26 REL Eucharistie 3 meurtres rituels 2015_06

Vos échos m’ont conduit à des développements tout-à-fait inattendus. Mais d’abord un rappel avant vos remarques et des informations supplémentaires.

Roger

1. Rappel : De l’Eucharistie aux meurtres rituels (3° version définitive)

1. Jésus dit : «  Je serai avec vous jusqu’à la fin des temps.  » (…) «  Prenez et mangez car ceci est mon corps. Prenez et buvez car ceci est mon sang.  » «  Faites ceci en mémoire de moi.  » Ce rite de l’Eucharistie est d’une grande banalité

2. Chez les juifs, se souvenir est une obligation mais boire le sang est une abomination. La proposition de Jésus serait étrangère au judaïsme. Elle rejoint certaines pratiques du chamanisme tibétain.

[3. Le croyant se nourrit de la personne de Jésus. Marthe Robin, entre autres mystiques, a vécu de l’Eucharistie pendant des dizaines d’années.]

4. Le concile de Latran (1215) proclame la « présence réelle » de Jésus dans l’hostie consacrée. L’Eucharistie devient ainsi transsubstantiation («  changement de substance  »)

5. Alors on commence à voir des hosties saigner en Italie à partir de 1263 et le pape crée la fête du Corpus Christi (ou Fête-Dieu).

6. On dit que les juifs poignardent des hosties consacrées. On dit aussi qu’ils tuent des enfants pour mêler leur sang au pain azyme de la Pâque.

7. Or une bactérie (Serratia marcescens) prolifère sur le pain quand le temps est chaud. Elle prend alors une couleur rouge sang. Le phénomène était déjà signalé dans l’Antiquité.

Roger (2015_05) : 218 mots, 2 heures de rédaction

2. Renée (15 mai 2015) : Je propose d’inverser les paragraphes 3 et 4. Roger (4 juin) : Juste. Je pense que le paragraphe 3 n’a pas sa place dans ce fichier. Je l’ai placé et développé dans 26 REL Eucharistie efficacité. On retrouvera tout cela sur le site.

3. Jany (14 Mai) : Merci pour tous les envois. Je les lis toujours avec intérêt.  » le rite de l’Eucharistie est d’une grande banalité »: je ne sais pas comment comprendre pas cette remarque.  Veux tu dire que dans le monde de l’antiquité, c’était une pratique déjà utilisée par d’autres religions? Ou bien autre chose? Merci pour l’éclaircissement .

Roger : (14 mai) : Explication. Aujourd’hui comme dans l’Antiquité, partager le pain et le vin dans un repas entre amis est une action courante, donc d’une grande banalité. Mais cette action prend la valeur d’un rite religieux. Il y a ainsi trois éléments :  un récit, un rite et une personne (celle de Jésus). Jany (14 mai) : Merci. J’ai compris. Roger (6 juin) : J’ajoute que « Prenez et mangez car ceci est mon corps. Prenez et buvez car ceci est mon sang. » est une métaphore terrible. La métaphore crée dans le cerveau une image mentale exactement comme la réalité extérieure. C’est ce qui explique le glissement vers la « présence réelle ». Chez les catholiques la première Communion faite à sept ans donnait lieu à des consignes du style : « Avalez l’hostie, ne la mâchez surtout pas : vous feriez du mal à Jésus. » Faire sur Google : « Ne mâchez pas l’hostie » et des contributions qui vont dans le même sens.

4. Jean-Marie (14 mai) :  Je ne m’étais jamais penché sur cet aspect de l’Eucharistie. J’y vois finalement le véritable sacrifice mystifié par le « sacrifice à la fois symbolique mais pas moins barbare» de l’hostie. La prodigiosine nécessite une zone humide et de la chaleur, parfaitement possible sur le pain « trop » frais. Roger (6 juin) : Précision complémentaire pour la liste. Une bactérie (Serratia marcescens) prolifère quand le temps est chaud. Elle a une couleur rouge sang et se développe sur l’amidon (pain, pâtes, polenta). Le phénomène est signalé par des soldats d’Alexandre au siège de Tyr en 332 avant notre ère. .

5. Michel (14 mai) : A propos de « trans-substantiation » …et peut-être aussi de « chamanisme » : comment se fait-il que, seulement 1 heure après  m’être régalé d’asperges (vertes de préférence) et alors que j’ai déjà oublié cette ingurgitation, si je vais uriner, une odeur tout à fait typique me la rappelle.   Alors que quand j’ai ingurgité des pommes de terre (frites ou non), ou du chou-fleur, sans parler de haricots verts, …rien !  Dois-je subodorer une sorte de miracle ? ou encore imaginer une machiavélique manoeuvre des juifs ?  Je m’interroge avec une certaine inquiétude . Roger (15 mai ) : Intéressante cette variation. Je la retiens. Elle me fait penser à autre chose : les fèves chez Pythagore. Voir sur site le fichier le concernant. Les fèves étaient interdites sous peine de mort. Explication probable : une allergie aux fèves peut se révéler foudroyante. Il est possible que la mort de cette première victime ait fait réfléchir ses compagnons. Ils auraient examiné de plus près les fèves et auraient constaté qu’elles ressemblaient à un fœtus, mieux même qu’elles étaient des fœtus. Le malheureux avait donc tué un être vivant. D’où son châtiment.  Miracle donc. Comme celui des asperges… Il faut évidemment un environnement favorable pour qu’une interdiction s’abatte…. Tu as bien de la chance de vivre dans une époque éclairée où ton amour des asperges vertes peut s’exercer impunément… 

6. Rappel Roger (19 juin ) Compléments au 200mots : a). Voir en particulier un roman policier polonais captivant « Un fond de vérité »par Zygmunt Miloszewski (Ed. Mirobole 2014) et un ouvrage historique récent : « Légendes de sang. Pour une anthropologie de l’antisémitisme chrétien » par l’historienne polonaise Joanna Tokarska-Bakir (Ed. Albin Michel 2015).

b). Ce complément est inexact. Il donne l’impression que l’ouvrage historique est contemporain du roman policier. En réalité « Légendes de sang » a paru en 2008 et il a inspiré « Un fond de vérité ». L’auteur le reconnaît le reconnaît du reste dans la postface de son roman (« Le mot de l’auteur ») mais on peine à identifier cette source capitale car le titre polonais de l’étude historique est beaucoup plus banal, et beaucoup moins polémique pour un public polonais : « Les légendes du sang. Anthropologie d’une superstition ».

c). J’ai lu le roman avant de feuilleter l’ouvrage historique et j’ai pu constater que, mise à part la trame policière, toutes les données pour effarantes qu’elles puissent paraître sont rigoureusement exactes.

d). J’ajoute enfin que Zygmunt Miloszewski est aussi l’auteur d’un premier roman policier « Les impliqués » disponible chez Pocket, avec le même procureur comme héros principal.

e) « Légendes de sang » est un ouvrage très complexe. Il se conclut en dix points. En voici le 10 ° : « Je me demande comment les histoires exposées et décrites dans ce travail et qui ont pour modèle le récit français du miracle des Billettes, daté de 1290, seront lues et reçus en France. Nées en Europe occidentale, ces histoires, avec la progression de la civilisation chrétienne, se sont ensuite déplacées à l’Est, façonnant son identité culturelle. Leur « retour » sur le lieu d’origine sera-t-il considéré comme une occasion d’ouvrir un débat sur cette identité, si complexe que soit son rapport à l’Autre ? Cet Occident verra-t-il dans notre histoire une histoire européenne ou, au contraire, la déclarera-t-il définitivement polonaise – une bizarrerie freudienne en somme ? » (Joanna Tokarska-Bakir, Varsovie, décembre 2012)

7. La première accusation d’hostie profanée par un juif et qui aurait saigné est consignée dans un texte latin en prose datant environ de 1322. Une femme chrétienne a mis en gage ses plus beaux vêtements chez un prêteur juif de la rue des Billettes à Paris. Elle veut les récupérer pour les fêtes de Pâques 1290. Comme elle n’a pas d’argent, le prêteur juif accepte de les lui rendre en échange d’une hostie consacrée. Elle va à la messe à l’église Saint-Merri, communie, garde sous la langue l’hostie consacrée et la remet au prêteur. Ce dernier poignarde l’hostie qui se met à saigner. Sa femme et ses enfants sont épouvantés mais il fait subir à l’hostie divers mauvais traitements. Elle continue à saigner. Il la jette dans l’eau bouillante qui rougit. Le Christ apparaît et le prêteur juif s’enfuit. Une voisine recueille l’hostie et la confie à l’église Saint-Jean-en Grève. L’évêque fait condamner le prêteur à être brûlé en place de Grève tandis que sa famille se fait baptiser. La maison du prêteur est détruite et on y fait construire une église. On sait qu’un juif fut effectivement jugé à Paris en 1290 pour la profanation d’une hostie mais les sources semble indiquer qu’il se serait converti et qu’il n’aurait pas été mis à mort/ Paolo Ucello peint vers 1465 – 1469 le bas d’un rétable intitulé « Le miracle de l’hostie » (Urbino, Palazzo ducale). (D’après Histoire du quartier du Marais à Paris, sources diverses et notamment http://www.insecula.com/oeuvre/O0019656.html). L’histoire circule en Europe, d’Ouest en Est, pendant tout le Moyen-Age et bien au-delà puisqu’on la retrouve à Sandomierz, au sud-est de la Pologne. Mais elle est sérieusement enrichie car on accuse les juifs de torturer et de tuer des enfants juifs pour mêler leur sang au pain azyme de la Pâque. Ce qui est complètement délirant puisque consommer du sang est interdit dans le judaïsme.

8. L’anthropologue polonaise Joanna Tokarska-Bakir veut mener une enquête en 2005 et 2006 avec ses étudiants pour vérifier que ces légendes ont totalement disparu. A leur grande stupéfaction, ils découvrent qu’elles sont restées vivaces, sous des formes diverses, quelquefois détournées et ils recueillent ainsi environ 400 témoignages. On découvre au passage que 20 % des Polonais croient que les juifs enlèvent des enfants chrétiens « pour en faire du pain azyme » et que 30 % pensent que c’est possible, qu’il y a peut-être « un fond de vérité » pour reprendre le titre du roman policier de Zygmunt Miloszewski. « Tout a commencé lorsque, au début des années 2000, un jésuite, Stanislaw Musial, chercha à faire retirer de la cathédrale de Sandomierz un grand tableau du peintre Charles de Prévôt montrant des juifs recueillant le sang d’un enfant roulé dans un tonneau à clou, ses membres ensuite déchiquetés par des chiens. A la suite de la polémique, le tableau fut voilé et recouvert d’un portrait de Jean-Paul II. En 2014, il fut à nouveau montré au public, assorti d’une plaque signalant que « cet événement ne correspond pas à la vérité historique, et par ailleurs un tel fait ne s’est jamais produit dans la mesure où les lois hébraïques interdisent la consommation de sang ». » . (Nicolas Weil, le Monde 8 mai 2015).

9. La légende, après la Shoah, « a servi d’aliment à la fièvre de programmes qui a ravagé la Pologne dans l’immédiat après-guerre contre les survivants juifs de retour d’exil ou de déportation. Ainsi, non loin de Sandomierz, la disparition d’un jeune garçon déclencha-t-elle à Kielce, en 1946, le massacre de plusieurs dizaines de réfugiés juifs. » (Nicolas Weil) Des Polonais, qui s’étaient emparés des biens juifs lors de la Shoah, avaient massacré les propriétaires légitimes revenus imprudemment reprendre possession de leurs biens.

10. Joanna Tokarska-Bakir a divisé son étude « Légendes du sang » en deux parties.La première reprend des narrations anciennes sur les légendes de sang pour en dégager la morphologie à l’aide des structures du conte dues au Russe Vladimir Propp (1895 – 1970). Ceci lui permet d’analyser le fonctionnement de ces légendes. Plus jeune et ardemment structuraliste alors, j’aurais davantage adhéré à ces analyses, aujourd’hui beaucoup moins. La seconde partie s’intéresse aux narrations contemporaines et en dégage l’actualité terrifiante à partir des schémas de la première partie. C’est un peu le même projet que développe Zygmunt Miloszewski dans « Un fond de vérité ». Des meurtres sont commis sur un mode opératoire qui évoque les meurtres rituels attribués aux juifs. Et si des survivants de la Shoah revenaient pour se venger ? et si les peintures atroces de Charles de Prévôt recelaient un « fond de vérité » ? Peu à peu des vérités gênantes et soigneusement enfouies ressurgissent dans cette bonne ville de Sandomierz. Le procureur Teodore Szacki, fraîchement arrivé de Varsovie, apparemment impénétrable et hiératique,, va devoir explorer des vérités sans fond…. C’est un très grand roman.

11. La légende perdure en terre d’Islam.

http://www.europe-israel.org/2015/06/preche-a-la-mosquee-al-aqsa-cest-parce-que-les-juifs-tuaient-des-enfants-pour-en-boire-le-sang-que-les-europeens-ont-commis-lholocauste/

Lors d’une conférence à la mosquée Al-Aqsa, le 29 mai 2015, le cheikh Khaled Al-Maghrabi a déclaré que les Juifs avaient été expulsés de pays européens puis finalement brûlés en Allemagne parce qu’ils enlevaient et assassinaient des enfants, afin de pétrir le pain azyme de la Pâque de leur sang. (…) : « Prenons l’Holocauste des Israélites en Allemagne, et tous les problèmes qu’ils ont subis dans toute l’Europe avant cela. Les Israélites ont été expulsés de tous les pays d’Europe, et au bout du compte, ils ont été brûlés en Allemagne. Demandez-vous pourquoi. Pourquoi les Européens les ont-ils expulsés, déplacés d’un endroit à l’autre ?

Ce n’était pas simplement dû à la corruption [juive]. A Pâque, chaque communauté israélite cherchait un petit enfant et le kidnappait. Ils apportaient un baril percé de nombreuses aiguilles, et plaçaient le petit enfant à l’intérieur. Ainsi, les aiguilles perçaient le corps de l’enfant. Au fond du baril, se trouvait un robinet qui drainait le sang…

Pourquoi recueillaient-ils le sang de l’enfant kidnappé ? Parce que Satan, ou un dieu plus élevé, a posé comme condition à la satisfaction de leurs désirs qu’ils consomment du pain [matsa] pétri avec du sang d’enfants.

Alors que faisaient-ils ? A Pâque, période où il leur est interdit de consommer du pain normal, ils préparent leurs matzot. Ils pétrissent la pâte de ces matzot avec du sang d’enfants. Lorsque cela a été découvert, les Israélites ont été expulsés de toute l’Europe. Ce fut le début des malheurs des Israélites dans les pays européens. Jusqu’au point d’être brûlés en Allemagne. C’était à cause de ces choses-là, à cause de leurs multiples enlèvements d’enfants. »

12. Cette analyse n’est pas totalement fausse. C’est parce que les Européens étaient persuadés de la méchanceté foncière des juifs qu’ils n’ont rien fait pour les défendre et que la Shoah a été possible. Ainsi a commencé le suicide de l’Europe.

Roger et Alii

Retorica

(2.360 mots, 14.300 caractères)

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