02 BIB Gog, Magog, Armageddon 2014-12

1. L’histoire de Gog et Magog se trouve dans Ezéchiel chap 38 et 39. La lire ou la relire dans la traduction du rabbinat pour remonter à la source hébraïque.

2. A.M Gérard. Dictionnaire de la Bible. (AM.G) Gog ou Magog serait un des sept fils de Japhet. On le rencontre dans les écrits apocalyptiques (du grec : « révélation ») et chez Ezéchiel où il est « le chef des puissances mauvaises engagées dans un ultime combat contre Dieu et son peuple » (AM.G). Il est du pays de Magog, souverain de Mèchèk et de Toubal, royaumes du nord, mal identifiés. Magog serait le pays (ma-) de Gog. Flavius Josèphe suggère qu’il s’agirait des Scythes. Avec Gog, dont il est le symétrique, dans l’Apocalypse de Jean, Magog est à la fois un personnage et une terre. Gog et Magog sont toutes les nations païennes « mobilisées autour de Satan pour l’ultime combat contre la nouvelle cité de Dieu. Gog et Magog seront alors « dévorés par le feu du ciel », tandis que le Diable, leur séducteur, sera précipité avec tous les mauvais dans l’éternel « étang de feu et de soufre ». (…) » Pour le Nouveau Testament comme pour l’Ancien, « la défaite des ennemis du peuple de Dieu est assurée. »(AM.G) (d’après AM.G André-Marie Gérard, Dictionnaire de la Bible, Bouquins Laffont 1989, pp 446 et 838).

3. Dictionnaire encyclopédique du judaïsme (Cerf) (DEJ). Gog est le roi et Magog le pays sur lequel il règne. « Le récit fait de Gog le chef d’une coalition des forces du mal qui envahirait Israël une fois que ce dernier aurait été restauré sur sa terre. La défaite de Gog et la survie d’Israël amèneraient toutes les nations à reconnaître qu’Israël avait enduré tant de souffrances antérieures non parce que D. l’avait abandonné, mais en punition de ses errements. » (DEJ). Cette prophétie relève du genre apocalyptique notamment « par ses nombreuses incohérences de détail ». (DEJ) Le Livre d’Enoch, les manuscrits de la mer Morte, l’Apocalypse de Jean, le Talmud et le Midrach se font l’écho de ces récits. Gog et Magog sont « le signe de la venue imminente du Messie. C’est pourquoi, au fil de l’histoire, les grands affrontements militaires entre les nations, comme la lutte entre l’islam et la chrétienté ont suscité l’espoir de l’arrivée imminente du Messie. » (DEJ) (d’après DEJ : « Dictionnaire encyclopédique du judaïsme » Cerf 1993, p. 442)

4. Alan Unterman Dictionnaire du judaïsme. (UDJ) La période précédant la venue du Messie est marquée par la la guerre d’Israël contre Gog et Magog et de terribles calamités. Il s’agit d’eschatologie (grec : « discours sur la fin des temps »). Le souverain de Magog, Armilus serait « le fruit de l’accouplement de Satan avec la statue d’une jeune femme à Rome. Il sera vaincu par le Messie au cours d’une guerre qui mettra fin à toutes les guerres. Certains gentils qui se seront convertis à l’avènement du Messie rejetteront le judaïsme et prendront la fuite devant la menace des guerres de Gog et Magog, mais les Juifs qui participent aux trois repas rituels de chabbat échapperont aux tribulations de cette période de guerre. Dans les périodes de persécution antijuives, où l’attente de la rédemption d’Israël était la plus forte, diverses nations particulièrement cruelles et belliqueuses furent tour à tour identifiées avec l’image archétype du mal que symbolisent Gog et Magog. » (UDJ) (UDJ : Alan Unterman « Dictionnaire du judaïsme. Histoire, mythes et traditions ». Ed Thames et Hudson 1997, p. 114)

5. Les Scythes. L’article Wikipédia « Les Scythes » me semble très bien fait. Il s’agit de peuples nomades dont l’apogée se situe entre le VII° et le III° siècle avant notre ère. Ces peuples, métissés et mobiles, circulaient dans les steppes eurasiennes, de l’Ukraine à l’Attaï en passant par le Kazakhstan. On les connaît par Hérodote qui s’était renseigné sur les Scythes d’Ukraine. On les trouvait aussi en Asie centrale. Ils parlaient des langues iraniennes. On les tenait pour des barbares mais ils ont laissé de magnifiques bijoux en or. On sait, notamment par René Grousset (« L’empire des steppes » Payot, 1965, numérique, gratuit) que les peuples nomades de l’Asie centrale, pouvaient, en cas de famine prolongée, déferler à l’ouest comme à l’est. Ils étaient célèbres pour leur aptitude à l’arc et au javelot qu’ils tiraient à cheval, au grand galop, avec une précision redoutable. L’artillerie les arrêta à l’ouest au XVI° s. A l’est, la grande muraille de Chine édifiée notamment par l’empereur Qin (chin), 221 avant notre ère, avait pour but d’arrêter ces envahisseurs terrifiants. Leur réputation s’étendait dans tous les mondes civilisés, y compris le monde juif, d’où le succès du mythe de Gog et Magog. Magog, pays de Gog, désignait donc des régions du nord aux frontières indécises.

6. Martin Buber. Gog et Magog. Chronique de l’époque napoléonienne. (Idées / Gallimard 1958) C’est le titre français d’un ouvrage paru en hébreu (1943 )puis en anglais (For the Sake of Heaven). Il décrit les conceptions et les mœurs des communautés hassidiques d’Europe centrale aux environs de 1800. Tout part de la « Chekhina, présence de Dieu en exil dans le monde et, en particulier dans le peuple d’Israël, mais séparée de la source première par la faute de ce monde et à cause de son destin. L’unir à son « Epoux » est la tâche suprême de l’homme ; et c’est là-dessus que se fonde le caractère secret des actes humains. » (note 1, p. 22). Cet « exil de Dieu » est de même nature que le « Dieu caché » de Pascal. L’action du récit se passe à Lublin (Pologne). Les Hassidim (les « pieux ») regroupés autour de leurs maîtres (rabbi, tsadikkim) se consacrent entièrement à l’étude de la Torah . Ils vivent une communion joyeuse avec Dieu, par le chant et la danse. Ils sont en proie à une hostilité permanente de la part des autres communautés. A Lublin, rabbi Yaacob Yitzhak, dit le Voyant, s’interroge avec sa communauté sur les guerres et le rayonnement de Napoléon. Serait-ce le Messie ? Ne serait-ce pas plutôt Gog et Magog ? En tout cas les temps messianiques semblent proches. La communauté est aussi divisée par l’arrivée d’un autre rabbi qui porte le même nom que le Voyant et qu’on appelle le Juif. Ces querelles leur font penser que Gog et Magog sont en nous mêmes et viennent de la perversion du langage originel.

7. Le Voyant et le grand pécheur. (p. 18 – 19) … Parmi les histoires que les Hassidim se racontent encore de lui en hochant la tête, comme ils le faisaient à son époque, dans le même frisson du mystère, la plus étrange est sans doute celle du grand pécheur qui avait toujours ses entrées chez le Tsaddik et avec lequel celui-ci aimait toujours à s’entretenir longuement. Lorsque les gens qui venaient le voir se permettaient de remarquer : « Rabbi, comment pouvez-vous donc tolérer la présence d’un pareil individu ? », ils recevaient en réponse : « Je sais,moi aussi, ce que vous savez. Mais que puis-je faire ? J’aime la joie et je hais la tristesse. Et cet homme est un si grand pêcheur : tout de suite après l’acte coupable, alors que chacun a l’habitude de se repentir, ne fût-ce que pour un petit instant, et ne fût-ce que pour se livrer de nouveau, sans tarder, à ses folies, il résiste, lui, à la mélancolie et ne se repent pas. Eh bien ! voilà : la joie m’attire. »

(…) « [La mélancolie] elle nuit au service divin, plus que le péché. Si Satan s’est donné tant de peine, ce n’est pas à cause du péché que l’homme commet, mais à cause de la mélancolie qu’il ressent d’être retombé dans le péché et de ne pouvoir s’en libérer. Alors, Satan a pris la pauvre âme au piège du désespoir. » (…)

8. Le « sermon sur Gog » est au centre du « Gog et Magog » de Buber. Anne Mounic en donne une analyse sur le site Temporel.fr. Le sermon est introduit par ces mots : « Puis, il se mit à parler, à voix basse, comme en hésitant. On eût dit qu’il tirait un seau après l’autre des profondeurs d’un puits. »  Le sermon débute ainsi : « Il est écrit, dit-il, que le serpent a dit à Eve : ‘… et vous serez comme Dieu, connaissant le bien et le mal.’ » Le Rabbi s’interroge alors sur la nature de cette connaissance : auparavant, les premiers hommes connaissaient le bien et le mal séparément. Le serpent annonce une connaissance différente : « Ce ‘mal’ doit donc être un autre mal que celui qu’ont connu Adam et Eve. C’est un mal qu’on ne peut connaître qu’en le créant. » L’homme le crée mais ne connaît que le mélange du mal et du bien.

« Le Voyant de Lublin évoque le tsimtsoum, ou retrait de Dieu, qui laisse ainsi l’homme libre de choisir entre le bien et le mal. « Mais qu’est-ce que le mal que Dieu crée ? C’est le pouvoir de faire ce qu’il veut qu’on ne fasse pas. S’il ne créait pas ce pouvoir, personne ne pourrait lui désobéir. Or, il veut que sa créature puisse lui désobéir. Il lui a accordé la liberté du choix […]. » .« Qu’est-ce alors que le bien que crée Dieu ? C’est de se tourner vers lui : quand l’homme emploie tout ce pouvoir pour se détourner du mal, il est tourné vers Dieu. » Le « divin » s’apparente à la liberté : « Et ce qui prouve que c’est un pouvoir authentiquement divin, c’est justement que l’on puisse se soulever contre Dieu. »

« (…) Le serpent, ou Satan, se borne à jouer le rôle du tentateur, « et le tentateur a toujours l’autorisation de Dieu. »  De la conscience du devenir dépend la liberté de pouvoir. C’est là qu’intervient le choix : « Le plus grand service, telle est la réponse, est d’asservir le mauvais penchant à Dieu par la puissance de l’amour ; alors seulement on devient véritablement celui qui aime Dieu. Toute tentation se fait par sa volonté. »

« (…) « Aider Dieu », comme le dit Etty Hillesum ou comme le suggère Benjamin Fondane, revient donc à faire en sorte que la lumière puisse toujours éclore des ténèbres, que jamais elle ne s’y puisse étouffer. « Il est le Dieu d’Israël, quand il est le Sauveur. Mais il est le Sauveur quand il est le Dieu qui se cache. » Il n’est qu’un petit point, dans le Nom divin, pour le différencier du terme qui signifie « dévastation ». « Ce petit point a pour effet que la terrible puissance de Dieu, au lieu de ravager et d’anéantir totalement le monde, comme elle le pourrait à chaque instant, le conduit à sa délivrance. »  Ce « Retour vers Dieu » implique donc un bon usage du « Peut-être » ou du possible, que nous révèlent les interdictions imposées par les commandements, qui impliquent un dédoublement de la conscience. « Les ténèbres, nous apprenons leur existence quand nous entrons dans le portail de la crainte ; et la lumière, nous en apprenons l’existence quand nous sortons du portail. Mais le petit point, nous apprenons à la connaître seulement quand nous parvenons à l’amour. »

«  (…) Si nous revenons au sermon sur Gog, nous trouvons que le serpent est maudit parce qu’il a déformé la parole originelle : « Parce qu’il a entremêlé de mensonge la vérité de la tentation et déformé la parole de Dieu. Dieu veut que dans la tentation, sa parole et ce qui pousse l’homme à lui désobéir soient véridiquement confrontés. » (…)

9. La mystique de Buber. Petit-fils d’un éminent maître talmudiste de Galicie près de qui il passe son enfance, Martin Buber (1878 – 1965) fait des études de philosophie, est marqué par Nietzsche et Kierkegaard mais se consacre ensuite totalement à la mystique hassidique (« La légende du Baal Shem Tov » 1908) . Celle-ci est pour lui un des éléments fondamentaux du judaïsme et plus tard du sionisme qu’il rejoint dès 1898. Il pense que le retour des juifs en Palestine n’est possible et souhaitable qu’au prix d’une profonde renaissance spirituelle et culturelle. Cet humanisme juif passe, pour lui, par un dialogue constructif avec les Arabes, musulmans ou non. Une relation directe avec la Chékhina, la Présence de Dieu est possible dans la joie. Avec ses Hassidim il souscrirait volontiers à la formule connue de François de Sales ; « Un saint triste est un triste saint ». Le Voyant de Lublin dit aussi : « C’est à toi-même qu’il appartient de modifier ta condition. Combats le malheur, tu le vaincras. Invoque le rêve – il est donné à l’homme de s’accomplir par la joie et dans la joie, par le rêve et dans le rêve. » (cité par Elie Wiesel « Contre la mélancolie. Célébration hassidisme II » )

10. Gog et Magog dans l’islam. Voir Wikipédia « Signes de la fin des temps en islam ». Gog et Magog sont l’un de ces signes majeurs. Les Yājūj et les Mājūj (Gog et Magog) sont selon le coran deux tribus d’humains qui semaient le trouble sur terre jusqu’à ce qu’un vertueux appelé Dhû Qarnayn réussît à les enfermer derrière un mur. L’agression de Gog et Magog ravagera une bonne partie du Proche Orient. Le mythe biblique se voit ainsi confirmé dans le Coran.

11. Gog et Magog aujourd’hui. Arieh Lévy dans «  Géopolitique biblique » donne un commentaire intéressant de cette lutte contre Gog et Magog. Il recourt au psaume 118 : « 10. Que tous les peuples m’enveloppent : au nom du Seigneur, je les taille en pièces. 11. Qu’ils m’entourent, qu’ils me cernent de toutes parts : au nom du Seigneur, je les taille en pièces. 12. Qu’ils m’entourent comme des abeilles, soient brûlants comme un feu de broussailles ; au nom du Seigneur, je les taille en pièces. » (traduction rabbinat). « Abeilles » en hébreu se dit Devorim. Mais un midrash lit Dibourim « paroles ». « Les mots, tant écrits que prononcés, ont toujours été une arme redoutable, mais aujourd’hui, de par la grâce d’Internet et de la communication à très grande vitesse, elles peuvent se transformer en arme fatale. L’abeille piqueuse s’est métamorphosée en parole (ou chiffre) qui tue. Ce n’est pas pour rien que Séfér, Sfar et Mispar, chose écrite, chose dite (conte), et chiffre,  ont en hébreu la même racine. Voir pour ceux que cela intéresse le Séfér Hayétsira, le Livre de la Création. (…) La guerre des mots autour de Jérusalem, comme ce fut le cas de la guerre tout court lors de la destruction des deux Temples et lors des Guerres menées contre Israël,  et Jérusalem à l’époque moderne, laissent penser que la guerre des mots – qui n’est qu’à son commencement – pourrait bien être la bataille finale, la dernière Guerre de Gog et Magog.  Mais, rassurons-nous, une abeille qui pique meurt aussitôt !! » (Aryé Lévy).

12. Armageddon. Ce petit mont en Galilée est le lieu symbolique « du combat final entre le Bien et le Mal. (…) En 609 av. J.-C., le roi Josias du royaume du sud, royaume de Juda, est défait et tué sur la colline fortifiée de Meggido (Har Megiddo) par le pharaon Nékao II Cette défaite, alors que le Dieu des défenseurs de Mégiddo était censé les protéger, est ressentie comme une catastrophe traumatisante, et c’est en son souvenir que le terme Armageddon est ensuite employé pour qualifier une destruction catastrophique (…) Ce terme n’apparaît qu’une fois dans la Bible dans le livre de l’Apocalypse (Ap 16, 16) qui en parle comme d’un événement à venir : « Ils les rassemblèrent dans le lieu appelé en hébreu Harmaguédon ». (…) On utilise fréquemment ce mot pour désigner des batailles catastrophiques, éventuellement d’ampleur planétaire, et au sens de bataille finale, celle dont l’issue donnera la victoire définitive. (…) (Wikipédia). Des entités ou des pays musulmans (dont l’Iran) veulent l’arme nucléaire pour détruire Israël et parachever ainsi l’œuvre de destruction d’Hitler. Ce qui nous mènerait droit vers une catastrophe épouvantable. Le roman post-apocalyptique « La route » (2006) de Cormac Mc Carthy en donne une image réaliste :

« Un cataclysme inconnu a dévasté le monde. Des incendies géants ont ravagé les villes et les campagnes tandis que la faune a disparu. Ce qui ressemble à un hiver nucléaire masque en permanence le soleil et des cendres recouvrent le paysage. L’humanité a presque disparu, les quelques survivants se terrent tels des bêtes ou, ayant apparemment régressé, pratiquent le meurtre et le cannibalisme.

Dans ce décor apocalyptique, un père et son fils, que l’auteur ne dénommera jamais autrement que « l’homme » et « le petit », errent en direction du sud, leurs maigres possessions rassemblées dans un chariot de supermarché et des sacs à dos.

Œuvre métaphorique, ce roman est celui d’une quête impossible, celle d’un paradis perdu à jamais, d’une humanité qui se dérobe sans cesse sous les pieds fragiles des deux protagonistes, confrontés en permanence à la violence et à la barbarie. » (Wikipédia)

Roger et Alii

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