction de la femme voilée n’en étaient ni niées, ni amoindries, bien au contraire.

 Roger et Alii

Retorica

1 490 mots, 9 600 caractères, 2016-03-28

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Au total

Roger et Alii

Retorica

2 460 mots, 15 800 caractères, 2016-03-30

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