31 SOC moto trois sujets 1994

Les trois sujets portent volontairement sur le même thème  et fournissent des éclairages complémentaires Les trois sujets sont suivis de leur correction et d’une explication du texte « métamorphose du motard » menée en vue du bac de français.

SUJET I.

Un rite initiatique (1) : .la moto

  1. Quand on parle de moto avec des jeunes adolescents, et ce serait vrai des voitures également pour certains adultes, on repère très vite chez la plupart d’entre eux la notion de puissance et d’affirmation virile. Quand on dit qu’un adolescent se défoule sur sa moto, c’est qu’on pointe le besoin chez lui d’affirmer sa puissance face à celle des adultes. Et c’est pour cela que bien souvent le conflit s’installe entre les adultes qui refusent à l’adolescent d’exercer sa puissance et l’adolescent qui prétend l’affirmer avec les moyens qu’il aura choisis. Le sentiment de puissance, assis sur une machine qu’on domine complètement, et dont on sait également qu’elle est capable de se cabrer comme un animal, est un sentiment fortement développé chez le jeune utilisateur d’une moto. Il faut voir dans ce sentiment de puissance le désir de s’affirmer et d’accéder à un statut égalitaire avec l’adulte. C’est un sentiment qui permet une évolution psitive vers ce statut.
  2. La moto représente un signe de classe, témoin justement  de cette période de l’adolescence. C’est tellement vrai  qu’il existe un véritable code  utilisé par les motards qui est accessible à tous les jeunes dans un certain groupe donné et qui peut s’étendre même  au-delà des frontières départementales, régionales et même nationales. La moto, avec son code de rituels, son marché économique, sa technique, sa mode spécifique et sa presse spécialisée, représente un langage initiatique (1) qui vient combler l’absence de signes institutionnels dans la société.
  3. C’est là qu’il faut voir le point de départ des bandes de motards, des micro-groupes constitués par des jeunes possesseurs de motos et capables d’équipées communes qui peuvent être quelquefois des équipées sauvages.
  4. La moto représente un élément de valorisation sociale mais aussi narcissique (2), et, chez les garçons en particulier, c’est un instrument de séduction destiné à “rabattre le gibier féminin” comme en témoigne ce qui existe dans la région parisienne et qu’on a appelé les “chasseurs de filles à motocyclettes”.
  5. Mais la moto est aussi un instrument de révolte contre la famille. Plus les parents s’obstineront  à refuser, pour des raisons d’ailleurs tout à fait compréhensibles, d’accéder au désir du jeune, plus le jeune s’entêtera à assumer ce désir jusqu’à, dans certaines conditions, aller à commettre un vol de véhicule. Plus les parents seront inquiets quant aux risques encourus  par l’adolescent, plus l’adolescent jouera avec ce risque qui est pour lui un moyen d’exercer  sa puissance sur sa famille par l’inquiétude qu’il suscite.
  6. Il ne faut pas non plus négliger les aspects hédoniques (3) offerts par l’utilisation de la moto. Il existe certains plaisirs qui sont spécifiques  à l’utilisation d’une moto à grande vitesse et s’apparentent à l’ivresse physique : sensations de l’air sur le visage, caresse du vent sur les cheveux, quoique avec l’utilisation des casques  ce plaisir doive probablement diminuer, sensations de bourdonnement de l’air, grondement sourd des pneus sur l’asphalte, vrombissement continu du moteur qui permet la déconnection (sic) interne, l’anesthésie des affects (4), l’exaltation du sentiment de puissance et de domination.
  7. On peut avancer que le désir de possession d’une moto est une réponse spécifique et actuelle de la société ultra-mécanisée dans laquelle nous vivons à une problématique spécifique à l’adolescent qui, elle, reste éternelle sinon dans ses formes, du moins dans son fond. Rien ne renforce plus l’effet que de le combattre en ignorant la cause ; mieux vaut s’interroger sur les moyens  d’harmoniser l’un avec l’autre dans l’intérêt de tous : les jeunes, leurs parents et la société qu’ils forment. (à discuter en Ic et III)

Romain Liberman, psychiatre, “Le Monde”, 30 mars 1978

(1) rite, épreuve ou initiation qui permet au profane d’être admis dans un groupe régi par un code et un langage particuliers. (2) qui rend amoureux de soi. (3) susceptible de procurer du plaisir. (4) les réactions affectives

a) Résumez ce texte en 180 mots en respectant l’équilibre des paragraphes. Indiquez le nombre de mots utilisés (+ 10 %)
b) Expliquez les expressions suivantes :
– “un adolescent se défoule sur sa moto” (1er §)
 – “un statut égalitaire avec l’adulte
c) L’auteur voit dans l’utilisation de la moto un des moyens qu’on les jeunes de s’affirmer face aux adultes. Est-ce le cas pour tous les jeunes ? Et voyez-vous d’autres moyens d’affirmer sa personnalité ? (développement composé d’environ 300 mots)

Sujet II

La métamorphose du motard

Sa tenue de prince de l’apocalypse l’attend sur son lit, d’un noir bleuté de squale. Eric aime le cuir, le contact du cuir. Il caresse la combinaison qui, à plat, paraît bien trop grande pour lui. La peau en est froide. d’un froid abyssal. Il est fasciné par cette tenue vaguement guerrière ; symbole de force. Il s’est muni d’une boîte de talc et se saupoudre le corps largement, les jambes principalement, ainsi que les épaules et les hanches, car il va entrer nu dans ce vêtement barbare. Cette combinaison lui devient une seconde peau qui le rend invulnérable… On la lui a confectionnée spécialement, non pas à proprement parler sur mesures, mais en obéissant à des directives précises, inhabituelles pour ce genre de vêtement. Malgré le talcage généreux, il éprouve quelque difficulté à s’y glisser.

`          Une fois investie, la combinaison cesse toute obstruction et semble s’assouplir, épousant langoureusement les formes de son corps. Il s’y sent presque à l’aise comme dans un pyjama. Eric  enfile alors une paire de chaussettes de laine, puis passe ses bottes également noires, mais ornées  d’une espèce de languette jaune sur le coup de pied. Reste le plus important, le plus grisant : le casque. Il le prend avec dévotion sur la commode où il traînait, le tient sous son bras, tel  un escrimeur après un échange, pour retourner au miroir bienveillant.

San Antonio Les clés du pouvoir sont dans la boîte à gants.

Vous ferez de ce texte un commentaire composé, en vous attachant par exemple à étudier en détail le cérémonial de l’habillage, et la transformation du jeune homme, sans négliger de caractériser le ton du passage.

Sujet III

Commentez puis discutez ou prolongez cette affirmation du psychiatre Romain Liberman : “Quand on dit qu’un adolescent se défoule sur sa moto, c’est qu’on pointe le besoin chez lui d’affirmer sa puissance face à celle des adultes.” (“Le Monde” 30 mars 1978).

 

 

31 SOC Moto trois sujets correction s.g.d.g

Les trois sujets sont profondément liés entre eux : ce qui compte c’est finalemen la construction et l’affirmation d’une personnalité. La moto est-elle un bon moyen pour y parvenir ? Existe-t-il d’autres moyens ? Le mieux est de commencer par le sujet II pour bien comprendre les enjeux des sujets.

Un danger c’est le manque d’implication : on s’en tient à des banalités et le bonnes idées ne viennent qu’après ! Inutile de refaire le devoir, les larges marges (7 cm) sont là pour recueillir vos réflexions et donc vous impliquer davantage .

De la même manière avant de faire le devoir suivant relire très attentivement les corrections et les sujets précédents. Nous procédons par imitation intelligente.

Une maladresse fréquente : accessible qu’aux initiés  =>  écrire : accessible aux seuls initiés.

Code : 0 = introductiion(s) et 9 = conclusion(s)

 

Sujet II La métamorphose du motard

Introduction On ne s’attend guère à lire sous la plume de San-Antonio (Frédéric Dard) une page aussi sérieuse que cette métamorphose d’un jeune homme, Eric, en motard intrépide. Le texte est centré sur la tenue qu’il revêt (combinaison, botte, casque). Il s’agit de tout un cérémonial qui aboutit à une transformation profonde. Mais le ton du passage peut révéler des surprises.

 

1.0      Abordons d’abord le thème du cérémonial dans ses éléments, sa lenteur et sa signification profonde..

1.1      Les éléments du cérémonial sont assez simples mais d’importance très inégale : le casque, “le plus grisant”, ne comporte que trois lignes de même que les bottes. Dix-sept lignes sont consacrées à la combinaison soit plus des deux tiers du texte. Cette combinaison est en cuir noir et raide, d’où l’emploi du talc pour la passer ; elle est coûteuse (pas faite sur mesures mais presque). Sa description, très soignée, montre en elle quelque chose de fantastique. Les bottes rapidement expédiées ne sont  remarquables que par la “languette jaune sur le coup de pied”. Le casque est probablement noir mais ce n’est pas précisé. La boîte de talc joue un rôle important, fondamental même. Il s’en “saupoudre le corps largement” : il suffit de se représenter la scène, de la visualiser avec précision pour découvrir qu’elle n’offre que deux couleurs le blanc et le noir avec une petite touche jaune. Il s’agit là d’une opposition franche et dure.

1.2      La lenteur du cérémonial est traduite par la lenteur du texte. Revêtir la combinaison n’est pas facile, en dépit des apparences : “à plat, (elle) paraît bien trop grande pour lui”. En effet revêtir ce vêtement raide suppose un combat dans lequel la boîte de talc joue le rôle d’adjuvant : le talcage est “généreux” et la combinaison finit par se plier aux formes de son maître : elle “cesse toute obstruction”. Mieux même : elle cède et lui manifeste une tendresse presque féminine (“épousant langoureusement”) au point de devenir immédiatement familière (image du “pyjama”). La lutte a été lente, concentrée, totalement silencieuse. La lenteur de l’action vient des multiples précisions  : “fasciné par cette tenue vaguement guerrière’, tenue “confectionnée spécialement non pas etc… mais… etc” puis “cesse toute obstruction etc…”

1.3      La signification profonde du cérémonial ne va s’éclairer qu’au fil de l’étude. Il s’agit de revêtir une tenue inquiétante marquée par la violence. D’où le champ lexical révélateur : “prince de l’apocalypse” (en grec l’Apocalypse c’est le dévoilement mais aussi la fin du monde, la catastrophe finale”), “tenue vaguement guerrière”, “vêtement barbare” (s’oppose à la civilisation), “escrimeur” (agressivité sportive très atténuée). Il faut y ajouter le “noir bleuté de squale” et “froid abyssal” : violences des requins et des grandes profondeurs. Les couleurs étaient peu nombreuses mais les sensations tactiles sont nombreuses et subtiles : au froid du cuir s’oppose la.tiédeur du talc sur la peau puis l’obéissance soudaine.et caressance de la combinaison.

1.9      Nous avons affaire à un cérémonial assez complexe marqué par peu d’éléments mais un lent combat entre Eric et sa combinaison. La description n’est pas très visuelle, les couleurs sont rares et dures. Ce qui domine ce sont les sensations tactiles et subtiles mises en valeur par l’emploi abondant du talc et l’obéissance soumise de la combinaison.

 

  1. 0     Etudions ensuite la transformation d’Eric.

2.1      Cette “seconde peau” lui paraît essentielle. Tout est décrit en discours indirect libre et nous sommes souvent en focalisation interne : “aime le cuir, le contact du cuir”. C’est la première fois qu’il l’enfile et donc son appréhension marquée par les  termes violents déjà signalés est tout à fait normale. Mais cette tenue, il l’a voulue et par  métonymie  (pas “sur mesures” mais selon “des directives précises”) on devine qu’il s’est ruiné dans son achat. Les bottes ne bénéficient pas de la même fascination mais elle revient, cette fois avec une tonalité religieuse, pour le casque (“important”, “grisant”, “dévotion”).

2.2      Eric s’identifie à des modèles qui relèvent de la chevalerie : il se voit en “prince de l’apocalypse”, il souhaiterait se battre (“fasciné par cette tenue vaguement guerrière”) ; il se voudrait “invulnérable” ; il se prend ensuite pour un “escrimeur” mais curieusement le narrateur ajoute “après un échange” : de quel échange s’agit-il, sinon de cette lutte qu’il amenée contre sa combinaisons pur l’enfiler ? Il vit sur des fantasmes de violence et c’est la vision puis le toucher de la combinaison qui les fait naître. dans son imagination. Parler de discours indirect libre est un peu abusif car Eric ne pense pas : il vit entièrement dans des sensations que sa passion ne lui permet pas d’analyser.

2.3      On devine saa personnalité profonde. Il veut “une seconde peau qui le rend invulnérable”, preuve qu’il se sent mal dans sa peau, à ses yeux trop vulnérable. Il veut se donner l’aspect d’un chevalier dur et viril, capable d’affronter des monstres et de les détruire. Il a besoin du “symbole de la force”, faute de l’avoir en lui-même. Car le texte très sensuel dit le contraire de la violence.. Eric aime le cuir, pas comme protection mais “comme contact du cuir”. L’usage abondant du talc sur le corps, les jambes, les épaules, les hanches et jusqu’à l’opposition entre “nu” et “barbare” semblent opposer la sensualité à la violence. C’est pourquoi il mène avec sa combinaison, sa future compagne, un faux combat. Elle cède rapidement pour lui devenir familière (“pyjama”). Eric semble éprouver de profonds problèmes d’identité (il n’a pas de petite amie ?) et tente d’exister par l’extravagance dans l’inhabituel. Il n’a pas les moyens de s’offrir une tenue sur mesure mais il a donné des “directives précises, inhabituelles pour ce genre de vêtement” : on ne sait pas lesquelles mais on devine qu’il ne passera pas inaperçu .

2.9      Eric est un brave garçon mais qui a du mal à vivre. Il a besoin de se rêver en surhomme, en guerrier de l’Apocalypse mais tout dans son comportement profond traduit le besoin de douceur et d’affection.

 

  1. 0     Penchons-nous enfin sur le ton du passage qui appartient entièrement à l’écrivain, Frédéric Dard, le créateur de San-Antonio.

3.1      Il s’identifie totalement à son personnage. Il voit la combinaison avec les yeux d’Eric. C’est lui qui choisit des images très choisies, très littéraires : “prince de l’apocalypse”, “noir bleuté de squale”, “froid abyssal”. C’est lui qui personnifie la combinaison pour en faire une sorte de compagne sensuelle. Incontestablement il sympathise avec le jeune hommes.

3.2      Ses interventions sont fréquentes et marquées par les changements de focalisation : focalisation interne pour dire qu’Eric aime le cuir, focalisation zéro pour dire qu’il est fasciné par cette tenue (cette fascination se lit sur le visage d’Eric), focalisation externe pour des informations objectives sur la confection de la tenue : “On la lui a confectionnée spécialement…”. L’intervention de l’écrivain est particulièrement nette dans l’expression finalement : “pour retourner au miroir bienveillant” : il s’agit d’un hypallage, ce n’est pas le miroir qui est bienveillant mais Eric qui s’admire dans sa tenue, il retourne au miroir car il en vient. On ne peut définir d’une manière plus précise le narcissisme du personnage.

3.3      Par sa lenteur et sa précision, le ton du passage épouse les sensations d’Eric dans leur contradiction. Le narrateur observe la scène avec beaucoup de précision, d’une manière presque cinématographique : le plan général est rare (combinaison sur le lit) mais beaucoup des gros plans successifs (le talcage des parties essentielles du corps, la languette jaune, le casque). Le narrateur donne à voir et encore plus à sentir d’une manière tactile. Manifestement il sympathise avec son héros même s’il fait preuve de lucidité à son égard. En somme à travers tout le texte court une sorte de compassion indulgente.

3.9      On ne peut donc pas dire que l’écrivain soit spécialement critique pour Eric. Il prend son temps pour décrire ses actions, pour en faire comprendre les raisons superficielles et profondes, finalement très contradictoires. D’où un  ton à la fois lucide et sympathique.

 

  1. Conclusion. La métamorphose d’Eric en motard ne se limite pas au fait de revêtir une combinaison de cuir, des bottes et un casque. L’important ce sont les fantasmes qui accompagnent ce cérémonial, fantasmes contradictoires faits de violence et de douceur. L’écrivain les décrit avec sympathie et une lucidité indulgente.

 

Sujet I           Un rite initiatique : la moto

 

  1. a) (180 mots demandés pour 57 lignes proposées, soit 3,15 mots par ligne ; 7 paragraphes de 15, 9, 4, 5, 8, 10 et 7 lignes).

 

  1. (47 mots)  Les jeunes aiment la moto car elle leur permet de s’affirmer. Et ils entreront facilement en conflit avec les adultes qui leur en refuseront les moyens. Les jeunes pensent souvent que dompter une machine puissante favorisera le passage vers leurs aînés, ce qui est une ambition légitime. (48 mots utilisés).
  2. (28 mots) Car les pratiquants de la moto sont unis par une fraternité ouverte qui devient même internationale. De plus le monde de la moto remplace d’autres initiations devenues absentes (29 mots utilisés)
  3. (12 mots) D’où ces groupes de jeunes motards qui font des sorties quelquefois dangereuses. (13 mots utilisés).
  4. (16 mots) De plus la moto flatte la vanité. Des garçons s’en servent pour chasser les filles.(16 mots utilisés).
  5. (25 mots) Elle alimente aussi d’inévitables conflits de familles qui peuvent dégénérer en transgressions et en risques graves, le jeune s’affirmant en s’opposant. (24 mots utilisés)
  6. (32 mots) Enfin la moto procure des plaisirs particuliers et enivrants. La vitesse et le vent (malgré le casque) sans oublier les bruits de la machine, tout cela crée une forte sensation d’exaltation. (32 mots utilisés).
  7. (22 mots) La moto répond donc aux défis modernes et aux problèmes éternels des jeunes. Plutôt que de condamner, il faut chercher à réconcilier. (22 mots utilisés).

TOTAL : 184 mots.

 

  1. b)    – “un adolescent se défoule sur sa moto” : 1. “défouler” est formé à partir de “fouler” et surtout de “refouler”. 2. “fouler” c’est écraser quelque chose avec les pieds (“fouler le raisin”, et figuré “fouler aux pieds”) 3. “refouler” c’est rejeter à l’extérieur ( “la police refoula les manifestants”) et en psychanalyse le “refoulement” c’est le rejet dans l’inconscient les pulsions, les désir que refuse le Moi. 4. “se défouler” c’est libérer ces pulsions, le verbe est familier (alors que “défoulement” ne l’est pas !)

-« statut égalitaire avec l’adulte » : 1. un « statut » est un état social défini par le métier, les loisirs etc. 2. « égalitaire » est une mesure qui procure une égalité sociale, une égalité des droits. 3. Le jeune aspire à àtre considéré comme un égal par l’adulte dont il souhaite partager les responsabilités et les préoccupations.

 

  1. c) L’auteur voit dans l’utilisation de la moto un des moyens qu’ont les jeunes de s’affirmer. Etes-vous d’accord avec lui ? Voyez-vous d’autres moyens de s’affirmer ?

Voir correction du sujet III. Mouvement général de la discussion : oui, la moto est un moyen de s’affirmer ; mais il y en a d’autres…

 

 

 

Sujet III        Commentez puis discutez ou prolongez cette affirmation du psychiatre Romain Liberman : “Quand on dit qu’un adolescent se défoule sur sa moto, c’est qu’on pointe le besoin chez lui d’affirmer sa puissance face à celle des adultes.” ( “Le Monde” 30 mars 1978).

 

Il s’agit du même sujet : discuter Liberman (sujet III) c’est évidemment voir les autres moyens que les jeunes ont pour s’affirmer (sujet Ic).

 

  1.        Le verbe « s’affirmer » est très ambigu On peut s’affirmer par rapport aux autres ou par rapport à soi. Par ailleurs le texte de R. Liberman n’aborde qu’une partie de la question. En quoi la moto permet-elle de s’affirmer ? Et de quels autres moyens disposent les jeunes pour le faire ?

 

  1. L’affirmation de soi par l’univers de la moto paraît évidente. Voyons quelques exemples différents de ceux qu’évoque R. Liberman.
  2.      L’affirmation de soi peut prendre une première forme./ Dans un de ses romans, San-Antonio décrit, träs sérieusement, un jeune motard qui s’habille. Celui-ci se revêt d’une combinaison de cuir faite à ses mesures. Il y entre nu après s’être soigneusement talqué et devient ainsi une sorte de guerrier barbare./ On s’interroge sur la personnalité du jeune homme qui ne semble vivre que pour ces moments d’exatation que vont lui procurer la moto./ Est-il vraiment lui-même lorsqu’il se revêt de cette tenue coûteuse ? L’amour de la moto touche chez lui peut-être au fétichisme.
  3. Abordons un autre aspect / Les clips publicitaires d' »Hollywood cheming-gum » vantent la « fraîcheur de vivre ».On y voit des jeunes épris d’aventure qui s’adonnent en groupe aux joies de la randonnée et, dans ces clips, la moto – sous forme de moto verte – joue un rìle déterminant. / Un clip télévisé coûte très cher et sa conception ne doit rien au hasard. En récupérant la moto, ce clip veut offrir un parfum d’amitié et d’aventure collective. Mais où se trouve l’affirmation de soi ?/Souvent, à travers la moto, c’est l’adhésion à un groupe qui s’affirme et non la personnalité.
  4.      Enfin dans son roman « La Motocycette » Peyre de Mandiargues nous montre Rebecca. La jeune femme est nue sous sa combinaison et chevauche une « Harley Davidson » of- ferte par son amant. Elle roule à grande vitesse,dédaignant les voitures dépassées, « monstrueusement accouplée à la machine » (…); elle se sent dans le vent brutal comme en l’air pur des cimes ». / Ce vertige auquel elle s’abandonne, est-ce une affirmation de soi ou un pur fantasme ?
  5.      Ces trois exemples (le fétichisme, le groupe, le vertige) sont-ils une marque d’affirmation de soi ? S’affirmer c’est être ferme. L’est-on quand on dépend à ce point des autres ?

 

  1.      Où se situe vraiment l’affirmation de soi ?
  2.      On peut, certes, la situer dans la moto elle-même./ Un article de Béatrice Berge paru dans le « Monde de l’Education » en 1981 fournit de nombreuses données chiffrées. 95 % des 125 cm3 sont réglées au comptant par les parents car la clientèle a, pour 80 %, entre 18 et 22 ans. » On remboursera ensuite papa ou le grand frère à un taux d’intérêt nettement moins élevé que celui des banques ». / Ce que ne dit pas Liberman, et qui est pourtant évident, c’est que l’heureux possesseur d’une 125 cm3 devient adulte en la remboursant donc en travaillant. / La moto n’est un cadeau que pour une minorité de privilégiés. L’entrée dans le monde des adultes se fait par le travail, les « petits boulots » et la gestion stricte d’un budget personnel.
  3. L’affirmation de soi  peut se faire par les loisirs, la pratique de la musique (rock ou classique), la pratique du théâtre, la pratique de sports collectifs ou individuels. Certains se passionnent pour l’action sociale, humanitaire ou même politique. Sans doute Liberman n’avait pas à évoquer cette dimension puisque son propos était volontairement limité à la moto mais nous devons élargir le sujet à l’ensemble des jeunes et resituer les motards dans une classe d’âge.

2.3      Le facteur essentiel d’affirmation de soi pour la grande majorité des jeunes de 15 à 20 ans c’est actuellement le lycée professionnel ou d’enseignement général. C’est-à-dire cet enseignement qui donne les outils intellectuels pour entamer une vie professionnelle et personnelle à peu près satisfaisante malgré les inquiétudes du lendemain. Ce facteur est tellement évident qu’on en a à peine conscience. Et c’est un facteur coûteux : 30.000 frs par an pour une scolaraité payée par la collectivité, 3.000 frs en moyenne de frais de scolarité pour la famille plus bien sûr et c’est tout-à-fait normal “nourri, logé, blanchi” par les parents.

  1.      L’affirmation de soi se enfin par le développement de sa propre personnalité, de l’esprit critique et des influences qu’on accepte de subir. “Pour l’instant, je voudrais que vous compreniez ceci : il est impossible de se libérer d’une influence sans s’assujetir à une autre. Toute la difficulté, tout le travail sur soi, consiste à choisir l’influence à laquelle vous voulez vous soumettre, et à tomber réellement sous cette influence. A cette fin, il est indispensable que vous sachiez prévoir l’influence qui vous sera le plus profitable.” ( Ouspensky “Fragments d’un enseignement inconnu” p.48 Il s’agit de Gurdjieff, maître spirituel du XX°s  1877-1949)). Il est fondamental de se construire sa liberté et sa responsabilité.

2.9      Les jeunes dans leur grande majorité sont très raisonnables.Ils pensent à gagner un peu d’argent,  construire leur avenir et sauvegarder leur  liberté intérieure.

 

  1. Conclusion Même quand ils possèdent une moto ou un cyclomoteur, les jeunes ont des intérêts, des inquiétudes, des motivations qui vont bien au-delà d’une fascination narcissique pour la vitesse et le désir infantile d’inquiéter la famille. . Ils sont surtout préoccupés par leurs études, une certaine indépendance financière et le développement de leur propre personnalité.

 

Métamorphose du motard : Préparation à l’oral du bac de français

 

Préparation à l’oral du bac de français dans une classe de 1° F électrotechnique. 30 élèves divisés en 2 groupes de 15 élèves chacun. Chaque élève, énergiquement sollicité par le prof, cherche à émettre une remarque que le prof saisit au vol, met éventuellement au net et dicte à tout le monde y compris à lui-même. (technique du je-nous-dicte). L’exercice dure 55 minutes. Il est repris aussitôt à l’heure suivante avec le groupe B. Il est intéressant de voir comment les explications vont à la fois converger et diverger. On notera des ikmprécisions, voire des contradictions à l’intérieur de la même explication. Elle est à reprendre et à méditer par chacun pour préparer le bac.

 

Groupe A

 

  1. Situer le texte dans le groupement
  2. Caractériser
  3. Organisation
  4. Centres d’intérêt (étude de détail)
  5. Conclusion

 

  1. Situer. Groupement de textes “la moto”. C’est un extrait de roman qui s’oppose à des textes argumentatifs (ex : Liberman)

 

  1. Caractériser. Description du motard en train dce s’habiller. Description en mouvement et qui annonce une action dont nous ne savons rien (peu-être dramatique) et nous ne savons pas davantage ce qui s’est passé avant.

 

  1. Organisation.
  2. Il enfile sa combinaison
  3. focalisation interne. Commentaire sur l’histoire de cette combinaison, donc retour en arrière puis au présent : difficulté.
  4. il est à l’aise dans sa combinaison
  5. chaussettes et bottes
  6. le casque.

San-Antonio (Frédéric Dard) saute une ligne, va à la ligne entre 2 et 3. C’est le moment où Eric éprouve le plus de mal à enfiler sa combinaison.

 

  1. Centres d’intérêt.

– sensation sur la peau – cuir –

– comparaison : tel un escrimeur

– métaphore : le cuir associé à la force

– combinaison constamment associée à la peau

– statut particulier du “talc” dans le texte intermédiaire entre Eric et la combinaison – sensation de douceur – opposition implicite de couleurs blanc / noir.

– comparaison avec pyjama :reprise de l’idée de douceur et abolition des difficultés – pyjama s’oppose à la méraphore du “squale” (requin)

– deux images relais : celle du froid abyssal, c’est-à-dire des grandes profondeurs  et celle du guerrier, du barbare.

– Qui est Eric ? quelle est sa personnalité puisqu’il ne semble exister que par cette combinaison ?

– La combinaison est une sorte de talisman ; elle lui donne le pouvoir de se sentir invulnérable. Tous les éléments concourent à cette impression mais en 2° partie on le sent plus vulnérable (pyjama, chaussette de laine)

– érorisme sous-jacent (nu…)

– l’auteur donne constamment son opinion : il est à la fois dedans et dehors, donc focalisation zéro.

– le miroir et l’attitude narcissique.

 

`5. Conclusion. Texte inhabituel chez San-Antonio, gravité mais érotisme voilé et souterrain du héros.

 

Même texte avec le groupe B, à l’heure suivante. Même méthode : les élèves proposent et le prof fait noter. Le démarrage de l’étude est le fait du prof, le temps que le groupe s’échauffe.

 

  1. Situer le texte dans le groupement
  2. Caractériser
  3. Organisation
  4. Centres d’intérêt (étude de détail)
  5. Conclusion

 

  1. Situer. Dans le dossier moto c’est un extrait de roman qui s’oppose aux textes argumentatifs (Ex : Liberman)

 

  1. Caractériser. C’est une description assez courte avec une légère action. On peut imaginer la suite mais on ne peut pas imaginer ce qui a précédé.

 

  1. Organisation. Deux paragraphes :
  2. description de la combinaison – v ue d’ensemble

12 commentaire sur la combinaison – focalisation interne : on entre dans ses réflexions et ses souvenirs

  1. la combinaison enfilée
  2. chaussettes et bottes
  3. le casque

San-Antonio (Frédéric Dard) va à la ligne entre 1 et 2. Ellipse (cad suppression) des difficultés de l’habillage lui-même.

 

  1. Centres d’intérêt

– cérémonial comme celui d’un chevalier au Moyen-Age, rituel. “prince d’apocalypse” = symbole de mort – escrimeur

– sentiment d’invulnéralibité, de force. Connotation de violence, vaguement guerrière, barbare.

– humanisation de la combinaison, féminisation, vocabulaire : érotique, cuir, talc…

– le talc constitue une transition entre la peau et la seconde peau qu’est la combinaison.

– en 1° partie il y a le mélange de la violence et de l’érotisme qui semble se calmer en 2° partie.

– la lenteur rituelle du texte fait implicitement opposition à la course enivrante sur la moto.

– texte très visuel et même tactile

– on a l’impression qu’après cet habillage il n’y a plus de plaisir. L’attente du plaisir tue le plaisir.

–  ambiance froide, noire où la 1° partie le blanc du talc s’oppose au noir de la combinaison.

– mais en 2° partie l’ambiance est plus douce, chaude (pyjama, chaussette de laine) et le conflit s’humanise en un conflit d’escrimeur, poli, bien élevé qui s’oppose  à barbare. Au combat érotique avec la combinaison succède la tendresse.

– nombreuses interventions de Sans-Antonio qui juge son personnage en focalisation zéro. Il le juge avec sévérité et tendresse en même temps.

– importance du miroir où il s’admire d’une manière narcissique.

– l’image du squale (appartient-elle à San -Antonio ou à Eric ?) a pour opposé l’image du pyjama et on glisse lentement de l’une à l’autre grâce au talc.

– Au froid du premier paragraphe s’oppose le simple, le chaud, le jaune (?) du 2° paragraphe.

 

  1. Conclusion.Texte inhabituel chez San-Antonio plus porté sur le rire et le sexe, que sur le grave et le tendre. Mais techniquement on retrouve sa grande virtuosité pour les images.

 

Roger et Alii

Retorica

(4.900 mots, 29.900 caractères)

 

 

 

 

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