32 THE Toros repères etc 2014-09

1. Retorica classait primitivement Toros dans 20 NAT Nature. Il vaut mieux le placer dans la section 32 THE Théâtre car il s’agit d’un spectacle, spectacle fortement discuté .et désormais interdit en Catalogne depuis 2010. Orson Welles dont les cendres reposent à Ronda (Andalousie) chez les Ordoñez, écrit : « Le torero est un acteur à qui il arrive des choses réelles. » (cité dans le documentaire de Bernard George, « La passion selon Medhi », 2008, d’après Francis Marmande, Le Monde, 2008_04_20/21)

2. Le courage et le stress « J’ai appris dans les arènes certaines choses utiles sur la vie et la mort, sur le courage et la lâcheté, sur la dignité de l’homme et celle de l’animal qui lutte jusqu’à la mort. » (Arturo Pérez-Reverte, discours inaugural de la feria de Séville, Libération, 27_03_08). On commence à évaluer scientifiquement le stress des toreros. Il est très variable selon qu’il s’agisse d’un torero expérimenté (peu de stress) ou d’un jeune qui doit se faire connaître et prendre des risques (neuf fois plus de stress que le taux moyen d’une personne normale).  Le stress est surtout important entre les combats ou à l’hôtel. Beaucoup de toreros refusent ces tests « par superstition ». (D’après Jacques Durand, Libération, 2008_09_18)

3. Le petit mexicain Michelito , 10 ans, est venu toréer, en 2008, à la becerrade des arène d’Arles. A cette occasion on a découvert  qu’il existait au Mexique 22 écoles de tauromachie qui fonctionnent comme des centres de formation professionnelle avec plus de 300 élèves Ceci avec l’appui de l’administration mexicaine et des éleveurs qui, pour un veau acheté, en offrent un second à l’école. En mai 2008, les écoles de tauromachie d’Espagne du Mexique, de France, de Colombie, d’Equateur et du Pérou se sont réunies pour un premier congrès mondial avec au programme des échanges d’élèves. (d’après Jacques Durand, Libération, 2008_08_07)

4. La littérature taurine donne de nombreux exemples de création stylistique avec un lyrisme teinté d’humour : « Les toros du Puerto de San Lorenzo surtout, et ceux de Cortès à un degré moindre, sont des mansos irascibles. Ils fuient tout, ils ne veulent rien entendre de cette histoire et, dès qu’ils se sentent un peu coïncés, ils lancent de violents et désordonnés coups de tête, comme la Tarasque dans les processions du Corpus. » (Jacques Durand, Libération, 1008_06_19). Sur le vocabulaire taurin on consultera http://www.corrida.tv/data/Boutique/articles/1/dico.htmD et singulièrement la notion d’avis : « … les avis signifiés par une sonnerie de clairon… sont donnés par le Président au matador qui a dépassé le temps réglementaire pour la mise à mort. La première sonnerie retentit à la dixième minute après la première passe de muleta, la deuxième à la treizième minute et la troisième à la fin de la quinzième minute pour annoncer le retour immédiat du taureau au corral. » Dans « Le discours de la corrida », (Verdier 280 p) François Zumbiehl analyse ces avis. Juan Garcia Mondeno, explique qu’à son époque, le torero « mourait de honte » quand il avait entendu un avis et son contemporain Ordoñez estimait que « l’avis est une absurdité ». Mais le discours taurin révèle des choix esthétiques, éthiques et philosophiques qui tournent, d’une manière contradictoire autour du courage du torero, de la bravoure du toro ou du concept de toreria.  (D’après Jacques Durand, Libération, 2008_05_08)

5. Francis Wolff, specialiste de philosophie antique et aficionado a los toros, examine dans « Philosophie de la corrida » (Fayard, 322 p.) la notion d’animal et notamment d’animal de combat qui a droit au respect : « celui qu’on affronte comme un égal ». Il marque sa réticence devant la mise à mort : « le matador ne glorifie pas le taureau en le tuant, il se glorifie lui-même. » Pourtant il est proche du sage stoïcien qui ne prouve son détachement devant la mort qu’en la provoquant. D’où ascèse mais aussi phénomène d’art-limite et de philosophie morale. (d’après Gérard Dupuy, Libération 2007_07_12). La corrida est-elle un sport ? un jeu ? un spectacle ? Elle relève du rite et de l’art. Francis Wolff rappelle que les conditions de la mise à mort dans l’arène n’ont rien à voir avec celles, anonymes, aseptisées et parfois brutales des abattoirs. Dans la course le toro peut être gracié. Il n’y a rien de commun entre un fier taureau dont on se souvient des exploits et l’animal de boucherie. Le statut juridique de la corrida est clair et réglé par un arrêté de 1895. « Le taureau subit la domination de l’homme, est sélectionné par lui, est élevé dans les pâturages clos et en fait reçoit sa nourriture de lui. » Ni animal sauvage, ni animal domestique, le taureau est un adversaire à respecter, y compris dans la mise à mort. Il n’y a pas de simulacre, ni d’être derrière le paraître. Tout doit être dit de la bravoure du taureau et du torero. (d’après un compte-rendu de Jean-François Petit, la Croix, 2007_07_05)

6. Bergamin. Dans « Le Toreo, question palpitante » José Bergamin (1895 – 1983) déclare, en 1941 : « Il est un toréo clair et un autre obscur. L’un rationnel, intellectuel, logique. L’autre, irrationnel, instinctif, intuitif.” Exilé au Mexique avec de nombreux républicains, il se souvient à Mexico des toreros qui ont ouvert son âme d’enfant au mystère du monde et de la vie, longtemps avant de lire Pascal et Nietszche. Apprendre à toréer c’est apprendre à vivre et à mourir comme le disait Joselito mort à 25 ans. Républicain et chrétien, Bergamin est décrit sous les traits de Guernico dans « L’Espoir » de Malraux. Il est inclassable. Il distingue les toréros « théologiens » qu’il préfère et les toréros « mystiques ». Ami de Bernanos, il fut un vagabond évangélique comme on peut le voir dans l’autre livre réédité : « Les idées lièvres » (d’après Sébastien Lapaque, Figaro, 2012_09_13)

7. L’élevage industriel. Les détracteurs de la tauromachie feraient mieux de s’intéresser aux horreurs de l’élevage industriel et rejoindre l’OABA (Œuvre d’assistance aux Bêtes d’Abattoirs, www.oaba.fr, contact@oaba.fr). Une association anti-corrida a boycotté la chanteuse Céline Dion pour avoir voulu intégrer dans un clip quelques passes d’un torero connu. La présidente de l’Alliance anticorrida déclare : “Je ne comprends pas Céline Dion. Elle a donné beaucoup d’argent pour la cause animale et elle apporte aujourd’hui un soutien à la tauromachie.” (d’après Boris de la Cruz, Parisien, 2007_11_13). Pourtant cette position est logique. La tauromarchie respecte les bêtes et l’élevage industriel ne les respecte pas. A la cérémonie s’oppose un abattage qu’il faudrait humaniser , du transport à la mise à mort, qu’il s’agisse de bovidés ou de volailles. 

8. « Apologie de la corrida : retour sur une maltraitance festive. » (d’après Elizabeth de Fontenay, philosophe Paris I. Libération 8 novembre 2007) La corrida est introduite en France en 1853 par Eugénie de Montijo, épouse de Napoléon III, et ceci au mépris de la loi Grammont (1850) qui protège les animaux. Vers 1930 on impose le caparaçon pour protéger les chevaux qui jusqu’alors, depuis le XVII° siècle étaient atrocement éventrés et recousus sur place. Ce qui ne semblait gêner ni Hémingway (qui y voyait du comique), ni Michel Leiris (qui voyait dans « l’ignoble sang des chevaux » l’équivalent des menstrues).  Delacroix, a représenté des acteurs de l’arène, mais il n’a jamais peint de corrida ; il a écrit dans son journal que « là où coule le sang, l’art est impossible. » Le taureau de combat n’a rien de naturel. Il est le produit de la zootechnie, tout comme le bœuf Charolais. Le toro n’est pas « brave » mais rendu furieux lors de son transport et de son enfermement dans le toril. L’inspiration stoïcienne ne tient pas davantage la route et relève d’une pure projection. L’exaltation de l’héroïsme viril rejoint le « Viva la muerte ! » fasciste. Et que dire des spectateurs voyeurs ? Hugo et Schœlcher ont inscrit la corrida au nombre de leurs combats car il y a du politique dans cette magie du sang, de la volupté et de la mort. « Je suis absolument contraire, écrivait Zola, aux courses de laureau, qui sont des spectacles dont la cruauté imbécile est, pour les foules, une éducation de sang et de boue. » (Libération, 2007_11_08). L’âge bête de la tauromachie a commencé au début du XX° siècle quand les journalistes de la presse populaire ont commenté les courses d’une manière malveillante et malsaine, comme le montre François Zumbielh dans “La belle époque de la corrida” (Editions de Paris, 144 p, d’après Jacques Durand, Libération, s.d). 

9. Pedro Romero et les tables de la loi. Né il y a 250 ans, ami de Goya, ce torero (1757 – 1839) a édicté les commandements de la tauromachie. Cette célébration a eu lieu dans la prestigieuse Plaza de Ronda (6.000 places). Petro Roméro n’a inventé ni la muleta (utlisée pour la première fois par son grand-père), ni la veronica (œuvre de son rival Joaquin Rodriguez, dit « Costillares » [côtelettes],  ni la mise en forme moderne de la corrida.(œuvre de Paquiro). mais héros de l’intransigeance et greffier scrupuleux de toutes ses courses, il se retire en 1799 après 28 ans d’activité et 5.400 toros estoqués, la plupart a recibir. Le tout sans recevoir un seul coup de corne. Il fut plus heureux que son rival et ami Pepe Hillo mort en 1801 d’une cornada fatale. Leur rivalité était spectaculaire et chevaleresque. Pedro était austère, secret, bon père de famille, ami de Goya. Pepe était couvert de femmes, vaniteux, bavard et Goya le haïssait. Deux styles qui marquent encore la corrida. Orson Welles connaissait par cœur les commandements de Pedro Romero : « Un, le couard n’est pas un homme et pour la tauromachie, il faut des hommes. Deux, la peur donne plus de coups que les toros. Trois, le matador doit être totalement tranqquille devant le toro et son honneur consiste à ne jamais fuir ou courir tant qu’il a muleta et épée en main. Quatre, le matador ne doit jamais sauter la barrière après s’être présenté au toro parce que c’est chose honteuse. Cinq, il ne doit pas compter sur ses pieds mais sur ses mains et dans l’arène, face au toro, il doit tuer ou mourir plutôt que de courir ou de manifester de la peur.”  Pedro Romero mourut en février 1839, à 85 ans, victime de la typhoïde. (d’après  Jacques Durand, Libération, 2004_09_09)

10. Espagne. Fêtes barbares Le Partido popular défend les toros dans son programme  comme “faisant partie du patrimoine culturel”. ils représenteraient 1,5 % du PIB espagnol. Un sondage indique que 68 % des électeurs du PP et 61 % des votants PSOE apprécient la corrida. ‘d’après Libération, 2008_02_28). Mais depuis 2010 la Catalogne a interdit les courses de taureaux. La froide exécution d’un quadrupède reste cependant l’attraction vedette en Espagne. Certes on ne verra plus le lancer de chèvres vivantes du haut du clocher de l’église de Manganeses de la Polvorosa (frontière hispano-portugaise), ni l’incinération de poulets brûlés vifs dans les villages de Castille-Leon. Néanmoins 22.000 villages célèbrent encore leur saint patron dans des courses où des vachettes sont mises à mort sans combat.L ’Europe envisage de ne plus subventionner les éleveurs de taureaux de combat. Le Pays basque et la région de Madrid ont interdit le toro embolado où, pendant près d’une heure, l’animal est pris en chasse avec des cornes embrasées. A Valladolid le toro de la vega, fait lacérer la bête avec des lances pour l’atteindre en plein cœur. Le Pacma (Parti contre la maltraitance envers les animaux) a déposé cet été 60 plaintes contre la bourgade catalane de Sant Jaume, toutes classées sans suite. Elle est pourtant célèbre pour un toro de fuego où la traque de l’animal  s’achève dans un canal où il expire sous les vivats. .(d’après Diane Camon, Marianne, 2008_08_16)

11. Vers une tauromarchie humaine. Le mot tauromachie vient du grec tauros (« taureau ») et machê (« combat »). « Une peinture rupestre mise au jour à Cnossos en Crète, datant de 2000 av. J.-C., montre des hommes et des femmes acrobates saisissant un taureau, alors qu’il charge, et sautant par-dessus son dos. » (compilhistoire.pagesperso-orange.fr/tauromachie.htm) Platon raconte une anecdote intéressante concernant les dix rois de l’Atlantide : « (…) Il y avait dans l’enceinte du temple de Poséidon des taureaux en liberté. Les dix rois, laissés seuls, priaient le dieu de leur faire capturer la victime qui lui serait agréable, après quoi ils se mettaient en chasse avec des bâtons et des noeuds coulants, sans fer. Ils amenaient alors à la colonne le taureau qu’ils avaient pris, l’égorgeaient à son sommet et faisaient couler le sang sur l’inscription. Sur la colonne, outre les lois, un serment était gravé, qui proférait de terribles imprécations contre ceux qui désobéiraient. Lors donc qu’ils avaient sacrifié suivant leurs lois, ils consacraient tout le corps du taureau, puis, remplissant de vin un cratère, ils y jetaient au nom de chacun d’eux un caillot de sang et portaient le reste dans le feu, après avoir purifié le pourtour de la colonne. Puisant ensuite dans le cratère avec des coupes d’or, ils faisaient une libation sur le feu en jurant qu’ils jugeraient conformément aux lois inscrites sur la colonne et puniraient quiconque les aurait violées antérieurement, qu’à l’avenir ils n’enfreindraient volontairement aucune des prescriptions écrites et ne commanderaient et n’obéiraient à un commandement que conformément aux lois de leur père. (…)» (Platon Critias § 120-121). La mise à mort du taureau est ici de nature religieuse. Rien à voir avec la corrida moderne. Au Portugal et ailleurs certaines courses, notamment de vachettes, se passent sans mise à mort. Il faudrait que la course se déroule sans piques, sans banderilles et sans mise à mort. Ce qui suppose un autre cérémonial et, bien entendu, d’autres bêtes. Le courage des toreros resterait le même mais la course échapperait à cette flatterie des instincts de mort, terreau mental des génocides.

12. Lien avec Retorica. Il arrive qu’en classe, au détour d’un débat, apparaissent chez les élèves des échanges musclés « pour ou contre la corrida ». Cet article fournit des éléments de réflexion, utiles également pour une amorce de réflexion sur le courage.

 

32 THE  Toros repères réactions 2014_08

après 32 THE toros repères 2014_05

1. Annie (17 août 2014) La corrida, le toro…

Voilà bien un des très rares sujets qui me séparaient de Colette !

Elle, était enthousiaste.

Ce qui me sidérait.

Mais j’ai bien aimé les courses de vachettes de Camargue : respect, jeu, mais sans blessure (pour la bête), sans mise à mort.

Roger (22 août) : Dommage que Colette ne soit plus là pour nous expliquer son enthousiasme. 

Tu en as peut-être une idée.

Je suis bien d’accord avec toi sur l’intérêt des courses de vachettes. Qu’en pensait Colette ?

Annie (22 août) : Je crois que Colette était séduite par le rituel.

Mais nous ne passions pas trop de temps sur ce sujet sur lequel nous n’arrivions pas à communiquer 

(les courses de vachettes camarguaises : je ne suis pas sûre qu’elle les connaissait.)

2. Serge (17 août) : Superbe analyse… Cela ressemble fort à un retour de vacances ..d’Espagne ?

Roger (22 août) : Pas du tout. Simplement le sujet déchaînait les passions dans les classes, les rares fois où il était évoqué. D’où sa présence dans Retorica. Ensuite, au fil des années j’ai enrichi le propos. Serge

 

De toutes façons il est bien placé dans le temps en cette fin de vacances scolaires.

 

3. Bernard (17 août) : 

Bonjour Roger. Heureux de te retrouver. Et sur un thème qui déchaîne les passions.

Dans la tauromachie, je distingue deux choses : 1)l’acte lui-même de mise à mort lente de l’animal et 2)les justifications que les acteurs (toreros) et les amateurs en donnent.

Mais éliminons d’abord, car d’une bêtise pathétique, que la maltraitance industrielle, évidemment immonde, serait une sorte d’excuse à la corrida. Combien de crimes de par le monde n’essaye-t-on de blanchir par l’évocation de crimes commis par d’autres, ailleurs! Avancer cet argument, c’est déjà révéler la faiblesse de la justification de la corrida.

1) L’acte lui-même: quelle personne sensée peut se repaître de voir martyriser un animal? Les « braves gens » pleurent sur les chiens abandonnés sur l’autoroute en été, mais braillent hystériquement à la vue de la boucherie de l’arène. Qu’on m’explique…

2) Les justifications: puisqu’évidemment on ne peut faire étalage de son sadisme, on trouve de nobles raisons. Et l’on voit alors le déferlement d’une phraséologie prétentieuse qui laisse d’autant plus interdit qu’elle est bâtie sur du sable. Je cite:

– Pour Francis Wolff, « l’animal est affronté comme un égal » : merci de me dire le ratio de tués « taureaux/toreros ». Sûrement 50/50, puisqu’ils sont égaux, tiens…

– Pour Bergamin, il y a « le torero clair et le torero obscur ». Ceux qui ont vu le sktech des « Inconnus » reconnaîtront l’impayable distinguo entre « le bon et le mauvais chasseur », qui finalement se révèlent tous deux être des viandards.

Le chapitre 10 se termine avec les mots qu’il faut : « les instincts de mort, terreau mental des génocides ». Les franquistes braillaient « Viva la muerte », les nazis vouaient un culte à la mort, dans nombre de pays on ameute le peuple pour qu’il assiste à des exécutions, dans d’autres on glorifie ceux qui se font exploser.

La corrida, triste illustration de la nature humaine.

Roger (22 août) : Oui. Pour aller dans ton sens, je relève l’écho suivant :

32 THE Toros Ferias de Nîmes. Reportage de Nora Hamadi (30 mn, 2014) « Deux fois l’an, une marée humaine submerge Nîmes, amateurs de tauromachie, touristes en goguette et fêtards mélangés. Près d’un million de personnes se pressent ainsi aux ferias de Pentecôte (mai ou juin) et des Vendanges (septembre) attendues par une armée de fourmis sur les dents. » (M.B) « … les forces de l’ordre – quatre cent cinquante fonctionnaires, parmi lesquels des Espagnols venus en renfort – s’efforcent de contenir les débordements avinés, les secouristes de la Croix-Rouge assurent leur mission de prévention et ramassent les plus cuités. » (M.B) « Et les taureaux ? Encadrés par des cavaliers, ils détalent dans les rues lors des abrivados, cette tradition offrant aux attrapaïres les plus téméraires de tenter de les stopper le plus rapidement possible. Et ils meurent dans les arènes, sous les applaudissements d’une foule notamment composée de Catalans… depuis que la corrida est interdite chez eux. » (M.B) (d’après Marc Belpois, Télérama, 2014_08_06)

Roger et Alii

Retorica

 

32 THE Toros Goya – Picasso 2014_09

suite à 32 THE toros repères 2014_05

et 32 THE  Toros repères réactions 2014_08

Roland (28 août) : Il est donc inutile de vous dire que j’ai trouvé belle l’exposition de Céret dont le titre est « L’artiste et l’arène » ! Goya, Picasso etc. Roger (24 sept). Voici le communiqué de presse de cette exposition.

Le peintre et l’arène

Art et tauromachie, de Goya à Barceló

Du 28 juin au 12 octobre 2014

    « « Ce que je voudrais c’est faire une corrida comme elle est (…) il faudrait une toile grande comme les arènes (…) Ce serait magnifique … ». Ces propos de Picasso rapportés par son amie romancière et critique d’art Hélène Parmelin témoignent bien de la double passion qui anima l’artiste : passion pour la corrida, le spectacle de son enfance pour lequel il éprouva toute sa vie plaisir et fascination, passion pour la tauromachie comme sujet inépuisable de recherche plastique et artistique.

« Ce n’est cependant pas une toile grande comme les arènes qui peut être aujourd’hui considérée comme le chef-d’œuvre de Picasso en la matière, mais bien une série de 30 coupelles de céramique que le peintre réalisa à Vallauris en 1953 et qu’il offrit l’année même de leur création au musée d’art moderne de Céret.

« De Céret, Picasso garde sans doute le souvenir des étés passés entre 1911 et 1913, des riches heures de la recherche cubiste en compagnonnage avec Georges Braque. La petite ville avait alors été baptisée par le critique d’art André Salmon, « La Mecque du cubisme ». Céret est une cité de tradition taurine, où Picasso, après les années parisiennes du Bateau-lavoir, retrouve l’ambiance des corridas de son enfance à Malaga et de ses années de jeunesse à Barcelone.

« Le musée de Céret vient d’être créé, en 1950, par la volonté de quelques érudits et artistes dont Pierre Brune, peintre local ami de Picasso. En 1953, Picasso fait don de 29 coupelles au musée. Il offre la trentième à Pierre Brune. Les coupelles tauromachiques demeurent, aujourd’hui encore, le chef-d’œuvre des collections du musée, qui se sont considérablement enrichies.

« 30 coupelles de céramique, d’environ 16 cm de diamètre, 6 cm de profondeur, faites d’une terre légèrement rosée ou blanche, ornées de peinture à l’engobe et de quelques émaux offrant une gamme de couleurs restreinte : plusieurs nuances d’ocre, du jaune, du blanc, un noir profond… Des objets d’une grande simplicité au sein desquels Picasso va représenter le spectacle tauromachique avec une inventivité et une audace incomparables.

« Dans le creux de chaque coupelle, dont l’espace se confond avec celui de l’arène et de ses gradins, l’artiste joue avec la perspective, suit le mouvement de l’ombre et de la lumière, relate différents moments de la corrida, s’intéresse au combat dans l’arène comme à la vision des spectateurs dans les tribunes.

« Autour de cet ensemble remarquable, présenté pour la première fois de façon exhaustive – la coupelle offerte à Pierre Brune, qui était manquante, vient d’être retrouvée aux Etats-Unis – l’exposition propose un ensemble d’œuvres qui, de Goya à Barceló, témoigne de la fascination des artistes pour la tauromachie comme spectacle mais aussi et surtout comme sujet de recherche plastique.

« L’arène y apparaît pour les peintres et graveurs comme le corollaire de la page blanche pour l’écrivain. Michel Leiris, l’auteur fameux du Miroir de la tauromachie, exprime dans la préface de son œuvre autobiographique, L’âge d’homme, ce désir « d’introduire ne fût-ce que l’ombre d’une corne de taureau dans une œuvre littéraire ». L’arène comme lieu d’affrontement de l’homme et du taureau mais aussi et surtout comme lieu de confrontation entre l’artiste et son sujet est ainsi devenu le fil rouge de cette exposition, comme le serait un thème musical récurrent, trait d’union entre les œuvres.

« L’exposition s’ouvre sur la Tauromaquia de Goya, une série de 40 estampes réalisées par l’inventeur de la représentation tauromachique moderne. Jeu de l’ombre et de la lumière, du blanc et du noir, jeu d’esquive et d’affrontement entre l’homme et de l’animal, multiples perspectives sur l’arène vue par le spectateur depuis les gradins ou par le torero depuis le centre de l’arène. Cette dernière, qu’il s’agisse de son seul centre ou ruedo, ou de son architecture dans son ensemble, est bien le centre de la scène et celui des préoccupations de l’artiste qui la contourne, s’en approche ou s’en éloigne pour mieux exprimer l’intensité du drame qui s’y joue. Après Goya, Picasso crée sa propre vision de La Tauromachie ou l’art de toréer. Plus proches de nous, Antonio Saura livre sa Sauromaquia, Gilles Aillaud une Tauromachie plus apaisée.

« Chaque artiste offre ainsi une proposition originale de perspective, de cadrage et de découpage de la scène en séquences narratives dramatiques ou plus allègres, alors que le spectacle tauromachique lui-même semble s’éloigner des préoccupations du spectateur contemporain, voire heurter sa sensibilité.

« Le but de l’exposition est de souligner l’intensité de ce qui se joue entre la corrida et la tension plastique de sa représentation artistique. Picasso encore et toujours, qui jouera sur le thème toute sa vie durant, mais aussi tous les artistes qui ont été happés par l’espace de l’arène, comme par une force centripète.

« Parmi eux et aux côtés des grands noms de l’art moderne dont Juan Gris, André Masson, ou, plus proche de nous, Francis Bacon, on retrouvera pour ne citer que quelques noms parmi les contemporains Hervé Di Rosa et ces cercles dévorés par une foule bariolée et animée de regards enfiévrés, Alechinsky en une joute avec l’artiste mexicain Alberto Gironella, Claude Viallat inscrivant des passes dans l’espace de boîtes de fromage, Jean Le Gac inspiré après Manet par la figure du torero mort, Najia Mehadji noyant dans des éclosions de couleur les lignes incisives des gravures de Goya… jusqu’à l’image ultime de l’arène blanche par Miquel Barceló. »

www.artcontemporain-languedocroussillon.fr/pdf/evenements/…/1373.p

Roger et Alii

Retorica

(24.600 caractères)

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