22 POE Fort – Bonheur – étude 40 mots > 200 mots 2015-03

Paul Fort (1872 – 1960) Le Bonheur (1917)

Le bonheur est dans le pré. Cours-y vite, cours-y vite.

Le bonheur est dans le pré. Cours-y vite. Il va filer.

Si tu veux le rattraper, cours-y vite, cours-y vite.

Si tu veux le rattraper, cours-y vite. Il va filer. (46 mots)

Dans l’ache et le serpolet, cours-y vite, cours-y vite.

Dans l’ache et le serpolet, cours-y vite. Il va filer.

Sur les cornes du bélier, cours-y vite, cours-y vite.

Sur les cornes du bélier, cours-y vite. Il va filer.

Sur le flot du sourcelet, cours-y vite, cours-y vite.

Sur le flot du sourcelet, cours-y vite. Il va filer.

De pommier en cerisier, cours-y vite, cours-y vite.

De pommier en cerisier, cours-y vite. Il va filer.

Saute par-dessus la haie, cours-y vite, cours-y vite.

Saute par-dessus la haie, cours-y vite. Il a filé !

 

Commentaire de Pierre A.

I. Ce merveilleux poème est un hymne à la joie de vivre. Le reflet de notre rythme immodéré que nous pratiquons dans la quête de cet état de grâce appelé « Bonheur ».

II. Appris dans notre enfance, ce texte faisait la félicité de nos parents quand nous le récitions.

 III. Mais quand on réalise que ce poème a été écrit en 1917 en pleine Première Guerre Mondiale, c’est une déflagration en soi. 

IV. Le pré où se trouve le bonheur devient champ de bataille.

V. « Cours-y vite » se transforme en une course effrénée à travers les tranchées.

VI. « Il va filer » : le bonheur étant le Graal de la vie on peut y voir dans ces circonstances la perte de la vie pour le soldat.

 VII. Deux lectures sont possibles dans ce récit :

– optimiste avec l’innocence de la jeunesse ;

– pessimiste avec la connaissance de l’Histoire.

 VIII. Pourtant ces vers ont un sens profond dans les deux cas. ils sont portés par le rythme et la musicalité qui nous entraînent à courir après ce « Bonheur ».

IX. Dans ce texte sont déclinés plusieurs bonheurs, comme si l’existence se composait de petites chances à surtout ne pas laisser passer. Il en résulte que le bonheur serait plus important que son aboutissement.

X. Pour l’imaginer, le bonheur serait une succession de bonds qui nous permettent de franchir les épreuves de la vie et de jalonner cette dernière de joie.

(222 mots, 4 heures)

 

Remarques de Pierre S.

 

C’est un poème difficile à commenter à cause de son apparente simplicité. Le contexte de 1917 lui donne une signification dramatique. Non seulement le bonheur « a filé » mais son absence signifie plus que le malheur, une mort absurde. Votre texte est à mi-chemin entre l’essai et le commentaire. Le poème est perdu de vue en ce qui concerne l’analyse des procédés stylistiques. On ne commente que les 46 premiers mots mais sans oublier de signaler la fin (« Il a filé »).

 

Etude 1° version

 

  1. Ce poème comporte 7 strophes de 2 vers, construite chacune sur un refrain « Cours-y vite » (répété trois fois) suivi de « Il va filer » pour les six premières strophes et de « Il a filé » pour la septième.
  2. Le narrateur s’adresse à un interlocuteur qui ne répond pas mais qui a peut-être posé la question : « Où trouver le bonheur ? » Mais il est là, sous tes yeux : « Le bonheur est dans le pré » : réponse simple, familière, sans effet, même pas poétique.
  3. Le narrateur sait où est le bonheur mais il ne dit pas en quoi il consiste. Le bonheur n’est qu’une quête du bonheur. C’est un simple élan mais qui mobilise tout l’être.
  4. « Cours-y-vite »est dit trois fois, formule populaire qui ne devient poétique que par la répétition. C’est un impératif. « Il va filer » : encore une expression populaire qui devient tragiquement « Il a filé » : déception, sentiment de malheur. Mais où était-il ? dans la course elle-même.
  5. La seconde strophe insiste sur la volonté : « Si tu veux le rattraper » : et non « l’attraper » . Sous-entendu « tu l’as déjà connu » mais sous quelle forme ? On ne le dit pas. La poursuite infernale commence.
  6. Le poème est daté de 1917 (Paul Fort a 45 ans). Il semble une lueur d’espoir parmi d’autres poèmes qui évoquent la guerre. Mais lui-même paraît mimer le soldat qui bondit de sa tranchée pour courir vers la mort dans un paysage riant. Le contraste est saisissant.

(274 mots, trop long)

 

Etude 2° Version

 

  1. Ce poème comporte 7 strophes de 2 vers, construite chacune sur un refrain « Cours-y vite » (répété trois fois) suivi de « Il va filer » pour les six premières strophes et de « Il a filé » pour la septième. Le rythme est rapide.
  2. C’est une réponse à la question d’un ami : « Où est le bonheur ? » Il est est là, sous tes yeux : « dans le pré » : réponse simple, familière, sans effet, même pas poétique.
  3. On ne sait pas en quoi il consiste. Il n’est qu’une quête de bonheur. C’est un simple élan mais qui mobilise tout l’être.
  4. « Cours-y-vite »est un impératif, une formule populaire devenue poétique par la répétition. « Il va filer » : encore une expression populaire qui devient tragiquement « Il a filé » : déception, sentiment de malheur. Mais où était-il ? dans la course elle-même.
  5. « Si tu veux le rattraper » : et non « l’attraper » . Sous-entendu « tu l’as déjà connu. Mais sous une forme que tu n’as pas reconnue alors !
  6. Le poème, daté de 1917 (le poète a 45 ans) offrirait une issue tragique   : le soldat bondirait hors de la tranchée pour mourir dans la nature perdant le bonheur et la vie.

 

(219 mots 2 heures au total)

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