02 BIB BIble Ancien et Nouveau Testaments 1985

Cette fiche a été écrite en 1985 et n’a servi qu’une fois dans une classe de seconde. Trop complexe, elle était surtout utile pour des enseignants. Je l’ai très légèrement actualisée mais il faudrait la revoir pour la rendre intelligible aux profs et ensuite une faire une autre pour les élèves. Actuellement les professeurs de français et d’histoire sont travaillés par l’ignorance et la désinformation en matière religieuse. D’où la nécessité de cette fiche en l’actualisant fortement à la lumière de l’archéologie moderne. Celle-ci devient autonome ; beaucoup d’archéologues même israéliens ne connaissent plus la Bible. La Bible est une collection de récits, travaillés et retravaillés Elle relève de la rhétorique et ce travail d’investigation est passionnant. D’autant que d’énormes coups de boutoir, comme le “Da Vinci Code” contribuent, malgré des outrances à démythifier la personne de Jésus, sans rendre inactuel son enseignement moral et social.

1° fiche : La Bible (grec : “Les livres”)

L’Ancien Testament (“ancienne alliance”) comprend 1. Le Pentateuque (grec : “cinq volumes”) appelé la Torah (la Loi) par les Juifs. 2. Les livres prophétiques (21 livres), 3. Les autres écrits (une dizaine). Tout ceci constitue la Bible hébraïque (“Tanak” en hébreu). 4. Les livres deutérocanoniques (grec : “du deuxième canon”, la suite du premier, une dizaine).

1. Le Pentateuque.


1. La Genèse (grec : “origines”). Dieu crée le monde, puis l’homme qu’il fait mâle et femelle ; il place Adam et Ève au jardin d’Eden mais ils mangent le fruit défendu et ils sont chassés. Puis Caïn tue son frère Abel. Le mal empire. Le Créateur envoie le Déluge pour détruire l’humanité mais sauve Noë et sa famille. Noé invente la vigne, s’enivre et maudit Canaan, fils de Cham. Dieu disperse les hommes qui voulaient construire la tour de Babel. Dieu fait alliance avec Abraham (- 1800 ?). Celui-ci ne peut empêcher la destruction de Sodome. Abraham accepte de sacrifier son fils Isaac et Dieu le sauve au dernier moment. Isaac a deux fils Esaü et Jacob. Jacob obtient de son frère Esaü son droit d’ainesse pour un plat de lentilles. Puis Jacob fait un songe, lutte contre l’ange de Dieu et reçoit le nom d’Israël. Jacob a douze fils, dont le plus jeune, Joseph, est vendu par ses frères à des marchands qui vont en Égypte. Joseph explique les songes de Pharaon, devient ministre, résiste aux avances de la femme de Putiphar, pardonne à ses frères et accueille toute sa famille lors d’une disette.

2. L’Exode (grec : “sortie”) Les descendants de Jacob, les Hébreux, après avoir prospéré en Egypte, sont persécutés et réduits en esclavage par un nouveau Pharaon. Celui-ci ordonne la mort de tous leurs premiers-nés mâles mais Moïse est sauvé des eaux par la fille même de Pharaon. Dieu apparaît à Moïse sous la forme d’un buisson ardent et lui ordonne de libérer son peuple. Pharaon ne laisse partir les Hébreux qu’après les dix plaies d’Égypte ( – 1250 ?). Les eaux de la Mer Rouge s’écartent devant eux. Puis Dieu donne à Moïse, les tables de la Loi, les dix commandements, sur le mont Sinaï. Mais pendant ce temps le peuple adore le Veau d’or.

3. Le Lévitique énumère les règles que doivent suivre les prêtres et les lévites.

4. Les Nombres. Ce livre est ainsi appelé parce qu’on y trouve deux recensements. Le peuple s’est révolté et il est condamné à errer quarante ans au désert. Le bâton d’Aaron, frère de Moïse, fleurit. Moïse dresse un serpent d’airain pour guérir les blessés par morsure. L’ânesse de Balaam contraint son maître à chanter les louanges de Dieu.

5. Le Deutéronome (grec : “seconde loi”) est un rappel énergique de la Loi. Moïse meurt avant d’entrer en Canaan.

2. Livres des prophètes. Livre de Josué. Josué entame la conquête de Canaan et ses trompettes font s’écrouler les murs de Jéricho. Livre des Juges. Installés en Canaan, les Hébreux luttent contre les populations locales et ont des faiblesses pour les dieux du pays. Des chefs, les Juges, rappellent au peuple son devoir (- 1200 à – 1050). Des douze juges, le plus célèbre est Samson. Samson perd sa force prodigieuse quand Dalila lui coupe sa chevelure. Les deux livres de Samuel et les deux livres des Rois. Samuel est un juge qui choisit pour roi Saül puis David. Le berger David triomphe du géant philistin Goliath. Devenu roi, David se conduit bien puis convoite Bethsabée, la femme d’Urie, son général, qu’il envoie à la mort. Il en est puni par la révolte et la mort d’Absalon, son fils préféré (- 1000). Salomon, fils de David, construit le Temple (- 950). La reine de Saba lui rend visite. Ses nombreuses femmes étrangères l’incitent à se tourner vers d’autres dieux. Il en est puni dans sa descendance. Le pays se scinde en deux royaumes : au nord Israël, au sud Juda (- 933). En Israël le prophète Élie lutte contre les dieux locaux et la mauvaise reine Jézabel. Puis Athalie s’empare du pouvoir. Enfin les Assyriens détruisent Israël (- 732). Les Babyloniens envahissent le royaume de Juda, détruisent le Temple et déportent la population (- 586).

Livre d’Isaïe. Le premier Isaïe prévoit les désastres, le second encourage ses concitoyens dans l’exil et célèbre le retour à Jérusalem.

Livre d’Ézéchiel annonce en exil le retour pour ceux qui seront fidèles à Dieu et montre les ossements desséchés qui ressuscitent.

Les Livres des douze petits prophètes. Le plus célèbre est Jonas, resté trois jours dans le ventre du grand poisson parce qu’il ne voulait pas aller convertir la ville de Ninive.

3. Les autres écrits. Les psaumes de David, le livre de Job qui, sur son fumier, refuse de maudire Dieu qui l’a durement frappé. Les Proverbes. Livre attribué à Salomon. Le livre de Ruth. Ruth, l’étrangère épouse Booz et devient l’arrière-grand-mère du roi David. Le Cantique des Cantiques est un hymne à l’amour humain et divin. L’Ecclésiaste, livre apparemment nihiliste, pense que tout est vanité. Le livre de Jérémie. Jérémie est resté célèbre par ses lamentations. Le livre d’Esther. En Perse, le ministre du roi veut faire périr la communauté juive. Esther sauve son peuple en gagnant la faveur du roi. Le Livre de Daniel. Daniel et ses compagnons sortent vivants de la fournaise où ils ont été jetés. Daniel déchiffre les songes de Nabuchodonosor et prédit sa ruine. Les livres d’Esdras et de Néhémie. Cyrus autorise les Juifs à revenir dans leur patrie (- 515). Les livres d’Esdras et de Néhémie. Esdras puis Néhémie reconstruisent Jérusalem et rétablissent la Loi. Les deux livres des Chroniques racontent toute l’histoire d’Israël pour y voir la volonté divine.

4. Livres deutérocanoniques. Ils n’ont pas été conservés dans le judaïsme parce que l’original en hébreu n’a pas été gardé pour des raisons diverses. Livre d’Esther complément, traduit du grec. Livre de Judith : Judith séduit le redoutable Holopherne et lui tranche la tête. Livre de Tobie. Tobit et son fils Tobie. Les deux livres des Maccabées. Les Maccabées organisent la résistance contre les Grecs (- 167). La Sagesse. Le Siracide. Baruch, Lettre de Jérémie. Le livre de Daniel complément, traduit du grec. On y voit la chaste Suzanne convoitée par deux vieillards.

Le Nouveau Testament (“la nouvelle alliance”).

Les quatre Évangiles (du grec : “bonne nouvelle”) Mathieu, Marc, Luc racontent la vie de Jésus. Jean prend un angle un peu différent. Les Actes des Apôtres racontent la diffusion de l’Évangile dans l’empire romain. 14 épîtres de Paul, 7 épîtres de Jacques, Pierre, Jean et Jude précisent la doctrine de la nouvelle Église. L’Apocalypse (du grec : “révélation”) veut traduire le sens de l’histoire dans des vision s effroyables.

* Lire et relire cette fiche pour en assimiler l’essentiel.

* Relevez les titres de trois épisodes que vous souhaiteriez étudier. Expliquez

2° fiche : Comment lire la Bible

La Bible a été traduite dans toutes les langues du monde et c’est le livre le plus lu. On le doit au christianisme et à l’espoir de paix que suscite la prescription du Lévitique : “Aime ton prochain comme toi-même”, prescription reprise par Jésus. Son message est donc clair mais sa lecture est difficile : sans le savoir, on fait souvent des contre-sens.

La Bible n’est qu’une faible partie des écrits hébraïques. Le reste s’est perdu lors des guerres et de l’exil. Ce qui a été sauvé, jugé essentiel, a été recomposé pendant l’exil et au retour (- 515). Des scribes et des prophètes conservent pieusement les fragments les plus anciens, les généalogies, les récits et ajoutent habilement des textes de liaison. Conserver pieusement mais retoucher et quelquefois très profondément. Le peuple hébreu est resté fidèle à son Dieu et s’est imprégné des civilisations ambiantes, égyptienne, hittite ou babylonienne. Cela fait beaucoup d’éléments différents et comme les rédacteurs ont voulu conserver tous les fragments sauvés il en est résulté des incohérences et des contradictions. En même temps, le canon, c’est-à-dire le plan de la Bible hébraïque est lentement mis au point. Le premier livre, la Genèse, est l’un des derniers mis au point.

Tout au long de son histoire le peuple hébreu a eu le sentiment qu’il fallait construire une société garante des valeurs morales que son peuple exigeait. On voit s’édifier, à travers les textes, une morale de plus en plus épurée dont le point d’aboutissement sont Hillel et Jésus.

La Genèse raconte l’histoire de l’humanité d’une manière imagée. La sortie du Paradis Terrestre correspond au passage des chasseurs-cueilleurs (situation idéalisée) aux éleveurs – agriculteurs. Les hommes se massacrent entre eux. L’un des plus anciens fragments inséré dans l’histoire de Caïn dit que si Caïn est tué il sera vengé sept fois et même soixante dix sept fois. La vengeance est alors sans limite et pour le meurtre d’un être cher on ne conçoit en réparation que le massacre de la tribu du meurtrier. Il faut des lois pour mettre un terme à ces excès. D’où la peine du talion, généralement mal comprise. Elle stipule “œil pour œil, dent pour dent, vie pour vie” et c’est d’abord une loi limitative : “pour un œil pas plus qu’un œil, pour une dent pas plus qu’une dent, pour une vie pas plus qu’une vie ! Une fois cette limite posée on comprend qu’ôter l’œil, la dent ou la vie au meurtrier ne rendra pas la l’œil, la dent ou la vie à sa victime mais qu’il faut réparer autant que faire se peut les conséquences du meurtre : d’où des compensations financières. Mais pour en arriver là il faut des institutions solides. De là d’innombrables prescriptions dont nous ne comprenons pas toujours la portée car elles ont été promulguées à des dates très différentes. Dans le même verset on peut repérer des éléments qui ont mille ans d’écart.

L’enseignement de Jésus n’a pas remis en question cette direction morale. Bien au contraire. En bon Juif, Jésus médite l’enseignement de la Torah, notamment le “Aime ton prochain comme toi-même”. Mais dans le Sermon des Béatitudes il fait remarquer que l’obligation d’aimer son prochain s’étend à ceux qui nous haïssent. Dieu a fait l’homme à son image et chaque homme doit représenter pour chaque homme une parcelle de la divinité. La vie humaine est sacrée et le “Tu ne tueras point !” est impératif.

Les récits de la Bible sont quelquefois déconcertants. Il faut se souvenir que les Hébreux étaient des nomades qui se sont sédentarisés. Ceci permet de repérer les récits les plus anciens. On apprécie qui nous ressemble. Abel est pasteur, Caïn est agriculteur et n’a pas le beau rôle. Le récit, très ancien, vient d’une tradition pastorale. Ces récits se racontaient et se commentaient. L’hébreu comme l’arabe est une langue sémitique où la prééminence des consonnes sur les voyelles permet d’innombrables jeux de mots. Il arrive que le récit soit construit pour jouer sur les noms propres et sur les mots. Ainsi Caïn en hébreu c’est “le jaloux” et Abel c’est “la buée”. En somme la jalousie aveugle l’être humain au point que l’autre devient une sorte de buée qu’il efface par le meurtre. Nous ne sommes pas des nomades, nous n’avons pas l’expérience du désert comme Abraham, Moïse ou Jésus. Gardons-nous de juger tel épisode dont nous ne connaissons pas le sens profond et renseignons-nous.

Les Juifs ont toujours été très conscients de ce problème. Les hébraïsants et les Israéliens lisent directement la Bible dans le texte. Mais ils n’ont jamais jugé que c’était suffisant. Ils y ajoutent le Talmud (“étude”) qui fournit beaucoup d’éclaircissements et de compléments. Ainsi on y apprend que les fils de Noé auraient reçu sept lois qui s’imposent à toute l’humanité, avant même les dix commandements :

1. Constituer des tribunaux

2. Ne pas insulter Dieu


3. Ne pas se faire d’idoles

4. Ne pas tuer

5. Ne pas voler

6. Ne pas pratiquer l’inceste

7. Ne pas dépecer un animal vivant.

Ces lois donnent matière à réflexion ! Le Talmud conserve les commentaires oraux rassemblés après la destruction de Jérusalem (en 135) pour leur éviter de tomber dans l’oubli. Puis d’autres commentaires oraux furent consignés pour les mêmes raisons au XIII° siècle : c’est la Kabbale (de l’hébreu “réception”) dont l’ouvrage le plus célèbre est le Zohar.

Du côté chrétien les commentaires ont également été nombreux, les plus célèbres restant ceux des Pères de l’Eglise, tant grecs que latins.

Aujourd’hui les progrès dans l’analyse des textes à partir de la rhétorique permettent apparemment de mieux distinguer le vrai du faux et le vraisemblable de l’invraisemblable.

La Bible a fortement inspiré le Coran (de l’arabe “lecture”. C’est pourquoi en Islam (arabe “soumission”), Juifs et Chrétiens, sont appelés les “gens du Livre”.

Bibliographie

Traduction œcuménique de la Bible (TOB), Livre de poche, très accessible grâce à ses titres et ses sous-titres. Toutes les traductions se rejoignent à 90 %. Privilégier une traduction avec titres et sous-titres de manière à pouvoir feuilleter le livre et lire en priorité ce qui accroche l’attention. Cette lecture dure des mois et des années.

Traduction Chouraqui (Desclée de Brouwer) : traduction-calque ; utile quand on la compare avec une autre traduction.

La Bible d’Alexandre, dite la Septante (LXX) traduction au Cerf. A longtemps servi de référence dans les milieux catholiques avec la Vulgate (en latin) malgré des écarts importants avec le texte hébreu, dit massorétique.

Bible du Rabbinat, édition Colbo. Ne retient que la tradition hébraïque.

Le livre de la Bible : 2 volumes dans la collection Découvertes-Cadet Gallimard, 1985. Présentation très bien faite.

Tradition juive :

O. Camhy “Paroles du Talmud” (Stock). Petite anthologie, très intéressante.

Emmanuel Lévinas “Leçons talmudiques” (Editions de Minuit)
La tradition talmudique est publiée par les éditions Verdier. Voir son catalogue.

Tradition musulmane :


Le Coran : textes choisis en rapport avec la Bible. Cahiers Evangiles, le Cerf, 1984.
Le Coran dans la traduction de Denise Masson, Folio – Gallimard, en 2 volumes. Des notes très abondantes montrent la jonction avec la Bible. Commencer la lecture par les sourates les plus courtes, donc par la fin.

Roger et Alii

Retorica

(2.500 mots, 15.000 caractères)

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