33 VIO médiation Génération Médiateurs 2003

1. Graines de médiateurs Depuis trois ans, les enfants d’une école primaire de Roubaix pratiquent la médiation. Une réussite qui prouve qu’on n’est jamais trop petit pour se lancer. « La violence commence là où finit la parole » Marek Halter

« Aujourd’hui, c’est à moi d’être gardien. Alors fiche le camp! « A peine cinq minutes que les élèves étaient dehors et le premier conflit éclatait sur le terrain de foot. Il ne serait malheureusement pas le dernier de ce quart d’heure de récréation où les enseignants auraient fort à faire pour essayer de maintenir une atmosphère de jeu et de détente. C’est pour inverser cet état de fait que l’équipe enseignante a mené une réflexion sur les relations des enfants en conflit et sur la médiation. Et c’est ainsi qu’a débuté la formation d’enfants médiateurs à l’école Ste Marie de Roubaix (59).

2. Douze séances de formation

Aujourd’hui depuis trois ans, une vingtaine d’enfants de cycle 3 se portent volontaires pour suivre une fois par semaine pendant quarante-cinq minutes une formation qui dure douze séances environ. Ils apprennent à identifier et à mettre des mots sur leurs sentiments. Ils réfléchissent sur ce qu’est la violence et la manière dont eux réagissent en situation conflictuelle. Ils repèrent les lieux de conflit dans l’école. Ils développent les qualités d’écoute, de dialogue et de confidentialité nécessaires au médiateur. Enfin ils jouent de nombreuses situations de conflit afin d’en maîtriser les différentes étapes de résolution.

3. En cour de récré

Après ce temps de formation, les enfants par paire mixte, vêtus du T. shirt jaune marqué devant du « M » de médiateur et au dos du panneau « Stop la violence », expérimentent leurs nouvelles compétences en cour de récréation. Une rencontre hebdomadaire est maintenue afin de réguler les difficultés rencontrées lors de leurs interventions auprès de leurs camarades. Cette médiation effectuée par les enfants ayant le statut d’élèves se fait dans un esprit de service. lis proposent leur aide à leurs camarades en conflit afin que ces derniers trouvent ensemble une solution négociée. C’est une médiation par les enfants, pour les enfants, avec les enfants et entre enfants.

4. Des horizons nouveaux

Il en résulte une baisse significative de l’agressivité en cour de récréation et une volonté certaine de leur part à résoudre les conflits autrement que par la violence. De plus cette démarche de formation à la médiation ouvre des horizons nouveaux. Elle débouche aujourd’hui sur la mise en place de conseil de vie au cycle 3. Son but est de débattre de ce qui va, de ce qui pose problème, dans l’organisation de la classe et dans les relations entre enfants. Il s’agit enfin de trouver des solutions dans un esprit coopératif.

5. Tout un programme

Ces projets s’inscrivent dans le cadre de la « Décennie internationale de promotion d’une culture de la non-violence et de la paix au profit des enfants du monde » proclamée par l’ONU. Ils trouvent résonance dans les futurs programmes de l’école primaire qui précisent que ‘l’éducation civique n’est pas, en priorité, l’acquisition d’un savoir mais l’apprentissage d’un comportement  » et que « l’école est un lieu où la violence… doit être combattue très énergiquement dès ses premières formes. » Dans cet objectif, « une heure par quinzaine sera consacrée à des débats avec ordre du jour, président de séance, compte rendu » où « les règles de la vie de la classe seront élaborées par les élèves » et où on mènera « une réflexion approfondie » basée sur « l’écoute de l’autre, première forme de respect et d’acceptation de la différence » lorsque des conflits éclateront.

6. Des effets au quotidien

Ainsi former à la médiation permet de développer chez l’enfant des attitudes basées sur le respect mutuel, la communication, la coopération, l’autonomie et la responsabilité. Les enfants médiateurs témoignent en ce sens lorsqu’en fin d’année, nous faisons le bilan avec eux. Ils affirment qu’ils « se disputent moins à l’école et à la maison », qu’ils se sentent capables « d’éviter un conflit ou de mieux se contrôler » quand il éclate. Ils disent « mieux comprendre leurs amis » et surtout s’être rendu compte que « la violence ne sert pas à grand chose » et qu’ils peuvent « faire autrement en parlant ». Ils confirment avoir découvert « une aide pour dialoguer avec les autres » et pour « oser plus ». Ils affirment « avoir plus d’assurance » et de « confiance en eux ». De plus la question posée par les élèves de CM2 en fin d’année, « pourra-t-on continuer en 6e ? », montre bien leur intérêt et leur enthousiasme pour cette pratique au quotidien. Enfin, les propos de leurs camarades renforcent leurs remarques. Pour eux, les médiateurs aident à résoudre les disputes sans se battre, ils aident à mieux se connaître et « rapprochent les personnes ». Ce sont des « réconciliateurs » comme ils les nomment Grâce à eux, ils trouvent qu’il y a moins de disputes, de violence dans la cour et comme « ils arrivent vite pour régler les confits », ils « se sentent protégés » et trouvent que « c’est une sécurité supplémentaire pour jouer en paix. »

Isabelle Vermandel, Formatrice à Génération Médiateurs

7. Entretien avec André de Peretti Président d’Honneur de Génération Médiateurs

Polytechnicien, docteur es lettres et sciences humaines, ayant assumé de multiples responsabilités (ingénieur, professeur, parlementaire, formateur, chercheur, médiateur pendant la décolonisation, conseiller de plusieurs ministres de l’Éducation Nationale … ), André de Peretti explique aux lecteurs de GMi  les raisons pour lesquelles il a accepté avec enthousiasme de devenir Président d’Honneur de Génération Médiateurs.

« Ce qui a été déterminant dans ma vie, ce fut de découvrir à 15 ans, que l’on pouvait me faire confiance, et je garde un souvenir très fort des premières responsabilités que l’on m’a données : je pense en particulier à la JEC, à un professeur de la Sorbonne avec qui j’ai longtemps correspondu… Il est pour moi essentiel de prendre conscience qu’on ne peut pas régler les problèmes des jeunes en dehors d’eux. On a trop souvent tendance, en France, à n’accorder de crédit qu’aux experts et à vouloir faire intervenir les adultes dans tous les petits conflits quotidiens. Cette façon de fonctionner remonte aux siècles précédents, à une époque où le jeune n’avait aucun droit. Longtemps, l’enfant a été oublié dans l’homme, travaillant 15 heures par jour et 6 jours par semaine. La Convention des droits de l’Enfant est très tardive et nous continuons plus ou moins consciemment, à vouloir dominer les enfants. Je partage avec mon ami Cari Rogers la conviction que chacun possède en lui les forces nécessaires pour gérer au mieux les situations de conflits. Le rôle de l’éducation est justement d’aider le jeune en l’étayant dans son propre surgissement intérieur et ainsi de permettre à chacun de devenir plus profondément lui-même. Dans cet univers de mondialisation, de systémie et d’interdépendance des différents éléments, dans ce monde où tout est en interaction, la solidarisation est devenue inéluctable. Il est indispensable d’accroître les phénomènes de prise en considération de chacun. Or, la médiation n’est pas dans une logique séparative; au contraire, elle développe les rapports de relation et de reliance. Ce que vous faites à Génération Médiateurs en aidant le jeune à apporter quelque chose aux autres est à la fois simple et indispensable car rejoint mon analyse de la réalité mondiale. Le jeune, pris en formation, se sent considéré car on ne peut s’épanouir que dans la charge stimulante d’une responsabilité. Cette ingénierie, ce matériel que vous lui proposez, l’entraîne et l’exerce aux différentes manières d’intervenir. Ce rôle de médiateur contribue au modelage de sa personnalité. Quant aux éducateurs, artisans de cette action pédagogique profonde, et qui exercent le métier le plus indispensable qui soit, ils deviennent à la fois organisateurs, facilitateurs et accompagnateurs dans cette découverte de l’enfant par lui même. Dans une époque turbulente où les connaissances prolifèrent et où la morale collective est en perte de vitesse, le projet de l’école doit être de rendre nécessaire l’éthique individuelle et d’apprendre aux jeunes à surfer sur l’océan des savoirs. « 

Propos recueillis par Brigitte Liatard (extrait de GM infos n°6, janvier 2002)

La Charte de GENERATION MEDIATEURS est présentée sur le site de Réveil à l’adresse : http://assoreveil.org/generation_mediateur_charte.html

Roger et Alii

Retorica

(1.350 mots, 8.500 caractères)

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