09 FRA identités Les Français 2013

Trois articles :

A. Synthèse TS Portrait actuel du français  corrigé s.g.d.g 1994

B. 09 FRA identité(s) trampoline 2007_11_15

C. 09 FRA identités vos échos 2009_02_24

A. Synthèse TS Portrait actuel du français  corrigé s.g.d.g 1994

Introduction. Quatre textes contemporains (1979 à 1984), dressent un portrait actuel des Français, vus par eux-mêmes (doc I, Michaud et Torrès “Nouveau Guide France” 1982 et doc IV, Lipianski “L’Âme française ou le National-libéralisme” 1979) et par les étrangers (doc II, sondage M.T Guichard “Sondage IPSOS” Le Point 10 octobre1983) et doc IV, Burgess “Exquise ennemie” Le Monde Dimanche 29 mars1981). Après avoir dégagé les fondements de la personnalité française, nous en développerons les conséquences négatives et positives avant de mettre en relief la spécificité qu’il convient de sauvegarder.

1. Quels sont les fondements de la personnalité française ?

1.1 Le Français a le sens du réel. Pour Michaud-Torrès le Français est réaliste et terre-à-terre, tandis que Burgess voit en lui un cartésien (qui a eu tort de se soumettre au nazisme en 1940). Lipianski lui concède raison, clarté, expression, lucidité, vérité logique et bon sens.

1.2 La loi est fondamentale. Bien que le Français soit, selon Michaud-Torrès, chevaleresque, individualiste et indiscipliné, Burgess est frappé par un détail : sur un vol d’Air-France les fumeurs sont brimés car « la loi c’est la loi« . Lipianski complète ce portrait en relevant des caractéristiques comme l’esprit de système, l’ordre, le juridisme et le classicisme. 

1.3 Esprit réaliste et légaliste, le Français aurait donc une personnalité fondée sur le bon sens et l’ordre. 

 

2. Mais cet équilibre reste instable. et connaît des développements négatifs.

2.1 D’abord une tendance marquée par une rigidité soupçonneuse. Plusieurs auteurs soulignent l’aspect paysan, précautionneux et méfiant (Michaud-Torrès), la rigidité devant la loi, l’incivilité et l’impolitesse, dûes à un foie fragile ? (Burgess) et la conscience professionnelle dégradée en sérieux défiant et en étroitesse d’esprit (Lipianski). 

2.2 Ensuite le Français est conservateur. Paysan parcimonieux et mesquin selon Michaud-Torres, le Français est selon Burgess, peu hospitalier, matérialiste et enclin à aimer l’argent. Lipianski signale le conservatisme, le traditionnalisme, la routine et le besoin de sécurité. Comment, selon M.T Guichard,  s’étonner que 42 % des immigrés jugent que leur situation s’est dégradée? 

2.3 Le Français a un esprit étroit. Ceci correspondrait selon Burgess au repli intellectuel sur soi, sur les classiques et les grands modernes, à l’esprit de clocher, à l’excès de cartésianisme et au manque de pragmatisme. Lipianski va dans le même sens signalant le sectarisme et l’intellectualisme faussement universaliste.

2.4 Donc l’équilibre peut se rompre au profit de la méfiance, du repli sur soi et l’étroitesse d’esprit.

 

3. Il est vrai que l’équilibre peut se rompre dans un sens plus gratifiant.

3.1 Le Français a l’esprit vif. Si l’on en croit Michaux-Torrès, le Français est aussi, un Parisien, un « nerveux » (en caractérologie) insouciant et persifleur. Ce que confirme Lipianski lorsqu’il le crédite de vivacité, de souplesse, d’esprit critique, de liberté de jugement et de franchise.

3.2 Le Français a bon cœur. Michaud-Torrès le voit chevaleresque, généreux et prodigue ; Burgess l’invite à se souvenir de Rabelais, de l’humanisme ouvert et sensible ; Lipianski le voit dynamique, énergique, tenace, fougueux, courageux et brave. Signes d’ouverture en partie démentie par le sondage : 45 % des immigrés le voient raciste et 35 % antiraciste, l’essentiel est qu’il soit peu violent (11 à 30 %) selon M.T Guichard. 

3.3 Le Français est un bon vivant. Pour Michaud-Torrès il est ingénieux, jovial, sociable, curieux. Burgess constate, qu’il est jouisseur, sensuel, gourmand et sans remords (contrairement aux Anglais). Ceci le prédispose à une certaine bienveillance : il aime sortir avec les immigrés  et ceux-ci s’en disent satisfaits (66% remarque M.T Guichard.

3.4 Le Francais aime rêver. Michaud-Torrès découvrent en lui un idéaliste et même un utopiste (toujours l’esprit chevaleresque !). Burgess note de son côté que les Français, rêvent, comme les Anglais ! de leur grandeur passée et du Roi-Soleil. Et Lipianski de souligner l’idéalisme, la générosité, le sens de la liberté, de la révolution et du patriotisme. Cette fois l’équilibre est rompu au profit de la vivacité, de la générosité et d’une ouverture un peu brouillonne qui va jusqu’au rêve utopique.

 

4. Une personnalité aussi instable invite à dégager une spécificité qu’il faut sauvegarder.

4.1 La spécificité est peut-être cet équilibre même. Devenu « français moyen », extraverti et sanguin selon Michaud-Torrès, le Français doit sauver son esprit de mesure et de modération, relevé par Lipianski qui y ajoute le sens de l’équilibre et de l’architecture.

4.2 Le Français a peut-être le sens du bonheur. Burgess est le seul, malgré ses critiques virulentes, à reconnaître aux Français une mission spécifique : glorifier la vie, le soleil, le vin, la beauté des femmes. Le sondage de M.T Guichard le rejoint puisque 73 % des immigrés souhaitent voter en France et 52 % y rester.

4.3 La spécificité française serait donc de sauvegarder l’esprit de modération pour construire quelque chose qui ressemble beaucoup au bonheur.

 

Conclusion Ce portrait des Français apparaît profondément contradictoire : bon vivant mais avare et méfiant, patriote et même chauvin, généreux mais légaliste et mesquin… Savoir garder cet équilibre serait peut-être la clé du bonheur.

Je pense que ces contradictions et cette vision optimiste s’expliquent car la France est le cul-de-sac géographique de l’Europe. C’est en France que  s’arrêtent fatalement  les invasions de peuples très divers. Sous un climat tempéré, des groupes humains d’origines différentes ont appris à vivre ensemble.

Même si les Anglo-Saxons l’ont dit avant nous et mieux que nous, les Droits de l’Homme, le droit d’asile, le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes apparaissent comme des spécificités françaises au même titre que la cuisine, la littérature ou l’ingéniosité technologique. Devenue une puissance moyenne, la France garde le sentiment d’avoir dominé l’Europe au XVIII¯s par sa langue, sa culture et sa puissance. Et même les Français les moins instruits le sentent obscurément.

A partir du moment où la communication internationale transforme le monde en « village planétaire » (Mac Luhan), des comportements uniformes commencent à émerger. La spécificité française va se perdre un peu dans une spécificité européenne qui, à beaucoup d’égards, possèdera les mêmes traits psychologiques, sociologiques et culturels. 

Roger

Lycée Bourdelle

(6.600 caractères)

B. 09 FRA identité(s) trampoline 2007_11_15

Un fichier trampoline procède par sauts mais sans perdre de vue son sujet.

1. Notion complexe, l’identité est multiple d’où le -(s). Je pars d’une définition empruntée globalement à Maurice Godelier : l’identité est une construction imaginaire de nature politico-religieuse qui unit des personnes afin de construire une société (voir Godelier “Au fondement des sociétés humaines. Ce que nous apprend l’anthropologie.”, Ed Albin Michel 2007). Cette construction sociale offre de multiples facettes.

2. “Je n’ai pas une goutte de sang français mais la France coule dans mes veines.” écrivait Romain Gary. Dans “Comment je suis devenu français” (Seuil 250 p), Jacqueline Rémy décrit les trajets de 20 personnalités. Parmi elles Julia Kisteva explique que c’est la langue française qui était pour elle symbole de liberté sous un régime communiste. Même chose pour Mercedes Erra sous l’Espagne franquiste. Comme juif roumain interdit d’école dans son pays, Marin Karmitz doit tout à l’école communale française. Safia Otokoré, fille d’immigrés somaliens, a elle aussi appris avec le français la liberté. Selon M.K  demander à des immigrés de maîtriser le français serait absurde et inique mais il faut exiger un minimum de connaissance de la langue et de la culture ainsi que le respect de la règle du jeu. Pour lui l’école doit apprendre une histoire à la fois belle et hideuse. J.K observe que la jeunesse a besoin d’idéaux et de valeurs sinon c’est le nilhilisme (la casse et la drogue). Pour M.K la France est un pays qui ne s’aime pas et donc ne peut s’ouvrir. Pour M.E l’école n’inculque aux enfants ni la fierté ni la confiance en soi, d’où leur démoralisation. Pour J.K nous ne sommes pas assez fiers de l’Humanisme et des Lumières. (Propos recueillis par Philippe Petit et Alexis Lacroix, Marianne, 23_11_07).

3. Un dessin de Jacques Faizant (vers 1970) présente en 9 vignettes des individus en costumes vaguement nationaux. 8 sont qualifiés de “valeureux patriotes” et crient : “Vive le Vietnam !”, “Vive le Portugal !”, “Vive Cuba !”, “Vive l’URSS !”, “Vive la Chine !”, “Vive la R.D.A !”, “Vive la Palestine !”, “Vive l’Albanie !” Le 9° crie “Vive la France !”. Il est qualifié de “vieux con, cocardier, chauvin, xénophobe et présumé facho”.

4. Jacques de Saint-Victor “Les racines de la liberté. Le débat français oublié 1689 – 1789” (Perrin, 355 p). En 1689 la Glorieuse Révolution impose aux Stuart les droits “authentiques, anciens et indubitables” du peuple anglais. Au contraire, 1789, c’est en France la rupture avec un passé tenu intrinsèquement comme “féodal”. Entre ces deux dates  se déploie le combat contre l’absolutisme mené notamment par le comte de Boulainvilliers. Grand érudit, il inventa le “civisme nobiliaire” et plaida pour l’intelligence historique contre l’autorité en mal de despotisme. Pour lui, les Francs “tous libres et parfaitement égaux et indépendants” ont inventé une monarchie élective qui mêle monarchie, aristocratie et démocratie. Il juge que la nation a autant le droit que le souverain de dire et de faire l’histoire. Il rappelle que la liberté n’est ni un droit naturel (Rousseau) ni un mieux-être utilitariste (Locke).  mais un idéal de non-domination, une recherche de compromis et d’équilibre, au service de la personne plus que de l’individu et de la communauté plus que de l’Etat. Dans sa recherche de la 3° voie Montesquieu n’a jamais oublié Boulainvilliers. Le livre de Saint-Victor est une sorte de psychanalyse politique et historique de travers nationaux dont nous payons toujours le prix. (D’après Jean-Pierre Rioux, La Croix, 05_05_07)

5. L’Italie se dote d’une “charte des valeurs de la citoyenneté et de l’intégration” à laquelle est invitée à adhérer toute personne vivant en Italie. Ce n’est pas un document juridique mais un pacte de cohabitation élaboré par un comité qui a travaillé pendant six mois sous la conduite d’un expert en droit constitutionnel et qui a rencontré de nombreux groupes religieux et sociaux (femmes immigrées etc.) La charte met en valeur ce qui unit des personnes issues de cultures différentes. Elle place au centre des valeurs la laïcité de l’Etat et la pleine reconnaissance de la liberté religieuse individuelle et collective tout en excluant fermement toute incitation à la violence religieuse. Elle souligne fortement l’égalité entre les sexes et une société italienne fondée sur la monogamie.  Le texte indique qu’il n’y a pas de restriction au vêtement des personnes à condition qu’il soit librement choisi. Mais le voile intégral qui cache le visage n’est pas accepté, “y compris parce qu’il représente un obstacle à la socialisation”. La charte souligne avec force le rôle de l’école pour une réelle intégration des cultures et la formation des nouvelles générations. (D’après Anne le Hir, la Croix, 26_04_07)

6. “Le doux pays de mon enfance” (2006) est un téléfilm de Jacques Renard. Roger Joly (joué par Daniel Russo) est un homme heureux : aimé de sa femme et de ses enfants, employé respecté de son patron concessionnaire de voitures de luxe, c’est en outre un amoureux de la langue française. Il suffit d’un contrôle routier (il a mal bouclé sa ceinture) pour qu’une enquête s’enclenche et que son identité se dérobe. En fait il s’appelle Aziz Bensala. Stupeur et désarroi de sa famille, de ses proches. Ce téléfilm remarquable, issu d’un fait divers, n’est pas l’histoire d’un menteur mais de quelqu’un devenu profondément français. Le personnage est condamné à cinq ans de prison. (D’après Bruno Bouvet, la Croix, 28_05_06)

7. Patrick Weil “Qu’est-ce qu’un Français ? (Histoire de la nationalité française depuis la Révolution ?”, Ed Grasset, 400 p, 2002). Sous l’Ancien Régime on était ou devenait français quand on naissait sur le territoire ou qu’on habitait en France : les étrangers, les “aubains” obtenaient un “droit d’aubaine” mais il n’y avait pas de définition explicite de la nationalité. La “qualité de Français” fut acquise en 1790 notamment à toute personne établie en France depuis cinq ans. Ce qui permit à la très grande majorité d’étrangers établis à Paris de devenir Français, même involontairement. La nationalité devenait un droit de la personne et se transmettait par filiation. Une loi de 1799 précisa que l’on était français si on était né d’un père français et que l’on vivait en France : c’était le droit du sang. La loi de 1803 stipula qu’une femme prend automatiquement la nationalité de son mari, de sorte qu’une Française qui épousait un étranger perdait la nationalité française. Vers la fin du XIX° s on décréta qu’un enfant né en France y compris d’un parent étranger est français dès sa naissance : c’était le droit du sol. Nous combinons actuellement droit du sang et droit du sol. La naturalisation se fait toujours en fonction des besoins du pays d’accueil, avec des accrocs. Ainsi de Gaulle, en 1945, demandait au garde des Sceaux d’organiser l’entrée des immigrés  selon la proportion suivante : 50 % de Nordiques, 30 % de Méditerranéens et 20 % de Slaves. (D’après Dominique Gerbaud, la Croix, 25_04_07).

8. Quand la Révolution éclate “le mot même de nationalité n’existe pas. On emploie le terme de “qualité de Français”. C’est seulement au début du XIX° siècle que la nationalité va définir le lien qui relie par le droit un Etat et sa population.” (Patrick Weil, cité par Gilles Heuré et Olivier Pascal-Mourelard, Télérama, 12_07_06). Ainsi est officialisé le passage de la qualité de “sujet (du roi)” à celle de “citoyen

9. “Français de souche”. (…) “Liberté” et “Fraternité” ne sont pas des slogans sortis du chapeau d’une poignée de révolutionnaires, mais des conduites enchevêtrées dans un tissu humain séculaire. (…) Et cette famille qui est mienne, sur papier, et qui est aujourd’hui qualifiée de “Française de souche”, n’est pas composée de personnes qui se seraient choisies parce qu’elles étaient “pareilles”. Elles ont au fil des âges confronté leurs folkores et remodelé leurs pittoresques, elles ont fait évoluer leurs idiomes et leurs saints patrons, elles se sont adaptées à divers climats, de la montagne à la plaine, d’un point cardinal à un autre, et elles ont élargi leur décor en multipliant des voies de communication. Dans ce lit d’alluvions, je suis, et j’entends que mes enfants demeurent, un fleuve alimenté de toutes les sources qui me rejoignent. (Corinne Béoust, Paris, courrier des lecteurs, le Monde, 15_05_02).

10. Comme notion politico-religieuse l’identité française repose sur la devise républicaine : “Liberté, Egalité, Fraternité”. Devise dite républicaine et non démocratique. Le peintre Gustave Courbet aimait à se définit comme “réaliste” (en art), “républicain”, “démocrate” et “socialiste”. Ces quatre identités étaient pour lui clairement identifiables et ne se confondaient pas..

11. Les parents de Noria, 28 ans, étaient enfants quand ils sont arrivés d’Algérie. Grâce à la “devise républicaine”, Noria s’éprouve “sans fracture” et n’est pas déchirée entre sa culture arabe et son “rapport intime” à la France. Laurent Bazin, anthropologue, estime que l’identité nationale est une “notion imaginaire” : “Partout, face à la perte de la souveraineté” des Etats, on assiste à des processus similaires : l’identité est utilisée pour reconquérir une légitimité politique.” (D’après Charlotte Ritman, Libération, 19_07_07).

12. “Soyons frères… ou je t’assomme !” Cette légende d’un dessin contre-révolutionnaire veut tourner en dérision la “fraternité” qui naît en même temps que la “liberté” et l’”égalité”. La Déclaration de 1793 écarte la charité au profit d’un devoir de solidarité : “La société doit la subsistance aux citoyens malheureux, soit en leur procurant du travail, soit en assurant les moyens d’exister à ceux qui sont hors d’état de travailler.” La Convention crée le principe des services sociaux modernes avec le Livre de Bienfaisance qui met fin théoriquement à la mendicité, notamment dans les campagnes, en recensant les victimes de l’indigence (loi du 22 Floréal, an II, 11 mai 1794). Les premières mesures pratiques sont prises à Paris. (D’après Pascal Herry, dossier “Convergence” du Secours Populaire Français, janvier 1989). Il faudra attendre 1848 pour que la “fraternité” vienne compléter la devise républicaine. Nous dirions plutôt aujourd’hui “solidarité”.

13. L’identité nationale française se définit par la devise républicaine : liberté, égalité, fraternité. La liberté est d’ordre dynamique, l’égalité d’ordre juridique et la fraternité d’ordre mystique. La liberté d’entreprendre mène à des écarts  de revenus de 1 à 10.000, 100.000 ou 1 million… Elle est limitée par l’égalité des droits, le dynamique par le juridique. Pour protéger le riche il faut que les droits essentiels du pauvre soient assurés : se nourrir, se loger, se soigner, avoir un travail, une famille, des loisirs. D’où la formule : “Les salariés heureux font les entreprises heureuses et les actionnaires heureux.”  Le libéralisme comprend l’égalité des droits car il accepte la règle du jeu et la nécessité d’arbitres. Ce que refuse le néo-libéralisme. Le collectivisme triche avec l’égalité car la nomenklatura rassemble ceux qui sont plus égaux que les autres et leur réserve des circuits économiques privilégiés. La fraternité est d’ordre mystique si l’on songe à cette  remarque rabbinique : “Les besoins matériels de mon prochain sont mes besoins spirituels.”  En ce sens il y a une mystique laïque et même athée : “Fais à autrui ce que tu veux qu’il te fasse”, précepte fondamental pour Michel Onfray (Université populaire de Caen, France-Culture 11_08_06). La social-démocratie et l’Etat-providence rendent supportables les défauts de la liberté. Des revenus énormes sont admissibles quand ils prouvent leur utilité et sont réinvestis dans de jeunes entreprises créatrices d’emplois ou le mécénat. C’est une manière de participer à l’identité nationale.

Roger et alii

Retorica

(12.000 caractères)

 

C. 09 FRA identités vos échos 2009_02_24

”Il y a deux catégories de Français : ceux qui disent “Il y a deux catégories de Français” et les autres.” (Charles de Gaulle)

1. Sur 09 FRA identité Portrait du Français. Myrtha (2009_12_22) : Je n’aime pas du tout les généralisations concernant des groupes de personnes : « les français sont comme cela », les allemands comme ceci », les arabes comme cela » etc.  Je vous renvoie à l’article de Zohra Guerraoui (débat sur l’identité nationale) que je vous joins [le lire sur

http://www.lemonde.fr/politique/article_interactif/2009/11/17/l-identite-francaise-le-rapport-a-l-autre-et-la-diversite_1267620_823448.html]

et qui montre une ouverture dont la définition DU français manque. Maîthé allait dans le même sens. Roger : L’article auquel vous faites allusion est simplement le corrigé d’une synthèse de documents, telle qu’on la propose en BTS. Elle repose sur la confrontation de textes différents et qui font choc entre eux. La synthèse se veut objective. L’avis personnel n’est donné qu’en conclusion. La loi du genre c’est le risque des généralisations abusives sur les sujets sensibles. Les sujets plus neutres sont moins sujets à confusionLe fichier ne traduit donc pas ma position personnelle. Elle serait plutôt définie par l’autre fichier mis sur site également à la section France : 09 FRA identités trampoline 2007. IdentitéS donc et non identité. 

2. Sur 09 FRA identités trampoline 2007. Casimir (2009_12_24): BRAVO pour cette revue des troupes // beaucoup à retenir des interventions // moi, je travaille sur l’identité … comorienne ! et quand j’anime le débat sur ce thème, j’en demande d’abord la définition, bien sûr : en gros, « caractère de ce qui est exactement semblable » //  (c’est le principe de la carte d’identité // mais très vite, il faut la remplacer parce que cette identité a changé) // Mais semblable à qui ou à quoi ? puisque nulle personne n’est exactement semblable à une autre et généralement ne souhaite l’être, il faut faire appel à un portrait robet de ce à quoi on aspire à aire, une identité souhaitable et possible qui reprendra les forces existantes de l’individu ou du peuple en question et qui réduira les faiblesse dont il fait preuve Jany (2010_01_02) rappelle l’existence du livre de

3. Amin Maalouf “Les identités meurtrières” (1998 Grasset et 2001 Livre de Poche). Voici ce qu’en cite et dit le blog “La plume francophone” : (…)…c’est à partir de son expérience personnelle, de la diversité de ses appartenances qu’Amin Maalouf a souhaité entamer cette réflexion. L’identité est forcément complexe, elle ne se limite pas à une seule appartenance : elle est une somme d’appartenances plus ou moins importantes, mais toutes signifiantes, qui font la richesse et la valeur propre de chacun, rendant ainsi tout être humain irremplaçable, singulier. (…)

Les identités deviennent ou peuvent devenir meurtrières, lorsqu’elles sont conçues de manière tribale : elles opposent « Nous » aux « Autres », favorisent une attitude partiale et intolérante, exclusive et excluante. Le choix proposé par cette conception est extrêmement dangereux, il implique soit la négation de l’autre, soit la négation de soi-même, soit l’intégrisme, soit la désintégration. (…)  

Pourquoi l’Occident chrétien, qui a une longue tradition d’intolérance, qui a toujours eu du mal à coexister avec « l’Autre », a-t-il su produire des sociétés respectueuses de la liberté d’expression, alors que le monde musulman, qui a longtemps pratiqué la coexistence, apparaît désormais comme une citadelle du fanatisme ? (…) Ce questionnement lui permet d’aborder la notion d’influence : tandis que l’on exagère l’influence de la religion sur les peuples, on atténue, on minimise l’influence des peuples sur les religions. Ces influences sont en fait dans un lien de réciprocité ; il est donc inapproprié, voire risqué de nier un aspect de cette dialectique. Tout comme l’Islam ne peut être considéré comme un facteur d’immobilisme, le christianisme n’a pas été « la locomotive » de la modernisation de l’Occident : il s’est adapté.

(…) Si même en France la notion de modernisation suspectée d’être une américanisation est perçue comme le « cheval de Troie d’une culture étrangère dominatrice » (p. 86), le sentiment est d’autant plus fort hors de l’Occident : se répand le sentiment de vivre dans un monde appartenant à l’autre, dont les règles sont édictées par l’autre. Historiquement, le monde arabe a très tôt vu la modernisation comme une nécessité. Ce sont les nationalistes et non les islamistes qui ont mené leurs pays à l’Indépendance ; le radicalisme religieux a été la dernière réponse quand toutes les autres voies ont été bouchées, il n’a pas été un choix spontané, naturel, immédiat des Arabes ou des Musulmans.

”Je ne rêve pas d’un monde où la religion n’aurait plus de place, mais d’un monde où le besoin de spiritualité serait dissocié du besoin d’appartenance. […] Séparer l’Eglise de l’Etat ne suffit plus ; tout aussi important serait de séparer le religieux de l’identitaire” Une des appartenances qu’il considère des plus déterminantes, rivale de la religieuse, est la langue, et son avantage est de ne pas être exclusive, contrairement à la religion. « Séparer le linguistique de l’identitaire ne me paraît ni envisageable, ni bénéfique », (p. 153) car la langue est le « pivot de l’identité culturelle » et « la diversité linguistique le pivot de toute diversité », tout être humain a besoin d’une langue identitaire. C’est pourquoi chacun doit s’engager pour le maintien et l’avancement de sa langue identitaire, mais il apparaît également nécessaire de connaître la langue globale (l’anglais) tout comme d’investir une troisième langue, la langue « de cœur ». (…) Circé Krouch-Guilhem

  http://la-plume-francophone.over-blog.com/article-5560557-6.html)

4. Olivier aborde le problème à travers l’exemple des Pays-Bas. “L’identité des Pays-Bas tire son origine des piliers (“de Verzuiling”), système politique mis en place à la fin du XVI° siècle par Guillaume d’Orange. Protestants, catholiques et juifs en constituaient les trois piliers initiaux, chacun s’organisant selon ses usages mais adhérant par dessus ces particularismes aux valeurs communes de la Nation.” Ces trois piliers sont devenus quatre : les catholiques, les protestants, les libéraux, les socialistes. Sur 16 millions d’habitants on compte 2 millions d’Indonésiens (Surinam) et 1 million d’immigrés (825.000 musulmans). “Leur intégration dans la société nationale est passée par leur organisation en communautés. L’exemple des écoles musulmanes, fondées par des associations et bénéficiant de subventions publiques, révèle l’émergence d’un cinquième pilier, ceci dans un contexte de sécularisation de la société néerlandaise (42 % des Néerlandais ne se reconnaissent d’aucune église, 29 % se déclarent catholiques et 10 % se disent protestants.” (…) En septembre 2007, le prince Klaus déclarait : “Je ne sais pas comment c’est d’être néerlandais. J’ai plusieurs loyautés. Je suis à la fois citoyen du monde, européen et néerlandais”. Mais l’ancien Premier ministre Ruud Lubbers (chrétien-démocrate CDA) estimait en octobre 2007 : “Il y a bien une identité néerlandaise, même si elle est constamment réajustée. Les traits de caractère typiques des Néerlandais sont l’esprit d’initiative, l’individualisme, l’énergie, l’avarice.” Cett identité multiple et en devenir est fragilisée par les tensions communautaires : “La force des Néerlandais, c’est de réinterpréter [les] apports extérieurs et de recréer des nouvelles formes uniques et originales.” (Thomas Beaufils, ethnologue et directeur du réseau franco-néerlandais, “La Hollande”’ éd Le cavalier bleu, 2009). La presse hollandaise commente ainsi le débat français : “à l’issue de cette réflexion collective, les programmes d’intégration des nouveaux Français seront renforcés.” (…) “La discussion se concentre inévitablement sur la place que prennent dans la société française plus de six millions de musulmans”.

5. Rhétorique et littérature. Le débat est marqué par le manque d’attention aux mots employés. D’où ces dérives navrantes que permettent les figures de style employées à l’étourdie. Ainsi je lis sous la plume d’un commentateur : “La France perd la mémoire”… C’est plutôt lui qui la perd. Cette métonymie généralisante est fausse : la France désigne des Français. Elle est doublée d’une allégorie, admissible celle-là (voir plus loin le sonnet de Joachim du Bellay). J’ai maintes fois signalé les dangers de la métonymie. Le philosophe Michel Serres insiste sur la différence entre identité et appartenance : “sur ma carte d’identité, rien ne dit mon identité mais plusieurs appartenances.” en fonction du nom, du prénom, du lieu et de la date de naissance, de la taille, de l’adresse. “Confondre l’identité et l’appartenance est une faute de logique, réglée par les mathématiciens. (…) Dire de tel ou tel qu’il est noir ou juif ou femme est une phrase raciste parce qu’elle confond l’appartenance et l’identité. Je ne suis pas français ou gascon, mais j’appartiens aux groupes de ceux qui portent dans leur poche une carte rédigée dans la même langue que la mienne et de ceux qui, parfois, rêvent en occitan.(…) Qui suis-je alors ? Je suis je, voilà tout. Je suis aussi la somme de mes appartenances que je ne connaîtrai qu’à ma mort…” (Libération, 2009_11_19).

6. Lire aussi de Mona Ozouf “Composition française(Gallimard 2009) Résumé du livre. “ La France a toujours vécu de la tension entre l’esprit national et le génie des pays qui la composent, entre l’universel et le particulier. Mona Ozouf se souvient l’avoir ressentie et intériorisée au cours d’une enfance bretonne. Dans un territoire exigu et clos, entre école, église et maison, il fallait vivre avec trois lots de croyances disparates, souvent antagonistes. A la maison, tout parlait de l’appartenance à la Bretagne. L’école, elle, au nom de l’universelle patrie des droits de l’homme, professait l’indifférence aux identités locales. Quant à l’église, la foi qu’elle enseignait contredisait celle de l’école comme celle de la maison. En faisant revivre ces croyances désaccordées, Mona Ozouf retrouve des questions qui n’ont rien perdu de leur acuité. Pourquoi la France s’est-elle montrée aussi rétive à accepter une pluralité toujours ressentie comme une menace ? Faut-il nécessairement opposer un républicanisme passionnément attaché à l’universel et des particularismes invariablement jugés rétrogrades ? A quelles conditions combiner les attachements particuliers et l’exigence de l’universel. En d’autres termes, comment vivre heureusement la ‘composition française’ ?

7. Le romancier et essayiste français Jean-Louis Curtis (1917-1995) définissait l’identité allemande par la philosophie, la poésie, la science et la musique et définissait l’identité française par la littérature. Camus de son côté déclarait : “La langue française est ma patrie.” Cette prégnance de la littérature est tellement forte que des noms de lieux en sont complétés : Illiers est devenu Illiers-Combray, Ferney Ferney-Voltaire, Milly Milly Lamartine, La Haye La Haye-Descartes… La littérature constitue le ciment identitaire français. C’est pourquoi je milite pour la diffusion de cette extraordinaire anthologie poétique qu’est Demain dès l’aube… Les cent plus beaux poèmes pour la jeunesse choisis par les poètes d’aujourd’hui(Le Livre de Poche Jeunesse, n° 121, 1990).. Elle devrait être dans toutes les classes et dans toutes les mains. Je laisse le dernier mot à Joachim du Bellay

France, mère des arts, des armes et des lois,

Tu m’as nourri longtemps du lait de ta mamelle ;

Ores, comme un agneau qui sa nourrice appelle,

Je remplis de ton nom les antres et les bois.

Si tu m’as pour enfant avoué quelquefois,

Que ne me réponds-tu maintenant, ô cruelle ?

France, France, réponds à ma triste querelle.

Mais nul, sinon Echo, ne répond à ma voix.

Entre les loups cruels j’erre parmi la plaine ;

Je sens venir l’hiver, de qui la froide haleine

D’une tremblante horreur fait hérisser ma peau.

Las ! Tes autres agneaux n’ont faute de pâture,

Ils ne craignent le loup, le vent, ni la froidure :

Si ne suis-je pourtant le pire du troupeau.

 

Joachim DU BELLAY, Les Regrets (1558, sonnet 9)

Roger et alii

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