02 BIB création du monde 2004_04

Pour le créationnisme voir 29 SCI créationnisme darwinisme

Roger (2015_05)  : Voilà ce qu’il ne fallait pas faire  ! Je croyais naïvement avoir rédigé une pp3, une prise de parole – discussion en 3 mn. C’était, il y a onze ans. Et je n’avais pas bien compris comment calibrer rigoureusement mes textes. Or une pp3 fait environ 200 mots et se prononce lentement en 3 mn ou 180 secondes. Or le texte qui suit est presque quatre fois plus long (720 mots) et demande donc une dizaine de minutes à lire ou plutôt à réinventer pour soigner l’actio, la diction. Nous sommes donc dans la dissertation classique(600 à 800 mots). Ma seule excuse  : avoir voulu être exhaustif ! Il serait évidemment très facile de réduire ce texte à ses données essentielles.

Code employé  : 0 = introductions et 9 = conclusions

0. Introduction La création du monde est racontée en Genèse 1 et 2. Les disciplines scientifiques semblent apporter des réponses différentes. Cette divergence a créé de graves troubles de conscience. D’où une opposition farouche entre les fondamentalistes qui estiment que la Bible a raison et les évolutionnistes qui pensent qu’elle se trompe. La querelle se poursuit aux Etats-Unis où les fondamentalistes ont réussi à interdire l’enseignement de l’évolution dans certains Etats. D’où la question : Le récit biblique de la création est-il scientifiquement faux ?

1.0 Un premier examen montre des contradictions flagrantes.

1.1 Ainsi le récit biblique affirme que Dieu a créé le monde en six jours et qu’il s’est reposé le septième. Or les périodes que distingue la préhistoire sont bien différentes : précambrien (2 milliards à 450 millions d’années), primaire (540à 190 millions), secondaire (190 à 70 millions), tertiaire (70 millions à 1 million), quaternaire (10 millions à 10.000 ans avant notre ère).

1.2 Dieu est présenté comme faisant l’homme à partir de la terre et lui insufflant la vie. La science pense établir qu’une évolution allant des premiers poissons (primaire) aux mammifères (secondaire) puis aux premiers hominiens (fin du tertiaire). L’homo sapiens qui apparaît au quaternaire ne descend pas à proprement parler du singe mais est un cousin germain du singe.

1.3 La femme aurait été créée après l’homme, à partir d’une côte prise par Dieu sur la personne d’Adam. Or la génétique montre que tous les embryons sont d’abord féminins mais que certains d’entre eux vont donner des garçons (la vulve devient alors bourse et le clitoris devient pénis) tandis qu’un déclenchement d’hormones mâles se produit en direction du cerveau.

1.9 Donc le récit biblique semble totalement démenti par les découvertes scientifiques.

2.0 Mais le problème ne se pose peut-être pas en ces termes.

2.1 Tout d’abord la science est en constante évolution et la Bible reflète le savoir babylonien d’environ le VI° siècle avant notre ère. L’apport hébraïque a été de refuser l’idée de plusieurs dieux en lutte les uns contre les autres pour ne retenir qu’un seul Dieu, une seule énergie première.

2.2 Il y a au moins un point sur lequel Bible et science se rejoignent : les étapes de l’apparition de la vie sur la terre sont les mêmes et l’homme est le dernier arrivé. Les six jours sont une métaphore pour désigner six périodes. Le message de la Bible est moins d’ordre sientifique (elle donne une explication tirée de la science de son temps) que l’ordre éthique, d’ordre moral.

2.3 Est-on bien sûr de comprendre le texte ? Des commentaires talmudiques disent qu’il faut comprendre la “côte” d’Adam comme le côté d’Adam. Au départ l’homme serait androgyne , à la fois homme et femme, la différenciation venant ensuite. Ils disent aussi que la création allant vers le plus parfait, la femme serait un progrès par rapport à l’homme.

2.4 Ce qui est essentiel dans le récit c’est que Dieu veut faire “l’homme à (son) image selon (sa) ressemblance” (Gen 1,26). Chaque homme représentant une parcelle de divinée, c’est toute l’humanité qui doit être protégée. Le “Aime ton prochain comme toi-même” (Lév 18,19) qui lui est lié signifie “Respecte le bien, le travail, la personne de ton prochain comme tu respectes ton bien, ton travail, ta personne”. Emmanuel Lévinas, philosophe juif contemporain, commente : “Mon respect pour autrui est une vision de Dieu.”

2.9 Il ne faut pas chercher dans la Bible ce qui ne s’y trouve pas. Ce n’est pas un traité scientifique, c’est une réflexion éthique sur l’homme, sur ses semblables et sur Dieu.

9. Conclusion La question de savoir si le récit de la création du monde est scientifiquement faux n’a donc pas grand sens. La science de la Bible est celle de son temps et l’essentiel est d’établir des rapports harmonieux entre les hommes par l’intermédiaire de Dieu. Cette question témoigne surtout d’une même ignorance. Les créationnistes ou fondamentalistes prennent le texte biblique au pied de la lettre et imaginent que la création a été faite pour l’homme. Ils tombent dans une sorte d’idolâtrie du sens littéral et perdent ainsi tout sens critique. De leur côté, les évolutionnistes ironisent sur la Bible sans comprendre l’actualité de son message. Les uns et les autres prouvent qu’ils ne savent pas lire un texte dans son contexte et encore moins l’étudier.

Roger et Alii

Retorica

(720 mots, 4.400 caractères)

Prolongements. Qui mieux que le Talmud peut commenter correctement les textes de la Bible hébraïque  ? Un midrach (remarque ou récit) tiré de Kohelet Rabah sur le chapitre 3 verset 14 dit ceci  : «  Le Saint-Loué Soit-Il construisait des mondes et les détruisait jusqu’à ce qu’Il construise ce monde…  » qui lui paru donc parfait.

Autre idée  : abracadabra (2008_03) “Si un juste le désire, il peut créer un monde” dit Rava (299 – 353) dans le traité du Talmud Sanhédrin 65b. Un de ses contemporains, le sage Rav Zéra possédait une telle concentration qu’il était capable de mettre ses pieds dans le feu sans se brûler. Il en faisait l’expérience tous les mois mais quand les autres sages le déconcentraient il se brûlait. A eux deux, il créèrent un veau qu’ils sacrifièrent lors d’un festin. Puis “Rava créa un homme” (Sanhédrin 65b) et l’envoya à son ami. Mais l’androïde ne put répondre à ses questions car Rava était encore sous l’emprise du péché et il le détruisit.

L’expression “Rava créa un homme” correspond à un jeu de mots en hébreu “Raba Bara Gbara” dont les trois mots sont constitués par les mêmes lettres. Le célèbre “abracadabra”, est une formule dérivée de l’hébreu “Abra kadabra” qui signifie “Je crée comme je parle”. Or seul Dieu est capable de créer par sa parole. Le thème de la création par le verbe est le thème fondamental du Sépher Yetsirah, «  le Livre de la Création  », livre majeur de la Kabbale et qui permettait de créer un Golem. (d’après Virga “Le Sepher Yetsirah”, Ed. Georges Lahy 1995). L’article «  Abracadabra  » de Wikipédia fournit d’autres explications.

Pour l’ensemble

Roger et Alii

Retorica

(1160 mots, 6.900 caractères)

Maïthé (7 mai 2015) : Merci Roger, ça éclaire et dégonfle le débat.

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