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Sexe et violence télévisés déstabilisent-ils la société ?

(genre : essai discussion pp3)

Attention ! ce n’est pas un sujet bienfaits / méfaits de la TV. Autre déviation plus subtile : « s. et v. sont-ils les causes de la déstabilisation sociale? » car entraîne un traitement 1.oui, ce sont des causes de déstabilisation 2. mais il en y a d’autres (d’où demi hors-sujet).

Introduction. Déstabiliser une société c’est lui faire perdre ses bases, ses valeurs dans une irresponsabilité générale qui mènerait à la barbarie. Annonce du plan.

1. Oui, risques de déstabilisation

    1.1 banalisation de la violence : délinquance juvénile et drogue

1.2 banalisation du sexe : viols, instabilité affective imprégnant l’enfant, divorces, instabilités familiales

1.3 or tout ceci plaît : tyrannie de l’audimat, d’où irresponsabilité sociale, les désordres entraînent une remise en ordre dictatoriale.

1.4 donc danger réel, apparemment même  inévitable à cause des effets sur la jeunesse et de la fausse démocratie de l’audimat.

2. Non, les risques de déstabilisation sociale se réduisent.

2.1 effet de catharsis, de purgation (Aristote) qui détournerait de la violence et du sexe en satisfaisant les fantasmes.

2.2 le danger concerne surtout des individus déjà fragilisés et non la masse des téléspectateurs.

  2.3 solution personnelle : magnétoscope (banalités à 20.30 h / culture à 22.30 h), donc on peut choisir

2.4 surtout lassitude de l’opinion, réactions d’associations d’où campagnes et remise en cause de l’Audimat. Donc la situation n’est pas catastrophique.

Conclusion. Une société démocratique peut connaître de graves problèmes mais quand elle fonctionne librement elle n’est pas déstabilisée. Les excès de la télévision provoqués par la recherche du profit sont limités par les réactions du public.

(211 mots, 1425 caractères, 2 heures)

Compléments

1. Rédigée en 1994 cette prise de parole en 3 mn correspond à la norme des 200 mots. En 2015 elle peut sembler naïve : il n’y a plus de magnétoscope mais des enregistreurs numériques dont finalement l’usage est réduit. La télévision, surtout chez les jeunes, est remplacée par internet. Globalement le problème reste le même.

2. Un enfant de 4 à 14 ans passe en moyenne 1.400 heures par an devant la télévision et 850 heures à l’école. (D’après Télérama, 1er novembre 2000)

Ecran violent, stress des enfants.

Oui, les images perturbent les enfants. Même s’il n’est pas prouvé qu’elles favorisent le passage à l’acte, elles créent de l’angoisse, suscitent de la honte et, surtout, encouragent l’agressivité en groupe. Telles sont les conclusions d’une  longue étude menée auprès de deux cents enfants de 11 à 13 ans sous la direction du psychanalyste Serge Tisseron.

Il pensait que seuls les enfants ayant vécu un traumatisme étaient déstabililisés par les images violentes. Son étude l’oblige à remettre en cause son hypothèse car l’image… c’est justement le traumatisme !

75 % des programmes vus par les enfants ne leur sont pas destinés.

Pour qu’il y ait catharsis, il faut qu’une tierce personne soit disposée à entendre cette histoire personnelle, de l’enfant angoissé par une scène traumatisante. C’est le cas des “images violentes qui captivent”.

Dans le cas des “images violentes qui sidèrent” , le stress semblent insurmontable ; les enfants disent :

“Dans cette situation-là, ça ne sert à rien de se battre

“Si on m’avait fait ça, je me serais suicidé.”

Quand il réagit c’est pour dire :`

“Il ne faut pas se laisser faire, il faut lutter”

“J’aurais aimé tirer sur le méchant directeur de la colo”.

Seule une minorité envisage le dialogue ou de faire la paix. Alors qu’après des images neutres c’est la proportion inverse.

En jeu de rôle on voit apparaître la honte (46 %) et l’agressivité (30 %). Les enfants sont amenés à gérer leur stress en groupe en se conformant à sa loi. C’est très net chez les filles qui perdent alors leur rôle modérateur pour s’aligner sur des comportements d’agressivité.

3. Conclusion : habituer les enfants à parler de leurs propres émotions. Qu’ils s’interrogent sur l’impact des images sur eux-mêmes et non pas sur le sens des images en soi. Les jeux de rôle doivent être pratiqués par des techniciens, pas par des enseignants dont le rôle est ailleurs.

Tous les enfants qui regardent la télé seuls le soir (17 % en moyenne nationale, 60 % dans certains quartiers difficile) auraient besoin d’une demi-heure quotidienne de jeu de rôle. Ils ne n’ont pas, discutent à peine avec leurs copains et restent ainsi sous tension.

La télévision c’est le poison et le magnétoscope le contre-poison. Les parents peuvent dire : “On enregistre le film, on le voit, et ensuite on le voit avec toi et on en discute.” On peut alors zapper les scènes les plus dures.

Les jeux vidéos posent les mêmes problèmes, manque de recul sur les émotions vécues.

Les enfants vivent des situations violentes toute la journée (y compris avec les profs). Ils ne peuvent pas prendre de recul. La télévision va leur servir de support et de transfert. Il est plus facile de dire qu’on est mal à l’aise devant une série télé horrible que de dire qu’on est malheureux  à la maison.

Lire : Serge Tisseron “Enfants sous influence. Les écrans rendent-ils les jeunes vulnérables ?” Armand Colin, 175 p, 98 F, 2000.

4. Les remarques qui suivent vont un peu dans tous les sens. Elles sont rédigées d’après Marianne du 9 décembre 2002

Blandine Kriegel remet, en 2002, au ministre de la Culture (Jean-Jacques Aillagon) un rapport collectif sur la violence à la télévision qui est reçu fraîchement par des responsables politiques ou de l’audio-visuel et qu’elle défend d’une manière violente et maladroite. En fait elle a raison sur le fond mais on ne sait comment faire passer ses conclusions dans les faits.

a)  L’évaluation sociologique La responsabilité de la télévision “A long terme, l’exposition fréquente des scènes de violence contribue à une désensibilisation du spectateur qui s’habitue à la violence.”

b)  L’évaluation psychologique de la violence sur les enfants. “Une grande marque de cônes glacés a proposé pendant des années  ses esquimaux sur une scène de fellation à peine déguisée sur fond de sadomasochisme.” (…) “La réception d’une image brutale par le cerveau d’un enfant qui sent confusément que se nichent là des tabous a autant d’effet qu’un abus sexuel.” Les effets de la pornographie sur les jeunes et les femmes : “… elle impose plus gravement que les mots une certaine image de la sexualité. Elle donne une fausse représentation des hommes et surtout des femmes qui peuvent se sentir agressées.

c) L’évaluation esthétique. “Une violence dérégulée , c’est une violence qui ne peut que s’exacerber parce qu’elle est déréglée  et qu’elle ne sait pas contre qui elle s’exerce.

Le pacte républicain et la montée de la violence. “Dans le pacte républicain (…) est concentré le processus multiséculaire  des mœurs décrite par le sociologue Norbert Elias (…)  (c’est-à-dire d’) en finir avec une certaine conception de la justice fondée sur l’idée de la vengeance (bellum est justicia) au profit de l’idée moderne d’arbitrage des litiges établie sur la loi par l’Etat (pax est justicia)”. “Autrement dit, le pacte républicain met la violence à la porte, il l’externalise. » (…) Une définition de la violence : “la force déréglée qui porte atteinte à l’intégrité physique ou psychique, pour mettre en cause, dans un but de domination ou de destruction, l’humanité de l’individu. (…) Ne pas compter sur l’effet cathartique.

5. Critique du rapport.

* Son idéalisme. Le dispositif télévisuel est ainsi  fait que, même lorsqu’il n’a rien à montrer, il continue à déverser de l’image-son. Même si cela n’a aucun sens.

* Favoriser au nom du marché, la pornographie après minuit, se résigner à encourager chez les parents la misère sexuelle est aussi dangereux pour les enfants que pour les adultes.

* “Ce qui est à vendre à la télévision, ce ne sont pas les images, ce sont les consciences  des téléspectateurs qui sont vendues  aux annonceurs publicitaires” (Bernard Stiegler, philosophe).

* Yves Michaud conteste la définition de la violence inspirée de Julien Freund, disciple de Raymond Aron. “Avec cette définition, on pourrait téléviser les exécutions capitales par injection, puisque la force y est parfaitement réglée  et au service de la loi. (…) Blandine Kriegel a toujours été une femme d’ordre, même lorsqu’elle était maoïste”.

* Yves Michaud trouve insuffisant la notion de pacte social née au XVIII°s . Au XIX° s l’étape marxiste note que la violence – et notamment de classe – est intérieure à la société. Et aujourd’hui, les sociétés démocratiques, oublieuses du pacte social, croient avoir droit à la sécurité.

* Yves Michaud : “La violence de l’image  vient se greffer  sur un terrain social où, faute d’autorité, les jeunes sont déjà désinhibés et sans culpabilité.”

* Les auteurs du rapport se demandent “si l’exhibition sur les écrans  des images d’une violence intense et incandescente n’accompagne pas les ratés de la pacification des mœurs.” Yves Michaud a une interprétation inverse : “Dans le processus de pacification des mœurs décrit par Norbert Elias, nos sociétés sont très avancées. La pléthore  des images de violence  n’est-elle pas, en fait, le prix à payer pour cette pacification  et ce refoulement de l’agressivité ?” Yves Michaud est professeur de philosophie à Paris I, concepteur de l’Université de tous les savoirs, auteur de “Changements dans la violence” (Odile Jacob,2002). Depuis le Moyen-Age et surtout depuis le XVIII° siècle la violence n’a cessé de baisser (chiffres à l’appui) alors que la perception populaire conclut à l’inverse !

Roger et Alii

Retorica

(1.580 mots, 9.710 caractères)

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