33 VIO médiation médiateurs 2007_07

1. La médiation peut s’exercer à tous niveaux notamment dans la classe ou dans l’établissement (école, collège, lycée). Elle met en place des modalités d’apaisement des conflits et fait appel à des médiatrices ou des médiateurs dûment formé(e)s à leurs tâches. Voici quelques points de repères.

1.Qu’est-ce qu’une médiation ? Notes prises d’après le site de Martin Winckler  

http://martinwinckler.com/article.php3?id_article=497 

(France Inter, 13 mars 2003)

La médiation est courante dans de nombreux pays, notamment les États-Unis et la Chine où elle existe depuis plus de cent ans car c’est un substitut très bon marché et souvent très satisfaisant à une procédure judiciaire. La justice française est constamment critiquée : une décision imposée mécontente l’une des parties et comme le dit un juge :  La justice n’apaise pas la colère, n’éteint pas la rancune et ne répare pas l’amour ! La médiation, en revanche, est un processus de résolution des conflits par les parties elles-mêmes. C’est « un processus par lequel un tiers neutre tente, à travers l’organisation d’échange entre des parties, de permettre à celles-ci de confronter leurs points de vue et de rechercher avec son aide, une solution au conflit qui les oppose. » (définition donnée par le site www.mediationnet.com).

2. En France le premier médiateur de la République a été nommé en 1973 et le médiateur de l’Éducation nationale existe depuis 1994. La médiation civile date de 1995 et la médiation familiale de 2001. Les conflits étant multiples, les champs de la médiation le sont tout autant : administratif, économique (entreprise), privé (divorce, voisinage), etc. Pour qu’il y ait médiation il faut que les deux parties soient d’accord sur la procédure et le médiateur, quelquefois désigné par le juge, quelquefois appartenant à une association de médiation agréée. Il en existe plus de 200 en France dont une cinquantaine qui ont signé une convention avec le tribunal de grande instance de leur région. L’existence de ces associations permet d’avoir recours à une médiation sans aller devant un juge : en cas de conflit, une des deux parties peut ainsi se rendre chez le médiateur et lui demander de rentrer en contact avec l’autre pour organiser une rencontre.

3. Bénévole ou professionnel, l’essentiel est que le médiateur soit compétent. Il est tenu à l’obligation de secret vis-à-vis de tiers et les déclarations qu’il recueille ne peuvent être produites devant une autre instance sans l’accord des deux parties. Le médiateur ne décide pas pour les parties, il les aide seulement à trouver et à formuler un accord ; c’est ensuite le juge qui homologue l’accord, lequel tient lieu de décision. Les associations de médiations estiment actuellement que près de 80 % des conflits qui leur sont soumis trouvent une solution.

Michèle Guillaume-Hofnung. La médiation. PUF, « Que sais-je ? », 2001.

Jean François Six et Véronique Mussaud. Médiation. Le Seuil, 2002.

La médiation familiale. Éd. Morisset, Coll Essentialis.

http://vosdroits.service-public.fr/particuliers/Mediation.html

http://www.mediation-net.com/section.php ?node=27

http://www.mediationfamiliale.asso.fr

4. La médiation entre la loi et le contrat. Dans une Matinale de France-Culture (3 mai 2001), Jean-François Six notait les limites de la médiation. Il y disait en substance que par rapport à la violence, la médiation peut être une manipulation entre acteurs asymétriques (dont l’un a plus d’informations que l’autre). C’est, notamment au niveau international, un possible outil de manœuvre et d’instrumentalisation. La médiation est plus proche du contrat (apparemment passé librement) que de la loi (qui s’impose à toutes les parties). Le libéralisme veut passer d’une société de la loi à une société du contrat. C’est admissible à condition que le contrat ne soit pas léonin, qu’il soit inscrit dans la loi et qu’on puisse toujours en appeler d’un contrat devant un tribunal. Pour Six « il s’agit moins de résoudre des conflits que de favoriser des liens » (in « Dynamique de la médiation » 1995) Le médiateur pour lui n’est ni juge, ni arbitre mais plutôt un passeur.

5. La médiation a toujours existé et sous des formes très diverses. On disait qu’ un mauvais compromis vaut mieux qu’un bon procès. Mais, en France, elle n’avait pas d’existence légale car elle équivaut à un jugement. Or rendre la justice est une fonction régalienne, une fonction qui revient à l’État. La médiation est surtout efficace à titre préventif. Plus l’enjeu est important et moins la médiation est satisfaisante car l’instance médiatrice peut être contestable. Il faut, de toute manière, y recourir dans un premier temps mais pas n’importe comment car l’accord des deux protagonistes sur un médiateur ne suffit pas. Le médiateur n’est pas forcément compétent, surtout s’il manque d’expérience. Et dans ce cas il peut gravement léser d’un des plaignants… qui se tournerait alors vers les tribunaux. Mais précisément ceci est exclu dans la médiation !

6. Tout ceci est expliqué dans un livre de Thomas Clay : L’arbitre (Dalloz, 930 pages, 2001). La médiation existe depuis des millénaires et Solon la définit ainsi au V° siècle avant notre ère, à Athènes : Si les citoyens veulent choisir un arbitre pour terminer les différends qui se seront élevés entre eux pour leurs intérêts particuliers, qu’ils prennent celui qu’ils voudront d’un commun accord ; qu’après l’avoir pris, ils s’en tiennent à ce qu’il aura décidé ; qu’ils n’aillent point à un autre tribunal ; que la sentence de l’arbitre soit un arrêt irrévocable. Rien n’a changé depuis 26 siècles ! Et d’abord cet élément fondamental : l’arbitre, le médiateur, a la juris dictio : le pouvoir de dire le droit. Mais il doit connaître aussi la jurisprudence, c’est-à-dire les arrêts prononcés par d’autres arbitres ou juges en la matière ! De proche en proche on voit se reconstituer un pouvoir judiciaire mais qui ne peut recourir à la force publique si l’un des plaignants ne se soumet pas à l’arrêt. Thomas Clay dénonce la prolifération des « faux arbitres » (conciliateurs, médiateurs, experts…) qui ont pour caractéristique d’être dépourvus du pouvoir de dire le droit. Et dont les arrêts sont remis en cause y compris devant la justice officielle.

7. La médiation revêt une importance particulière dans le cas des agents de médiation. Il s’agit, dans les grandes banlieues belges ou allemandes, de jeunes gens, garçons et filles qui, sous un uniforme très simplifié, patrouillent nuit et jour, aident les enfants et les vieilles personnes à traverser les rues, pénètrent dans les cages d’escalier pour récupérer des seringues, n’ont aucun pouvoir de coercition mais font quotidiennement leur rapport écrit sur ce qu’ils ont vu et entendu. Le rapport est fait près des services municipaux qui le répercutent auprès des commissariats concernés. Il ne s’agit donc pas de « police de proximité » mais ils aident indirectement la police à comprendre le climat du secteur qu’elle surveille. Les agents de médiation ont eu leur heure de gloire en France sous la dénomination de grands frères dont la mission était exactement la même. L’expérience a été abandonnée. Les émeutes de l’automne 2005 dans les banlieues françaises n’ont pas eu d’équivalent dans leurs homologues belges ou allemandes.

8. Le PEI (Programme d’Enrichissement Instrumental) ou Pédagogie de la médiation de Reuven Feuerstein. Il s’agit pour le médiateur d’intégrer un sujet dans un groupe auquel il est étranger. La conciliation étant aussi réconciliation, c’est le fondement même de la médiation qui est ainsi interrogé. Le PEI (Programme d’Enrichissement Instrumental), encore appelé Pédagogie de la médiation a été mis au point après 1945 par un psychologue israélien, le professeur Reuven Feuerstein, pour ramener à la vie sociale des jeunes déportés, rescapés des camps de la mort, les enfants des cendres. Des succès remarquables ont marqué l’application de cette méthode. L’un des cas les plus extraordinaires est celui de ce jeune illettré, au QI de 40-60 qui, après un entraînement de quatre mois, avait si bien progressé qu’il deviendra officier et maître de conférences… La méthode a été utilisée vers 2001 pour intégrer les Éthiopiens installés en Israël.

9. La pédagogie de la médiation repose sur l’identification des déficiences dans les fonctions cognitives. Le sujet doit en prendre conscience pour demander à changer : Ne m’acceptez pas tel que je suis.  Ceci mène à une carte cognitive que l’éducateur exploite dans la médiation qu’il conduit.  Voici les sept paramètres de cette carte cognitive :

1. Univers du contenu autour duquel l’acte mental est centré.

2. Modalités ou langage dans lesquels l’acte mental est exprimé.

3. Phases des fonctions cognitives requises par l’acte mental.

4. Les opérations cognitives requises par l’acte mental.

5. Niveau de complexité.

6. Niveau d’abstraction.

7. Niveau d’efficacité avec lequel l’acte mental est accompli.

Le sujet apprend à « organiser les stimuli qui s’abattent sur lui de façon directe. »  Le fondement de la méthode va au-delà de l’individu : « La culture de l’être humain est animée par le besoin que l’homme éprouve de se faire continuer par la génération, suivante au-delà de ses propres limites biologiques. (…) Cette intention fait du médiateur une personne engagée affectivement, émotionnellement et cognitivement dans ce processus de transmission. » Le problème est alors de trouver le médiateur le plus efficient pour telle personne donnée, en fonction de sa culture d’origine et de ses déficiences. « En médiatisant un individu on augmente ses capacités d’apprendre. » Le médiateur change les stimuli ; il change l’état de l’individu qui les reçoit ; il change lui-même. « Le message de la médiation sera considéré comme consumé lorsque s’établira entre les trois partenaires un véritable circuit fermé » (partenaires : le sujet, le médiateur, le groupe auquel il doit s’adapter).  Ce qui rend difficile cette approche : « La médiation n’a rien à voir avec le “quoi”, elle n’a rien à faire avec le contenu ou le langage, elle ne représente que la qualité de l’interaction. Ce phénomène est le résultat d’une certaine qualité de l’acte de transmission. »

Pour en savoir plus : Pédagogies de la médiation. Autour du PEI. Programme d’Enrichissement Instrumental du Professeur Reuven Feuerstein« .  Éditions Chroniques sociales, 1992.

Le film “Va, vis et deviens” (2004) de Radu Mihaileanu, par son titre et son contenu fait penser au PEI. En 1984, une opération américano-israélienne, l’opération Moïse rapatrie les juifs noirs d’Éthiopie (les falashas) en Israël. Dans un camp de réfugiés au Soudan, une mère chrétienne pousse son fils à se faire passer pour juif afin de survivre.. Grâce à une série de médiations plus ou moins volontaires l’enfant, devenu adolescent puis adulte réussit à se construire et à trouver sa vocation.

10. La médiation à l’école. (Source : Valeurs mutualistes de novembre 2000). Babeth Diaz  est professeur d’anglais et co-fondatrice de l’association Génération Médiateurs : « Il y a huit ans j’étais chargée d’une classe de cinquième très difficile, où toutes les sorties de classe donnaient lieu à des bagarres. Je savais que dans les pays anglo-saxons, la médiation entre pairs est enseignée comme une véritable matière. Il nous est donc apparu nécessaire d’ouvrir l’école à cette technique. J’ai reçu une formation à la médiation pénale, et la médiation par les élèves procède de la même façon : faire en sorte que les protagonistes trouvent une entente d’où ils sortent gagnants. »

Les futurs médiateurs font un travail important sur eux-mêmes, par le biais de questionnaires, d’ateliers ludiques et de jeux de rôle. Ils apprennent ainsi à clarifier leurs problèmes, à modifier leur angle de vue, à écouter et s’ouvrir aux autres. Surtout, ces exercices leur permettent de reconnaître leurs valeurs et d’accroître leur confiance en eux, qui est la plupart du temps inexistante. Or les phénomènes de violence découlent souvent d’un sentiment de dévalorisation. D’où l’idée de faire bénéficier tous les élèves de ce type de formation, même si seule une minorité s’orientera vers la médiation car tous auront acquis un esprit positif et des compétences relationnelles.

Consulter : http://www.gemediat.org/

11. La charte du médiateur

Le Médiateur à l’école est un jeune comme vous, qui a suivi une formation lui permettant d’aider les autres à résoudre leurs conflits.

1. Le Médiateur n’est pas un surveillant ou quelqu’un qui vous fera des reproches. Il ne prend pas parti, ne juge pas mais vous aide à trouver une solution à vos difficultés.

2. Le Médiateur n’oblige personne à venir le voir mais propose son aide dans un esprit de respect mutuel.

3. Le Médiateur est là pour vous écouter.

4. Le Médiateur ne rapporte pas ce que vous lui avez dit : il est discret et a droit à votre confiance.

5. Le Médiateur fera le maximum pour vous aider, mais ne peut pas forcément trouver une réponse à tous vos problèmes. La véritable solution est entre vos mains.

(Extraits de la Charte rédigée en 1995 par les Élèves Médiateurs, Sarcelles, classes de 4e)

12. Comment gérer un conflit ? Les occasions de réfléchir sur la violence sont multiples. Voici, à titre d’exemple, deux techniques mises en œuvre au lycée, qui peuvent être utilisées pour aboutir à une réflexion intéressante en peu de temps : prise de parole en trois minutes (PP3) , consacrée à la notion de conflit et débat silencieux (a6) qui traite de la violence scolaire.

PP3 : Comment gérer un conflit ?

Introduction. Polémos est père de toutes choses. (Héraclite). Gérer les conflits paisiblement et sereinement car les divergences de point de vue sont normales et constructives.

1. Les conflits qui semblent ne pas pouvoir se régler

11. antipathies personnelles : un refus mal compris – « on ne peut pas toujours être populaire », caractères, psychorigidité, peut-être antériorités réactivées (outil puissant mais discuté)

12. situations trop pathogènes.

13. On négocie au jour le jour et au moins mal, en repérant les rares indices positifs qui sont autant de brèches à entrouvrir lentement.

2. Les conflits qui peuvent se régler

21. en recadrant le conflit dans une autre configuration

22. donner du temps au temps avec une vision claire de la situation pour changer de point de vue

 23. recourir à la consultation si on est en position hiérarchique dominante

24.  la médiation : le responsable devient médiateur ou mieux fait appel à un médiateur extérieur.

25. Les maîtres-mots sont : patience, humilité, attention (kaizen), donc nécessité d’une méditation intérieure.

3. Le changement de point de vue

31. L’analyse de la situation : repère les relations de pouvoir

32. Recours à l’A.T, à la P.N.L, aux jeux de rôle

33. Appliquer la règle « J’y tiens, je l’obtiens » qui se déroule en trois étapes :

a) savoir exactement ce que l’on veut ;

b) découvrir ce que veut l’autre et faire en sorte qu’il se sente entendu et compris ;

c) proposer un accord qui soit acceptable pour chacun.

(d’après Kate Anderson, consultante américaine en entreprises, J’y tiens, je l’obtiens. L’art de négocier sans perdant. 100 modèles appliqué”, Marabout, 1994.) ;

34. Changer de point de vue est possible à condition d’en posséder et utiliser les outils.

Conclusion. Le conflit est normal. Il faut le gérer pour qu’il ne débouche pas sur la violence verbale puis physique. Pour cela il faut d’abord gérer sa violence intérieure, s’interdire de penser du mal de l’adversaire.

13. Débat silencieux (a6) sur la violence. Il s’agit d’un débat national sur la violence proposé le vendredi 20 septembre 1996 par le ministre de l’Éducation nationale d’alors. J’étais ce jour-là dans mon ancien lycée (lycée Bourdelle, Montauban). Une collègue m’a invité pour animer le débat. Nous avons utilisé une méthode qui a fait ses preuves, le mélange de débat oral et de débat écrit. Les quarts de feuille recueillis m’ont permis de rédiger ensuite ce compte rendu.

D’abord purement oral, le débat s’est progressivement approfondi grâce aux quarts de feuilles rédigés anonymement, remis aux animateurs et lus à toute la classe. Ce qui relançait la réflexion collective. Ceci a été très net en deuxième heure. Les quarts de feuille les plus significatifs sont reproduits en italique.

Le débat s’ouvre sur un constat très pessimiste : appelé par l’actualité et les média il n’aura pas de lendemain. « Ce n’est sûrement pas avec ces deux heures qu’on pourra remédier à un problème qui existe depuis un bon moment. Certainement que le ministère de l’Éducation nationale est en position d’échec. » Les élèves ne peuvent rien faire. On peut entrer des armes à feu à Bourdelle, impossibilité de fouiller.  On décrit différentes formes de violence : rackets et chantages, armes, drogue, violence envers les professeurs. On évoque aussi la violence de certains élèves en échec et trop vieux pour la classe où ils se trouvent. Finalement exclus, ils deviennent les « éléments extérieurs » qui viennent racketter et agresser les jeunes encore scolarisés. Enfin : Les maires des villes touchent des primes pour faire venir des banlieusards dans celles-ci. Alors qu’ils ne se plaignent pas si la violence s’accroît. (À Montauban, 600 familles du Mirail de Toulouse vont venir dans la banlieue ). Surtout, les banlieusards sont souvent redoutés par la police donc ils se croient plus forts et se permettent beaucoup trop de choses.

Apparemment la violence ne peut se maîtriser que par l’extérieur : les parents qui ne surveillent pas suffisamment leurs enfants, le chômage, le racisme. On approfondit un peu les termes : la violence (physique, verbale, extérieure, intérieure) est la dégradation d’une agressivité mal canalisée. Celle-ci est encouragée par notre société marchande : on vante l’agressivité sportive et commerciale. Or elle dénature la  compétition  et l’émulation. L’émulation est utile pour développer l’énergie, la force individuelle et collective. Mais la compétition sans fair-play débouche sur la violence.

Dans notre société marchande, on cherche à tout obtenir au moindre prix. Ainsi il faudrait davantage de surveillants dans les lycée mais on va les compléter par des appelés du contingent qui ne sont pas formés.

Nous sommes aussi dans une société violente qui se donne, par la télévision, le spectacle de sa propre violence. Et qui du coup l’entretient. On pourrait faire baisser autoritairement le pourcentage de films violents sans pour cela tomber dans des films à l’eau de rose. Cela s’est fait pour la protection de la chanson française avec la création des quotas. On a crut d’abord que les auditeurs, les jeunes, se détourneraient des radios puisqu’elles passaient moins de chansons anglo-saxonnes. Or c’est le contraire qui s’est passé : l’audience s’est maintenu et a même progressé. Leur goût avait évolué parce qu’on leur avait proposé autre chose.

Enfin, beaucoup de contraintes sociales paraissent injustifiées. « Sur les murs où il y a écrit Défense d’afficher, il y aura toujours des affiches alors que celui d’à côté où il n’y a rien d’écrit, il n’y aura toujours rien. Donc pour moi si on interdisait beaucoup moins de choses, il y aurait moins de violence. »

Devant une agression les spectateurs se taisent ou fuient par peur de représailles personnelles. On ne peut rien faire. Que voulez-vous qu’on fasse ? Les relations avec nos “ennemis” sont souvent très importantes. Si on dénonce la personne qui nous a agressé, il trouvera toujours le moyen de nous retrouver et de nous faire la peau, la personne qui nous a agressé ou ses relations. Le délit de non assistance à personne en danger  est rarement puni et la police est jugée souvent inefficace.

Les élèves racontent de nombreux cas de rackets mais cela ne sert à rien d’en parler entre soi si la Vie scolaire n’est pas informée : le faire par écrit pour dire ce qu’on a vécu. Informer la Vie scolaire par téléphone et au besoin anonymement des incidents graves auxquels on a assisté. Car, par recoupements, il est possible d’identifier les agresseurs et de leur faire passer le message : vous êtes repérés et vous tomberez à la prochaine agression. Peur de la dénonciation ? de la délation ? Non. Une communauté a le droit de se défendre et le devoir de défendre ses membres. Une élève du collège de Montereau remarquait que si la Vie scolaire avait été prévenue qu’un garçon portait une arme à feu, la victime serait encore vivante et viendrait en classe comme tout le monde.

14. Le retournement dans la réflexion collective commence à s’effectuer sur la remarque suivante : « Si vous ne faites rien pour les autres, vous serez la prochaine victime. » Le débat aborde alors la responsabilité individuelle : Qu’est-ce que je peux faire, moi ?

Maîtriser sa peur, rester nature, essayer de changer de mentalité.

« Il faut déjà être plus nature et retrouver la notion du respect envers soi et les autres. » « Il faut d’abord se poser la question à soi-même. Savoir si on est violent ou pas et essayer de changer. » « C’est vrai qu’il faut être nature car certaines personnes, quand on les pousse ou quand on leur parle un peu trop fort, s’énervent et cherchent à se battre. Ce sont de “petites bagarres” mais cela peut devenir violent et dangereux. »

Dissuader quelqu’un quand il veut se montrer violent à l’égard de quelqu’un d’autre, discuter, être compréhensif.

Apprendre à rester calme et à vivre en groupe : « Pour moi, rester en groupe pour les sorties et dialoguer avec les autres. » « Ne pas sortir le soir après 10 heures, faire tranquillement les devoirs à la maison. Ne jamais sortir seul » (Rires) « On doit rester calme et naturel et en groupe. » « Un jour au collège Monplaisir un garçon m’a mis un cutter sous la gorge pour obtenir mon argent. Et je m’en suis sortie grâce à des amis. »

Canaliser sa violence par le sport et la musique ; pratiquer des arts martiaux comme l’aïkido pour apprendre à maîtriser sa violence. « Pour se défendre, s’il n’y a personne pour nous aider, il n’y a que l’autodéfense de valable. Mais il ne faut pas l’utiliser pour provoquer. » « Au lieu de nous donner des emplois du temps chargés, les établissements pourraient donner des cours d’autodéfense. À n’importe quel moment de la journée, on peut se faire agresser. »

– « Essayer de dissuader quelqu’un dont je connais l’intention de faire un acte de violence envers quelqu’un d’autre. »

« Les violents sont souvent des timides qui cachent leur timidité par la violence. »

« Il faut être compréhensif et combattre l’ignorance qui est un facteur important de la violence. » (Cf. Platon : Nul n’est méchant volontairement).

Pratiquer la bonne humeur et l’humour : l’humour, quand il évite la méchanceté, désarme, détend des situations dangereuses. « Lorsqu’on se fait agresser on peut essayer de détendre l’atmosphère même si c’est pas facile. »

« Notre comportement est nul. On a attendu un crime pour réagir. Je pense qu’il faudrait plutôt anticiper. » Car un acte de violence n’arrive pas d’une manière inopinée. Il faut anticiper, apprendre à lire les situations qui risquent de mal tourner.

Avertir la Vie scolaire quand quelque chose d’anormal se produit (en parler aux surveillants et aux pions du contingent). Se sentir solidaire et responsable de la communauté : se protéger en protégeant les autres.

Conclusion :

Aller voir la Vie scolaire. 

Aller témoigner.

Avertir les copains.

Essayer de maîtriser sa peur.

15. Josiane et Maïthé (juin 2008) : Une histoire d’œuf. Un œuf a été jeté dans la classe. Qui est le coupable ? Loi de l’omerta. Tout le monde se tait. L’affaire remonte au principal adjoint qui la met sur internet. Josiane : Dans cette histoire, pour la première fois chez nous, malgré tout le personnel et les moyens mobilisés : Coupable non trouvé. Pire : tous les élèves ont signé sur l’honneur : « je n’ai pas lancé l’oeuf , je n’ai pas vu qui ». Plus grave toujours : Les parents convoqués un à un ont tous dit : « interdire à leur enfant (alors que le principal garantit son anonymat) de donner le nom du coupable,  » On est tous déprimé, démuni, écoeuré et plus ! Lundi la brigade des mineurs essaiera de prendre le relais… la gendarmerie est débordée et par des cas plus graves… Dans les banlieues, d’autres lois que « La LOI » se mettent en place et Paris a du souci à se faire… (les profs aussi) Maïthé (15 juin) :  Comment d’un oeuf faire un boeuf ? (…) Encore besoin de ton aide, Roger, cette fois  pour répondre à l’amie Jojo…. Je me demande comment on pourrait mieux faire pour mettre le feu aux poudres. Mais je ne peux pas lui dire ça. C’est fait. Il y a un fossé énorme creusé entre ces enfants et l’école. On brandit la loi, les flics, on demande de dénoncer, et le texte envoyé m’a paru en décalage évident avec l’acte. Il me semble que j’aurais essayé d’abord de régler ça le plus simplement possible dans ma classe avec mes élèves, portes fermées. La question étant de travailler ensemble à leur éducation et pas de livrer un coupable. Pour ça faut se parler et s’engager et les enfants aussi doivent s’engager. Et là dessus je n’aurais pas fait de sentiments. Que dire en l’état ? Roger (16 juin) : Tu as bien raison. Une telle histoire doit se régler en classe, en douceur et en lenteur. Avec retour sur soi du prof et vraie réunion coopérative. On passe l’éponge en sachant que la vérité apparaîtra tard plutôt que tôt. D’ailleurs qu’en fera-t-on ?

Les élèves et leurs parents sont en révolte contre les enseignants et leur principal. Une solution : changer de parents et d’élèves.  Mais ce serait dommage car parents et élèves font preuve d’un grand dynamisme et cette histoire de refus collectif a soudé les familles.

L’honneur ? Cela dépend du niveau où on le place. Ici il s’agit d’un climat dégradé par les enseignants et le principal singeant des consignes de fermeté qui remontent hiérarchiquement jusqu’à Darcos et Sarkozy.

Depuis que des enseignants brûlaient en place publique l’ouvrage que Luc Ferry leur offrait, ouvrage estimable à bien des égards et que j’avais acheté, la crise de l’autorité est patente.

Tu peux  dire à ton amie Jojo qu’elle te raconte une histoire tronquée et  donc trompée pour ceux qui la lisent.

Il faut poser les bonnes questions :

– Pourquoi un œuf a-t-il été lancé dans la classe ?

– Autres signes de dégradations du climat de l’établissement ?

– Les enseignants et leur proviseur ont-ils entendu parler de cette pratique institutionnelle qu’on appelle la médiation ?

Maïthé (16 juin) : Merci Roger de ton analyse qui éclaire comme dab. Lui ai demandé des précisions sur le contexte de cette histoire d’œuf. (…) Roger (2015_02_09) : Fin de l’échange. On ne saura jamais ce qui s’est passé et du reste on s’en moque car c’est une histoire très banale. Mais elle est symptomatique d’un climat. J’ai noté en gras ce qui me paraît affligeant : l’autodafé d’un ouvrage par ailleurs estimable. Au fait qui brûlait des livres et en brûle encore : les nazis et les islamistes. Mais attention ! pas d’amalgame !

Roger et Alii

Retorica

(4.470 mots, 27.000 caractères)

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