02 BIB Caïn Abel violence 2006_05

Caïn et Abel (Bible Genèse chap 4)

Le thème de “Caïn et Abel” est très important. Il peut être mis en route à travers les thèmes de la jalousie, du crime (prémédité ou non), de la violence et de la peine de mort. Comme il y a toujours un texte libre choisi et lu en classe qui tourne autour de ce thème, il en résulte que très souvent on peut être amené à en parler.

Pour éviter la lassitude on adopte un développement à géométrie variable (de une heure à quatre ou six, en seconde, en première) en s’appuyant sur les textes suivants :

– Bible Genèse chap 4

– Coran Sourate 5 “La table servie”

et aussi éventuellement :

– D’Aubigné : “Les Tragiques”

– Baudelaire “Les Fleurs du Mal” : “Abel et Caïn”

– Hugo “La conscience”

– Michel Tournier : “Le roi des Aulnes”, Gallimard 1970, pp 40-41. C’est comme ce prénom d’Abel…” jusqu’à “... je m’envolerai dans les étoiles.

1. Traductions de la Bible

S’il n’y a qu’une heure, je prends le texte de la Genèse. En principe, dans l’année, il n’y aura pas d’autre texte biblique. Ce texte va entrer dans le classeur de français en 8xx (Philosophie) car c’est un texte fondateur de la morale sociale. J’en profite pour sensibiliser les élèves aux problèmes de la traduction. Le texte initial est en hebreu. On dispose d’un certain nombre de traductions :

– celle du rabbinat (édition Colbo) : utilisée par les juifs

– celle de Louis Segond : utilisée par les protestants

– celle de la Bible de Jérusalem : familière aux catholiques

– de la la T.O.B : traduction œcuménique de la Bible, rédigée en commun par les chrétiens (catholiques, protestants, orthodoxes)

– celle de Dhorme (Pléiade, Gallimard) qui fait autorité chez les agnostiques

– celle de Chouraqui, traduction-calque, qui colle le plus possible au texte, œuvre d’un juif très ouvert puisqu’il a aussi traduit le Nouveau Testament et le Coran par sa très grande familiarité avec l’hébreu, l’arabe et bien sûr le français.

– celle de Henri Meschonnic, traducteur également des Psaumes (sous le titre de “Gloires”, Ed DDB). C’est une traduction-calque comme celle de Chouraqui dont Meschonnic conteste les choix rythmiques.

2. Traduction de Gen 4, 1 – 16  Caïn et Abel

Le mieux est d’utiliser la Bible qu’on a sous la main et de la comparer avec une autre traduction. Voici la traduction Chouraqui : elle colle au texte hébreu et provoque des réactions chez les élèves. Le débat est simultanément oral et silencieux (par feuillets a6 qui parviennent au prof pendant le débat). Ensuite, personnellement, je donne un texte photocopié inspiré de l’étude suivante.

v.1. Adame pénètre Hawah, sa femme.

Grosse, elle enfante Qaïne.

Elle dit : “J’ai acquis un homme avec YHVH.”

v.2 Elle continue à enfanter son frère Hével.

Hével est berger de troupeau.

Qaïne est travailleur du sol.

v.3 Et c’est au terme des jours : Qaïne apporte 

des fruits du sol en offrande pour YHVH.

v.4 Hével apporte, lui aussi. Des aînés de son troupeau 

et leur graisse.

YHVH agrée Hével et son offrande.

v.5 Qaïne et son offrande, il ne les agrée pas.

Qaïne s’enflamme fort. Sa face tombe.

v.6 YHVH dit à Qaïne :

“Pourquoi t’enflammer ?

Pourquoi ta face tombe-t-elle ?

v.7 Que tu excelles ou non à tolérer,

à la porte, la faute est tapie.

C’est toi qu’elle désire.

La gouverneras-tu ?”

v.8 Qaïne dit à Hével, son frère…

Et c’est quand ils sont au champ. Qaïne se lève contre Hével,

son frère. Il le tue.

v.9 YHVH dit à Qaïne :

“Où est ton frère Hével ?”

Il dit : “Je ne sais.

` Suis-je le gardien de mon frère ?”

v.10 Il dit :

“Qu’as-tu fait ?”

Une voix :

“Les sangs de ton frère crient vers moi du sol.

v.11 Et maintenant, tu es maudit du sol qui a fendu sa bouche

pour prendre les sangs de ton frère de ta main.

v.12 Quand tu travailleras le sol,

il ne t’ajoutera pas le don de sa force.

Instable, fugitif seras-tu sur la terre.”

v.13 Qaïne dit à YHVH :

“Mon tort est trop grand pour être porté.

v.14 Oui, tu me répudies aujourd’hui de la face du sol.

De ta face me cacherai-je ? 

Je suis instable, fugitif sur la terre :

quiconque me trouvera me tuera.”

v.15 YHVH lui dit :

“Ainsi , tout tueur de Qaïne

sept fois subira vengeance.”

YHVH met un signe à Qaïne :

Nul, le trouvant, ne le frappera.

v.16 Qaïne sort loin de la face de YHVH.

Il habite Nod, à l’Orient de l’Eden.”

3. Etude du texte

C’est le premier meurtre avec un taux d’insécurité de … 25 % puisque théoriquement ils ne sont encore que quatre sur terre : Adam, Eve, Caïn et Abel. Il est intéressant  de lire ce texte à la lumière conjointe de la tradition talmudique et de l’anthropologie moderne (Jared  Diamond “De l’inégalité parmi les sociétés” Gallimard, 2001). Le Talmud est le commentaire juif de la Bible. Il consigne des opinions très diverses, voire contradictoires sur les textes bibliques mêlant des considérations juridiques qui ont force de loi (la halakha) et des anecdotes ou des considérations morales (le midrach). Tous ces éclairages complémentaires viennent de longues discussions car on n’imagine pas, dans la tradition juive, de lire un texte sans le commenter et le discuter sous tous les angles possibles. Et on aime bien “couper les cheveux en quatre” (c’est le “pilpoul”). Un midrach dit que le Talmud est le fourreau de la lame, fourreau qui protège la morale.

Pour m’orienter dans ce continent culturel j’utilise deux ouvrages qui me semblent fondamentaux :

André-Marie Gérard “Dictionnaire de la Bible” Bouquins Robert Laffont 1478 pages. De très nombreux articles couvrent l’Ancien testament (la Bible hébraïque) et le Nouveau Testament.

Alan Unterman “Dictionnaire du Judaïsme. Histoire, mythes et traditions” Thames & Hudson, 315 pages, 1997 A son défaut, on peut utiliser le “Dictionnaire encyclopéfique du judaïsme” (Bouquins Laffont)

v.1. Adame pénètre Hawah, sa femme.

Grosse, elle enfante Qaïne.

Elle dit : “J’ai acquis un homme avec YHVH.”

Le verbe yadoa “pénétrer, connaître” a trois sens 1/ un sens érotique, 2/ un sens moral : connaître la volonté de l’autre pour la satisfaire, 3/ un sens religieux : connaître la volonté de Dieu pour la satisfaire. Un autre poème célèbre de la Bible, le “Cantique des Cantiques” joue sur les trois sens. Adam (“fait de terre”) la “pénètre”  et elle devient “grosse”. Quoi de plus normal ? Mais Hawah “Eve”, signifie “la mère de tous les vivants”. C’est elle qui donne la vie, non le père. Au moment d’accoucher elle  attribue la paternité de l’enfant à Dieu, non à Adam. Jared Diamond nous apprend qu’au moment où les hommes étaient des chasseurs-cueilleurs les femmes suivaient difficilement, elles n’avaient qu’un enfant tous les deux ans. Surtout on n’avait pas fait le lien entre la copulation et l’arrivée de l’enfant. On pensait que les femmes étaient fécondées par le vent, les esprits ou un dieu. D’où leur prestige et l’ère du matriarcat. Puis les hommes se sédentarisèrent. Ils devinrent des éleveurs-agriculteurs. En élevant les animaux ils comprirent les mystères de la procréation. Les femmes perdirent de leur prestige et on passa au patriarcat. Ce verset présente donc la charnière qui s’est produite aux environs de 8.000 ans avant notre ère. Eve tente de conserver sa prérogrative : l’enfant vient de Dieu et non d’Adam. “Qaïne” est un nom qui vient des premiers mots prononcés par Eve à sa naissance : “J’ai acquis…” La racine qnh = “celui qui a été acquis” ou “celui qui a été procréé”.  Caïn signifie donc “l’acquisition”. On pense au jeu de mots en français sur “Désiré”. Mais qnh est une racine proche de qna “jaloux”. Caïn signifie donc à la fois “acquis par sa mère” et “jaloux de son frère”.

YHVH est le Tétragramme, le nom de Dieu, dont on a perdu la prononciation. Ce nom ne pouvait être prononcé que par le Grand-Prêtre, le jour du Grand Pardon (Yom Kippour) : il le prononçait dix fois au cours de cette journée solennelle et il mourait foudroyé s’il était en état d’impureté. Quand les juifs rencontrent le Tétragramme ils le prononcent “Adonaï” (mon Seigneur). Par tradition on a vocalisé au XVII°siècle les consonnes du Tétrargamme avec les voyelles d’Adonaï d’où YHVH + Adonaï = Jéhovah. Renan, à la fin du XIX° siècle, dans une démarche philologique a cru retrouver la prononciation du Tétragramme, d’où Yahvé. Cette prononciation s’est répandue mais les juifs, après tout les premiers intéressés dans cette histoire, l’ont toujours jugée blasphématoire et l’Eglise catholique ne la conseille plus à ses catéchistes (les personnes qui enseignent le catéchisme aux enfants). Si on ne connaît pas la prononciation de YHVH on en connaît au moins le sens : c’est le factitif du verbe faire à la fois au passé et au futur (par une singularité de la grammaire hébraïque qui a un signe spécial pour transformer le passé en futur et inversement). YHVH signifie donc “celui qui a fait faire les choses, les fait faire encore et les fera faire dans l’avenir, dans toute l’éternité”. C’est pourquoi on traduit “l’Eternel”. Un autre nom de Dieu est “Elohim” mais il n’apparaît pas dans ce texte.

v.2 Elle continue à enfanter son frère Hével.

Hével est berger de troupeau.

Qaïne est travailleur du sol.

Eve “continue à enfanter” : une tradition dit que les enfants étaient peut-être jumeaux. Le nom d’Hével, “Abel” signifie “la buée”, “la vapeur”, “le nuage”. On le retrouve dans l’expression biblique traduite par “Vanité de vanité, tout n’est que vanité” (Buée de buée, tout est buée). Face à Caïn qui évoque “l’acquisition”, la solidité, Abel c’est l’évanescence, l’être qui est appelé à disparaître bien vite. Caïn est agriculteur. Abel est éleveur. Nous sommes donc après – 8.000 et même bien longtemps après puisque les deux fonctions agriculteur et éleveur sont nettement séparées et qu’une rivalité s’est installée entre l’agriculteur, immobile, attaché à son sol et l’éleveur qui circule de pâturage en pâturage, toujours en mouvement. Dans la rivalité héréditaire entre sédentaires et nomades, le narrateur prend le parti des nomades. Il l’a fait déjà en Genèse 3, 17 où Dieu disait “Maudit soit le sol”. C’est pourquoi Abel aurait choisi l’élevage au contraire de son frère. Selon un commentaire, les deux fonctions sont complémentaires : Caïn s’habille de la laine fournie par Abel et Abel fait paître ses troupeaux sur les terres de Caïn.

v.3 Et c’est au terme des jours : Qaïne apporte 

des fruits du sol en offrande pour YHVH.

Le “terme des jours” est probablement le moment fixé dans l’année où  l’on faisait des offrandes à Dieu. On est déjà dans un groupe social assez important et il y a contradiction avec la conception de quatre personnes seules habitant la terre. C’est à la lumière de ces contradictions que la critique moderne juge que ce texte, comme bien d’autres, est  composite, qu’il vient de plusieurs sources. Il est donc fait de morceaux très anciens. Spinoza jugeait qu’au retour de l’Exil les juifs n’avaient jamais pris le temps de lisser leurs textes, d’éliminer leurs incohérences. Caïn apporte des “fruits du sol”, des produits du sol. Mais on ne dit pas qu’il présente les meilleurs, les primeurs. La tradition juive pense que, même s’il se présentait en premier, Caïn faisait ses offrandes d’une manière un peu mécanique, sans songer vraiment à l’Eternel. Celui-ci n’est pas très content et le manifeste au verset 5.  Un commentaire explique “au terme des jours” comme une périphrase suggérant que Caïn faisait ses offrandes par peur de la mort plus que par amour.

v.4 Hével apporte, lui aussi. Des aînés de son troupeau 

et leur graisse.

YHVH agrée Hével et son offrande.

Le rythme du texte suggère un silence après “aussi” et après “troupeau”. Abel apporte les premiers-nés de ses bêtes, “et leur graisse”. La bête est appelée à être totalement consumée en holocauste par le feu du ciel et on sait par le Lévitique (4° livre du Pentateuque) que l’odeur de cette graisse brûlée est particulièrement agréable à l’Eternel. Nous sommes dans une société antique qui fait des sacrifices. Et le texte résonne d’usages qui se situent entre – 1300 et les débuts de l’ère chrétienne. Les troupeaux d’Abel prospèrent.

L’offrande doit coûter à celui qui offre. Et elle ne coûte pas à Caïn. Elle coûte à Abel et celui-ci la fait par amour et non par peur. Dieu ne veut pas être craint mais il souhaite être aimé. Il l’est d’Abel mais il ne l’est pas de Caïn. C’est pourquoi sa sollicitude va se tourner vers Caïn. Volà pour l’aspect mystique.

Pour l’aspect narratif il faut comprendre que le récit s’étend sur des années, peut-être des dizaines d’années. La rancœur de Caïn est longue à mûrir. Pour l’aspect historique il est clair qu’Abel et Caïn représentent des groupes sociaux tantôt en paix, tantôt en conflit. Et quand le conflit eclate il faut trouver une solution acceptable qui ne mène pas à une destruction générale.

v.5 Qaïne et son offrande, il ne les agrée pas.

Qaïne s’enflamme fort. Sa face tombe.

Les offrandes de Caïn ne sont pas agréées. Et Dieu le fait savoir, d’après la tradition, en dévorant par le feu, celles d’Abel mais pas les siennes. Si on doute de ce type miracle, on dira que Dieu lui envoie des récoltes médiocres à l’image de ses offrandes. Caïn n’est pas content et cela se voit à son visage. Il passe par des phases de colère (“s’enflamme”) et d’abattement (“sa face tombe”). Dans les sociétés antiques et moyennâgeuses, quand la pression urbaine et sociale était moins forte qu’aujourd’hui, les sentiments se manifestaient d’une manière plus éclatante et plus brutale. Aujourd’hui on dissimule davantage, on prend sur soi. Sauf dans les groupes sociaux qui ne disposent pas d’assez de vocabulaire pour traduire les émotions et qui passent facilement à l’agression.

v.6 YHVH dit à Qaïne :

“Pourquoi t’enflammer ?

Pourquoi ta face tombe-t-elle ?

On se demande comment l’Eternel (YHVH) peut s’exprimer. La tradition juive dit qu’il peut le faire à travers le rêve. En tout cas le texte yahviste (de la tradition où l’on utilise uniquement le Tétragramme pour désigner Dieu) ne craint pas l’anthropomorphisme : Dieu devient un personnage qui s’exprime directement. Or l’Eternel aime Caïn malgré la mesquinerie de ses offrandes. Il veut l’amener à un retour sur soi-même, à surmonter son avarice et son orgueil.

 

v.7 Que tu excelles ou non à tolérer,

à la porte, la faute est tapie.

C’est toi qu’elle désire.

La gouverneras-tu ?”

“Que tu excelles ou non à tolérer” signifie : que tu réussisses ou pas à supporter cette situation d’inégalité dont tu es le seul responsable. La mise en garde est traduite par une image forte : “la faute” est personnifiée, c’est une sorte d’animal sauvage “tapie”, prête à bondir et entrer en lui. On peut penser au serpent qui avait tenté Ève, la mère de Caïn. Celui-ci ne se sent pas responsable de la faute de ses parents au jardin d’Eden, quand ils avaient mangé le fruit défendu. Mais il se prépare à une transgression aussi grave. Ce qui est important ce n’est pas ce qu’il éprouve mais ce qu’il fera face au mal qui le guette. Le problème est donc de se dominer. Dieu prévoit la suite mais laisse l’homme libre de ses choix.

Caïn ne répond pas à Dieu. Peut-être parce qu’il n’est pas en paix avec lui-même. Il est trop préoccupé.

v.8 Qaïne dit à Hével, son frère…

Et c’est quand ils sont au champ. Qaïne se lève contre Hével,

son frère. Il le tue.

On ne sait pas ce que Caïn a dit à son frère. Le texte est incomplet. Selon la tradition rabbinique, celle du Talmud, la rivalité n’était pas seulement religieuse mais aussi économique et peut-être même amoureuse : un commentaire prétend qu’ils avaient des sœurs jumelles que Caïn voulait s’approprier. “Ils sont au champ” : peut-être y sont-ils revenus après une longue course. “Caïn se lève contre Abel, le tue.” Un commentaire talmudique aggrave la culpabilité de Caïn en expliquant qu’il avait le dessous dans la lutte  mais qu’il avait su l’attendrir, prendre le dessus et le tuer. On ne dit pas comment il le tue. L’essentiel, pour le narrateur, est ailleurs.

v.9 YHVH dit à Qaïne :

“Où est ton frère Hével ?”

Il dit : “Je ne sais.

` Suis-je le gardien de mon frère ?”

“Où est ton frère ?” : Dieu le sait parfaitement mais il veut interroger le coupable, obtenir des aveux, peut-être un repentir. Caïn se rebiffe : “Suis-je le gardien de mon frère ?”. Un commentaire dit qu’il a  raison. C’était à Dieu de protéger Abel. D’autres commentaires disent que l’homme doit protéger son frère, son semblable. Naïm Kattan, romancier juif irakien, installé au Canada va plus loin : “Tant qu’on n’est pas le gardien de son frère, on risque de le tuer”.  Caïn a donc gravement failli au devoir de solidarité qu’il formule malgré lui dans sa question. La proposition “Oui, je suis le gardien de mon frère” est à mettre en relation avec le “Aime ton prochain comme toi-même” (Lév 18,19). Un commentaire dit : “Aime le bien de ton prochain comme si c’était le tien propre”. Son bien, son travail, sa personne… Toute une morale de la solidarité est contenue dans cette proposition.

v.10 Il dit :

“Qu’as-tu fait ?”

Une voix :

“Les sangs de ton frère crient vers moi du sol.

“Qu’as-tu fait ?” Dieu le sait parfaitement mais il a laissé faire car c’est aux hommes d’être responsables de leurs actes et d’en répondre. Caïn ne dit rien. “Une voix” : une autre traduction dit “La voix des sangs de ton frère crient vers moi du sol.”  “les sangs” est un hébraïsme qu’on traduit “le sang” ; mais le pluriel représente la descendance qu’Abel aurait dû avoir et qu’il n’a pas eue. D’où la maxime talmudique reprise dans l’islam :  “Quand on tue un homme, on tue toute l’humanité ; quand on sauve un homme, on sauve toute l’humanité.”

v.11 Et maintenant, tu es maudit du sol qui a fendu sa bouche

pour prendre les sangs de ton frère de ta main.

On remarque la violence des images qui traduit la violence de la situation.

“Qui enterra Abel ? Le chien qui aidait Abel à garder le troupeau, garda Abel contre les bêtes sauvages et contre les oiseaux. Et Adam et Eve étaient assis et pleuraient à grand’deuil ; et ils ne savaient que faire, car ils ne savaient ce qu’est enterrer. Vint un corbeau auprès d’un corbeau mort ; il le prit et l’enfouit dans la terre. Adam dit : Je ferai comme ce corbeau. Il prit aussitôt le corps d’Abel et l’enfouit dans la terre.” (Pirké de Rabbi Eliezer, 21).

 

v.12 Quand tu travailleras le sol,

il ne t’ajoutera pas le don de sa force.

Instable, fugitif seras-tu sur la terre.”

“Il ne t’ajoutera pas le don de sa force… tu seras fugitif”. La punition n’est pas la mort (qui ne ferait qu’ajouter un cadavre supplémentaire) mais l’exil. Celui-ci n’est pas la punition mais la conséquence de l’acte commis. La terre ne peut plus donner ses fruits au meurtrier qui voudrait la cultiver. Et ceci ne dépend pas de Dieu.

v.13 Qaïne dit à YHVH :

“Mon tort est trop grand pour être porté.

“Ma faute est trop lourde”. Caïn se reconnaît indirectement coupable. Des commentaires imaginent qu’il s’est défendu pied-à-pied : c’était le premier meurtre, il ne savait qu’en frappant son frère il allait le tuer, Dieu ne l’avait pas prévenu, il n’y avait pas encore de loi qui interdît le meurtre. Il est normal qu’il soit aidé. Mais depuis ce premier meurtre, on sait qu’il est interdit : “Tu ne tueras point” dit le Décalogue.

v.14 Oui, tu me répudies aujourd’hui de la face du sol.

De ta face me cacherai-je ? 

Je suis instable, fugitif sur la terre :

quiconque me trouvera me tuera.”

“Quiconque me trouvera me tuera”. Or Caïn n’a pas été condamné à mort, sa mort serait donc injuste. Par ailleurs Dieu a mis en garde Caïn contre le mauvais penchant mais sans prévoir les sanctions en cas de faute grave. Il doit donc le protéger car son châtiment c’est l’exil et le remords (voir Hugo “La conscience”). Mais que désigne le “quiconque” ? d’autres hommes ? mais en principe il n’y a pas d’autres homme sur terre. Cette contradiction s’explique par la rencontre de plusieurs traditions, venues de clans différents, traductions que les narrateurs  successifs ont voulu respecter pour assurer la cohésion du groupe qui les rassemblait.

La tradition juive esquive la question en disant qu’il était menacé par les animaux : “Où qu’il allât, la terre se dressait sous ses pays et les bêtes se hérissaient, disant : Qui est-ce ? Et une bête disait à l’autre bête : C’est Caïn qui a tué son frère Abel, et le Saint, béni soit-Il, l’a condamné à errer sur la terre. Et elles disaient : Allons et dévorons-le. Et elles approchaient de lui.” Il faut donc un signe magique qui protège Caïn des bêtes et plus vraisemblablement des hommes d’autres tribus.

v.15 YHVH lui dit :

“Ainsi , tout tueur de Qaïne

sept fois subira vengeance.”

YHVH met un signe à Qaïne :

Nul, le trouvant, ne le frappera.

“tout tueur de Caïn…” Ce verset est jugé très ancien par la critique biblique. Il aurait été intégré à un texte plus récent. “sept vie pour une vie” évoque une vengeance sans fin, une vendetta comme on en connaît en Corse ou en Albanie. Il faut y mettre un frein. D’où, chez les Hébreux, dès l’entrée en Canaan, la création de six “villes-refuges”, trois à l’est et trois à l’ouest du Jourdain où un meurtrier qui a tué sans préméditation et n’est donc pas un assassin peut se réfugier pour échapper au “vengeur de sang”, au représentant du clan chargé de l’éliminer. Ce texte sur Caïn peut être considéré comme la source de ces “villes-refuges”. Caïn sera protégé par un “signe”.

Le texte ne nous dit pas quel est ce signe. D’après un commentaire ce serait l’une des lettres du mot YHVH. Ce peut être aussi un tatouage propre à la tribu des Quénites. Adolphe Lods donne les précisions suivantes. Un tel tatouage est la seule protection valable car elle fait craindre à l’agresseur une vengeance terrible de la part du clan de la victime.  Yahvé fait faire une croix (un taw) sur le front des Jérusalémites (Ez 9, 4-6). Les Quénites, ou Qéniens, portaient le signe de Yavhé. Ces marques se portaient sur la main et au front, entre les deux yeux (Es 44,5, Ex 13,9). On les appelait tôtâphôt. L’usage s’en maintint chez les prophètes (I R 20, 41, Zach 13,6). Il tomba en désuétude vers l’Exil. Lév 19,28 interdit tout tatouage car la circoncision le remplace.  Mais dans un lointain souvenir (Deut 6,8 et 11.18) le signe de Yavhé deviendra les phylactères.

Cette tribu se reconnaît donc dans son ancêtre plus ou moins mythique qui aurait tué son frère. Il était alors agriculteur et dans le chapitre suivant Caïn va devenir forgeron et fondateur de cités, abandonnant ainsi la culture du sol. Diamond Jared explique que la maîtrise des métaux (cuivre puis bronze, alliage de cuivre et de 5 % d’étain) permet le développement des outils agricoles, de l’administration et des chars de combat. C’est l’âge du bronze que l’on situe vers – 4.000 / – 3.000. On a donc sauté plusieurs milliers d’années et le texte apparaît comme un récit mythique, une allégorie qui explique pas mal de choses. Ainsi les confréries de forgerons sont respectées et craintes dans toutes les civilisations ; ces maîtres du feu et des métaux sont considérés comme des gens brutaux et indispensables à la cité. Ils s’en font gloire en célébrant l’ancêtre, coupable certes, mais aussi créateur de richesses, initiateur de la modernité technique.

v.16 Qaïne sort loin de la face de YHVH.

Il habite Nod, à l’Orient de l’Eden.”

“il sortit devant Dieu” : il est donc indirectement pardonné comme il avait indirectement avoué son crime. “…il habita Nod” : Nod en hébreu signifie “errant”. Caïn se réfugie au pays des errants. Il faut peut-être comprendre que les premières générations de forgerons sont itinérantes, tributaires des gisements de cuivre qu’ils ne peuvent exploiter qu’en surface. Nod est à l’est de d’Eden, à l’est du Jardin qu’Adam et Eve ont dû quitter.

Ensuite (Genèse 4, 17) Caïn eut un fils Hénoch avec sa femme. Le texte ne dit ni d’où elle venait, ni comment elle se nommait. En tout cas elle ne fit pas Hénoch avec l’aide de Dieu. Hénoch signifie à la fois “inauguration” et “éducation”.

Puis (Genèse, 4, 25-26) Eve enfanta Seth (“le remplaçant”), à la place d’Abel. Les commentaires disent que le traumatisme des parents fut tel que Adam n’approcha pas Eve pendant 130 ans et que pendant cette période des pertes séminales, chez l’un comme chez l’autre, donnèrent naissance à des succubes et des incubes qui viennent tourmenter les hommes pendant leur sommeil. Seth eut un fils Enosh (“homme”, “mortel”) et c’est de Enosh que descendrait l’humanité.

Mais Enosh se confond dans les généalogies avec Henoch. Celui-ci aurait vécu 365 ans dans la sainteté b(“il marchait avec Dieu”) et “il disparut car Dieu l’avait enlevé” (Genèse 5, 6 – 21)

4. Ouvertures

1. Ce texte est très célèbre et en ce sens il devient mythique et fondateur d’une morale sociale :

– on est le gardien de ses frères

– mais si un meurtre est commis il faut limiter le châtiment à l’exil.

C’est au moment même où  les Hébreux  construisent en Exil une morale plus humaine qu’ils gardent précieusement les témoignages les plus archaïques   des actions condamnables pour garder la trace du chemin parcouru.

2. Il offre de multiples aspects : psychologiques (la montée de la colère), économiques (rivalité éleveurs – agriculteurs), sociologiques (gérer la violence, la création ultérieure des villes), religieux (les sacrifices), mystiques (l’amour d’Abel pour Dieu, Dieu s’intéressant à Caïn pour l’aider à dominer le mal). Abel c’est celui qui prie. Elie Wiesel dit : “La prière est une récompense en soi. Un homme capable de prier est un homme secouru, un homme qui a brisé le mur de sa prison intérieure, un mur qui l’arrachait à la lumière et à son propre regard.”

4. C’est une fiction au sens fort du terme. La nation qui produit ce texte s’identifie à Abel. C’est ainsi que le Coran, que l’on peut considérer comme un commentaire de la Torah, présente l’histoire de Caïn. Les nomades s’assimilent au pasteur. Mais le lecteur est invité à s’identifier à Caïn pour s’améliorer. Le narrateur, lui, s’identifie à Dieu dont il met en valeur la justice (Caïn doit être puni) et la bonté (sa punition sera l’exil et le changement de métier). Caïn c’est l’étranger, c’est l’immigré, l’errant.

3. Ce texte a une postérité importante qui va mettre l’accent tantôt sur un aspect, tantôt sur un autre, notamment le remords. Voir notamment :

– Le Coran qui centre le récit sur Abel

– Agrippa d’Aubigné

– Hugo “La conscience”

5. Le Coran, sourate 5. La table servie versets 30 à 36

J’utilise la traduction de Kasimirski (XIX° siècle) publiée par Maxi-Livres Sagesses. Elle est peu coûteuse et très lisible.

v. 30 Raconte-leur l’histoire véritable de ceux des fils d’Adam  qui présentèrent leurs offrandes.  L’offrande de l’un fur acceptée, celle de l’autre fut rejetée. Ce dernier dit à son frère : Je vais te tuer. Dieu, répondit l’autre, ne reçoit des offrandes que des hommes qui le craignent. 

v. 31 Quand même tu étendrais ta main sur moi pour me tuer, je n’étendrais pas la mienne pour t’ôter la vie, car je crains Dieu, souverain de l’Univers.

v. 32 J’aime mieux que toi seul en sortes, chargé de mes péchés et des tiens, et que tu sois voué au feu, récompense des pervers.

v. 33 La passion subjugua l’injuste ; il tua son frère, et fut au nombre des malheureux.

v. 34 Dieu envoya un corbeau qui grattait la terre pour lui montrer comment il devait cacher le cadavre de son frère. Malheureux que je suis ! s’écria le meurtrier, ne pouvais-je, comme ce corbeau , creuser la terre pour cacher les restes de mon frère ! Et il s’abandonna au repentir.

v. 35 C’est pourquoi nous avons donné ce précepte aux enfants d’Israël : celui qui aura tué un homme sans que celui-ci ait commis un meurtre, ou exercé des brigandages dans le pays, sera regardé comme le meurtrier du genre humain ; et celui qui aura rendu la vie à un homme sera regardé comme s’il avait rendu la vie à tout le genre humain.

v. 36 Nos envoyés ont paru au milieu d’eux accompagnés de signes évidents ; mais, en dépit des signes la plupart des hommes ont été prévaricateurs.

Ce récit est très intéressant. Le texte biblique date du II° s avant notre ère (dernier état du récit) mais il n’a pas du beaucoup varié depuis le retour d’exil, au VI° s avant notre ère). Ce texte coranique est fixé après la mort de Mahomet et date du VII° siècle après notre ère. Neuf ou treize siècles séparent les deux textes. Mais ceci importe peu car l’histoire de deux frères d’Adam étaient racontées et commentées sous les tentes juives et bédouines des environs de Médine. Le récit coranique est plus bref, plus explicite. Il emprunte pas mal à la tradition talmudique et reconnait volontiers ses sources. Mais la conclusion tardive est défavorable à Israël.

v. 30 Raconte-leur l’histoire véritable de ceux des fils d’Adam  qui présentèrent leurs offrandes.  L’offrande de l’un fur acceptée, celle de l’autre fut rejetée. Ce dernier dit à son frère : Je vais te tuer. Dieu, répondit l’autre, ne reçoit des offrandes que des hommes qui le craignent. 

Les “craignant Dieu” sont ainsi appelé car ils n’ont pas peur de Dieu mais ils ont peur de Lui déplaire. Un mot de Diderot pose bien le problème : “Il y a des chrétiens dont on peut dire qu’ils ne craignent pas Dieu mais qu’ils en ont peur.”

v. 31 Quand même tu étendrais ta main sur moi pour me tuer, je n’étendrais pas la mienne pour t’ôter la vie, car je crains Dieu, souverain de l’Univers.

Dans le récit coranique Abel répond d’une manière non-violente. Dieu n’intervient pas.

v. 32 J’aime mieux que toi seul en sortes, chargé de mes péchés et des tiens, et que tu sois voué au feu, récompense des pervers.

Abel ne se montre pas passif comme dans le texte biblique où il est pratiquement absent. Mais il argumente et d’une manière assez retorse : si tu me tues, tu te charges de tes péchés et des miens. Tu vas en Enfer et moi je vais au Paradis.  Ce raisonnement devrait impressionner un homme de bon sens.

v. 33 La passion subjugua l’injuste ; il tua son frère, et fut au nombre des malheureux.

“L’injuste” : les noms sont omis car il s’agit de donner  un résumé de l’histoire pour en dégager la leçon. En trois propositions le récit est expédié. Le meurtrier est au nombre des “malheureux”. Une autre traduction dit : “au nombre des Perdants”. Donc il est voué à l’Enfer à moins qu’il ne se repente. Ce qu’il va faire.

v. 34 Dieu envoya un corbeau qui grattait la terre pour lui montrer comment il devait cacher le cadavre de son frère. Malheureux que je suis ! s’écria le meurtrier, ne pouvais-je, comme ce corbeau , creuser la terre pour cacher les restes de mon frère ! Et il s’abandonna au repentir.

Il semble surtout préoccupé de cacher les traces de son crime. Mais la traduction dérape ici. Une autre traduction, plus précise, celle de Régis Blachère, propose  “comment ensevelir le cadavre de son frère. “Malheur à moi !” s’écria le meurtrier. “Je ne suis même pas capable d’être comme ce corbeau et d’ensevelir la dépouille de mon frère !” et il fut parmi ceux que hante le remords.” On comprend mieux qu’il connaît repentir et remords pour n’avoir pas eu l’idée d’ensevelir dignement sa victime. Il faut que ce soit un corbeau qui le lui indique. Nous avons déjà cité le commentaire talmudique qui évoquait le rôle du corbeau.

v. 35 C’est pourquoi nous avons donné ce précepte aux enfants d’Israël : celui qui aura tué un homme sans que celui-ci ait commis un meurtre, ou exercé des brigandages dans le pays, sera regardé comme le meurtrier du genre humain ; et celui qui aura rendu la vie à un homme sera regardé comme s’il avait rendu la vie à tout le genre humain.`

Le texte coranique se réfère explicitement à la tradition talmudique dont il apprécie la hauteur de vue. Mais c’est pour mieux condamner les juifs au verset suivant.

v. 36 Nos envoyés ont paru au milieu d’eux accompagnés de signes évidents ; mais, en dépit des signes la plupart des hommes ont été prévaricateurs.

Les envoyés sont les anges et les prophètes dont parlent la Bible et qui firent des miracles. Mais une grande partie des hommes, comprendre les juifs et le chrétiens, n’ont pas suivi la Loi qui leur était proposé. Ils se sont comporté en “prévaricateurs”, en “Impies” (traduction Blachère). C’est pourquoi Dieu, Allah, a envoyé une 3° révélation, plus parfaite que les deux autres et qui, désormais, suffit à toute l’humanité.

6. Extensions

SUJET III. En vous appuyant le plus possible sur des informations puisées dans les dossiers CAIN – VIOLENCE vous vous demanderez si la violence peut être efficacement combattue par la violence.

Dossiers :

CAIN  Bible Genèse IV  Caïn et Abel

Commentaire du Talmud

Coran Sourate 5

D’Aubigné Caïn

Hugo La Conscience

Michaux Ecce Homo

VIOLENCE

Pascal Pensées Justice – Force

J. de Maistre Soirées de Saint-Pétersbourg

G. Cousin Le corps et l’esprit

Touraine Aux portes de la violence

Cesbron De la non-violence

Diderot Jacques le Fataliste

Mahatma Gandhi La non-violence

Lanza del Vasto Technique de la non-violence

La Boétie Discours de la Servitude Volontaire.

Problème de rédaction pour les paragraphes :

Un EX (exemple) concret entraîne un COM (commentaire) abstrait ou une illustration elle aussi concräte. Mais une citation (EX) commentée (COM) pose un autre problème. Quand la citation est abstraite (ce qui est souvent le cas dans le dossier VIOLENCE) il faut recourir à un COM concret, sinon le COM est faible.

Code : 0 = introduction(s), 9 = conclusion(s)

0. La violence d’aujourd’hui est-elle pire que celle d’hier ? Ce n’est pas évident mais elle est mieux connue par les médias. D’où la question : peut-on combattre la violence par la violence ?

1. La violence est une donnée sociale incontournable.

1.1 La société moderne connaît beaucoup de tensions : le chômage crée un sentiment d’exclusion  et de révoltes donc de violence potentielle (Touraine)

1.2 La violence prend des formes diverses souvent méconnues (accidents du travail : G. Cousin)

1.3 La violence est un enchaînement : pour une mort 7 morts ou 77 morts (vendetta) Bible Caïn et Abel.

1.4 enfin la violence serait inhérente à la nature vivante (J de Maistre)

1.9 Elle crée de la souffrance, il faut la combattre.

2.0 La réponse immédiate est de lui opposer la force, sous forme d’une violence de sens contraire.

2.1 C’est ainsi que les sociétés ont créé des polices pour le maintien de l’ordre et des armées pour les guerres au nom du principe « Si vis pacem para bellum » (Si tu veux la paix, prépare la guerre), dissuasion nucléaire.

2.2 Ceci mène à des horreurs… (Michaux Ecce Homo)

2.3 …et à l’injustice… (Pascal Justice – Force)

2.4 mais même un Gandhi ne récuse pas la violence quand on ne peut faire autrement (« Lorsqu’il n’y a le choix qu’entre lâcheté et violence, je conseillerai violence »).

2.9 Répondre à la violence par la violence est donc une solution courante et compréhensible.

3.0 Mais elle mène à une impasse

3.1 C’est le cas de la peine de mort, peine irréversible (donc potentiellement injuste) et qui ajoute une mort à une autre (Lanza del Vasto) sans ressusciter la victime mais en ajoutant une tension supplémentaire.

3.2 D’où dans toute la civilisation moyen-orientale et occidentale une réflexion approfondie sur Caïn : il est puni par l’exil (Bible), le poids des péchés de sa victime sur lui,  son repentir (Coran), le remords (D’Aubigné, Hugo).

3.3 D’où l’idée chrétienne de tendre la joue gauche quand on vous frappe sur la joue droite pour désarmer moralement son adversaire. (Diderot Jacques le Fataliste)

3.4 L’impasse vient du fait qu’on a confondu conflit et violence. Le conflit est naturel, le résoudre par la violence ne l’est pas. Quand l’animal tue, il tue pour se nourrir non pour le plaisir (réponse à J. de Maistre).

3.9 Donc on a toujours tenté de ne pas combattre la violence par la violence.

4.0 On en arrive ainsi à la non-violence.

4.1 Face au tyran La Boétie conseillait déjà, au XVI¯s, de ne pas se révolter mais de ne plus lui obéir (grève de l’impôt, désertions,  gräve générale).

4.2 La « marche du sel », organisée par Gandhi prouve que c’est possible (G.Cesbron) : courage collectif, organisation

4.3 Ceci suppose un changement fondamental des conceptions (courage de papier, de feu, de pierre G. Cesbron), le refus d’une violence flatteuse

4.3  Ceci suppose une grande force morale, fondée sur le sentiment de la justice et de la vérité (Lanza del Vasto) et une souffrance personnelle. (Gandhi)

4.4 Donc lutter en nous-mêmes contre notre propre complaisance pour la violence (G. Cesbron)

4.9 La non-violence est possible mais c’est un long effort collectif.

9. La violence peut combattre la violence mais cela mène à une impasse : comment pourrait-elle se combattre elle-même ?  C’est tenter d’éteindre un feu en jetant dessus du pétrole. Il faut fournir un long effort, personnel et collectif, pour rechercher la justice en combattant la violence par la transformation des esprits et des coeurs.

Rédaction d’un paragraphe difficile :

3.3 Diderot, dans « Jacques le Fataliste » va plus loin / M. Le Pelletier, qui s’est déjà ruiné pour les pauvres, sollicite M. Aubertot. Celui-ci,excédé, le gifle. M. Le Pelletier lui dit en riant : « Cela, c’est pour moi ; mais mes pauvres ? » Bouleversé M. Aubertot se jette à ses pieds et lui offre sa bourse. Entendant cette histoire le capitaine de Jacques, s’étouffe d’indignation :  comment supporter une telle lâcheté ? / C’est une variante du précepte évangélique « Si l’on te frappe sur la joue droite, tends la joue droite » On remarque la force morale de M. Le Pelletier, et son appel à la conscience de M. Aubertot. M. Le Pelletier ne dévie pas de son but : aider les pauvres./ Le refus de répondre à la violence par la violence paraît donc déjà une solution.

Roger et Alii

Retorica

(6.430 mots, 30.900 caractères)

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