31 SOC jeux de hasard Loto 1994

Sujet II BTS (synthèse) correction s.g.d.g

Par convention 0 = introduction(s) et 9 = conclusion(s)

0. Quatre textes évoquent les jeux de hasard. L’un est plus mathématique (doc 2, J. Bens), l’autre plus économique (doc 3, A. Cotta), le troisième plus philosophique (doc 4, R. Caillois),le dernier enfin plus politique (doc.5 M. Neveux). Ils sont complétés par une publicité connue (doc 1, Loto). Par ailleurs les doc 1, 2 et 3, pratiquement contemporains (1980) traitent du loto alors que les doc 4 et 5 (datés de 1967) traitent de la loterie. Comment fonctionnent ces jeux ? Comment sont-ils vécus ?.

1.0 Les documents proposés permettent d’étudier le mécanisme des jeux.

1.1 Tout d’abord nous sommes en plein irrationnel. J. Bens remarque que le loto offre 1 chance sur 14 millions et la roulette 1 sur 37, donc un risque 12 fois inférieur. Pourtant, note A. Cotta, ce sont les riches qui jouent à la roulette pour un gain qui ne les intéresse pas vraiment. Cependant la roulette procurait un maigre gagne pain à quelques vieilles dames. Mais au casino les classes moyennes aiment côtoyer les classes riches. Les autres documents n’évoquent pas ce problème.

1.2 Le réglage du mécanisme, plus avantageux pour la roulette que pour le loto, est fondé sur des lois simples : R. Caillois note la combinaison des lots élevés, des billets bon marché et des gagnants rares. M. Neveux signale de son côté un écart pascalien entre deux infinis : la chance et le gain. On ne s’étonnera pas de voir la publicité du Loto jouer elle aussi sur cet écart entre « pas cher » et « qui peut rapporter gros ». Néanmoins J. Bens remarque qu’une combinaison de six nombres ramène le risque à une valeur plus avantageuse. Ce que confirme R. Caillois quand il note la justice d’un jeu qui proportionne la récompense au risque.

1.3 La plupart des auteurs identifient l’Etat comme le responsable de ce mécanisme. C’est lui qui dirige “l’usine à rêves », contrôlant d’ailleurs mieux les casinos que le loto, écrit J. Bens. Inversement, note M. Neveux, il fait de la publicité pour la loterie mais pas pour les autres jeux. Cette habileté est confirmée par l’aspect ludique et distanciée du joueur représenté par un chien dans la publicité du Loto.

1.4 Cette habileté confine au cynisme : R. Caillois remarque que l’Etat gagne malgré les moralistes. M. Neveux note qu’il peut à la fois vénérer le travail, l’éducation, la promotion … et encourager les superstitions du vendredi 13 et du fer à cheval. Le Loto ne joue pas sur la superstition mais sur le gain facile opposé au travail.

1.9 L’ensemble des jeux paraît donc bien organisé : la roulette, plus avantageuse et plus contrôlée, facilite le brassage des classes tandis que l’Etat règle savamment le mécanisme de la loterie et du Loto.

2.0 Comment vit-on les jeux de hasard ?

2.1 L’appât du gain et le goût du hasard jouent un rôle primordial. J. Bens remarque que le joueur connaît mieux l’appât du gain que les probabilités. Il supporte donc patiemment une ponction continue de 1 à 3 % de ses revenus dans l’espoir du gros lot, complète A.Cotta. R.Caillois oppose les jeux d’alea et les jeux d’agôn. Ces derniers sont fondés sur la lutte. Les autres au contraire reposent sur le hasard, un destin arbitraire (alea = jeu de dés en latin), d’où une attente tremblante et passive. Le Loto en fait un argument joyeux : c’est le repos après le travail .

2.2 Mais le jeu c’est sérieux : 9 millions et demi de bulletins pour 7 millions de joueurs, mille emplois et 6,6 millions de courtiers signale J. Bens. A.Cotta sort de l’Hexagone : en Angleterre le jeu représente 9 % du produit national et l’emporte en importance sur la défense, le logement et la santé ; en France c’est un enjeu de 15 milliards de frs et on sait l’impact du Totocalcio italien. C’est que, complète M. Neveux, depuis 30 ans la loterie n’est pas considérée comme vraiment un jeu. La publicité du Loto repose sur un slogan connu, efficace et populaire qui insiste lui aussi sur le gain, non sur le jeu.

2.3 Le jeu, c’est du rêve. Avec l’espoir du gain, remarque A.Cotta, vient l’évasion car l’argent rend tout accessible, même et surtout les femmes. Alea, complète R. Caillois, nie le travail, l’expérience et rend dérisoire l’expérience. C’est peut-être pourquoi la publicité du Loto évoque la sortie du travail avec la clé et le changement de casquette en béret, attribut métonymique du peuple.

2.4 Car le jeu c’est pour les pauvres remarque A. Cotta : outre le rêve, il propose une sorte de démocratisation où le sort triomphe des sorts. Même remarque chez Caillois : les pauvres supportent mieux leur condition et attendent le miracle. D’où, selon M. Neveux, de la candeur et un optimisme invulnérable. C’est bien sur cet espoir que le Loto fonde sa publicité (tête nue et aura de la surprise joyeuse).

2.9 Les jeux de hasard attendent donc la passivité de leurs pratiquants. Souvent pauvres ceux-ci rêvent d’une fortune qui leur ouvrira un bonheur très matériel et cet espoir les fait vivre.

9. On voit que les jeux de hasard reposent sur une mécanique sociale qui ne doit justement rien au hasard. L’Etat en règle cyniquement les rouages psychologiques jouant à la fois sur la passivité et les frustrations des pratiquants les plus pauvres. Il arrive que l’on gagne. Le mythe du gros lot alimente la fièvre du jeu.

J’ai été frappé par quelques faits-divers. J’ai lu que, grisés par leur fortune, certains gagnants n’ont pas su la gérer, l’ont dilapidée, ont fait à leurs proches des dons inconsidérés, déclenchant des jalousies quelquefois mortelles. En effet, au moins dans un cas, le gros lot a mené au crime. J’ai découvert ainsi que la Française des jeux fournit une aide psychologique à ses gros gagnants et les aide à placer leur argent. C’est que gérer une fortune, c’est plus qu’un travail, c’est un métier à temps plein. Il vaut mieux mettre tous les mois 3 % de son revenu sur un compte rémunéré… C’est plus sûr et plus reposant… Mais les joueurs cherchent l’émotion !

Roger et Alii


Retorica


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