02 BIB Sinaï Har Karkoum 2008-05

1. Des archéologues et des historiens doutent de la réalité de l’Exode. Un chercheur écrit qu’il n’aurait concerné qu’un millier de personnes. On peut lire son étude dans “Le monde de la Bible” (p. 441, Folio histoire, 1998, 707 p). Cet ouvrage fait autorité car il offre des textes de base tirés de la revue du même nom. Ils font le point sur les données actuelles concernant Sumer et Babylone, les Assyriens, la Syrie intérieure, les peuples de la côte, l’archéologie palestinienne, l’ancien Israël, les rapports de la Bible et de l’archéologie. “La Bible dévoilée” (livre et dvd) d’Israël Finkelstein et Neil Asher Silberman va plus loin. La Bible serait un livre de propagande, une reconstruction littéraire et politique : “Ce sont des récits qui ont été cousus ensemble à partir des souvenirs, des débris d’anciennes coutumes, de légendes sur la naissance des différents peuples de la région et de préoccupations suscitées par les conflits contemporains.” C’est parfaitement exact mais volontairement incomplet. C’est nier la légitimité de l’aventure sioniste, passer sous silence le message spirituel de la Bible et finalement déconsidérer les millions de croyants qui, de par leur monde, en font leur nourriture spirituelle.

2. Avant d’aborder le thème du Sinaï proprement dit, voici quelques références à manier avec précaution.

* Une stèle du pharaon Merneptah, fils et successeur de Ramsès II, se félicite (un peu avant – 1200) d’avoir écrasé plusieurs peuples du Proche-Orient dont Israël : “Israël est désolé, sa semence détruite.” Cette stèle a pu transformer une défaite en victoire.

* Une partie des ‘Apirou qui vivaient en Canaan suivit les Hyksos lorsqu’ils conquirent l’Egypte vers -1750 (installation de Joseph). Les Hyksos sont chassés vers – 1550. La nouvelle dynastie traite durement les Hébreux pendant 210 ans (selon la tradition juive). Après un séjour en Egypte de 430 ans, les Hébreux finissent par se libérer vers – 1300 et vont rejoindre les autres ‘Apirou restés en Canaan.

* Les archéologues ont trouvé des sicles (shekels) très anciens, dont le poids, 11,4 grammes (argent ou or) par sicle, était indiqué en hiéroglyphes égyptiens. La filiation égyptienne de l’ancien Israël n’a jamais été niée.  Mais comment s’est-elle faite ? Entre la fin de la Genèse et le début de l’Exode il s’écoule 430 ans.

L’Exode se passe en -1350 : les Hébreux seraient partis avec les prêtres et dévots d’Aton éxilés en Canaan où ces derniers avaient pour mission de reconquérir cette province dissidente. Il s’agit de prêtres-guerriers (d’après Messod et Roger Sabbah, “Les secrets de l’Exode” 2000, Livre de Poche )

3. Abraham aurait vécu vers – 2.000 ans avant notre ère. Le règne de Joseph se situerait vers – 1800 (ou – 1730). Pendant leur séjour en Egypte les Hébreux se multiplient, participent pleinement de la culture égyptienne, deviennent riches pour un certain nombre. D’après la Bible cet état heureux dure environ 200 ans puis une partie du peuple est réduit  en esclavage (ceci est confirmé par des vestiges archéologiques). Le retournement de situation se serait effectué vers – 1600.. Le cataclyme de Santorin se situe  – vers -1680 ou – 1620. Le peuple juif aurait été tenu pour responsable du désastre et réduit en esclavage alors que l’Egypte ne connaissait pas cette forme d’exploitation. L’esclavage dure 230 ans et le peuple hébreu se libère. Les dix plaies d’Egypte, dans leur succession, ressemblent beaucoup à ce que l’on a pu observer dans de gigantesques tremblement de terre. Les scribes, compilant et  réécrivant les textes très longtemps après les évènements et dans des intentions pieuses ont pu, involontairement déplacer les effets de la catastrophe de Santorin à la punition de Pharaon, et donc la reculer de 230 ans.

4. Les Egyptiens connaissent une grave crise religieuse entre Amon et Aton. Le culte d’Amon est plutôt polythéiste si on l’oppose au culte d’Aton, culte du soleil prôné par Akhénaton. La crise se termine par l’expulsion des prêtres-guerriers d’Aton, si nombreux qu’on les appelle un “peuple de prêtres”, ce qui deviendra une dénomination courante pour le peuple hébreu. Excédés par les violences venues des dévôts d’Amon, les Hébreux auraient accompagnés les prêtres d’Aton dans leur exil, reconquis avec eux la province de Canaan puis réécrit l’histoire sous Josias (-721), puis  pendant l’Exil à Babylone, relativement bref, en deux étapes : – 598 et  – 587 puis retour en – 538. Soit au total 60 ans. Cet exil concerne donc deux générations successives. Israël en sort profondément bouleversé. Il a perdu les neuf dixièmes de ses archives, sauvé le reste au prix d’innombrables difficultés et réécritures. C’est la Bible hébraïque que nous connaissons.

5. L’archéologue italien Emmanuel Anati a longtemps travaillé sur le site d’Har Karkoum.  Voir : “Les mystères du mont Sinaï” par Emmanuel Anati (1993, Ed. Bayard) et la revue Science et Avenir de mars 1999 “Le mont Sinaï retrouvé” p. 78 à 90). Il faudrait, d’après lui, repousser l’Exode de mille ans environ. Mais, sans bouleverser la chronologie, on peut trouver une autre explication à l’effarante découverte qu’il a faite. La Bible dit qu’Aaron est allé au devant de son frère Moïse qui revenait du pays de Midian, en direction d’Egypte. Ils se sont rencontrés à la montagne de Dieu (Ex 4, 26). Or Har-Karkom se trouve justement sur la piste caravanière de Midian. De plus la Bible signale que le mont Sinaï appartenait au territoire des Madianites, non loin de la frontière av ec le pays des Amalécites (Ex 17, 9-20). Har Karkom est le lieu qui correspond exactement à cette situation. En arabe la montagne s’appelle djebel Ideid “la montagne de la célébration” ou “de la multitude”. Son nom israélien de Har Karkhom (“la montagne de safran”) est un nom récent.

Le lieu est une sorte de table, entourée de précipices et couronnée de deux proéminences. Le vent y souffle en permanence, projetant le sable contre les rochers et les faisant chanter. On a le sentiment que les forces de la nature y sont constamment en mouvement alors que tout reste immobile. A l’âge du bronze ancien peu de personnes avaient le droit de gravir la montagne. Sinon les vestiges paléolithiques ne seraient pas restés en aussi bon état. Or “Le peuple ne peut gravir le mont Sinaï” (Exode 19, 12-13).

6. On a retrouvé sur les pentes de la montagne une petite caverne qui fut habitée par un homme seul à l’âge du bronze. Elle contenait un foyer, une aire aplanie à la main pour accueillir peut-être un grabat de paille, les tessons d’une jarre à eau, deux lames de silex et une spatule en os. L’homme y mangeait sur place puisque des reliefs de repas y ont été retrouvés comme des coquilles d’œufs d’autruche (2100 av. notre ère au carbone 14). Ce qui rappelle les séjours de Moïse au mont Sinaî qui duraient 40 jours (Exode 24, 12-13 et 33).

Un ensemble de 12 piliers faisant face à une plate-forme a été découvert au pied de la montagne. Or on lit : “Moïse écrit toutes les paroles de YHVH. Il se lève tôt le matin, bâtit un autel, sous la montagne et douze stèles pour les douze rameaux d’Israël.”

Au sommet de l’une des deux collines qui chapeautent la montagne, repose un petit rocher fendu, particularité peu commune dans la région. Il pourrait s’agir du lieu où YHVH s’adresse à Moïse : “Voici un lieu avec moi, poste-toi sur le roc. Et au passage de ma gloire, je te mets au creux du roc, et te couvre de ma paume jusqu’après mon passage. Puis j’écarte ma paume et vois mon envers ; mes faces ne se verront pas.”

Une gravure sur roche représente une tablette en dix parties dont les contours évoquent d’une manière troublante les Tables de la Loi portées par Moïse. Un autre dessin évoque un serpent, rappelant l’épisode où le bâton de Moïse se transforme en reptile (Exode 4,2). Ceci n’a jamais été trouvé ailleurs dans la Péninsule.

7. Sous un tumulus de pierres noires, visible des kilomètres à la ronde, les archélogues ont trouvé sur une grosse dalle rectangulaire, à même le sol, une pierre calcaire blanche, intentionnellement taillée en demi-cercle et déposée là. A côté d’elle se trouvait un grattoir en silex (bronze ancien – 3200 à – 2600) qui a peut-être servi à la façonner. Il s’agiissait probablement d’un monument dédicatoire pour un évènement d’importance, ce que la Bible décrit sous le nom de “Gal-ed”. Ce tumulus aurait été dédié à un dieu lunaire, symbolisé par cette pierre blanche, le dieu Sîn. Celui-ci est accompagné d’antilopes aux cornes récourbées. Elles symbolisent la lune. Har Karkhum était donc dans les temps anciens la montagne du dieu Sîn, d’où Sinaï.

8. Anati affirme que la datation conventionnelle de l’Exode, vers – 1.300 ne trouve presque aucune correspondance dans les archives égyptiennes. Les découvertes récentes au sujet d’Akhénaton prouvent le contraire. Anati ajoute que durant la VI° dynastie (- 2.250) les Egyptiens conduisent plusieurs expéditions punitives. Les récits en sont consignés dans un mur entier de hiéroglyphes et ils utilisent les mêmes images et les mêmes motifs littéraires que la Bible hébraïque. Ceci est tout-à-fait vraisemblable. Canaan a toujours été une province limitrophe de l’empire égyptien, province constamment menacée par les envahisseurs et constamment défendue.

9. Pour comprendre ce qui a pu se passer, inutile de bouleverser une chronologie déjà fragile. Il suffit de reprendre le verset : “Le peuple ne peut gravir le mont Sinaï” (Exode 19, 12-13). Pour être sûr que personne ne risquera de gravir un site sacré qui doit rester inviolé, il suffit, dans les textes, de lui assigner un site qui lui ressemble beaucoup et qui est l’actuel Sinaï. Pendant très longtemps, les autorités religieuses les plus hautes auraient su où se trouvait le vrai Sinaï mais avec l’exil à Babylone, le secret se serait perdu. Il  aurait été retrouvé involontairement par un archéologue Emmanuel Anati. Mais, comme personne ne peut tout savoir, Anati aurait négilgé le fait que les textes bibliques ont constamment été réécrits. Ce n’est pas que l’aventure de Moïse se serait produit mille ans plus tôt, c’est qu’elle aurait été située par les textes quelques centaines de kilomètres plus bas !

Roger et Alli

Retorica

(10.200 signes)

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