31 SOC Vacances trois sujets Prévert 1996

SUJET I

1. Comme chaque année, l’approche des vacances se vit comme une lente débandade. L’heure de la sortie, c’est en fait, les derniers conseils de classe qui la sonnent. Passera, passera pas dans la classe supérieure ? Ce problème résolu, la classe se délite (1). Le ciment de la sanction finale n’étant plus là, du coup la vie scolaire perd sa fragile signification. Elèves et enseignants se trouvent aspirés par l’apesanteur des vacances. Ces vacances qui absorbent les crises et les révolutions, annulent le temps. Vacances-torpeur. Vacances-oubli.

2. Pour les enfants, elles commencent par le tournoiement un peu déboussolé dans l’appartement vide ou la rue. Par l’ennui déjà. Après, viendront la transhumance familiale, la « colo » ou – pour les plus chanceux – le voyage…

3. Une société met longtemps à digérer ses conquêtes. La nôtre ne s’est pas encore habituée au droit des vacances qu’elle s’est concédé. L’idéologie de la peine et du labeur pèse sur elle si fortement que le loisir ne va pas sans mauvaise conscience. Il faut d’abord « récupérer » (sa force de travail), retrouver la « forme » (avant de prendre le « collier »). Il faut vivre à pleins poumons pour supporter l’asphyxie progressive des onze mois d’activité sérieuse.

4. Cette dichotomie (2) de la tension et de la détente, la société l’a imposée aux enfants de façon quasiment forcenée. Les écoliers français sont ceux qui ont dans l’année le moins d’heures de cours et le plus de choses à apprendre. Le plus de matières intellectuelles et le moins de sports et de musique. Leur vie est une alternance minutieusement réglée d’immobilité et de déchaînement. Une heure pour écouter le maître, cinq minutes pour hurler dans la cour. Neuf mois de classe, trois mois d’oisiveté forcée.

5. Trois mois pour oublier, pour permettre aux inégalités de regagner le terrain grignoté en classe. Pour les enfants, les vacances sont l’expression la plus sournoise de l’injustice sociale. Notre société égalitaire peut dormir sur ses deux oreilles. Les vacances sont là pour rétablir les différences. Pendant les vacances chacun retrouve ses quartiers et son milieu. Elles remettent chacun à sa place.

6. Aux uns, les livres, la culture, les voyages à l’étranger, la sollicitude familiale, la richesse de la conversation, les jeux qui ouvrent l’esprit. Aux autres, la promiscuité, la rue, le silence des adultes, l’entourage absent, la télévision, la bousculade.

7. Les vacances peuvent être le temps de la découverte, du contact, de la création, de l’imprévu. Encore faut-il avoir appris quelque part à chercher, à parler, à inventer. Lorsque la famille ne peut le faire, c’est à l’école de s’en acquitter. Tant que celle-ci n’aura pas fait de ces objectifs les principes de son action, les individus resteront démunis devant la vacuité des loisirs.

Frédéric Gaussen revue « Le Monde de l’Education » juillet 1975

a) Ce texte comporte 443 mots. Le résumer en 110 mots (± 10 %). Respecter les articulations et l’équilibre général du texte. Indiquer le nombre de mots obtenus.

b) Expliquer : « le ciment de la sanction finale » (§ 1) « l’idéologie de la peine et du labeur » (§ 3).

c) Pensez-vous, comme l’auteur que les vacances soulignent les inégalités sociales (§ 6) tandis que la vie scolaire les atténue ?

SUJET II

Exilé des vacances

dans sa zone perdue

il découvre la mer

que jamais il n’a vue

La caravane vers l’ouest

la caravane vers l’est et vers la Croix du Sud et vers l’Etoile du Nord

ont laissé là pour lui

de vieux wagons couverts

de rêves et de poussière

Voyageur clandestin enfantin ébloui

il a poussé la porte du Palais des Mirages

et dans les décombres familiers de son paysage d’ombres inhospitalières

il poursuit en riant son prodigieux voyage

et traverse en chantant un grand désert ardent

Algues du terrain vague

caressez-le doucement.

Jacques Prévert « Grand Bal du Printemps »

Vous expliquerez ce texte sous forme de commentaire composé. En vous appuyant sur la rhétorique, vous pouvez montrer comment Prévert évoque à la fois la douceur et la puissance du rêve qui métamorphose la réalité. Mais vous pouvez aussi dégager, selon le plan de votre choix, les aspects de ce poème auquel vous êtes le plus sensible.

SUJET III

« Ce qui définit les vacances, c’est le sentiment du lendemain. C’est pourquoi elles commencent la veille de leur début et se terminent un jour avant leur fin. » Vous expliquerez ce jugement de Gilbert Cesbron avant de le développer et de le discuter éventuellement.

Corrigé : pas de corrigé, évidemment…

Roger et Alii
Retorica
(750 mots, 4.600 caractères)

Laisser un commentaire ?