32 THE Calderon baroque 1996

A.L Constandse Le Baroque espagnol et Calderon de la Barca

Notes prises en 1959 sur un ouvrage emprunté à la bibliothèque de la section Littérature comparée, Rennes. Pas de mention d’éditeur. Mes réactions – fin juillet 1996 – sont notées en italique. Il s’agit d’une boîte à outils à l’utilité discutable mais qui peut offrir des illuminations à qui sait les découvrir sans les chercher.

Internet fournit des indications supplémentaires sur cet ouvrage paru à Amsterdam en 1951 et qui fit sensation chez ses lecteurs par sa méthode toute baroque…

Roger 2015_06

Le baroque est l’art de la contre-réforme mais il recourt plus à l’idéologie qu’à l’action. Il a une prédilection pour le symbole qui révèle une réalité éternelle et caractéristique : il se détourne d’une réalité passagère décevante et douloureuse pour chercher une consolation dans le pouvoir magique de l’esprit.

Le peuple espagnol au XVII°s était plus qu’aucun autre enclin à accepter le baroque comme l’expression la plus pure de sa détresse. L’Espagne est sur le retour d’une aventure téméraire qui a échoué. Voir notamment aux éditions Chandeigne (coll. Malgellane1996) “La destruction des Indes” de Bartolomé de las Casas et de Richard Verstegan “Théâtre des cruautés des hérétiques de notre temps” avec la crise de la conscience espagnole qui en découle. Peuple pauvre, exténué. L’Inquisition : arme de tous contre tous. Par ses cérémonies religieuses et par son art il semble à ce peuple qu’il assiste à un grand opéra, un spectacle dramatique et tragique dans lequel il se reconnaît et par lequel il se console.

Calderón est une âme tourmentée, un moraliste qui se défend de ses passions brutales, obligé de refouler constamment des hallucinations libidineuses sans vouloir nous cacher les traits “sadiques” de son cœur endurci par le manque de joie de vivre.

I. Définition du baroque

1. L’élément héroïque

Illusion d’un triomphe suggestif et puissant, prédilection pour le grand et le colossal, fusions d’éléments antiques et bibliques, sensualité de la Renaissance. Calderón exige des décorations compliquées, de la musique, du chant, bref de l’opéra. Les héros antiques deviennent le symbole du Christ. L’allégorie ne recule devant aucune imagination pourvu que celle-ci serve à la suggestion d’une force invicible. La ville de Rome, antique et chrétienne, éclectique et synthétique en est le berceau. Le héros victorieux et omnipotent s’impose, c’est Dieu ou le roi symboles d’un pouvoir que l’on voudrait tout puissant (Calderón “El Príncipe Constante” III,7). Le ciel et la terre sont le théâtre de héros baroques, qu’ils soient les Dieux de l’Olympe ou le Christ, le Pape, les Saints. Mais en vérité la scène où se déroule la comédie ou le drame de cette allégorie est l’âme humaine. C’est ainsi que Calderón est obligé de projeter le théâtre de son for intérieur comme le théâtre du monde. Ceci est une notion réellement fondamentale : relation microcosme-macrocosme, la clé profonde de l’existence c’est la contemplation des lois cosmiques dans la piété divine.

2. Les symboles magiques

“N’est symbole que ce qui est réprimé” (E. Jones). la crainte de vivre librement, la peur de soi-même, l’angoisse de la responsabilité empêchent l’action et mettent en fuite l’artiste qui s’enferme dans sa fantaisie symbolique. L’abus de phrases impressionnantes doit réprimer une réalité qui réclame ses droits illégitimes. Au contraire de la Renaissance : la joie pure de la contemplation de la grandeur terrestre, de la nudité corporelle et des fêtes mondaines manque désormais et ce monde est devenu imaginaire. L’homme baroque s’y raccroche : il ne pourrait vivre sans la présence de ces héros mais en même temps il sait qu’il a perdu le paradis et qu’il vit dans un état misérable. L’art joue alors le rôle de la magie primitive. Les actes solennels magiques sont à la source du théâtre.

3. Dynamisme tragique

Qu’est-ce que la tragédie ? Elle veut que le héros soit exemplaire ; il engage l’humanité et se met au service d’une morale (préfaces de “Phèdre” et de “Bajazet”). Les saints ne sont dignes d’admiration que parce que ce sont des héros. Le souverain est louable en tant qu’il est exemplaire, surhumain et divin, en tant qu’il s’excède. Ce qu’a fait maladroitement Basile en prétendant déjouer le destin par sa volonté d’enfermer son fils Sigismond. Ce que fera Sigismond devenu roi en se dominant constamment puisque cette “vie n’est qu’un rêve”. Il fait ses propres lois pour résoudre des problèmes trop compliqués pour l’humanité vulgaire : celle-ci se saurait leur trouver une solution satisfaisante et juste. (Calderón : le roi arbitre souverain : “La vie est un songe”, “Le médecin de son honneur”; “L’alcade de Zalamea”). Il a le courage de se sacrifier pour le bien commun (“Le Prince Constant”). Expression de la nostalgie des pauvres hommes suffoqués eux-mêmes par l’angoisse, le roi reconduit ses sujets dans la société après un acte immoral.

D’où des instincts contradictoires. Les impulsions vitales et agressives, érotiques et expansives sont freinées par la morale sociale et par l’autorité suggestive. Elles tâchent de se faire valoir, de se débarrasser du sentiment de culpabilité et de se garantir une certaine impunité. D’où un dynamisme déconcertant. Le baroque crée le mouvement et l’espace. On dépasse les limites du réel. Tout est fiction. La distance entre le réel humain et l’idéal surhumain s’élargit toujours. Le marbre commence à couler comme un fleuve, le corps se dissout en esprit, les piliers se contorsionnent, les saints meurent d’une façon atroce. L’élan vers le suprême est une force émotive.

4. L’élément érotique

Il est sublimé mais à peine voilé. Le baroque se sert de l’impression de la nudité virile et héroïque : le concile de Trente admet les Images mais condamne “toute Image extraordinaire”. A Rome au début du 17°s c’est une joie de vivre enivrante, l’exemple d’entreprises artistiques et civilisatrices, c’est le développement du baroque sensuel par le Marinisme. Mais en Espagne on tente d’anéantir la sexualité. Michel-Ange et le Tasse regrettent d’avoir peint tant de corps nus. Le “maniérisme” renonce aux formes trop naturalistes. Le mouvement est très net en Espagne : au lieu de la sensualité érotique le culte de “l’âme belle” (el alma hermosa) fut à la mode et avec elle la douce mélancolie érotisée, à moins que la suppression de la sexualité ne conduisît à la perversion du sado-masochisme.

II. L’érotisme refoulé

1. Culpabilité de la chair

Refoulement du sensualisme baroque : preuve que la sexualité était très forte et sentiment de culpabilité. Les “Exercices spirituels des Jésuites, écrits par Ignace de Loyola, exigent une grande concentration de l’esprit, une auto-suggestion énorme, l’expérience – au moyen de l’imagination, d’une série d’états psychiques. Loyola était hanté par l’idée de la culpabilité de la chair, d’où le mépris du corps. Pour lui le chemin du salut passe par la mortification, d’où des retraites sévères où l’on fait l’expérience imaginée des douleurs de l’enfer. Il s’agit d’apprendre à renforcer sa volonté pour résister au Diable ; le croyant doit savoir qu’il est personnellement responsable des blessures et de la passion du Christ, mort par et pour lui. Rien de plus baroque que ce héros de la foi avec ses hallucinations, avilissement masochiste qui n’est que la contre-partie du sadisme, union étroite entre les conceptions de l’amour et de la mort, consommation d’un bonheur inexprimable.

Le baroque, passant du sensualisme au platonisme forcé, s’est emparé surtout du thème de la Madeleine pénitente, la pécheresse pour qui enfin la mort est le salut qui mène à la glorification. Le culte de la mort est le résultat d’une profonde désillusion ou desengaño, thème fondamentale de la pensée du siècle d’or, sorte d’éveil que connaît justement Sigismond. Dans les autos de Calderón c’est souvent la Mort qui rend la justice et si la vie est un rêve, la mort est un réveil. La mélancolie et la tristesse règnent sur la terre et la mort est un bonheur pouvu qu’elle mette fin à une vie vouée à Dieu. Le libre arbitre signifie qu’on est libre de refuser ou de recevoir la grâce : le refus de la grâce est peut-être la dernière conséquence de l’instinct de la mort et de la nostalgie du néant. Après s’être humilié le croyant réclame son salut (Eusébio dans l’auto “La dévotion de la croix” : narcissisme évident puisque pour lui seul Dieu serait mort s’il n’y avait pas eu d’autres créatures).

2. Le mysticisme

Dans le mysticisme l’élément érotique est à peine voilé. Bernini montre Sainte Thérèse d’Avila touchée par la flèche de Cupidon, voir aussi les symbolismes sexuels du “Château intérieur” de Sainte Thérèse. Voir sa “Vie écrite par elle-même.”

3. Désengaño=désillusion, désenchantement

Dans le baroque ces tendances érotiques sont refoulées, la lutte intérieure s’intensifie, l’allégorie devient plus compliquée, avec aggravation de l’angoisse et de la tension, peur constante du caractère peut-être diabolique des sensations, d’une lassitude mélancolique par laquelle elles finissent : “La chair est malade” (Sainte Thérèse), tristesse “tristitia” dont on parle au Moyen-Age comme d’un mal diabolique : “acedia” ou “taedium cordis”, Dante parle d’“accidoso fummo”. L’acédia est le 8° péché capital. Les huit péchés capitaux avaient été définis par Evagre et la tradition monastique du désert. Il s’agissait au départ d’une analyse médico-religieuse ou psycho-spirituelle des cancers de l’âme. L‘acédie est la pulsion de mort, dépression nerveuse qui peut mener au suicide. L’ascète remet tout en cause : Dieu devient un fantasme, d’où le “démon de midi”, le retour du refoulé, on veut “rattraper le temps perdu”… Solution : vivre dans le moment présent et vouloir aimer Dieu car ce moment d’épreuve passe comme le reste. cf Jean-Yves Leloup “Ecrits sur l’hésychasme” Albin Michel Coll. Spiritualités vivantes (pp 51-54 puis 63-65). L’acédie a disparu de la liste des péchés capitaux probablement parce qu’elle relevait du “péché contre l’esprit”, le seul qui ne puisse être pardonné.

Le baroque cultive surtout ce sentiment, cet état de l’âme qui recrée des symboles d’un caractère tordu, convulsif et spasmodique. L’auteur comprend mal la portée de l’acédie. Dans “La vie est un songe” le remède de l’acédie pourrait être dans l’entre-deux de la vie et du songe, le mouvement fugitif où l’on passe de l’un à l’autre et qu’il s’agit d’ouvrir dans les mystiques taoïste et zen. Mais c’est aller trop loin. Voir sur cette question la partie “Rêve et réalité” (textes)

Dans le mysticisme, il y a une tendance à humaniser Dieu et à diviniser l’homme (Dieu n’est pas libre de refuser sa grâce). Les jésuites ont beau proclamer la doctrine de la grâce suffisante, ils ne sauront plus effacer les conséquences de leur théorie de l’abjection humaine : mélancolie morbide, sado-masochisme, pitié. Grâce suffisante : justement elle ne suffit pas pour être sauvé. C’est la grâce envoyée par Dieu à tous les hommes. Si les hommes savent s’en saisir alors Dieu envoie une seconde grâce, la grâce efficace qui les sauve définitivement. Conception de la grâce mise au point par le jésuite Molina et en principe toujours enseignée. C’est vrai du baroque italien et encore plus du baroque espagnol. En s’identifiant au Christ qui a souffert cruellement, au héros tragique qui est mort pour tous, aux martyrs qui extirpent leur naturel et qui expient leurs fautes pour que Dieu leur pardonne leurs offenses, ces artistes cherchent à se consoler du fait qu’ils sont nés.

4. Esprit critique

Le baroque comme courant artistique et spirituel du “Licenciado Vidriera” (Cervantès), “Ele Diablo Cojuelo” (Vélez de Guevara), “Sueños” (Quevedo), “El Criticón” (Gracián) : pensée compliquée, dialectique, basée sur les antagonismes, allégorie d’un sens profond, désillusion, sagesse triste, notion pessimiste de la vie humaine qui n’est qu’un rêve douloureux. Attention ! “La vie est un songe commence dans le chaos et s’achève dans un équilibre lumineux qui lui aussi est baroque car c’est l’équilibre savant des contraires.

Style du “conceptismo” : feu d’artifice spirituel, forme aristocratique et érudite du baroque, tendance à admirer la nature aux dépens de l’homme. L’influence érasmisante est encore vivante. Ces auteurs font alterne la critique mordante de l’homme avec un humanisme optimiste ; d’où l’ambiguïté de l’œuvre de Cervantes et de Quevedo. Gracián de son côté avilit l’homme mais crée l’image de l’homme parfait. Ou plutôt sur le socle d’un homme avili par le péché originel, il construit un homme parfait. C’est surtout la grande part destinée à la raison qui distingue ce courant de cet autre représenté par Calderón : la nostalgie de la foi.

Satire sociale et élément picaresque. Les hommes sont vilipendés dans leurs fonctions sociales, anti-féminisme. Les sages sont rares. Et quand on les croit sages comme Basile, ils sont fous ! Critique de l’humanité et de la civilisation qui laisse l’impresssion pénible d’avoir voulu être aussi la critique de la croyance populaire.

III. Mœurs espagnoles

1. La pauvreté du peuple

Pourquoi en Espagne la force inouïe des passions ? Le facteur régulateur par excellence est le travail. Or en Espagne, le féodalisme a rejeté l’éthique du travail peut-être sous l’influence du mahométisme africain mais sûrement parceque la tradition catholique s’est opposée à la thèse que le travail, l’acquisition des biens, le prêt qui porte intérêt… constituent un mérite, une vertu personnelle. Richesse et pauvreté ne sont donc que les conséquences de la volonté de Dieu : d’où fatalisme social. L’Espagnol s’excuse et s’acquitte : son Dieu pardonne. Le calviniste au contraire s’impose un devoir : son Dieu est dur, le travail est une vertu uniquement terrestre, devant Dieu pas de vertu humaine, rien que corruption. Ainsi le mérite social s’oppose à l’obéissance dûe à Dieu. Pas très clair tout cela. Problème du salut par la foi et les œuvres chez les protestants. N’éclaire en rien la pièce.

Chacun joue le rôle dont dont Dieu l’a chargé. Ah ! ceci est très important. Rôle au sens théâtral. Rejoint ainsi la conception hindoue de la vie humaine : l’essentiel est de jouer parfaitement le rôle que l’on tient, même et surtout s’il est modeste car au réveil on sera jugé sur lui ; il est facteur de karma. “Le grand théâtre du monde” (auto) présente ainsi une hiérarchie stable à laquelle il faut d’adapter. Chcun a son point d’honneur. “Pícaro” est intraduisible puisque le sens péjoratif lui manque. Notion très importante. “Filou” est le mot qui tout compte fait s’en rapproche le mieux car il inclue une connotation de tendresse : “Quel filou !” se traduit bien par “¡ Que pícaro es !” La conception de l’honneur varie selon les classes. “Coloquio de los Perros” (Colloque des Chiens, de Cervantès) est une variation fantastique qui convertit la critique sociale en censure de toute la civilisation humaine. La réalité est essentiellement triste. “El desengaño ya no es un desprecio del mundo nacido del libre albedrio sino que es conocimiento de la realidad, desilusión, desencanto” (Pfandl). Traduction : “La désillusion n’est plus un mépris du monde né du libre arbitre mais connaissance de la réalité, perte des illusions et désenchantement”. On pense au “désenchantement du monde” de Marcel Gaucher par perte de Dieu. Il est frappant de constater que Dieu ou le Christ forcément présents dans les autos sacramentales sont absents de cette comédia. Il est question simplement de rêve et d’éveil. La désillusion de don Quichotte inaugure tout un siècle : “La fuerza del desengaño” de Montalbán et les “Sueños” de Quevedo. La croyance chrétienne oppose à ce monde si décevant, l’espoir d’une autre vie et d’un bonheur céleste. Mais cette foi n’est pas en état d’égayer ni d’illuminer la vie terrestre.

2. Les mœurs scandaleuses

Légèreté des mœurs de l’Espagne de Philippe IV, vie amoureuse des plus licencieuses, Lope de Vega mène la vie la plus désastreuse, sensualité des comédies de Tirso de Molina, rapport étroit avec la religion et le sadisme, cas nombreux d’homosexualité.

3. Le totémisme

L’Etat a besoin d’une autorité excessive pour empêcher une dissolution complète. Nulle part en Europe le conflit entre l’ordre de l’idée et le désordre des passions n’est si évident dans les âmes et dans les actes. Totémisme : représentation symbolique du père vénéré, communion. En Espagne on ne peut s’imaginer le peuple sans cette unité de foi qui permet de croire que tous sont enfants du même père, d’où le rôle prépondérant de l’eucharistie dans l’œuvre de Calderón. Dieu symbole du père qu’un fils aurait tué et peine du talion : un autre fils doit mourir. Le Christ est bien mort pour rédimer les Espagnols. En mourant il s’unit au père : autant vaut la communion avec le fils qu’avec le père. Autre manifestation : la tauromachie. le “torero” est prêtre et le taureau meurt pour tous. Le taureau est un animal-totem qui vient du culte du dieu Mithra. C’est que le peuple espagnol, comme masse, comme collectivité avait gardé plus que les autres le caractère de la tribu et surtout le sens de la horde.

4. La collectivité sacrée

Homosexualité inconsciente et passions canalisées par le chef. Le chef devient symbole de perfection pour tous. Le père et le fils considèrent la mère comme le complément de leur personnalité, jusqu’à ce que je fils remplace la mère par une femme plus jeune en qui il retrouve la mère de sa première jeunesse. En tant qu’homme-masse identique au chef vénéré et divinisé, le membre du groupe est homosexuel. Le symbole de la mère sacrée, pure, immaculée (la prohibition de l’inceste défend de penser à la sexualité de la mère) est la terre natale, la communauté, la “Madre España” dont la vénération se joint à celle de la Vierge et s’y confond. L’homme masse doit refouler en lui-même l’amour-propre, d’où manque de joie expansive, soumission “volontaire” accompagnée d’angoisse, d’où agressivité envers tous ceux qui symbolisent un état de liberté : hérétiques, étrangers. Cruauté de la peinture des saints souffrants. Le Moi idéal devenu une contrainte : celle mélancolie de la personnalité, divisée en deux parties dont l’une se déchaîne contre l’autre, est un des éléments du “desengaño” espagnol et baroque. Clé peut-être intéressante pour les personnages : en quoi ils offrent une personnalité dissociée : ainsi Clairon le valet de comédie trop loquace qui meurt d’une balle perdue mais parle une dernière fois pour inciter ses maîtres à l’héroïsme.

Besoin d’une organisation rigoureuse et autoritaire qui naît de la dissolution menaçante de la société, désir de former une masse caractérisée par une idéologie prononcée : c’est le peuple qui aide Fernando et Isabelle à réunir le pays. Ce qui explique peut-être la soudaine rébellion du peuple dans la pièce puis sa soudaine soumission et le châtiment du traître qui l’a fomenté. La lutte des rois contre les nobles est soutenue par une utopie d’égalité de tous par rapport au roi qui est au-dessus de tous : “la utópica exigencia de un igualitarismo cristinao investía el tema de la Danza de la Muerte, que pratica la nivelación rencorosa que no pudo realizar en esta vida” (Américo Castro “Aspectos del vivir hispánico”) En résumé : c’est la Danse de Mort qui assure une égalité chrétienne rancunière impossible en cette vie. Désir impérieux d’égalisation : ce fut la “clase ínfima”, la couche la plus basse de la société qui exhorta les rois à expulser les juifs, estimés par bien des membres de l’aristocratie. Le peuple manifeste son unité et favorise l’Inquisition. Les grands seigneurs s’opposent souvent, en défendant les juifs convertis, à la vanité orgueilleuse de ceux qui se croient des “chrétiens anciens”. Dieu et le Roi sont dvenus les symboles de la paternité qui est sévère mais en même temps protectrice. La “democracia frailuna” (démocratie fraternelle, au sens monastique je pense), réagit à la tribu dont les “totems” tabous sont redoutés et aimés, sacrés et familiers; lointains et pourtant proches. Les Espagnols tutoient Dieu.

5. L’homosexualité

Démasquement involontaire chez Calderón : l’auto sacramental “Le véritable Dieu Pan”. Séparation stricte des sexes mais infractions intéressantes. Lope de Vega “Fuente Ovejuna” (Fontaine aux Chèvres) : révolte collective des femmes qui se plaignent de n’être pas protégées de la violence du Comendador. L’appel offensant (“Ovejas sois…” : vous êtes des chèvres…) est aussi gênant pour les conventions sociales que la rébellion de l’alcade de Zalamea qui fait étrangler un chevalier pour avoir séduit sa fille. Dans Pedro Crespo se manifeste un instinct de destruction qu’il communique à la collectivité (selon Hermann Kraszna). Le roi seul peut pardonner cette infraction à la loi, comme dans “Fuente Ovejuna” uniquement le roi peut mettre fin aux tortures des villageois révoltés. Dans cette “democracia frailuna” il est vrai que tous sont égaux devant Dieu et le Roi mais les relations entre les couches sociales sont rigoureusement déterminées. Calderón emprunte son thème à Lope car la censure du sur-moi était plus faible chez Lope que chez lui. L’homosexualité collective est admise car elle est inconsciente mais décelée en actes individuels de caractère érotique elle est sévèrement châtiée car l’homme s’éloigne de la collectivité sentimentale masculine. Don Juan homosexuel : sa rébellion contre l’autorité des lois morales se joindrait à l’inversion sexuelle, cachée sous l’apparence de l’hétérosexualité. En Espagne la pauvreté qui rendait le mariage difficile, l’organisation en couvents, en armées, en bandes de prisonniers… créaient autant de foyers d’homosexualité. Calderón représente cette déviation sous l’aspect du travesti : résultat de l’exclusion de la femme sur la scène (cf Shakespeare). Mais que les actrices se présentent en habits d’hommes est une cause de complications plus anormales et quelquefois répulsives. Le public sait que c’est une femme qui tombe amoureuse d’une femme déguisée en homme. Cervantes, Lope de Vega, Calderón se servent de ce mobile dramatique qui devient un élément de l’intrigue. Dans “Le château de Lindabridis” Calderón présente l’amour d’une femme pour une autre déguisée en homme. La confusion s’augmente quand Lindabridis pour pouvoir suivre d’une façon décente Claridiana s’habille en homme, comme Sigismunda dans le “Persiles y Sigismunda” de Cervantes. Mais mort, le paganisme est devenu abject : l’homosexualité ne peut être qu’une erreur amusante.

Dans la “comedia de capa y espada” l’intrigue exige que la dame et sa servante conspirent contre la société des hommes, représentée par le père et les frères et qu’elles tâchent de séduire l’amant pour qu’il rompe la solidarité des mâles. De là le duel, la réconciliation des hommes et la soumission de la femme par le mariage. Si la femme se trompe en aspirant à la main d’une femme travestie, les hommes ont de quoi s’amuser car la femme est trompée.

La tension psychique s’aggrave. Le baroque de Calderón est né d’une poussée et d’une effusion d’instincts, de passions et d’impulsions libidineux, révolutionnaires et asociaux, qui risquent de déchirer l’ordre et la loi. En ce sens le baroque est une rébellion de la nature. Mais d’une nature déjà perverse. Un seul moyen répressif : la peur (Dieu, le Roi). C’est vrai que Sigismond sera mantenu dans le droit chemin par la peur, peur d’être dans un rêve dont il faudra sortir. Noter que sur la même donnée la pensée taoïste construit sa sérénité. Américo Castro parle de l’angoisse dans laquelle s’enracine l’existence espagnole depuis la fin du 14°s, depuis donc que l’Espagne se dessine contre l’horizon européen comme une puissance créatrice : l’Espagnol ne se libère ni de son Moi vital ni de cette “iréductible angustia del vivir” (cette irréductible angoisse de vivre). De là le caractère spasmodique du dynamisme baroque espagnol.

IV. Le style c’est l’homme

1. Vie de don Pedro

Tempérament manifestant à peine ses réactions émotives. Vie rarement anecdotique (au contraire de Lope de Vega). Résultat d’une censure très forte dû à un esprit énergique. “La dévotion à la croix” (1633) marque l’absence significative de la mère : “con solas las encías, non sin diabólica fuerza, partí el pecho de quien tuve el dulce alimento.” Traduction : Avec seulement les gencives mais d’une force diabolique j’ai brisé le sein qui m’avait donné le doux aliment. Père autoritaire. Eut peur de ses camarades de collège, frères qui étaient ses remplaçants dominants. Il abandonne le projet de se faire prêtre ; il mène une vie aventureuse de chevalier hardi et querelleur. Il force un couvent (cf “La dévotion à la croix”). Il se moque du prédicateur qui stigmatise sa conduite. Il dut alors haïr tout symbole d’autorité paternelle. le remords ne fit qu’augmenter mais il fut censuré. Attiré par la vie militaire : Pays-Bas, Catalogne. Après 147 amoureux d’une femme dont il a un fils naturel mais il entre dans la période du “desengaño”. En 1651 il se fait ordonner prêtre. Il fait soigner son fils qui passe pour son neveu mais celui-ci meurt la même année. Il se retire de la vie mondaine et fait alterner comédies religieuses et autos sacramentales avec des comedias profanes. Il rassemble des peintures de saints et s’enfonce dans les problèmes de la théologie. Les freins du surmoi sont d’autant plus forts que la conscience de sa culpabilité lui ronge le cœur.

2. Refoulement des passions

Orientation rationaliste de sa théologie. Dans son œuvre on trouve un grand nombre d’intellectuels tourmentés qui s’occupent de raisonnements spéculatifs (comme Cipriano dans “Le magicien prodigieux”). Grande importance de l’”entendimiento” (intelligence), instrument d’une dialectique déterminée : il y a quelque chose de froid et de calculé dans les raisonnements et dans les actes (la vengeance). Là où il risque de quitter le terrain éclairé par là foi il s’arrête. Les instruments dont il se sert pour se construire la grille qui borne le domaine, ce sont les parole qui forment le treillis de sa verbosité : exemple de confusion baroque. Là où il est vraiment libre (psychologie laïque, narration historique, description du paysage), il peut être ennuyeux mais il est rarement compliqué. Dès qu’il raisonne et qu’il touche à des sentiments, des impulsions ou des pensées qu’il ne peut méconnaître mais qu’il doit frapper de sa réprobation, il s’enveloppe d’un brouillard de mots et d’images (ex : monologue de Sigismond dans “La vie est un songe” I,2). Physiquement l’homme est assujetti à des lois déterminées, à une certaine fatalité sociale. Spirituellement il se décharge de cette destinée et est libre. Liberté relative des jésuites contre la oprédestination des jansénistes. Mais Sigismond dans son état sauvage dément cette liberté ainsi que son père tant que celui-ci croit à la prophétie des astrologues. Calderón nous fait croire que l’inceste ne se consomme pas : les héroïnes se taisent quand elles doivent avouer qu’elles ont été victimes d’un viol d’où des variations des styles qui deviennent confus devant le chaos des sensations peccables, marquant l’attrait d’une sensualité souvent perverse par une éloquence baroque, franc quand il s’agit de cruautés permises, excellent dans la ricanerie du “gracioso” (valet bouffon) qui révèle d’une façon tragi-comique la désillusion, l’amertume et le manque de bonheur, tel est le style du grand “illusionniste” déçu.

3. Influence de Lope

Calderón n’est pas un disciple de Góngora et de son “culteralismo”, art pour l’art qui recherche la beauté et la musique aux dépens de l’expression d’une pensée.

Pfandl : Conceptismo y cultismo : “Dijimos que el primero procede de la exaltación del individuo et del afán de genialidad ; el segundo en cambio nació del simbolismo y de la exageración del gesto y de la expressión.” Traduction : Dison que le premier, le conceptisme provient de l’exaltation de l’indivu et de l’aspiration au génie ; le second, le cultisme, est né en revanche du symbolisme et de l’exagération dans l’attitude et l’expression.`

Concepto” se rapporte à l’idée, “culto” à l’expression délicate.

“Para el conceptismo no se requiere ningún especial talento poético, ni poderosa fantasía, ni energía de sentimiento o de lenguaje ; sino agudeza, ingenio y humor.”

“cultismo” : “Lope de Vega le compara con una mujer que se pintará no sólo las mejillas sino también la frente, los orejas y la nariz”. La préoccupation de la forme affaiblit l’élément intellectuel.

Le “conceptismo” se distingue par la forme délicate, précieuse et raffinée d’idées compliquées et d’une dialectique fine.

Calderón est le disciple de Lope de Vega d’où caractère populaire mais l’âme du maître et aussi compliquée que celle du peuple.

Damason Alonso distingue quatre styles chez Lope :

1. lyrique “humano”, sensations personnelles, peu de traces chez Calderón ;

2. style “petrarquista”, “manierista” : énumération de paroles mélodieuses ou exotiques que le poète recueille dans le dernier vers. Calderón imite sans réserves ce procédé ;

3. style “gongorista”. Lope ne sut pas éviter la contamination du “cultismo”, Calderón non plus ;

4. poète philosophe : Calderón marche sur ses traces. Le baroque est la conséquence d’un souffle créateur nouveau attaquant les formes classiques. Mais ne pouvant les briser, il les contortionne : “El ímpetu barroco habría necesitado una forma libre y nueva. No la encontró” (Damaso Alonso)

Góngora fuit le vulgaire et en subit l’attrait. Tous les contemporains de Góngora échouèrent dans leurs tentatives de résister à l’enchantement de la poésie savante. Mais Calderón n’est pas “gongorino”. Góngora évite de céder à l’émotivité populaire quand il écrit ses vers difficiles. Il évite de se servir de mots usés : “pequeña puerta de coral preciado”, “de pura honestidad templo sagrado” sans dire qu’il fait allusion à la bouche et au corps de la femme chaste. Calderón décrit les rayons du soleil “rubios cabellos” mais il n’oublie jamais d’ajouter qu’il a en vue le soleil.

4. Symbolisation

Allégories du subconscient, importance des quatre éléments, allusions constituées par des souvenirs concrets qui s’élèvent à la dignité de symboles :

terre (champs, fleurs) -> la femme

eau (mer, navire, écume) -> utérus, naissance (poissons, dauphins -> élément mâle)

air (vent, ciel, oiseau, ouragan) -> souvenirs infantiles du balancer, sensation enivrante et sensuelle

feu (comète, phénix, éclair) -> symbole purement mâle ; l’élément mâle est partout présent : bêtes féroces, poissons, aigles…

Prédilection pour le mélange des arts : opéra, création baroque

Répétition inconsciente qui relève d’une contrainte psychique. L’individu se rebelle contre son évolution, tâche de faire revivre un état antérieur, celui de n’être pas encore né.

V. La Vida es Sueño

1. La peur de vivre

La doctrine des jésuites intéressa les Espagnols. Elle reconnait d’une part la tendance indestructible à pécher, à enfreindre la loi sociale et divine, d’autre part elle laisse à toute créature humaine l’espoir d’être rédimée par la grâce suffisante puis effective de Dieu.

2. Complexe d’Œdipe

Sigismond prend la place d’ Œdipe. Le père, Laios, avait pressenti le parricide dans un songe et ordonné l’abandon. Basile, lui, fait incarcérer son fils afin d’éviter ce qui serait fatalité dans le drame classique. La détente d’un conflit qui, au fond, ne sera jamais horrifique devient complète : le crime n’aura pas lieu.

Si pour Calderón il est indifférent qu’on rêve ou qu’on soit éveillé, l’attitude humaine et la conduite morale dépendent de normes qui n’ont rien à voir avec une idéologie ou une philosophie sur la nature de la réalité.

3. Idée, crainte et grâce

“La précipitada pérdida de su grandeza reforzará hasta el extrema en el español esta desconfianza de la realidad toda.” (E. Orozco Diaz “Sobre la temática del Marroco”) Traduction : La perte précipitée de sa grandeur renforcera jusqu’aux extrêmes chez les Espagnols une totale défiance envers la réalité.

Si tout est rêve, la religion en est-elle exempte ? Pas de réponse, Calderón veut éviter le scepticisme.

4. Sublimation

La source de “La Vida es Sueño” est le roman d’Enrique Suárez de Mendoza y Figueroa “Historia moscovica de Eustorgio y Clorilene” (1629). Il offre une image crue des mœurs et des désirs non réalisés des Espagnols de la période baroque. Calderón dissimule cette matière, la purifie, la sublime. Sa fidélité à la Loi est si grande que le genre du baroque qu’il représente est presque puritain. Pourtant quelles ébullitions sous la surface !

VI. La révolte des fils

1. Le père sacré

Calderón “En esta vida todo es verdad y todo mentira”, “Las tres justicias en una”, “Los cabellos de Absalón” (Thamar). Traduction : En cette vie tout est vérité et tout est mensonge. Les trois justices (Dieu, roi, justice civile ?) convergent en une seule. Absalon, fils bien-aimé de David, fils rebelle perdu par sa chevelure.

2. Don Juan

L’idéal féminin était celui de la Vierge qui méritait la protection jalouse du père et du frère dans un amour platonique et sublimé. Or cette société patriarcale et masculine est dominée par des chevaliers dont l’excès et le déploiement d’énergies vitales (rarement absorbées par le travail) visaient la conquête de la vierge. Les jeunes filles se méfient du mâle agressif, du don Juan sans responsabilité qui cherche sa proie pour s’en débarrasser ensuite. Le motif fondateur de don Juan est la peur. S’il est obligé de se soumettre un instant à un besoin co-actif (???), il se venge immédiatement en abandonnant la femme ennemie. Le péché qui perd le héros n’est pas d’avoir violé la femme mais d’avoir trompé le père de la fille et de l’avoir tué (le Commandeur)

L’homme qui en apparence est l’esclave des femmes est au fond égoïste et narcissiste. Il ne peut fixer son amour parce qu’au fond il ne peut aimer. Don Juan est plus intimement lié à la société des hommes qu’à celle des femmes. Est-il vraiment viril sur le terrain de l’amour charnel ? Il paraît être freiné par la peur de s’adonner complètement à sa compagne de fortune.

3. Hamlet

La mère manque dans la “comedia de capa y espada” : elle aurait nui à l’autorité du père en favorisant le fils ou la fille. Shakespeare ne renonce pas à la mise en scène du mythe d’Œdipe sous une forme assez crue, bien que lui aussi recule devant les conséquences. Le lien sentimental entre Hamlet et sa mère l’empêche de trouver du repos dans les bras d’Ophélia, bien qu’il sache qu’elle seule pourrait le sauver.

4. Le bandit sauvé

Pas de notes prises, l’ouvrage me paraissait s’enfoncer dans des redites de type psychanalytiques. Le titre en lui-même est explicite : le bandit mérite la damnation et s’endurcit dans le péché, pourtant il va être sauvé. Tout le suspense est de savoir comment. C’est le thème de plusieurs drames religieux et autos sacramentales de Calderón. Généralement un trait de bonté du criminel prouve qu’il a su profiter, presque involontairement, de la grâce suffisante. Dieu peut alors lui envoyer sa grâce efficace. Le fils révolté est pardonné : on tuera le veau gras en son honneur.

VII. Le royaume du diable

1. L’amour défendu

“La dévotion à la croix” présente successivement inceste, crime, pardon, foi… et un dénouement étonnant. Calderón évite le thème de “Phèdre”, la passion de la mère pour le fils (cf Lope “Le châtiment sans vengeance”). Pour Lope le premier amour est incestueux et il en rêve toujours.

2. La dévotion à la croix

Du point de vue psychologique la figure de Julie, sœur d’Eusebio, est peu acceptable : religieuse qui devient meurtrière pour accompagner l’homme qui a éveillé en elle la passion érotique. Mais la réalité psychologique du personnage d’Eusébio est incontestable. Jugement bien tranché. Je vois mal pourquoi psychologiquement la figure de Julie est peu acceptable.

3. Satan et la femme

Le diable aide don Juan : c’est le véritable sens du drame faustien qu’est “Le magicien prodigieux”.

4. Les libertins

Il n’y a pas d’autre fortune, de sort ou de destin, qu’en Dieu. Du moins Calderón voudrait qu’il en soit ainsi. Le triomphe de Dieu est son idéal. Mais la réalité n’est ni moniste, ni divine, elle est redoutable et dangereuse. Le prêtre tâche de tuer en lui le libertin mais il n’y a de repos que dans la mort. Voilà la source du “desengaño” (désillusion)

5. La volonté traîtresse

La bonne volonté reconduit à Dieu. La “voluntad traidora”, la volonté traîtresse est diabolique puisque ma volonté est mon instance ultime et qu’elle me trahit. A qui me fier désormais et si je pêche ainsi contre l’esprit, à qui la faute ?

VIII. Les femmes et l’honneur

1. La crainte de la femme

Pas de pardon pour la femme au cas où elle n’est pas soumise à la loi des hommes. Calderón admet le meurtre de l’épouse même si son crime n’est pas reconnu.

2. L’antiféminisme

Les femmes sont considérées comme dangereuses.

3. Conception de l’honneur

A la base de l’honneur, il y a le désir de se faire valoir et d’être respecté sans qu’aucune vertu, aucun mérite personnel ne soutienne cette réclamation. Le renom ne dépend pas de l’individu mais des autres : le sort est capricieux, donc rester toujours sur ses gardes.

4. La cruauté de la vie

L’homme dépend surtout de la conduite de la femme. Si l’honneur ne peut être conservé par aucun acte d’amour, alors il y a nécessité de vengeance. Calderón aurait pu s’opposer à cette idéologie comme le fit Cervantes ou Mateo Alemán. Il a préféré se conformer aux mœurs : possibilité de faire valoir ses instincts sans se déguiser en moraliste. “Le médecin de son honneur”, “A secret affront, vengeance secrète”, “Le peintre de son déshonneur”.

5. Honneur et passion

Il est plus humain dans : “La jalousie, le plus grand des monstres” (El mayor monstruo, los celos”)

IX. Le drame de la vie

1. Les sens du rêve

Les comedias de Calderón représentent la possibilité du salut en décrivant la misère commune, mettre en scène le “totémisme” des civilisés. La vie est un rêve et un drame. Le gracioso représente une formule de compromis avec la vie.

2. Crainte et espoir

Le sentiment de culpabilité est un élément essentiel du baroque. Le péché est inévitable.

L’art doit délivrer de même que la foi rédime.

Fin des notes

Roger et Alii

Retorica

(6.200 mots, 38.200 caractères)

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