31 SOC retraités drogués pp3 1994

Dans mes classes les élèves présentaient des prises de parole en trois minutes (pp3) à raison de quatre – six par heure (une heure par semaine), de telle sorte que chaque élève en présentait au moins une toutes les huit semaines. Les sujets étaient totalement libres. Au bout de quatre semaines je proposais un travail sur table à faire en une heure. Je proposais un croisement entre deux sujets traités séparément. Ici j’avais relié retraités et drogue. Le corrigé s’inspirait du travail des élèves et servait à relancer cette activité.

La forme canonique retenue était celle de la dissertation. Mais les arguments pouvaient être farfelus. Les élèves aimaient beaucoup ce contraste entre le sérieux de la forme et l’humour du contenu.

Par convention : 0 = introductions et 9 = conclusions.

Serait-il souhaitable que les retraité(e)s se droguent ? (1994)

Introduction. Que deviendront les retraites ? Quelle politique pour la drogue ? tolérance ou répression ? Croisement explosif des 2 problèmes : Serait-il souhaitable que les retraité(e)s se droguent ?

1.0 L’ide peut paraître séduisante quoique cynique.

1.1 Le troisième âge se drogue déjà par la consommation de médicaments. Mais c’est pour son bien.

1.2 L’usage des stupéfiants permettrait aux retraité(e)s d’avoir une fin de vie plus heureuses. Du reste dans les unités de soins palliatifs on utilise de plus en plus (surtout à l’étranger) des cocktails létaux (emploi massif mais dosé de morphine et autres stupéfiants).

1.3 Moins de retraites à payer : intéressant pour les retraites par répartition (solidarité des générations) mais aussi les retraites par capitalisation et les retraites complémentaires

1.9 Encourager la consommation de stupéfiants chez les retraités serait une mesure à valeur humanitaire et aussi économique.

2.0 Mais il faut envisager les effets pervers d’une telle mesure.

2.1 Augmentation de la demande = augmentation de la production et des prix = augmentation du blanchiment des bénéfices = prospérité accrue des mafias.

2.2 Les jeunes drogués ne décrocheraient pas ; la délinquance augmenterait ; et probablement aussi le SIDA qui, actuellement, est surtout véhiculé par les drogués.

2.3 Légalisation des stupéfiants distribués en pharmacie pour le 3° âge ? accélération des trafics illégaux : on se droguerait à tous les âges d’où effondrement social.

2.9 Donc cette mesure entraînerait des effets simultanément contradictoires (développement des trafics et légalisation) d’où l’effondrement de la société.

3.0 Les effets moraux seraient catastrophiques.

3.1 Les jeunes sont très attachés à leurs grands-parents et perdraient ainsi leurs repères : moralité, générosité (l’argent des cadeaux passerait dans l’achat des stupéfiants).

3.2 Les jeunes résisteraient peut-être mais les rôles respectifs des générations s’inverserait : une jeunesse sage s’opposerait à une vieillesse délirante !

3.3 Ce serait la fin de tout interdit, de tout effort et de tout espoir « No future ! » Montée en puissance des suicides et pessimisme généralisé.

3.9 Une société repose sur ses valeurs. Quand celles-ci disparaissent elle disparaît. Serait-ce bien raisonnable ?

Conclusion. Il n’est donc pas souhaitable que les retraités se droguent, non tellement pour eux-mêmes (1.9) mais pour ce qu’ils représentent dans la solidarité et l’équilibre des générations. Ils sont le pôle des valeurs profondes d’une société (2.9, 3.9) : dis-moi comment tu veux vieillir, je te dirai qui tu es ! Mais incidemment le sujet pose le problème des soins palliatifs en fin de vie (1.4) : que signifie une fin de vie heureuse et quel rôle peuvent jouer les stupéfiants dans les soins palliatifs ?

(438 mots). A l’époque je ne me souciais pas de la longueur des pp3. J’avais tort. Car 438 mots c’est une longueur hybride à mi-chemin du 200 mots et du 600 mots (dissertation brève). Signalon que 800 mots correspond à une dissertation moyenne et 1.000 mots à une dissertation longue : accessible simplement aux élèves excellents capables de tenir stylistiquement cette distance. Ces élèves deviendront plus tard les élites, incapables de comprendre les difficultés des plus faibles…

Roger et Alii

Retorica

(656 mots, 4.200 caractères)

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