31 SOC utopie Daesh 2015 11

1. L’utopie est un « non lieu » mais peut-être aussi un « lieu heureux » si on lit « eutopia » comme l’aurait souhaité Thomas More auteur de la première « Utopia » (1516) Voir Wikipédia. Ce que serait l’abbaye de Thélème, décrite par Rabelais et qui est surtout un collège universitaire, préparatoire à la vie active. L’uchronie, cette utopie en dehors de l’histoire lui est profondément liée mais ce n’est peut-être ni le lieu, ni le temps d’en parler. Il faudra parler aussi de la dystopie, genre récent dont la fonction est de démolir les utopies heureuses. Ces dernières reposent sur une égalité de droits, impossible à atteindre car au fil du temps certaines personnes deviennent plus égales que d’autres et les dominent. Ce fichier va progresser comme un fichier trampoline, s’écartant quelquefois de son sujet pour mieux y revenir.

2. On peut évoquer la grande figure de Théodore Monod qui disait « L’utopie ne signifie pas l’irréalisable mais l’irréalisé ». En 2003 un militant altermondialiste rapportait de Sao Paulo cette parabole : « Un jour, un militant s’adressait ainsi au poète. Le militant las, disait : « Je ne comprends pas, quand je marche deux pas, l’utopie recule de deux pas. Quand j’avance de dix pas, l’utopie recule d’autant. » Et de conclure à l’adresse du poète : « Mais dis-moi donc toi : à quoi sert alors l’utopie ! » Et le poète de lui répondre : « L’utopie sert à ce que tu viens de dire camarade, simplement à avancer. » »

3. C’est quand l’Histoire devient riche en grands cataclysmes que l’utopie prend forme et sens. Ainsi Emile Masson (1869 – 1923), professeur d’anglais au lycée de Pontivy, avait, pendant la guerre de 1914 – 1918 ; écrit une utopie « L’utopie des îles bienheureuses dans le Pacifique en 1980 ». Elle paraît en 1921 (F. Rieder, Paris) BnF Gallica l’a publiée. Elle est donc en accès libre sur le net.

gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k101797c

Ses 214 pages se développent sur trois journées et de toutes les utopies modernes celle-ci me semble la plus achevée.

4. Jeremy Bentham : « Le Panoptique, mémoire sur un nouveau principe pour construire des maisons d’inspection », a été redécouvert par Michel Foucault en 1980. Pour Bentham le désordre a son origine dans les zones obscures où l’on peut agir sans être vu. Etre vu, c’est perdre le pouvoir et la volonté même de faire le mal. Que chacun se sache surveillé, que chacun surveille et le mal disparaîtra. « Chaque individu devient un surveillant. » Cette idée on la trouve chez Platon, chez Thomas More, chez Orwell aussi mais avec la dérive que celui qui est surveillé ne peut pas être surveillant. Le Panoptique de Bentham a inspiré les prisons et on le trouve également dans l’idéologie de certains travailleurs sociaux . Les Incas pratiquaient ce type de surveillance. Pour ne rien dire du système marxiste-léniniste (déjà évoqué par le biais d’Orwell)

5. Dès le XVII° s on a des réalisations d’utopie. Ainsi Pierre-Paul Riquet, de 1663 à 1684 va construire le canal du Midi dans des conditions tout à fait intéressantes pour notre sujet.

– son métier de collecteur d’impôts le fait circuler dans toute la région de Toulouse.

– il a l’idée de prolonger la Garonne par un canal qui ira de Toulouse à Agde en suivant les vallées. Mais il faut alimenter ce canal. Il faut rassembler les eaux qui viennent de la Montagne Noire, les faire tenir dans un réservoir qui sera le lac de Saint-Férréol. Contenance 6 millions de mètres cubes pour un canal qui en aura 5, donc il en restera toujours 1 en réserve.

– l’astuce est de créer un seuil des eaux à Naurouze. Trois branches : une qui amène l’eau du lointain lac de Saint-Ferréol, les deux autres vont l’une vers la Méditerranée et l’autre vers l’Atlantique. Donc étudier savamment les pentes. J’ai vu le seuil, c’est assez impressionnant.

– un projet hydrographique proprement insensé avec des tolérances de pente très minimes, des ouvrages d’art, des écluses complexes (circulaires) etc… etc..

– un financement venu du fait qu’il mêle les fonds de l’Etat à ses fonds propres et qu’il ruine sa famille.

– des conditions sociales extraordinaires pour l’époque :

a) des ouvriers bien payés, payés les jours fériés, avec sécurité sociale et êut-être retraites

b) on embauche hommes, femmes et enfants mais on confie les tâches en fonction des possibilités de chacun.

c) Riquet met en place un système de commandement humain pour éviter les conflits qui ralentiraient le chantier.

d) il crée des restaurants d’entreprise, des châlets pour abriter les ouvriers etc.

Tout n’est pas rose : Riquet provoque la ruine de tous les minotiers de la région en captant d’autorité tous les cours d’eau utiles à son œuvre. L’économie locale en sort bouleversée. Toutes ces informations sont évidemment à contrôler car j’évoque la question de mémoire.

Fourier et surtout les Saint-Simoniens appartiennent à cette race de bâtisseurs.

6. « Auroville, cité-laboratoire. Une cité sans lois, refusant la propriété privée et le pouvoir de l’argent afin d’instaurer une fraternité universelle : c’était le rêve des fondateurs d’Auroville, en Inde. Trente ans plus tard, la cité ne compte plus qu’un millier d’habitants, parfois désarçonnés par l’excès de liberté et tributaires des ouvriers tamouls pour les travaux manuels. » (Le Monde 26 septembre 98). Cf les kibboutz israéliens. Mais ceux-ci naissent avec Degania (1910) (voir Wikipédia) alors qu’Auroville est fondée en février 1968. Tout un symbole.

7. On trouve l’obsession de la pureté dans « Monte verita » (émission d’Arte passée en déc 97). C’était une communauté naturiste suisse fondée avant la guerre de 1914 et qui a poursuivi ses activités dans l’entre-deux-guerres. Elle était liée au mouvement pédagogique allemand des « oiseaux migrateurs » avec romantisme de la nature, voyages à pied dans la campagne pour découvrir et partager le travail paysan, les champs, les feux de camp, les rites, le naturisme, le végétarisme. Petit-à-petit l’obsession de la pureté s’empare du mouvement. Certains de ses membres allemands les plus influents vont se tourner vers l’occultisme et le nazisme. La communauté « Monte verita » commence à se pervertir quand elle refuse d’accueillir une jeune fille parce qu’elle était juive et donc impure quelque part.

8. voici quelques réflexions supplémentaires suggérées par Michel Houellebecq « Les particules élémentaires » roman, Flammarion 1998

Le livre attaque le problème du mal qui est une autre dimension de l’utopie.

L’irrévolution de mai 68 a été très mal vécue par les jeunes de 12 ans qui étaient internes dans des collèges ou des lycées gérés soi-disant en autogestion. C’est-à-dire sans surveillants, les plus forts exerçant des sévices sexuels sur les plus jeunes. Or dans « Le seigneur des mouches » William Golding avait déjà montré à quelles horreurs peuvent se livrer des enfants jeunes en totale liberté. L’homme est un animal social mais peu sociable. L’utopie est simplement la projection mentale qui permettra de le socialiser.

Or mai 68 en libérant l’individu l’a en même temps soumis à ses pulsions. Déjà l’utopie politique avait du plomb dans l’aile. Décembre 89 a marqué la fin du communisme. L’humanité était morte depuis le milieu du XIX°s quand on avait découvert que la mécanique céleste se détraquerait irrémédiablement. Dieu était mort depuis l’affirmation de Nietzsche. Le sujet à son tour était mort sous les coups du structuralisme et de la déconstruction. Il n’en reste que des « particules élémentaires » et encore celles-ci n’existent pas en elles-mêmes puisqu’elles ne sont que des champs de force se faisant et se défaisant à l’infini. Jusque-là on reste dans une optique que ne désavouerait pas le bouddhisme duquel se réclame, de temps à autre, l’auteur.

Qu’est-ce qui reste d’à peu près vivable pour un homme ou une femme jeune, désirable et en bonne santé ? La baise. Pas l’amour, la baise. C’est pourquoi le livre en parle autant. Les fantasmes de Sade s’accomplissent, le plus souvent géré en partouzes de bonne compagnie « la sexualité social-démocrate ».

Il faut être juste. Les deux héros connaissent quand même la tendresse. Mais trop tard. Et trop de baises. Quand l’âge arrive, mieux vaut disparaître par le suicide. Et l’âge arrive vite pour les personnages du roman : ils dépassent peu la quarantaine. Pas du tout bouddhiste cela ! Ils sont tombés dans le néant du nihilisme qui est le grand risque dans la découverte de la vacuité. Les deux héros ne savent pas distinguer la réalité relative (ce monde-ci) et la réalité absolue (la vacuité). Leurs voies de réalisation, par la science pour l’un, par le plaisir sexuel pour l’autre, mènent à une impasse personnelle.

Il y avait une issue et une reconstruction possibles avec le « New Age ». Mais le Lieu du Changement autorise toutes les dérives sous couleur de yoga, zen ou tantra. Or la découverte de l’intériorité n’est pas possible sans « une gestion correcte des émotions ». C’est la règle fondementale pour entrer dans les groupes new-age sérieux, réellement voués à la recherche de l’intériorité. Là aussi on a une option utopiste fondée sur la transformation du mental.

Mais justement : « La transformation ne sera pas mentale mais génétique » affirme le roman dans sa conclusion. Il s’agit de surmonter l’individualité génétique qui ne procure que des malheurs, c’est d’elle que vient le mal et la violence. Le clonage à grande échelle va permettre d’en sortir : « les vrais jumeaux… développent… par le biais de leur histoire individuelle, et malgré un patrimoine génétique rigoureusement identique, des personnalités propres, tout en restant reliés par une mystérieuse fraternité. » (p.390) Ainsi obtiendra-t-on entre les hommes une sorte de fraternité fusionnelle qui permettra de régler les conflits à leur racine. L’utopie du « Meilleur des Mondes » d’Huxley n’est pas loin. Voilà pour la voie de réalisation par la science et le transhumanisme. Voir Wikipédia.

Le plaisir sexuel trouve lui aussi son accomplissement. Car la génétique va autoriser la multiplication des corpuscules de Krause actuellement « pauvrement disséminées à la surface du clitoris et du gland. Rien n’empêchait dans un état futur de les multiplier sur l’ensemble de la surface de la peau – offrant ainsi dans l’économie des des plaisirs, des sensations érotiques nouvelles et presque inouïes. » (p. 389).

L’auteur explique que ces perspectives effraient les religions monothéistes mais pas le bouddhisme. C’est vrai. Mais le bouddhisme enseigne aussi une vérité première, à savoir que la condition humaine est marquée par la souffrance, une souffrance diffuse presque imperceptible quelquefois mais qui est là tout de même. La voie pour la supprimer passe par l’attention à son intériorité propre et par une morale du sujet qui se perçoit, lui et les autres, dans leur impermanence. Dans ce roman apparemment pessimiste fusent ici des éléments de tendresse et de nostalgie constructive. Toujours l’utopie, vous dis-je ! (Roger 1998 11 14)

9. Frédéric Rouvillois, professeur de droit constitutionnel, auteur de « L’Utopie » (Flammarion 1998), s’ entretient avec le philosophe Enthoven 2010

L’Utopie devient Eu-topia, le lieu heureux, le lieu du bonheur dans ‘la Nouvelle Atlantide » (1624 – 1627) de Francis Bacon. Voir Wikipédia.

En 1593 est construite Palmanova. C’est une cité fortifiée à 9 branches munie d’un donjon central permettant de tout surveiller.

Or en 1602 pendant son séjour en prison Campanella rédige sa Cité du Soleil, ville circulaire entourée de 7 enceintes fortifiées. Elle est dirigée par un “métaphysicien” selon une économie collectiviste et planifiée. Les astres et ici l’astrologie, commandent la vie ce la cité. Les sodomites sont condamnés à marcher avec leurs chaussures autour du cou car les solariens jugent qu’ils ont inversé l’”ordre de la nature”

La cité idéale est toujours une ville où la nature est arraisonnée. Il s’agit toujours de conjurer la médiocrité de l’homme. On pense à Orwell « 1984 » et à Zamiatine “Nous autres”. Penser aussi à Auroville et à Dubaï. Enfin ne pas oublier le plan circulaire de l’Atlantide de Platon. Le drapeau brésilien porte la marque de l’Utopie. C’est une sphère inscrite dans un losange avec une devise empruntée à Auguste Comte : “Ordre et Progrès”. Recherche de perfection.

Le fascisme est une utopie. En 1913 Mussolini crée la revue Utopia. Il écrit alors sous le pseudonyme de l’ « homme qui cherche ». C’est le moment où il bascule du socialisme au nationaliste. Il fera créer une lampe de chevet cylindrique, en verre transparent, où son profit est inscrit en continuité dans le cylindre de telle sorte qu’il semble tout surveiller. Pour l’utopie l’homme est mauvais et il faut refaire un homme nouveau. cf Pol Pot et les khmers rouges. Zamiatine imagine de son côté une cité en verre donc transparent. Perspective + carcélisation. On débouche sur les bureaux paysagers modernes. L’utopie veut mais ne peut exister. Non projet mais “nostalgie de l’avenir” (le mot est de Nietszche)

10. Territoires de l’imaginaire libertaire. « Les territoires de l’imaginaire libertaire. Où se situe ce « non-lieu » qu’est l’utopie ? Sur une île le plus souvent. L’idée est européenne. Ses partisans eurent le choix entre deux projets : autoritaire comme chez Thomas More, ou alors libertaire, comme à l’abbaye de Thélème de Rabelais. Le japonais a adopté l’anglais utopia. Mais le mot corrolaire risôkyô désigne le « pays idéal » fantasmé, rêvé, imaginaire. Il vient de la croyance taoïste d’un pays des immortels. Les âmes qui s’y réfugient et qui sont invisibles peuvent se manifester pendant des mascarades. Karl Marx récuse le « socialisme utopique » de Cabet, Owen ou Fourier. L’anarchisme, structuré à partir des années 1880 puise plus du côté de Proudhon que de Fourier. Les géographes libertaires Pierre Kropotkine ou Elisée Reclus ne sont pas dupes : l’être humain n’est pas intrinsèquement bon et les sociétés sans conflit. Mais ils reconnaissent la valeur d’expérimentation des « petites Icaries ».

Jean Grave publie « Terre libre : les pionniers » (1904), situé dans une île, écrit à la demande de l’enseignant libertaire et rationaliste Francisco Ferrer. « Pierre Besnard s’efforce, dans « Le Monde nouveau » (1936), de poser les contours d’une autre société non pas sur le modèle du récit utopique mais du projet concret de grandes structures fédératives à mettre en place sans patron ni Etat. » (…) « L’utopie, en ce qu’elle incarnerait l’irréalisable révolutionnaire et généralisée, s’efface de nos jours devant l’expérimentation localisée. » Ces actions limitées s’appuient sur internet et les réseaux sociaux. « Une chose est sûre : l’imaginaire ouvre le champ des possibles. »

(d’après Philippe Pelletier, Libération, 1er oct 2015)

11. La dystopie ou « les démolisseurs d’utopie. » « Une dystopie, également appelée contre-utopie, est un récit de fiction dépeignant une société imaginaire organisée de telle façon qu’elle empêche ses membres d’atteindre le bonheur. Une dystopie peut également être considérée comme une utopie qui vire au cauchemar et conduit donc à une contre-utopie. L’auteur entend ainsi mettre en garde le lecteur en montrant les conséquences néfastes d’une idéologie (ou d’une pratique) présente à notre époque (…) Le préfixe dys- est emprunté au grec δυσ-, et signifie négation, malformation, mauvais, erroné, difficile. Il a surtout une valeur péjorative. Il s’oppose ainsi clairement à l’utopie (mot forgé par l’écrivain anglais Thomas More, du grec οὐ-τοπος « en aucun lieu ») qui est une représentation d’une réalité idéale et sans défaut. « Utopia » constitue en effet une sorte de jeu de mots : la prononciation anglaise de l’époque ne distingue pas la prononciation des préfixes εὖ- (« heureux ») et οὐ- (« négation », « inexistence »). L’utopie est donc étymologiquement un lieu heureux et un lieu inexistant. D’un point de vue étymologique, dystopie signifie donc « mauvais lieu », « lieu néfaste », un lieu en tout cas connoté négativement. En revanche, la fin du XIXe siècle a vu naître la dystopie (ou contre-utopie), davantage proche de la science-fiction, et dont l’exemple le plus connu est 1984 de G. Orwell (1948). Dans la dystopie, le projet utopique est présenté comme réalisé : les bonnes lois sont appliquées et tout le monde est donc censé être heureux. Mais cette réalisation n’est pas, comme dans l’utopie, présentée par les yeux du Sage ou des gouvernants. Elle est vécue au quotidien par des habitants du lieu, qui subissent ces lois, dont on s’aperçoit alors, à leur souffrance, qu’elles ne sont pas aussi bonnes que le discours officiel le prétend. Ce renversement du point de vue passe par la révolte d’un héros, qui retrouve lucidité et conscience de soi, en général après une rencontre avec l’amour (évidemment interdit). La mise en scène de cette révolte dans le cadre d’un récit, les péripéties de la lutte font de ces textes des parents proches de la science-fiction, d’autant que ces dystopies se situent dans l’avenir, comme on le voit avec 1984 (écrit en 1948) ou Le Meilleur des mondes (1932) de A. Huxley, qui se situe en l’an 2500. » (Wikipédia) Il s’agit donc de « noirs récits d’anticipation » comme « Metropolis » (film 1927), Brazil (film 1985 ), 1984 (livre et film) ou Bienvenue à Gattaca (film).

12. La crise financière de 2008 a popularisé le concept. L’inégalité devient le fondement des sociétés modernes. On voudrait un monde sans guerre, voué à l’ataraxie mais ceci conduirait à bannir toute affection. « … les citoyens sont sommés de se plier à la dictature de l’harmonie. » Comment dans ces films « ne pas y voir la critique d’un Occident obsédé par la poursuite du bonheur, oublieux de tout, sauf de son propre confort ? Le problème, c’est que dans leur ardeur à défendre l’individualisme, ces films ont aussi tendance à jeter le bébé (la solidarité, le contrat social) avec l’eau du bain (les dérives liberticides). » (C.M) « Souriez à la caméra : toutes ces dystopies sont équipées de systèmes de surveillance élaborés, qui épient les moindres faits et gestes de leurs héros. » (C.M) On glisse vite vers la télé-réalité la plus glauque : « La véritable oppression vient du voyeurisme du public ; et de ceux qui le manipulent. » (C.M) Il y a évidemment, un grand manipulateur qui peut être une manipulatrice aussi atroce que lui. « On est partagé sur le sens à donner à cette manifestation inattendue de la parité : un bond en avant pour la condition féminine ou la peur viscérale de voir le « sexe faible » devenir fort ? » (C.M) Il y a évidemment des révoltés, jeunes et beaux ou vieux et laids…En tout cas dehors c’est le chaos, soit une nouvelle ère glaciaire soit un paysage accablé par le soleil. « C’est dehors, au-delà des murs, que rôdent nos pires angoisses, notre plus grande culpabilité collective : dans la vision spectaculaire, cinégénique d’une planète détruite par la pollution et l’incurie humaine. Le futur commun de toutes les dystopies. » (C.M) (d’après C.M : Cécile Mury, « Les démolisseurs d’utopie », Télérama 04/11/15 avec de nombreuses références cinématographiques.)

13. « Ravage ». « La route ». Barjavel « Ravage » (1943) « Ravage présente le naufrage d’une société mature, dans laquelle, un jour, l’électricité disparaît et plus aucune machine ne peut fonctionner. Les habitants, anéantis par la soudaineté de la catastrophe, sombrent dans le chaos, privés d’eau courante, de lumière et de moyens de déplacement. Un thème typique de la science-fiction post-apocalyptique, brossant le portrait de la fin de l’humanité technologique.

« Un étudiant en chimie agricole, François Deschamps, décide avec quelques autres personnes, de quitter Paris, mégalopole de vingt-cinq millions d’habitants, en proie au chaos et aux flammes pour retrouver son village d’enfance en Provence. Il espère pouvoir y reprendre une vie normale mais paysanne… Le chemin est cependant long et difficile, pour ceux qui n’ont jamais connu autre chose que le confort qu’offrent la technologie et la science. (…) Bien que Barjavel ne soit pas un idéologue, Ravage est une anticipation pessimiste influencée par l’idéologie du retour à la terre, qui n’était pas exclusivement pétainiste. Les critiques du progrès « ramollissant » l’être humain ou l’asservissant faisaient largement débat à l’époque chez nombre d’intellectuels, inquiétés par la technique dévorante telle qu’elle est décrite dans Métropolis ou Les Temps modernes, de La France contre les robots de Georges Bernanos ou du Monde sans âme de Daniel-Rops (Plon, 1932), aux invectives de George Orwell qui écrivait en 1937 : « Il faut bien avouer que le passage du cheval à l’automobile se traduit par un amollissement de l’être humain ». Barjavel était également lecteur de René Guénon et l’influence de La crise du monde moderne est patente dans cette vision romanesque très critique du progrès technique matérialiste conduisant à la fin du monde. » (Wikipédia).

« La Route (titre original anglais : The Road) est un roman post-apocalyptique de Cormac McCarthy publié en 2006 aux États-Unis chez l’éditeur New Yorkais Alfred A. Knopf. Il a été publié en France en 2008 par les éditions de l’Olivier traduit de l’anglais par François Hirsch. Accueilli avec enthousiasme par le public et la critique, ce roman a été récompensé par le prix Pulitzer de la Fiction en 2007, le prix Ignotus en 2008 et a été porté au cinéma par John Hillcoat, en 2009. (…) Un cataclysme inconnu a dévasté le monde. Des incendies géants ont ravagé les villes et les campagnes tandis que la faune a disparu. Ce qui ressemble à un hiver nucléaire masque en permanence le soleil et des cendres recouvrent le paysage. L’humanité a presque disparu, les quelques survivants se terrent tels des bêtes ou, ayant apparemment régressé, pratiquent le meurtre et le cannibalisme.

« Dans ce décor apocalyptique, un père et son fils, que l’auteur ne dénommera jamais autrement que « l’homme » et « le petit », errent en direction du sud, leurs maigres possessions rassemblées dans un chariot de supermarché et des sacs à dos.

« Œuvre métaphorique, ce roman est celui d’une quête impossible, celle d’un paradis perdu à jamais, d’une humanité qui se dérobe sans cesse sous les pieds fragiles des deux protagonistes, confrontés en permanence à la violence et à la barbarie.

« C’est également une œuvre initiatique sur la transmission et la subjectivité des valeurs. Enfin, c’est le tableau puissant et émouvant d’une relation entre un père et son fils, liés par une obligation de survie et le désir de perpétuer la mémoire et la culture en un âge de ténèbres et de désespoir.

« C’est enfin une œuvre métaphysique. Les deux personnages devant sans cesse, par contingence, reprendre la route (tel Sisyphe devant sans cesse pousser son boulet). Nous ignorons pourquoi ils sont là (l’auteur dit peu sur ce qui s’est passé) et ils ignorent leur avenir, parfaite comparaison avec la condition humaine. » (Wikipédia)

Dans « Ravage » et « La Route » l’humanité semble renaître avec beaucoup de difficulté mais semble renaître.

14. Daesh. Avec Daesh nous avons une autre perspective mais au fond, n’est-ce pas la même :

http://www.atlantico.fr/pepites/etat-islamique-voudrait-planifier-holocauste-nucleaire-occident-et-exterminer-500-millions-personnes-2359208.html

« L’Occident ne mesure pas l’ampleur de la situation, l’Etat islamique est beaucoup « plus dangereux et organisé » que nous le pensons selon Jürgen Todenhöfer, un journaliste allemand qui a passé plusieurs jours au sein de l’organisation terroriste en Irak et en Syrie. Celui-ci affirme que le groupe terroriste aurait bien l’intention de déclencher une sorte de tsunami nucléaire contre l’Occident et d’éradiquer « tous les non-croyants ». En outre, l’Etat islamique voudrait balayer l’ouest de la surface de la terre avec un « holocauste nucléaire » et prévoirait d’exterminer 500 millions de personnes.

« « Tous les chiites, Yazidi, les hindous, les athées et les polythéistes doivent être tués » selon Jürgen Todenhöfer. Le journaliste considère qu’il s’agit de l’organisation terroriste la plus dangereuse au monde. L’Occident « ne mesure pas la menace à laquelle il fait face » et sous-estime le risque « considérable » que représente l’Etat islamique.

« Jürgen Todenhöfer raconte qu’il a échangé pendant des mois avec l’organisation terroriste via Skype, avant que celle-ci n’accepte de le recevoir. « J’avais vu les terribles vidéos de décapitations », explique le journaliste. « C’est justement ça qui m’a posé le plus gros problème lors de mes négociations. Au cas où, j’avais fait mon testament avant de partir ». Le journaliste allemand décrit la vie sous le califat comme un enfer. (…) »

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15. Solutions. L’Occident s’obstine à laisser sa jeunesse s’engluer dans le nihilisme : « No future ! ». Quand un jeune ne croit plus à rien, il passe à une action collective de nature elle aussi nihiliste. Lui qui n’avait plus d’amis, il en trouve enfin et Daesh fait parfaitement l’affaire. « No future pour moi et pour les autres. » Au bout du chemin, forcément bref, il y a une certitude (« J’ai raison. La mort n’est qu’un passage ») et un espoir éventuel que je transforme en conviction («  le paradis d’Allah »). Il retrouve ainsi une nouvelle foi. Dommage qu’elle passe par la destruction rêvée de 500 millions de personnes. Mais ces dernières peuvent réagir en puisant dans leurs propres forces, dans leur propre foi. Cette foi doit prendre de multiples formes : recréer des amitiés, des solidarités religieuses, économiques, sociales et politiques construites sur des données concrètes. Vaste programme mais il n’y en a pas d’autres.

Roger et Alii

Retorica

(4 200 mots, 25 800 caractères)

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