33 VIO banlieues transports 2011_04

Chaque fois que c’est possible je demande à mes correspondants de rédiger en deux-cents mots une réflexion précise sur un sujet qui les intéresse. Il faut compter environ deux heures et deux brouillons pour obtenir un texte qui servira de tremplin. Il faut numéroter les paragraphes et faire en sorte que le titre soit en adéquation avec le contenu. Pour en savoir plus voir sur le site méthode Mellerio – Sanglier

1. Deux cents mots essai

La violence dans les transports en commun

1. Prendre le métro est devenu dangereux. Beaucoup de jeunes souvent mineurs et connus des services de police n’hésitent pas à commettre des vols en réunion ou des vols à l’arraché en pleine journée. Ils utilisent toujours le même mode opératoire et les personnes visées sont des touristes ou des personnes âgées.

2. Malgré les caméras de surveillance et des policiers opérant en civil pour surprendre un flagrant délit, ces jeunes sont de plus en plus violents.

3. C’est le même problème pour les chauffeurs de bus qui sont souvent victimes d’agressions,  de jets de pierre, d’insultes. Certains conducteurs n’osent plus desservir les lignes où leurs collègues ont été agressés. Beaucoup de passagers assistent impuissants à toute cette violence. Ils ont peur d’intervenir car à leur tour ils peuvent être frappés sans raison.

4. Des jeunes prennent le bus sans payer leur ticket et n’hésitent pas à s’en prendre verbalement et physiquement aux contrôleurs  si ces derniers ont le malheur de faire leur travail. Certains chauffeurs sombrent dans la dépression après avoir vécu une agression.

5. Grâce à des méthodes policières efficaces les vols ont baissé mais la violence est toujours présente.

6. Quelles solutions trouver pour que les personnes, qui n’ont que les transports en commun pour se déplacer, soient en sécurité ?

Gaëlle avril 2011

(219 mots)

2. Prolongements

Votre texte est excellent car il met en place des éléments fondamentaux qu’il suffit de développer pour en faire la base d’une bonne dissertation. Pour cela je prends les paragraphes l’un après l’autre.

Paragraphe 1. Ces jeunes mineurs devraient être en classe ou en apprentissage. Il s’agit d’élèves “décrocheurs”. Quelquefois ce sont des élèves de lycées professionnels qui sèment la terreur dans leur établissement. Dans leur cité, leur “territoire”, ils vivent de l’économie souterraine et de trafics en tous genres. Ils fonctionnent en bandes avec un leader  plus costaud, plus malin. Il  leur assure une sécurité affective et physique. Le leader est donc une personnalité forte qui a besoin d’être reconnue. Il existe des solutions pour orienter ces jeunes dans un sens positif, vers les études et le travail.

Paragraphe 2. Les caméras de surveillance ne sont utiles que dans les lieux clos. Elles aident à la répression mais pas à la prévention. Il suffit d’ailleurs d’un capuchon rabattu sur les yeux pour rendre un individu inidentifiable. La vidéo-surveillance revient très cher et il faut l’exploiter, donc du personnel. Certaines municipalités refusent ces caméras et préfèrent investir dans du personnel (police de proximité) : leur taux de délinquance est plus bas que celui des villes équipées en caméras.

Ces jeunes sont de plus en plus violents car ils ne sentent pas de résistance en face d’eux. Et la résistance c’est une présence humaine, une prévention, pas une caméra rarement dissuasive… sauf en lieux clos.

Paragraphe 3. Manque de personnel et d’investissements. Autrefois les bus étaient munis d’un conducteur et d’un contrôleur. Ce sont certaines lignes qui sont visées : elles desservent des quartiers à réhabiliter. Donc rétablir le conducteur et le contrôleur. En cas d’incident le conducteur bloque les portes. Le contrôleur appelle de l’aide avec son portable et des passagers  lui prêtent main forte. Une brigade volante, toujours  prête, intervient dans la minute qui suit et arrête les contrevenants. Il existe donc des solutions mais les médias n’en parlent jamais. C’est ainsi que l’on crée des usagers passifs.

Paragraphe 4. Un proverbe africain affirme : “Il faut tout un village pour éduquer un enfant.” Ces jeunes nourrissent un sentiment de toute-puissance car ils n’ont jamais été éduqués ni par personne. Leur père, au chômage, est disqualifié. Les mères ont un peu plus d’influence. Mais les enseignants, les policiers, les travailleurs sociaux, les médecins, les pharmaciens, les pompiers n’en ont plus. La prise de conscience se fait très lentement, très progressivement suite aux plans Borloo (2005) puis Fadela Amara (2008). Fadela Amara donne elle-même 11/20 à ses réalisations car les banlieues n’étaient pas la priorité du gouvernement. Peu à peu les réussites individuelles sont valorisées par les médias. Les bons élèves cessent d’être traités de “bouffons”. En même temps les pouvoirs publics (Etat, ville de Paris, Conseil général du 9.3 et Conseil régional d’Ile de France) découvrent qu’il faut désenclaver les banlieues par des transports en commun enfin cohérents entre eux (coordination SNCF – RATP). Car tout se tient : transports, emplois, éducation, services sociaux.

Paragraphe 5. La politique du chiffre en matière de police est fondée sur des statistiques faussées, très pratiques pour les effets d’annonce. La police commence à comprendre que les contrôles au faciès exaspèrent les jeunes et leurs familles. Ces contrôles se font au détriment du travail de fond sur l’économie souterraine. Celle-ci est énorme et les banlieues n’en représentent qu’une faible partie : elle est faite de travail au noir, de délits économiques et enfin d’activités criminelles, délictuelles et de recel. On l’évalue à 10 % du PIB et le PIB français s’élève en 2010 à  environ 1.740 milliards d’euros.  L’économie souterraine serait donc de 174 milliards d’euros. Le seul marché de la drogue représenterait 2 milliards d’euros pour 4 millions de consommateurs. “Selon l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT), le seul business du cannabis représenterait entre 800 et 900 millions d’euros. Un semi-grossiste de cannabis gagne entre 250.000 et 550.000 euros par an, tandis qu’un reven deur perçoit entre 35.000 et 77.000 €. Tous les autres sont des « smicards du business ». En tout, 50.000 trafiquants gagneraient moins de 1.000 € par mois. “ (La Croix 2010_09_20)

3. Denis (2011_04_10) : “Cher Roger, le problème de la sécurité dans les transports en commun, m’a interpellé, ton angélisme ne m’agace pas il m’amuse ; caméras ou pas, contrôleurs et chauffeurs ou pas, désenclavement ou pas, statistiques faussées ou pas… l’insécurité augmente, la force de la violence aussi c’est ainsi. Gaëlle ne fait que relater des faits et ton discours tant de fois entendu n’aura aucun effet, même pas celui de faire monter le FN…  Les carottes sont cuites … à l’énergie nucléaire sans doute. Bise à toi cher colocataire de notre toute petite planète

4. Roger : Tes remarques fournissent un excellent tremplin.  D’après des historiens l’insécurité a été divisée par cent depuis le Moyen-Age. Mais il suffit de se trouver au mauvais endroit, au mauvais moment pour entrer dans la mort violente et dans les statistiques. Ensuite les médias s’en emparent et font monter la mayonnaise. Sarkozy en fait de même.  Je relève ceci sur le blog de Georges Moréas, commissaire principal honoraire de la Police nationale (2010_08_04) :

« Au moment où le président Sarkozy déclare la guerre aux criminels, on apprend que le nombre d’homicides volontaires est en nette diminution : 682, l’année dernière, en France métropolitaine. Soit à peu près un crime de sang pour cent mille habitants… en âge de tuer. Ce qui nous place parmi les pays les plus vertueux (les États-unis font cinq fois moins bien). Les deux tiers de ces meurtres sont dits passionnels, et, dans les  trois quarts des cas, l’assassin est un proche de sa victime. Quant aux crimes crapuleux, nous dit cette note confidentielle (?) de la direction centrale de la police judiciaire, ceux qui sont directement corrélés à un vol ou une tentative de vol, ceux dont on a le plus peur, ils sont en diminution de près de 45% en sept ans. Il y en aurait eu 27, l’année dernière. On peut donc en déduire, c’est le miracle des statistiques, que le risque de se faire occire par un voyou est quasi nul. Vous me direz, il suffit de ne pas avoir de chance… Les deux tiers de ces meurtres sont dits passionnels, et, dans les  trois quarts des cas, l’assassin est un proche de sa victime. 

Le taux d’élucidation est de 87%. « Les sections de recherches de gendarmerie et les brigades criminelles de la PJ n’ont plus à rougir face aux exploits de leurs distingués homologues de Scotland Yard », nous dit Christophe Cornevin, dans Le Figaro. Et il donne l’avis d’un policier : « Le risque de se faire confondre dans les jours ou les semaines suivantes est tellement fort que nombre de criminels en puissance ne suivent pas leur dessein jusqu’au bout. » S’il est vrai que les résultats des enquêteurs sont époustouflants, la dissuasion n’a pourtant pas grand-chose à voir dans cette baisse des crimes de sang. Il s’agit plutôt d’une évolution de la société. La « pacification des moeurs », comme le dit Laurent Mucchielli, dans Rue89. Pour ce directeur de recherche au CNRS, spécialisé dans les violences et la délinquance, cette baisse est une constante depuis le Moyen-âge : « La période contemporaine est assurément l’une des moins meurtrières depuis le début du XIXe siècle, comme le suggère la statistique juridique disponible depuis 1825. »

Alors, pourquoi ce sentiment d’insécurité ? Certes on ne craint pas que la mort, on redoute les vols, les violences, etc. Mais la peur, la vraie, la peur viscérale, dans quoi trouve-t-elle sa source ? Il existe vraisemblablement deux raisons. D’abord, la criminalité se concentre toujours sur des zones géographiques ou sociologiques à un moment donné. Il y a donc un effet de focalisation. Ensuite, la dramatisation qui est faite de chaque événement déforme notre perception et altère notre jugement. L’année dernière, dans un autre domaine, celui de la santé, cette fausse pandémie de grippe est un exemple concret de ce catastrophisme d’État. Ce qu’on pourrait appeler la politique de l’affolement. Mais n’en déplaise aux adeptes du droit négatif, la France n’est pas malade, la France n’est pas en guerre, sauf en Afghanistan, et il y fait encore bon vivre.« 

Gaëlle se contente de relater des faits et c’est bien là l’essentiel. Car un fait suggère une analyse et des solutions. C’est ce que j’essaie de faire à partir d’informations positives qui décrivent des techniques qui ont fait leurs preuves.  Je n’ai rien inventé. Que nous soyons beaucoup à dire la même chose est encourageant.

Roger et Alii

Retorica

(1.750 mots, 10.800 caractères)

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